« Les musulmans instruits considèrent certains Aïssaoua comme des saints, jouissant d’une grâce spéciale de Dieu, mais beaucoup d’autres comme des jongleurs et des prestidigitateurs habiles, qui ne font que se couvrir du manteau de la religion. Le peuple les confond tous ensemble et voit en tous des inspirés, qui ont le privilège de chasser le mauvais esprit du corps des malades, comme aussi celui de charmer les serpents, de ne pas souffrir des blessures ou des brûlures , de manger les choses les plus nuisibles sans en être affectés. »

REVUE DES DEUX MONDES, LXVIII ANNÉE, QUATRIÈME PÉRIODE

« Comprendre…. n’a rien ou peu à voir, n’est pas synonyme, n’incite pas, ou pas nécessairement, à parler. »

« À l’inverse, parler n’est pas synonyme, n’est pas, n’a pas toujours, ne stipule pas toujours, que l’on comprend. »

« Des situations. »

« À éviter. »

« Comprendre… »

« C’est un délai. »

« En mathématiques : en algèbre linéaire, une transposition est le fait de calculer la transposée d’une matrice (c’est-à-dire d’inverser les lignes et les colonnes de cette dernière) ou la transposée d’une application linéaire (notion cohérente avec la précédente) ;
en algèbre générale, la transposition est un 2-cycle, c’est-à-dire une permutation consistant à échanger deux éléments d’un ensemble.
En logique des propositions, une transposition est une règle de remplacement valide qui permet d’échanger l’antécédent avec le conséquent« 

Transposition — Wikipédia 

« (LOCKHART ET LE CHAUFFEUR DE TAXI) »

« Vous venez pour la cure ? « 

« Non seulement en visite. »

« Je peux ? (cigarettes) « 

« Allez-y. « 

« Les passagers sont rarement aussi jeunes que vous. « 

« Vous emmenez souvent des gens au sanatorium? »

« Oui, je les emmène tous. Chaque semaine je ramasse des gens riches à la gare de train et les emmène à la montagne. « 

« Seulement des gens riches. C’est sûrement dispendieux. « 

« Comme quoi l’argent ne règle pas tous les problèmes. « 

« Moi j’apprécie de mener une vie simple. « 

« C’est tout ? Vous n’avez pas… d’autres ambitions que de faire la navette pour de vieux riches? »

« La plupart décide de rester. « 

« Pourquoi ? « 

« Je suppose qu’ils aiment l’endroit. »

 » Je vais jamais dans des spas ou ce genre de choses. Je travaille pour gagner ma vie… Comme mon père avant moi. Un fils append de son père ce que c’est que d’être un homme…. J’ai pas raison ? »

 » Je peux pas savoir. »

 » J’ai pas vraiment connu mon père. « 

(IMMEDIATEMMENT APPRES, LOCKHART ET SA MERE)

 » Tu seras absent combien de temps ? »

 » Seulement quelques jours. Un voyage d’affaire. »

 » T’as pas l’air bien. »

 » Je vais bien. C’est juste que je dors plutôt mal. »

« Tu dois te reposer. Tu sais je disais toujours à ton père de se reposer… mais il m’écoutait jamais. »

« Il était faible. « 

« Tu ne le connaissais pas. « 

« À qui la faute d’après toi ? “

 » Est-ce que ça te plaît ici ? Est-ce qu’on prend bien soin de toi ? « 

« Les gens viennent mourir ici… Comment est-ce que ça pourrait me plaire ? »

« Quand je reviendrai, je pourrai te trouver une place dans un meilleur établissement, plus près de la plage ou je sais pas. “

“Tu reviendras jamais. “

 » Bien sûr que si. »

 » Une autre ballerine ? »

« Celle-là n’est pas comme les autres. »

“Elle vit dans un rêve. “

“Pourtant elle danse ? “

“C’est parce qu’elle ne sait pas qu’elle est en train de rêver. »

A CURE FOR LIFE, DIALOGUES

«Mais c’est qui ces gens ?!…»

« Des fous. »

« Et c’est dangereux les fous. »

« Oui, et non. Ça dépend du jour, du lieu, de l’heure… »

« Pas rassurant ton truc. »

« Maman pourquoi tu dis rien. »

….

« Le lieu, le jour, l’heure.»

….

« C’est un mantra ?»

«Une épitaphe. »

« Mais c’est qui ce taré !?…»

« Moi il me rend folle»

« T’es pas la seule !…»

« On fait quoi ?!.. »

« On se retire. »

« Hé dit vous êtes où ?! »

« Elle est pas drôle ct’histoire. »

« Vous l’imaginez la scène ? Vous la voyez ? Vous la voyez sur un écran de cinéma, vous la voyez au théâtre ? Vous avez un gamin qui arrive pour parler avec sa maman, mais dans le fond, il s’en fout de sa maman. Il n’y a que lui qui l’intéresse. Il est dans son monde, enfermé. Il ne voit même pas sa maman. Il ne voit même pas les anges. Il ne voit rien d’ailleurs. Il ne voit que lui et il est dans son monde. Il n’y a que lui qui existe, ses intérêts. Il est malade, il est enfermé. Qu’est-ce que vous diriez d’un être comme ça ? »

Olivier Manitara

« Il n’y a rien qui n’ait pas de rapport avec la morale dans le comportement humain des hommes sensés. Car celle-ci leur impose ses normes et ses diktats, et si l’homme qui se dit sensé, qui s’en réclame, ne veut pas rentrer en contradiction avec ce que lui dit son cœur et son esprit, et rester ainsi dans cette position, cette posture, faible et vile, non seulement à ses propres yeux, mais aussi face aux regards et aux jugements que la société dans son ensemble pourraient lui asséner, celui-ci doit ou devra un jour penser à régler toute sa vie autour de ce pivot central que représente la morale, qui est comme engrammée, inscrite en lui et au plus profond de son cœur, dans ses rapports directs avec lui-même et les autres lequel, du jour où il découvrira et prendra conscience de l’étendue et de l’énormité du scandale qu’a déjà pu susciter l’indigence de sa pensée et la malignité de ses actions, se traitera désormais lui-même avec une sévère clairvoyance, qui le portera, à essayer de tout faire et plus encore, pour laver son nom et purifier ses relations avec les autres, desquels il ne saurait ni dire ni professer du mal, mais dont il se méfiera désormais à tout jamais et par expérience personnelle, ne se laissant entourer et conseiller que par ceux qu’il estimera et jugera digne de confiance, c’est à dire de ceux et celles qui auront su comprendre que ce qu’ils prenaient jadis pour de l’honnêteté et de la bienveillance n’étaient en fait que la dissimulation habile de la ferme et froide décision de ces mêmes personnes de les circonscrire à l’écart de leurs maisons et de leurs vies, et même de leurs cœurs et de leurs pensées, ce qu’auparavant nous n’aurions même jamais pu supputer. »

« Nous sommes à un tournant. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est un basculement. Nous sommes réellement en train de basculer dans la folie. L’humanité toute entière bascule dans une maladie mentale. »

« Tu vois, je sais pas si tu connais, je sais pas si tu as déjà été confronté, hein, à une maladie mentale, mais tu as la personne qui est en face de toi et c’est fini : il n’y a plus aucune communication possible. Tu peux plus la raisonner. C’est pas une blague. La personne est prisonnière, en prison. C’est un emprisonnement mental. Le mental, il peut te faire voyager avec Raphaël, mais il peut aussi t’emprisonner.

Ça fait des siècles que les humains font n’importe quoi. Des siècles. Ils ont fait n’importe quoi avec la religion, ils ont raconté n’importe quoi, que des mensonges. Ils ont asservi, cherché le pouvoir, pas le pouvoir de l’amour. Maintenant, ils sont vraiment confrontés, hein. Ils sont confrontés à un monde parce qu’il y a des conséquences là. Le monde qu’on a connu, c’est fini. On ne le retrouvera pas.

Et vous aviez « avant » et « après » le 11 septembre. Le monde d’avant le 11 septembre, c’est pas le monde d’après. Les humains, ils s’en moquent. On leur dit : « On a été sur la Lune », mais c’est pas possible d’aller sur la Lune… et ben ils s’en moquent. Ils ne comprennent pas qu’en réalité, c’est un processus de maladie mentale et qu’il y a des signes qui alertent. Et vous croyez que ça va s’arrêter où maintenant, cette histoire-là ? Ça va s’arrêter où ?

Et on a beau leur expliquer, leur parler, leur dire, ils n’écoutent pas. Mais pourquoi ? Mais parce qu’à un moment donné, ce n’est même plus possible de leur parler parce qu’ils sont enfermés dans leur monde, n’ayant plus aucun contact avec la réalité, avec le réel.

Alors quand les humains viennent pour rencontrer la Maman, les Anges, ils sont toujours dans leurs concepts, et dans leurs idées, et dans leurs attentes, et dans leurs intérêts, et dans leur monde. Jamais ils ne vont se dire : « Voilà, la Maman, elle existe ».»

Olivier Manitara

« Prenons garde aux exemples que nous donnons ! les exemples que nous donnons sont inévitablement plus tard nos ennemis ou nos auxiliaires ; au jour du danger, ils se lèvent et ils combattent pour nous ou contre nous. »

Victor Hugo

« Celui qui sent ses membres à la merci de l’audace d’autrui manque de la robustesse nécessaire pour lui refuser ses pensées et son cœur ; les meilleurs ne surmontent que très difficilement cette faiblesse qui, du muscle, se communique à l’esprit. Nous voyons aujourd’hui à l’évidence des échecs individuels et collectifs d’une civilisation exagérément amollissante, ainsi que de cette éducation puérile et honnête qui croit tarir l’instinct combatif, comme elle croit tarir l’instinct sexuel, en ne parlant pas aux enfants du feu qu’ils ont dans le sang. On ne songe pas à nier ici que, systématiquement encouragé depuis l’enfance, l’instinct agressif ne devienne indomptable ni que l’éducation collective et individuelle ne doive le contenir dans des limites acceptables. Mais c’est précisément parce que cette évidence est un lieu commun des peuples civilisés qu’il convient d’insister sur les nécessités complémentaires. Les grandes vertus d’abandon et d’humilité que prêchent les religions ne sont pas l’idéalisation d’une faiblesse vitale, mais le don libre, généreux, c’est-à-dire surabondant, d’un homme debout et sain aux hommes qui l’entourent et à la divinité qui le surpasse. Il faut donc faire les hommes droits et fiers, afin que puissent se greffer sans maldonne sur leur humanité complète ces plus hauts destins de renoncement qui apparaissent, comme dit Pascal, un « renversement du pour au contre » de la morale élémentaire. Le renversement du pour au contre n’est pas un affaissement du pour au rien. Nous venons de prononcer le mot de fierté. Vertu susceptible, que parcourent mêlés les premiers frémissements de l’orgueil et de l’agressivité. Mais en les contenant et en les intériorisant elle ramène leurs agitations à une légère vibration de vie, transfigure leurs raideurs en droiture. Qu’on l’abandonne sans contrôle, elle déroge dans des susceptibilités vétilleuses, de pseudo-points d’honneur dont l’enflure dissimule mal le mensonge. Dominée, elle est le premier pas de la noblesse et du courage. En l’éveillant, on peut transformer des adolescents jusqu’alors insaisissables. »

Emmanuel Mounier 

« Qui ose me déranger pendant mon déjeuner ?! »

« Sa vie rude, chargée de travail, baignée de grand air, ne laisse pas de champ aux humeurs fragiles de l’émotivité et aux complications délicates ou fallacieuses de l’introspection et du sentiment ; il y gagne en solidité, il y perd en grâce. Une santé fruste et insensible, parfois brutale, règle ses sentiments. La sexualité est souvent plus précoce et grossière chez lui que chez l’enfant des villes ; aussi ses orages laissent-ils moins de dégâts derrière eux : la nature les cicatrise aussi vite que les écorchures de son enfance. Les sentiments sociaux sont peu développés et de courte portée. Le paysan est trop longtemps seul avec sa terre ; il est formé à la société de l’homme avec la chose plus qu’à la société de l’homme avec l’homme. Il a toujours confiance dans la terre, même quand elle le déçoit, il est toujours, au prime abord, défiant avec l’homme, même quand il le connaît. Il est dur avec les autres comme il est dur avec le travail et comme les éléments sont durs avec lui-même. Sa sociabilité se réduit généralement au voisinage, qui est trop mêlé d’intérêts pour que les sentiments gratuits s’y développent aisément. Par contre, il est fidèle comme la terre, dévoué dans l’infortune. Si l’on veut estimer son intelligence, il faut d’abord se rappeler que le paysan ne sait pas parler. Son esprit, engourdi par la langue, a plus de feu souvent qu’il ne paraît à l’étranger : une parole de lente sagesse vient parfois en témoigner, une saillie, sorties de journées entières de silence. »

Emmanuel Mounier

« Le lieutenant Vincent Okamoto (récipiendaire de la Distinguished Service Cross) a témoigné : « Le problème était, comment trouvez-vous les gens sur la liste noire ? Ce n’est pas comme si vous aviez leur adresse et numéro de téléphone… Puis cette nuit-là Phoenix reviendrait, frapperait à la porte, et dirait : ‘Poisson d’avril, enfoiré.’ Quiconque répondait à la porte se faisait défoncer. »

« On appelle ainsi toute pensée qui a pour objet ce que Dieu défend et spécialement toute pensée contraire à la sainte vertu de la pureté. De telles pensées ne sont point légères, comme on dit par un singulier euphémisme; elles sont mauvaises, car Dieu les interdit par un commandement exprès, le neuvième. Et c’est là le caractère distinctif, la gloire de la religion chrétienne, de réprouver la pensée même et le désir du mal. Mais remarquez bien ceci : le péché, en pareille matière, ne consiste pas, proprement, dans la pensée qui vient à l’esprit, ni dans la complaisance inavouée, ni dans l’impression involontaire qui la précède ou l’accompagne, ni même dans l’acte extérieur, à le considérer en soi, puisqu’il peut être posé inconsciemment, par exemple, dans le sommeil. Où donc est le péché? En cette matière comme en toute autre, le péché dépend de l’advertance et du consentement; et c’est sur le degré de l’une et de l’autre que se mesure sa gravité. Et ici nous rencontrons deux sortes d’erreurs pratiques. Il est des jeunes gens qui, troublés involontairement par une pensée mauvaise, s’imaginent que tout est perdu, que le mal est fait, et qui tombent dans l’anxiété et le découragement. – Cher ami, vous ressentez une vive peine de ce qui se passe en vous, sans vous? C’est donc qu’il n’y a point de consentement, c’est donc qu’il n’y a point de péché. Mais j’ai éprouvé quelque mauvaise impression, dites-vous. – Sentir n’est point consentir: non sensus nocet, sed consensus. Redressez ce faux jugement; il est si dangereux! On multiplie par là les tentations et l’on en vient aisément au péché grave. D’autres se disent: Ce n’est qu’une pensée, ce n’est rien. Il ne saurait y avoir péché sans quelque acte extérieur. Illusion! L’acte extérieur, par lui-même, n’ajoute pas à la malice intrinsèque : c’est l’acte intérieur qui in forme l’acte extérieur. Encore une fois, tout dépend de l’advertance et du consentement, de ce que perçoit l’esprit, de ce que veut le cœur. Si vous avez consenti à l’acte extérieur, cette circonstance doit être déclarée dans la confession, en raison de LA DURÉE DU MAL, DE SON INTENSITÉ, DU DOMMAGE, OU DU SCANDALE CAUSÉ, ETC. Mais quand même vous auriez seulement consenti à l’acte intérieur, à la pensée ou au désir coupable, en vous disant : Je ferai cela, ou bien : Je le ferais si je pouvais, vous avez péché devant Dieu et, si avec ce consentement parfait la matière est grave, la faute l’est également. Elle sera vénielle, si vous n’avez donné qu’un demi-consentement. Au contraire, avez-vous généreusement lutté, non seulement il n’y a point péché, mais il y a victoire et mérite. Comment vous assurerez-vous cette victoire? – D’abord, efforcez-vous de prévenir les mauvaises pensées. Eh quoi! ne sont-elles pas souvent inévitables? Ne viennent-elles pas à l’esprit à propos de tout, à propos de rien? Sans doute; il ne faut pas compter n’en avoir jamais, mais plutôt prendre son parti de la nature humaine et accepter le combat. Mais, sous prétexte qu’elles sont parfois inévitables, n’allez pas conclure qu’il n’y a qu’à les subir. Non; si beaucoup sont inévitables, beaucoup aussi peuvent être évitées, à condition de prendre les moyens qui conviennent à l’âge, au tempérament, à la position de chacun. »

Jean Baptiste Olivaint (S.J.), « Aux jeunes gens »

« L’octogénaire a expliqué avoir commis l’irréparable compte tenu d’une situation devenue pour lui un véritable « calvaire », subi selon lui depuis près de dix ans. Des jeunes qui fument du cannabis et s’alcoolisent dans le hall de son immeuble où il réside au rez-de-chaussée. L’homme dit avoir maintes fois signalé cette situation aux forces de l’ordre, au bailleur social, sans que les choses n’évoluent.
Lorsqu’il est rentré d’une partie de pétanque ce vendredi soir, l’octogénaire explique avoir croisé un groupe de jeunes qui l’ont empêché de passer et l’ont insulté. Angoissé, se sentant en danger et excédé par cette situation, il dit être rentré chez lui, avoir attrapé un fusil puis être ressorti dans le hall en direction du groupe. “

FAITS DIVERS – JUSTICE : Un « crime d’exaspération » derrière le meurtre d’un jeune de 21 ans à Charleville-Mézières, 11 décembre 2022, Philippe Peyre, France bleu Champagne-Ardenne

https://www.francebleu.fr/info […] es-6973078

EXPRESSIONS

1 – Jouer avec le feu
2 – Un feu de paille
3 – Mettre sa main au feu
4 – Jeter de l’huile sur le feu
5 – Mettre le feu aux poudres
6 – Faire feu de tout bois
7 – Ne pas faire long feu
8 – Être entre deux feux
9 – Être tout feu tout flamme
10 – N’y voir que du feu

SIGNIFICATIONS

A. Jurer, être certain de quelque chose.
B. Employer tous les arguments, tous les
moyens possibles pour atteindre son but.
C. Être pris entre deux dangers.
D. Sentiment vif et passager.
E. Être passionné, enthousiaste.
F. Ne rien y voir, n’y rien comprendre.
G. Ne pas durer longtemps.
H. Envenimer quelque chose.
I. Déclencher un conflit, une catastrophe.
J. Prendre de gros risques.

« feu », Mentions, Extraits, Mounier

« Je crois que l’un des apports RELATIF…, de ce blog est de rappeler, À QUI EN AURAIT LE BESOIN, LA NÉCESSITÉ…, que l’on n’est jamais seul, au sens de jamais pas observé, de jamais pas vu ni jugé ni craint ou respecté, et qu’il y a en somme toujours, que nous sommes et vivons avant tout dans un réseau de regards, de mémoires, de consciences et de sentiments, et que donc il y a toujours relation quand bien même celle-ci n’apparaîtrait pas au grand jour, ne serait que silence, défiance ou fatigue, ressentiment.. Implicitement cela invite à découvrir ou à redécouvrir l’évidence de la relation, quelqu’en soit sa nature. Dans un quartier, une école, un lieu de vie, un immeuble. Dans le, les lieux que nous parcourons, il y a toujours des regards, des mémoires, des juges.., des discussions, des craintes, et des préjugés ou des avis, des sentiments, des ressentiments, qui nous entourent, nous défient, nous précédent, qui viennent, reviennent parfois de très loin, des jugements , des espoirs, des désespoirs, des attentes et rancunes, nourris, en silence, dans l’opacité, le silence, des consciences, si bien et en somme que le silence, les regards, indiscrétions implicites sont toujours là, nous accompagnent, souvent déniés, ou tus, et donc qu’il est bon de se rappeler, ou de savoir, que l’autre, les autres pensent à nous et malgré eux, et que nous sommes objets quand bien même nous n’y penserions pas, sources tantôt de craintes de respect, ou d’espoir, toujours d’intérêt(s), de curiosité pour autrui, et que probablement, plus, davantage l’on est l’on devient réfléchi, plus on y pense, plus on y est, on devient attentif, ou prudent, et moins les choses, les circonstances nous paraissent insignifiantes, secondaires ou encore inexplicables. Aussi et au final, les mots, ce que communément, par instinct nous désignions autrefois, nous nommions, solitude, indifférence, ou isolement, semble apparaître illusoires et déconnectés avec un peu de recul, de distance, ou de réflexion(s). Considérer, ou ne pas avoir suffisamment investigué ces angles de vue me semble, m’apparaît comme quelque peu délirant à considérer les extrémités vers lesquels l’on arrive à négliger dans le temps, sur la durée ce que d’autres purent s’imaginer ou souffrir dans leurs projections sur nous pour tout ce qui concerne leurs intérêts, craintes et sentiments à tre égard. Nous ne vivons pas, ne pouvons pas nous considérer vivre ou exister telles des bulles si étanches que nul, des regards perçants ou simplement logiques ne saurait découvrir. »

« Saint-Simon était doué d’un double génie qu’on unit rarement à ce degré. Il avait reçu de la nature ce don de pénétration et presque d’intuition, ce don de lire dans les esprits et dans les cours, à travers les physionomies et les visages, et d’y saisir le jeu caché des motifs et des intentions ; il portait, dans cette observation perçante des masques et des acteurs sans nombre qui se pressaient autour de lui, une verve, une ardeur de curiosité qui semble par moment insatiable et presque cruelle: l’anatomiste avide n’est pas plus prompt à ouvrir la poitrine encore palpitante et à y fouiller en tout sens pour y étaler la plaie cachée. A ce premier don de pénétration instinctive et irrésistible, Saint-Simon en joignait une autre qui ne se trouve pas souvent non plus à ce degré de puissance, et dont le tour hardi le constitue unique en son genre: ce qu’il avait comme arraché avec celle curiosité acharnée, il le rendait par écrit avec le même feu, avec la même ardeur, et presque la même fureur de pinceau. La Bruyère aussi a la faculté de l’observation pénétrante et sagace; il remarque, il découvre toute chose et tout homme autour de lui; il lit avec finesse leurs secrets sur tous ces fronts qui l’environnent; puis, rentré chez lui, à loisir, avec délices, avec tendresse, avec lenteur, il trace ses portraits, les recommence, les retouche, les caresse, y ajoute trait sur trait jusqu’à ce qu’il les trouve exactement ressemblants. Mais il n’en est pas ainsi de Saint-Simon qui , après ces journées de Versailles ou de Marly, que j’appellerai des débauches d’observations ( tant il en avait amassé de copieuses, de contraires et de diverses), rentre chez lui tout échauffé et là, plume en main, à bride abattue, sans se reposer, sans se relire, et bien avant dans la nuit, couche tout vifs sur le papier dans leur plénitude et leur confusion naturelles, et à la fois avec une netteté de relief incomparable, les mille personnages qu’il a traversés, les mille originaux qu’il a saisis au passage, qu’il emporte tout palpitants encore, et dont la plupart sont devenus par lui d’immortelles victimes. »

CAUSERIES DU LUNDI PAR Charles-Augustin. SAINTE-BEUVE, de l’Académie française. Tomes 1er et 2ème. Paris, 1851

« Ainsi il y a là une loi. Toutes les fois que je rougis, que ce soit confusion, timidité, pudeur ou modestie, mon état moral est identique : j’ai le sentiment qu’on voit en moi ce que je veux cacher. Voilà le fait spécial qui est toujours lié à la rougeur, qui fait couple avec elle : la crainte qu’un plaisir, une souffrance, un trouble, une pensée intime ne se dévoilent ; la crainte de ne pas échapper aux regards qui nous observent ou même à l’esprit qui nous sonde ; la crainte d’être deviné, démasqué ; le sentiment qu’on lit au fond de nous à livre ouvert ; le sentiment qu’on pénètre en nous malgré nous ; le sentiment d’une sorte de viol moral. — Le vrai symbole de la rougeur, c’est la vierge dont on écarte les voiles, l’homme dont on arrache le masque, l’anonyme à qui l’on crie son nom. Imaginons un moyen de démasquer réellement l’âme : supposons qu’on puisse, en faisant jouer un ressort, exposer aux regards tous nos sentimens secrets, nos convoitises inavouées, nos rancunes sourdes, nos remords obscurs, nos ambitions furtives ; alors nous rougirions plus qu’aucune vierge n’a jamais rougi, nous ne serions plus que rougeur. »

Camille Mélinand

« Contrôle tes actes ou eux te contrôleront. »

William Shakespeare

« Sujet, choix et révisions; contraintes et alignements »

L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence
14 février 2024

« Explorez la profondeur de « L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » dans l’analyse des données et son rôle crucial dans les jugements scientifiques et quotidiens. »

Introduction

« Selon les mots contemplatifs de Carl Sagan, « L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » sert de pilier fondamental à l’analyse statistique et à la recherche scientifique. Bien qu’apparemment simple, cette maxime résume une vérité profonde essentielle à la compréhension des subtilités de l’interprétation des données et des processus de prise de décision. L’essence de cette affirmation remet en question la notion conventionnelle selon laquelle le manque de preuves pour étayer une hypothèse équivaut à la preuve de sa fausseté. Il invite à une plongée plus profonde dans le paysage nuancé du raisonnement fondé sur des preuves, incitant les chercheurs et les analystes à adopter une approche plus globale dans leurs efforts d’enquête.

L’importance de ce concept s’étend au-delà des limites du discours académique, imprégnant le tissu du jugement quotidien et de la pensée critique. Dans l’analyse des données, où les preuves servent de fondement à une prise de décision éclairée, il est crucial de reconnaître la distinction entre l’absence de preuves et la preuve de l’absence. Il protège contre le rejet prématuré d’hypothèses. Il favorise une culture d’investigation approfondie et de scepticisme, essentielle à l’avancement des connaissances scientifiques et à la promotion d’une société plus éclairée.

Dans les sections suivantes, nous explorerons les implications multiformes de ce principe, en utilisant un ensemble de données qui illustre les pièges potentiels de la négligence de ce principe dans l’analyse statistique. À travers un mélange de discours théorique et d’application pratique, cet article vise à mettre en lumière le rôle essentiel que jouent les preuves, ou leur absence, dans l’élaboration de notre compréhension du monde qui nous entoure. »

« Les musulmans instruits considèrent certains Aïssaoua comme des saints, jouissant d’une grâce spéciale de Dieu, mais beaucoup d’autres comme des jongleurs et des prestidigitateurs habiles, qui ne font que se couvrir du manteau de la religion. Le peuple les confond tous ensemble et voit en tous des inspirés, qui ont le privilège de chasser le mauvais esprit du corps des malades, comme aussi celui de charmer les serpents, de ne pas souffrir des blessures ou des brûlures , de manger les choses les plus nuisibles sans en être affectés. »

REVUE DES DEUX MONDES, LXVIII ANNÉE, QUATRIÈME PÉRIODE

« Il y a une distance dans le regard de Rohmer, et cela dans tout son cinéma, une certaine froideur et la rigueur du regard d’un entomologiste qui observe les hommes comme on observe des insectes. »

Sylvie Robic, Laurence Schifano
Rohmer en perspectives
2022

« Quoi les fédéraux!?.. putain de merde mais d’où y viennent ces flics c’est pas croyable ! »

« C’est peut-être le dépôt qui le surveillent sans savoir qui on est ? Ouais peut-être qu’y a eu d’autres braquages récemment je sais pas ? »

« Dis-toi qu’y connaissent notre numéro, dis-toi qu’y connaissent notre adresse, dis-toi qui nous connaissent, dis-toi qu’y sont ici maintenant en ce moment même, dis-toi tout ça mon pote. »

« Avec quoi on va payer son avance, avec quel sous ? »

« Oh ! je financerai ça c’est pas un problème. »

« Ouais mais que devient Venzent ? Que devient mon fric ? »

« Venzent ! Toi avec tous ces flics t’as envie de mettre le monde à feu et à sang pour Venzent ! »

« Non mais je voudrais au moins revoir mon fric, tu vas pas le laisser faire ? »

« J’ai au moins deux fois plus de raisons de buter Venzent que vous trois réunis, pour le moment c’est du luxe, pour le moment soit on se fait la banque, soit on se barre aux quatre vents sans rentrer chez nous, sans faire nos bagages, rien du tout, en trente secondes, montre en main, il faudra qu’on se tire séparément, et basta…

Chris ? »

« La banque justifie le risque, et j’en ai besoin. Il faut rester le temps de se la faire, et après j’me barre. »

« Moi je roule pour toi Nick j’men fous, j’men fous… »

« Non pas cette fois Mikael, cette fois tu decides seul. »

« Tu penses que c’est la meilleure solution ? Tu crois que c’est la meilleure solution ? »

« J’ai des tas de projets, je vais sûrement raccrocher, alors moi j’ai peut-être plus à gagner qu’à perdre. »

« Prends soin de toi t’as sûrement de quoi voir venir t’as des obligations, t’as des terrains, si j’étais toi je jouerais pas avec le feu, je prendrais ma retraite. »

« Oui mais pour moi c’est l’action qui compte le plus, alors je marche. »

« C’est tout. »

« Ouais compte sur moi. »

« On les emmerde, on va se la faire. »

« Allez en route. On a du pain sur la planche » »

Heat, de Michael Mann

«Si l’on est si l’on élargit ce cercle, on rencontre également un rapport fructueux quoi que difficile entre le texte romanesque et les éléments qui composent ce que Pierre Bourdieu appelle «le champ littéraire». Dominique Maingueneau montre comment l’écrivain situe son oeuvre dans un espace défini par des paramètres qui lui sont apparemment extérieurs : le statut de l’écrivain dans la société donnée, les courants esthétiques et littéraires, le florilège des genres et leurs hiérarchies sous-jacentes. « L’écrivain nourrit son oeuvre du caractère radicalement problématique de sa propre appartenance au champ littéraire et à la société. » C’est ainsi que Balzac, en se posant comme historien, ou plus exactement en «secrétaire de l’histoire» – fait rentrer allusivement dans les récits un débat idéologique; il légitime le rôle du romancier et choisit également un mouvement esthétique plus «réaliste» que «fantastique». L’oeuvre elle-même joue sur l’ambiguïté. L’espace romanesque se construit à partir des liens entretenus avec son contexte et à partir de ce qu’il exclut. C’est le même enjeu ontologique qui sous-tend l’attitude de Marguerite Duras. En effet, lorsqu’elle vitupere contre le metteur en scène de L’Amant et qu’elle écrit sur sa propre version cinématographique avec L’Amant de la Chine du Nord, elle situe ses récits sur une scène littéraire des limites, les champs d’action et les fonctions, elle définit implicitement l’espace du roman (roman déjà film ou scénario encore roman). Le lecteur peut percevoir les effets de la querelle dans le second texte et les traces d’une relation conflictuelle ayant toutefois permis de placer la romancière-scénariste dans un lieu reconnu. L’exploration des limites tant textuelles que littéraire pose toujours l’oeuvre romanesque dans un rapport avec une communauté virtuelle. L’espace n’est pas bien circonscrit, il est défini par un réseau de relations et d’exclusions.»

L’espace et le silence.

«Le repérage de ce genre permet de retourner la question du silence. Celle-ci devient le tremplin d’un discours qui se situe ailleurs, mais dont les effets se font sentir, quoique discrètement, au sein même des récits. La recherche d’un espace romanesque et l’inscription du texte dans le champ littéraire évite peut-être l’écueil de celui qui fréquente un peu trop longuement le et les silences. En effet, il ne s’agit pas de tomber dans l’excès qui consiste à privilégier le silence au détriment de la parole. En oubliant que l’absence de texte ne vaut que parce qu’elle suggère activement. Le silence n’ a de prix que par rapport à l’écriture qu’il prépare ou au contraire menace. (et rend de ce fait plus précieuse encore). Il n’efface pas les traces de l’énoncé ; il restitue les éléments restés inconnus de l’énonciation. Il met en place un véritable espace fictionnel. Il convient en effet de réinverser la logique de la perception; le texte sort renforcé de l’analyse des silences qui le prévoient, l’accompagnent ou le délimitent. L’écriture n’est pas toujours celle du désastre décrite par Maurice Blanchot; elle mise aussi sur le dynamisme des situations et la vitalité des personnages. Elle ne vit pas que de ses manques et de ses défaillances. Elle est un «monument» qui se fait l’écho de débat antérieur et concomitant. Un des traits récurrents de l’écriture romanesque serait donc la construction d’un espace de fiction dans lequel s’inscrit le silence mais aussi et surtout la parole. Michel Butor écrit:« Toute fiction s’inscrit […] en notre espace comme voyage, et l’on peut dire que cet égard que c’est le thème fondamental de notre littérature romanesque».
À ce titre, la constitution d’un espace est plus décisive que celle du temps. La notion baktinienne de «chronotope» serait également pertinente, dans la mesure où l’espace textuel de la cour de Parme par exemple, dans le roman stendhalien, tient lieu de huis-Clos dans lequel se joue des drames multiples enjeux dramatiques sur dans une durée infiniment dérisoire: le resserrement du temps et du lieu vont de pair. De façon générale, il s’agit du circonscrire le récit romanesque créé dans le champ littéraire, par rapport à l’art et aux discours didactiques tels que l’histoire, la philosophie ou la science; par rapport aux autres genres – la poésie, l’essai et les romans antérieurs; au sein même du récit – la fiction par rapport au réel et aux autres représentations. »

Aline Mura-Brunel, Silence du roman: Balzac et le romanesque contemporain

Dans Le plaisir de pensée (1992), pages 9 à 73

« S’il n’y a de plaisir qu’à la satisfaction directe ou indirecte d’une pulsion, c’est à tenter de définir celle qui nous entraîne lorsque nous pensons qu’il faut tout d’abord s’efforcer. La psychanalyse semble compétente pour répondre à une telle question car elle ne porte pas, comme pourrait le faire l’interrogation philosophique sur l’essence du penser, mais sur ce qui peut en faire l’objet d’un désir ou, le cas échéant, d’un besoin.
Et pourtant la question ne laisse pas d’être embarrassante pour peu qu’on veuille la reprendre dans les termes où Freud nous l’a léguée. La définition du penser comme activité peut se suivre à travers son œuvre dans trois directions qui ne se recoupent pas nécessairement :
L’axe « psychologique », celui de L’Esquisse d’une psychologique scientifique prolongée par l’apport de l’Interprétation des Rêves, puis par les Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques.
L’axe « génétique », celui du deuxième des Trois essais sur la théorie sexuelle, prolongé, notamment, par Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci.L’axe « anthropologique », celui de Totem et tabou et de Moïse et le monothéisme.
Or, un même souci anime Freud dans ces diverses perspectives : ramener l’activité de pensée à des origines qui lui soient extérieures, en faire un moyen en vue d’une finalité qui n’est pas la pensée elle-même. On sait que pour Heidegger par exemple « la pensée agit en tant qu’elle pense », ce qui vaut non pas pour la pensée calculatrice ou technique mais pour celle qui répond à un « besoin de raison »…

Sophie de Mijolla-Mellor, Le plaisir de pensée, 1. Le paradis perdu de l’évidence

De l’avertissement fraternel et de l’humilité religieuse.

« QUE celles qui contreviennent à leur devoir ne cherchent pas à se cacher des autres ni se contentent pensant que l’on ne les voit pas; car elles sont vues lorsqu’elles y pensent le moins; mais je veux qu’elles se puissent cacher des créatures, que feront-elles pour se cacher de cetœil qui voit tout en haut, et auquel rien n’est secret? Doit-on estimer qu’il ne voit pas, parce qu’il regarde et voit toutes choses d’autant plus patiemment, qu’il les considère plus sagement? Que la religieuse craigne donc de lui déplaire, afin de ne point désirer de plaire aux autres; et qu’elle se souvienne qu’il voit tout, pour quitter les désirs, ou la crainte déréglée d’être vue des autres ; car c’est en ce sujet qu’est recommandée la crainte de Dieu. Si vous remarquez en quelqu’une de vos sœurs quelque commencement de mauvaise coutume, avertissez-l’en promptement, afin que, d’elle-même, elle s’en puisse corriger de bonne heure, et que le commencement ne prenne accroissement. Mais si, aprèsen avoir été avertie, vous voyez qu’elle y retombe, quiconque de vous l’aura vue, qu’elle la dénonce et la décèle comme une personne malade, afin que l’on pense à la guérir, après toutefois l’avoir fait voir à une ou deux autres, à ce qu’elle puisse être convaincue, si besoin est, par le témoignage de deux ou de trois, et réprimée par telle sévérité qu’il appartiendra. Et ne vous jugez pas pourtant mal affectionnées envers celle que vous décelez; mais si, en vous taisant, vous permettez que vos sœurs périssent, lesquelles vous pouviez corriger en les découvrant, vous vous rendez coupables de ce mal. Et si quelqu’une avait une plaie en son corps, qu’elle voulût cacher, craignant l’incision, ne serait-ce pas cruauté à vous de la céler, et miséricorde, de la découvrir? Compien donc plutôt devez-vous faire voir sa plaie, de peur qu’il ne s’engendre en son âme une plus dangereuse blessure ! Mais avant que la confronter aux autres, par qui elle doit être convaincue, au cas qu’elle nie le fait, il faut premièrement la faire voir à la supérieure, afin qu’étant reprise secrètement, moins de personnes en aient la connaissance. Que si elle renie le fait, alors il faut lui faire paraître les autres, afin qu’elle soit non-seulement déférée par un seul témoin, mais convaincue devant toutes, par le témoignage de deux ou trois. Etant convaincue, elle doit subir au jugement et discrétion de la supérieure ou du prêtre, la pénitence et châtiment de sa faute; laquelle, si elle refuse de recevoir, il la faut séparer d’avec les autres (ce qui n’est pas cruauté, mais miséricorde), de peur qu’elle n’en perde plusieurs autres par sa contagion; et afin qu’elle-même renfermée en quelque cellule ou prison, privée de l’entrée du chœur, du réfectoire, et de la conversation ordinaire, ait plus de moyens de penser à soi, et de reconnaître son péché. Et ce que je dis des mauvaises coutumes, il le faut encore diligemment observer, et fidè lement avertir, découvrir, reprendre et châtier toute sorte de péchés et défauts qu’on pourra remarquer, et ce, avec un grand amour des personnes, et haine des vices. S’il y en a aucune qui arrive jusques à un si grand mal de recevoir en cachette des lettres, ou quelques autres présents de quelqu’un; si elle le confesse de son propre gré, il faut lui pardonner, et prier Dieu pour elle. Mais si elle y est surprise et convaincue, elle doit être punie plus grièvement, à la discrétion de la supérieure, ou selon qu’en jugera le prêtre ou l’évêque même. »

Règle de Saint-Augustin, Extraits

« Existence, préexistence, interchangeable, omniprésente, historiquement, socialement, cette armée de sacrés chevaliers à vingt ans qui se renouvellent, se cooptent, et administrent la société comme point de repères, comme personnes, associations et groupements qui gouvernent la société. »

« C’EST AUTOUR DE LA VINGTIÈME ANNÉE QUE CETTE CRISE EST RÉSOLUE. OU BIEN l’égoïsme l’a déjà emporté sur l’élan spirituel et il commence à assurer les conforts où il installera l’homme mûr. OU BIEN la conscience morale s’est fait un chemin à travers ses lignes de résistance successives et, à cet âge où l’on était autrefois sacré chevalier, elle se donne à un monde de valeurs qui sera désormais le régulateur souverain de la conduite. Cette transcendance greffée au plus intime de la personne conjugue enfin la tendance à l’autonomie et la tendance à l’hétéronomie dans une lutte créatrice, l’héroïsme solitaire et les dévotions inconditionnelles se disputent une force toujours menacée de retomber dans le marais qui relie l’égocentrisme au conformisme. L’équilibre ou le déséquilibre moral qui sortent de cette laborieuse édification intéressent aussi bien le psychologue que le moraliste. Plus encore qu’un minimum d’assurance physique, un minimum d’assurance morale est nécessaire à l’équilibre personnel élémentaire. L’incertitude morale, par contre, l’impuissance à décider si l’on est digne d’amour ou de haine, est à l’origine de nombreuses difficultés psychologiques. Non pas qu’une attention excessive à ces jugements de dignité et d’indignité sur nous-mêmes et sur autrui soit une bonne tactique de vie spirituelle ou même d’hygiène psychique. Mais si désireux soyons-nous de ne pas freiner l’élan spirituel par trop d’application, il nous faut bien, à mesure qu’il nous emporte, faire tenir ensemble cet enchevêtrement de muscles et de pensées, de désirs et d’inertie, de mémoire et d’innocence qui aspire à figurer notre visage intérieur dans un milieu physique, historique et social. L’élan est un équilibre de mouvement, il est un équilibre tout de même. «

Emmanuel Mounier, Traité du caractère

« Ainsi ce que ces œuvres donnent à lire, ce n’est pas seulement l’histoire d’un individu ou d’un de ses proches, mais aussi celle d’un individu en train de l’écrire. Car pour l’écrivain, l’écriture fait partie, au même titre que l’amour, le deuil, de l’expérience de sa vie, de son histoire vécue. Elle travaille, comme l’amour, le deuil, à le déterminer, à le transformer. Elle participe d’un travail identitaire permanent. En effet, la quête de soi exige une réflexion constante et l’écriture vient alimenter ce travail identitaire. Nous pouvons ici emprunter quelques notions à Jean-Claude Kaufmann, sociologue qui a élaboré une théorie de l’identité. Il montre que la notion d’identité a considérablement évolué au lendemain de la seconde guerre mondiale : les individus qui étaient jusque-là restés intégrés dans des cadres sociaux et institutionnels relativement stables, se trouvent « alors livrés à eux-mêmes pour définir le sens de leur vie. D’où une angoisse nouvelle, et une quête d’appartenances, censées remplacer les cadres perdus. D’où un questionnement sur soi, particulièrement sensible dans les contextes de changements existentiels » (Kauffman, 2004, p. 27) Un questionnement incessant qui les livre à l’incertitude, alors que l’identité, elle, « ne cesse de recoller les morceaux. Elle est un système permanent de clôture et d’intégration du sens, dont le modèle est la totalité. » (Kauffman, 2004, p. 82) L’individu contemporain se trouve donc face à une contradiction : « À l’origine fissionnelle de la réflexivité généralisée, qui déconstruit en tous sens les moindres certitudes, il doit opposer la logique fusionnelle de la construction de soi, les lignes de vie qui font sens. » (Kauffman, 2004, p. 110) Retenons cette expression « lignes de vie qui font sens » L’écriture est un moyen, parmi d’autres, pour faire travailler l’identité à son unité, pourrait-on dire. À quoi d’autre travaille l’écriture qu’à « recoller les morceaux » d’un individu, déchiré par le deuil, la perte ou la folie d’une mère ? À donner un sens à une douleur ?

13 On peut voir dans le titre du récit une référence à Lacrimosa, mouvement du Requiem en ré mineur de (…)

14 L’Atelier noir (Éditions des Busclats, 2011), journal d’écriture tenu de 1982 à 2007 permet de suiv (…)

15Le terme « travail » est approprié : il comporte ses phases de projet, de progression, de stagnation, de doute et de découragement. Ainsi Delphine de Vigan se sent à plusieurs reprises incapable de continuer son récit, minée par l’impuissance. Recherchant inlassablement les causes de la folie de sa mère, elle en traque les traces dans son enfance, elle croit en tenir l’origine – le viol par son père dont elle aurait été victime et dont l’aveu, ignoré par tous, a provoqué la première chute dans la folie – mais aucune vérité n’émerge et la forme du récit lui échappe : « J’espérais pouvoir manipuler le matériau à ma guise, et c’est l’image un peu classique d’une pâte qui me vient, une pâte à tarte comme Liane m’avait appris à les faire quand j’étais enfant, brisée ou feuilletée, que j’aurais fabriquée entre mes mains à partir d’ingrédients épars avant de la faire rouler sous ma paume, de l’aplatir avec force, voire de la projeter vers le plafond pour observer de quelle manière elle s’y collerait. Au lieu de quoi, je ne peux toucher à rien. Au lieu de quoi il me semble que je reste des heures les mains en l’air, les manches remontées jusqu’aux coudes, ficelée dans un horrible tablier de bouchère, terrorisée à l’idée de trahir l’histoire, de me tromper dans les dates, les lieux, les âges, au lieu de quoi je crains d’échouer dans la construction du récit telle que je l’avais envisagée. » (Vigan, 2011, p. 150-151) L’image de la pâte qui parviendrait à prendre forme à partir d’ingrédients épars est une belle métaphore de l’écriture qui travaille, pétrit la matière du passé pour lui donner du sens. Il ne s’agit pas seulement de restituer le passé mais de le recréer littéralement. Elle a pour corollaire l’échec éventuel, teinté de culpabilité, de crainte de trahir cruellement ce passé. De manière plus implicite, Régis Jauffret rend compte des efforts pour trouver le ton juste de son récit de deuil : « On dirait parfois que mon cercueil résonne comme le coffre d’un piano. Si j’existais, j’entendrais tes mots qui tapotent le couvercle comme les marteaux les cordes d’une table d’harmonie. Tu plaques des accords, tu improvises, tu essaies de trouver une mélodie. » (Jauffret, 2008, p. 71), métaphore musicale qui sied particulièrement au titre du récit13 et qui montre que là aussi, il y a recherche, improvisation, il ne s’agit pas de rejouer une partition déjà écrite, mais de la recréer, de lui donner une nouvelle réalité. Annie Ernaux a quant à elle réfléchi et mûri pendant près de vingt ans le récit des Années14.

16Le doute peut gagner ces écrivains quant à leur légitimité à écrire : « Ai-je le droit d’écrire que ma mère et ses frères et sœurs ont tous été, à un moment ou à un autre de leur vie (ou toute leur vie), blessés, abîmés, en déséquilibre, qu’ils ont tous connu, à un moment ou à un autre de leur vie (ou toute leur vie), un grand mal de vivre, et qu’ils ont porté leur enfance, leur histoire, leurs parents, leur famille, comme une empreinte au fer rouge ? […] Je ne sais pas. » (Vigan, 2011, p. 180), se demande Delphine de Vigan. Le narrateur de Lacrimosa par le truchement de la femme aimée, interroge son écriture qui se nourrit de la mort de l’autre, de la souffrance : « profite de ma pendaison comme d’une aubaine. Recycle mon malheur, cruel écologiste, afin qu’aucune souffrance ne soit perdue. » (Jauffret, 2008, p. 174) Ils entrevoient les limites de leur écriture. Delphine de Vigan n’élucidera pas complètement les secrets de famille (l’activité collaborationniste du grand-père, le viol de la mère par celui-ci), l’enfance de Lucile restera opaque. C’est Régis Jauffret qui exprime le mieux la vanité de son récit, même s’il s’est imposé à lui. Il s’agissait de ressusciter Charlotte, de la faire revivre. Elle l’invective : « Tu pensais sans doute que j’allais ressusciter après un rude hiver d’écriture, et qu’à force de palabres la mort accepterait de me libérer comme une taularde en fin de peine ? » (Jauffret, 2008, p. 168) Le narrateur l’admet par sa propre voix : « J’ai essayé en vous écrivant une histoire de dompter la mort. Vous savez bien que je n’y suis pas parvenu. » (Jauffret, 2008, p. 215) Le narrateur du Journal d’un corps constate les limites de la forme choisie : « j’atteins une fois encore aux limites de ce journal : la frontière entre le corps et la psyché. De la panique d’être trop jeune à la terreur d’être trop vieux, en passant par la maladie d’impuissance qui tua Pavese et envoya l’Octave de Stendhal mourir pour l’indépendance de la Grèce, l’esprit et le corps s’accusent mutuellement d’impuissance, en UN PROCÈS EFFRAYANT DE SILENCE. » (Pennac, 2012, p. 213) L’écriture est un véritable travail semé de difficultés et qui s’inscrit dans une durée. Il y a aussi un temps de l’écriture ainsi révélé. »

Anne Strasser

« Ne reçus-tu pas, pourtant pas de l’aide, de la visite de proches, de l’argent, de l’aide, du secours et ce malgré ta vie ton caractère de merde ? Ne t’ont-elles donc pas donné mille, mille et une chance, mille et un avertissements, avant de rompre, de couper tout contact avec toi ? De te juger, de t’enfermer ? Comment fais-tu, arrives-tu donc à trouver injuste, fortuite la situation… les souffrances, les jugements que tu subis sont-ils donc vraiment si incompréhensibles, que les peines, les insultes, brimades et problèmes qui te tombèrent dessus, tous les ressentiments qu’eurent pour toi et à cause de toi de tes attitudes, de tes scandales, de tes mœurs, ton « éducation »… de ce que tes comportements, tes paroles et tes actes évidement causérent et impliquérent comme dommages, comme nuisances et angoisses autour de toi… et le dégoût, la colère, l’aversion, la haine qu’eurent nécessairement en retour pour toi les gens, la société… N’est-ce donc pas assez payé, pas assez creusé, grand temps, l’heure que tu n’arrêtes, ne réfléchisses, ne te réformes, ne t’amendes, ne te décides à changer, à respecter enfin les autres, le respect, le bien ? Jusqu’où…. jusques-à-quand auront-ils cette patience, devront-ils donc subir ce genre de traitement, cette crainte, cette appréhension, ton imbécilité, tes excès, tes vices ? Veux-tu donc les faire eux t’accabler de la juste colère, de la haine qui les habite tous désormais, et dont une part te revient, que tu as toi-aussi susciter ? Ne vois-tu, ne perçois-tu donc pas la haine, la colère, les ressentiments, les sentiments d’injustice, de peur, de dégoût ? Combien de temps persistera-tu à exciter, à encourager leurs colères et leurs haines à eux ? As-tu une idée des choses, des événements, des peines et des souffrances que tu pourrais te faire et t’attirer en persistant ainsi par tes conduites, tes actions trop viles ? Imagines-tu, vois-tu, perçois-tu donc enfin la joie, le bonheur qu’ont les gens à te voir, à vivre avec toi dans ton quartier, entourés, cernés de gens, de personnes comme toi, sans mœurs, sans morale, ni conscience ?… N’as-tu donc pas peur, oui peur… ne crains-tu donc pas leurs colères, leurs éventuelles réactions, les projets qu’ils pourraient avoir, ceux qu’ils ont pour toi… »

« La peur orchestrée : mécanismes de modification comportementale par intimidation coordonnée

La littérature académique, les archives institutionnelles et les témoignages documentés révèlent l’existence de pratiques systématiques d’intimidation coordonnée visant à provoquer des points d’inflexion biographiques — ces moments où la peur induite délibérément modifie radicalement la trajectoire d’un individu. Ces mécanismes opèrent à l’intersection du contrôle social institutionnel, de la psychologie de la peur, et de la coordination entre acteurs disposant d’un pouvoir sur la vie des personnes ciblées. La documentation disponible provient de sources variées : recherche en sociologie et psychologie, archives déclassifiées de services de renseignement, rapports d’organismes de contrôle, condamnations judiciaires, et témoignages corroborés de victimes. »

«Vous devez vous rendre fort, le plus fort possible Vous devez savoir qu’il n’y a personne autour de vous qui peut avoir une force sur vous, si vous-même vous en avez une déjà, c’est-à-dire que si vous, vous-même vous faites votre propre pluton, pluton ne viendra pas de l’extérieur pour vous envahir, il sera de moins en moins important dans votre vie, bien sûr vous aurez toujours les gens qui seront plutoniens qui vont vous entourer ils vont s’occuper de leurs oignons, ils vont vous laisser tranquille, et vous aussi vous allez aussi pouvoir vous occuper quelque part, mais si vous laissez tout à l’abandon, si vous maîtrisez rien, là pluton va, entre guillemets,  « vous détruire », il va venir vous imposer sa loi »

Les rêves éveillés, Chaîne YouTube, Transformations, Aspects de Pluton

« Un regard… plein de fureur… d’intensité !… distant, et pourtant présent, attentif, soucieux, alerte, vif !… Un esprit lucide… prêt à retorquer, à répondre, à mordre !… Une présence vive, insistante, sagace… Nerveuse, avec une verve, une pétulance… acerbe, caustique et moqueuse, dédaigneuse !… Pleine, emprise, empreinte de rancœur, de peines et de souffrances… Désireuse !… oui, assoiffée de vengeances, de sang, de répliques… Tu voulais me voir ?!… Me voici !… J’arrive… j’accours !… Mais quoi ?! Qu’est-ce qu’y a ?!.. C’est moi… moi donc mon visage, mon air, ma furie… qui t’effraie !… Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles…»

« Quand j’emploie un mot, dit Humpty Dumpty d’un ton méprisant, il signifie exactement ce qui me plaît de lui faire signifier. Rien de moins, rien de plus. – La question, répondit Alice, est de savoir s’il vous est possible de faire signifier à un mot des choses différentes. – La question, répliqua Humpty Dumpty, c’est de savoir qui va être le maître. Et c’est tout. »La littérature, on le sait bien, possède certains dons de prophétie. Lewis Caroll, dans Au travers du miroir, dont je viens de citer ce bref extrait, semble anticiper sur un usage des mots qui sera, bien plus tard, celui des pouvoirs totalitaires. A partir du moment où l’on cesse de croire que les mots ont un sens et qu’ils nous servent non seulement à nommer le réel, mais à le faire advenir, la seule question qui importe est : qui est le maître ? Et la question de la vérité, quant à elle, perd toute pertinence. La vérité est, à tous moments, ce que décide le plus fort, parce que la représentation du réel imposée est celle qui sert le mieux ses intérêts.
Orwell, dans « 1984 », met le doigt sur le nœud du problème. Pour contrôler efficacement la pensée, le pouvoir totalitaire a compris qu’il lui fallait réformer le langage. Comme le dictateur de votre roman, Nécrole, Erik Orsenna, le Big Brother de George Orwell interdit l’usage de mots qui pourraient véhiculer des pensées interdites. « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots des centaines de mots, nous taillons le langage jusqu’à l’os », triomphe Syme, philologue , spécialiste de novlangue, qui travaille au Service des Recherches. «** A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète, quand le langage sera parfait. ** » (p. 79, 80) La novlangue de « 1984 » vise à la fois à interdire de nommer les « réalités interdites », et de concevoir des idées hétérodoxes. Orwell, pour qui le mensonge intéressé des idéologues – même et surtout s’ils croient mentir au nom du Bien, du juste camp – fait de la déformation programmée du langage, un crime contre l’esprit.
De son côté, Claudio Magris écrit : «** Beaucoup de malhonnêtetés naissent quand on massacre la langue, qu’on met le sujet à l’accusatif et le complément d’objet au nominatif, brouillant ainsi les cartes, intervertissant les rôles des victimes et des bourreaux, abolissant les distinctions et les hiérarchies en de crapuleuses orgies de concepts et de sentiments qui altèrent la vérité.** » (Utopie et désenchantement, p. 41).
C’est ce qu’avait bien compris un philologue comme** Viktor Klemperer** . Traqué par la Gestapo, qui surgissait à l’improviste pour saisir ses écrits, il a passé la guerre à « déminer », comme il l’écrit la langue allemande des déformations que lui avaient faire subir les nazis, traquant les subtiles déformations sémantiques que les nouveaux maîtres de l’Allemagne faisaient subir au lexique – le mot « héroïsme », par exemple, réduit à l’endurance physique. Il relève un appauvrissement général. Il note la récurrence de certains procédés stylistiques – par exemple, l’euphémisation par laquelle on rend le crime acceptable, la forte présence des « guillemets ironiques », qui permettent de dénier à l’adversaire la qualité qu’il revendique. Ainsi, Heine est un « poète » « allemand ».
Qui peut prétendre que l’appauvrissement actuel de la langue , réduite à quelques exclamations (« un truc de ouf ! », ça veut dire quoi au juste ?), ne participe pas d’une semblable impuissance à nommer le réel ? Le verbiage prétentieux du management et de la pédagogie, avec leurs expressions toutes faites, leurs lexiques pseudo-scientifiques, pervertissent progressivement bien des champs du savoir et brouillent notre perception du monde. On observe, en outre, une tendance dans les sciences humaines à conférer un vernis de neutralité scientifique à des jugements de valeur partisans. Quant aux ressources que constituent les classiques de notre littérature, en devenant illisibles pour un pourcentage croissant de la population, ils perdent, chaque année scolaire, un peu plus de leur efficacité critique. Mais aujourd’hui, « qui est le maître ? »

Littérature contemporaine, Radio France

« Le déni, la bêtise, la légèreté, l’insouciance, et le manque de clarté mentale et de structure dans le comportement agiraient comme un terreau fertile pour la maladie mentale, le jugement d’autrui, les incompréhensions et conflits interpersonnels et familiaux. »

« Le but n’est pas assez de souligner, c’est de s’y faire, d’ajuster sa conduite, sa compréhension, l’évaluation implicite et explicite du contexte, des forces en présence, de leurs remarques, savoirs ou sentiments — de n’en pas être surpris ni étranger. »

« A, (C, D, E), F et (G, H, I) sont des coordonnées. »

« t1 et t2 sont des relevés distincts de dates, d’heures et de lieux (d1, h1, l1). »

« Fb(x) et Fk(y), deux fonctions dont on devra les fonctions ainsi que les liaisons. »

« Propositions »

« Si Fb(A) à t1, alors Fk(C/D/E)(A) à t2 »

« Si (A) fait b devant (C, D et E) à t1, alors (C, D et E) contactent (F) qui envoyent (G, H et I) faire k devant A à t2. »

« Revenons tout d’abord sur les événements biographiques. Leclerc-Olive (1993) explicite une différence importante qui nous intéresse plus particulièrement. Elle distingue les événements, de la biographie des événements biographiques. Si les conséquences des premiers sont généralement assez limitées et maîtrisables, les répercussions et les impacts des seconds sont majeurs en matière d’inflexion du parcours de vie. Ils constituent de véritables épreuves qui bousculent les certitudes et les repères habituels. Ils génèrent des sentiments de brouillage et de flou identitaires et conduisent le plus souvent, jusqu’à une certaine rupture d’intelligibilité du sens de l’existence. Par les incertitudes et les déséquilibres sociocognitifs et identitaires qu’ils provoquent, ils perturbent le sentiment de continuité qui est l’une des caractéristiques de l’identité. Par leur amplitude et leur intensité, ils mettent la personne qu’ils touchent, en demeure d’effectuer un travail de resignification de soi. Pour y faire face, la personne doit reconsidérer l’organisation de son existence dans l’objectif de rétablir son équilibre psychologique. Selon les ressources cognitives, affectives et matérielles dont dispose chaque personne, les événements biographiques peuvent constituer un véritable handicap existentiel destructeur ou une véritable opportunité dont il s’agit de se saisir pour rebondir et de se reconstruire. »

Muriel Deltand, Mokhtar Kaddouri, « Les individus face à l’épreuve des transitions biographiques

«Il ne faut donc plus parler, comme le fait une psychologie statique, d’« états » de conscience ; non même plus, comme une psychologie dynamiste, encore trop impersonnelle, de « flux » de la conscience, mais de prise de conscience. LA PRISE DE CONSCIENCE N’EST PAS UN LAISSER-ALLER, UNE REVERIE, CEST UN COMBAT, ET LE PLUS DUR, de l’être spirituel, la lutte constante contre le sommeil de la vie et contre cette ivresse de la vie qui est un sommeil de l’esprit. La conscience aventureuse cherche perpétuellement un sens à sa propre activité. Sa prise est prise de possession d’une valeur qui, à peine appréhendée, lui pose ses ultimatums. La conscience prenante est prise à son tour dans la nécessité du choix, captive de sa capture. Et cette dramatique est la palpitation même de la vie psychologique. Mettons à part les malades de la conscience, par excès et par défaut. Ils abondent depuis la crise de la conscience occidentale qui a suivi l’optimisme rationaliste du XVIIIe siècle et les progrès de la connaissance de l’inconscient. Il semble qu’à trop s’occuper de soi la conscience trouble elle-même son propre fonctionnement. L’arrêt qui inaugure l’acte de conscience a été pour un certain nombre de nos contemporains un prétexte à fuir l’action. Comme le coureur de Zénon, ils perdent dans la réflexion sur la course le pouvoir d’atteindre le but. Le philosophe, au lieu d’ouvrir sa raison, ratiocine à perdre souffle sur la raison. L’historien oublie Napoléon dans l’histoire des historiens de Napoléon. La vie intérieure sert d’excuse à DESERTER LA VIE EXTERIEURE. L’introspection SE SUBSTITUE A L’ACTION AU LIEU DE L’ECLAIRER, le rêve à la réalité au lieu de la transfigurer. La politique se perd en discours, l’esprit public en opinions, la spiritualité en effusions, la pensée en prolégomènes, l’énergie en velléités. Cette conscience cancéreuse emploie les processus de la conscience à renverser la fonction même de la conscience. La conscience créatrice est action et commandement, effort vers l’action plus haute et le commandement plus efficace ; la conscience cancéreuse est recul devant l’action, et démission de poste. La conscience créatrice est un processus d’engagement, la conscience cancéreuse un procédé d’évasion. La conscience créatrice est un instrument de vérité et de clarté, la conscience cancéreuse est un appareil de mystification. Rien ne serait plus abusif ni plus dangereux que de réprouver l’une parce que l’autre mène la vie et la pensée à la déroute. Il est possible qu’il y ait au fond de toute conscience comme un mal secret, un pouvoir destructeur de soi et du monde, du moins dans notre condition. Mais ce mal de la conscience n’est pas son essence. L’impuissance d’un Amiel ne condamne pas plus la connaissance de soi que les délires des intellectuels n’accusent l’intelligence, contrairement à ce que pense l’anti-intellectualisme moderne aussi bien que le rationalisme qu’il combat. On ne saurait donc demander la plénitude de la conscience sans demander la plénitude de l’engagement. La conscience agissante est susceptible d’une ouverture plus ou moins grande sur le champ de l’expérience. Il y a des consciences larges et puissantes ; l’amplitude et la mobilité de leur regard leur permet de présenter à l’action une diversité de données et une souplesse de conception qui en multiplient l’effet. Ce sont DES PSYCHISMES DE HAUTE ORGANISATION QUE L’IMPREVIU NE SURPREND PAS, DE JUGEMENT SUR, MAITRE D’EUX-MEMES ; noyé dans la perspective du champ, l’obstacle leur est deux fois moins redoutable. La largeur de conscience peut même masquer l’inémotivité en lui rendant de l’animation. Mais elle diminue la force percutante de l’action en introduisant la nuance et l’hésitation. Le rétrécissement du champ de conscience diminue, par contre, le nombre et la disponibilité des éléments mobilisables par l’action, bien qu’il favorise parfois la profondeur de la prise psychologique. Il est caractéristique de l’émotivité, et en conditionne toutes les suites : mensonge émotif, désarroi, injure, raideur et incohérence de réaction, etc. On le trouve dans la faiblesse psychologique et l’asthénie. L’homme qui se fatigue vite restreint, avec ses intérêts, l’ouverture de son regard et de sa réflexion. Ce rétrécissement se produit spontanément chez le vieillard, qui réduit ses perspectives présentes aussi bien que ses souvenirs. Il est à la base de la distraction. Il atteint des formes morbides chez les névropathes, notamment dans le somnambulisme et dans le dédoublement hystérique. A égalité d’ouverture, la conscience peut varier considérablement en résonance et en profondeur. DESSOIR DISTINGUE L’HOMME QUI EST, L’HOMME QUI VIT, L’HOMME QUI PRODUIT. L’homme qui est laisse aller sa vie, mais nous préférons appeler ce type : l’homme de la conscience somnolente. Il prend les choses telles qu’elles vont et lui-même tel qu’il vient. C’est aussi l’homme de l’indifférence. Il PASSE A COTE des choses sans entendre leur poésie, à côté DES HOMMES SANS ECOUTER LEUR APPEL. Avec les compagnons d’Épicure, il aspire au repos absolu, au néant de risque et d’action. Il ne crée rien : ni amitié, ni famille, ni œuvre, ni affaire, ni parti, ni destin. Dans cette disposition composent une carence de la vitalité organique et une inertie de l’élan spirituel. Certains s’éveillent de ce sommeil organique par des douches et quelques injections de glandes. Ils peuvent aussi exciter l’application à la vie par de patients exercices. Mais la plupart des cas requièrent LE COUP DE FOUET D’UNE VERITABLE CONVERSION A UNE CONSCIENCE RFLECHIE. « L’homme qui vit », nous l’appellerons l’homme de la conscience savourante. A sentir glisser en lui le courant de la vie, il prend un tel plaisir qu’il ne veut lui connaître ni au-delà, ni finalité. Il est perpétuellement semblable à l’adolescent qui respire, aime, s’épanouit dans la fraîcheur des jours heureux sans S’INQUIETER D’ORIGINES, DE DESSOUS, DE BUTS OU DE PROBLEMES. Tel est le mode fondamental de la conscience artiste, quelque promotion qu’elle puisse ensuite accepter. Elle ressent intensément les vibrations et les miracles de l’être, elle porte parfois jusqu’à la douleur ou à l’exaltation le spectacle des drames humains, mais ils n’existent pour elle que comme une nourriture savoureuse. Au-dessus de ceux-là est l’homme qui a enté sa conscience sur le royaume des valeurs. Il est bien plus essentiel que « l’homme qui produit », et nous l’appellerons l’homme de la conscience créatrice. L’élan spirituel l’arrache aussi bien au sommeil de l’automatisme qu’à la fascination du présent ou aux évasions de la conscience rêveuse. Il est tout entier un homme de l’avenir et de l’au-delà. Au-dessus de la vie, il y a pour lui UNE AUTRE EXISTENCE A CONQUERIR. Mais personne n’est en même temps plus présent à l’acte qu’il pose et aux hommes qui l’entourent. Quand le rationaliste parle du devoir d’« être conscient », il semble qu’il le limite à la lucidité analytique d’un savoir. Pour la conscience combattante, être conscient, c’est infiniment plus. Ce n’est pas refléter, c’est faire face. Or si nous consentons volontiers à regarder passer sur le miroir d’une vie rêveuse les ombres même cruelles d’une réalité qu’en fin de compte nous désertons, nous nous prêtons beaucoup moins volontiers à ce face à face, sur DES ROUTES PRECISES ET DROITES QUI NE LAISSENT PAS D’ECHAPPATOIRES, avec les mystères impérieux qui exigent notre choix et notre décision. La psychanalyse a rendu à la croissance peureuse le grand service de démasquer sa tendance à enterrer vivants les souvenirs, les problèmes, les questions qui l’embarrassent ou l’humilient. Elle nous propose le courage de les maintenir dans la conscience afin de les user ou de les sublimer dans l’action ; contre la politique de l’autruche, elle désigne comme une condition primaire de la santé de l’esprit le courage de ne pas « fuir ses ombres mentales », d’« aller au-devant de ses faiblesses intimes », d’énoncer en vérité ce que nous dissimulons sous des mensonges, en un mot LE COURAGE PREALABLE DE S’ACCEPTER TEL QUE L’ON EST. Mais ce goût de la vérité intérieure n’est pas une vertu de statisticien. C’est un hommage à la vérité qui sauve, contre le mensonge qui tue. C’est une option de valeur, un pari pour une vie droite, large, aérée. A ce moment seulement la conscience est parvenue à sa plénitude. La personne créatrice ne pénètre le réel et ne domine la vie que parce qu’elle a pris autorité sur eux par des appuis qui débordent la conscience. »

Emmanuel Mounier

Duhamel et Saint-Exupéry, ou les deux faces de l’humanisme

« Le choix conjoint de ces deux auteurs constitue la première clé du portrait. Duhamel et Saint-Exupéry sont tous deux des humanistes forgés par la guerre — l’un comme chirurgien dans les postes avancés de la Somme, l’autre comme pilote au-dessus d’Arras. Mais leurs humanismes divergent radicalement, et c’est cette divergence qui éclaire les valeurs du lecteur.

L’humanisme de Duhamel est médical, compassionnel, défensif. Il protège l’individu blessé contre les systèmes. Son Salavin — petit employé parisien qui touche le lobe d’oreille de son patron par un geste absurde et inexplicable, puis passe le reste de sa vie à tenter de devenir saint sans jamais y parvenir — est l’anti-héros par excellence. Babelio Salavin veut la grandeur morale avec une intensité dévorante, mais chaque tentative échoue : l’amitié, la sainteté, l’engagement politique, l’exil sous un faux nom. Wikipedia Il meurt en murmurant qu’il saurait, s’il devait recommencer. BNFA Son devenir est perpétuel et constamment empêché. Pourtant, aimer Salavin aux côtés des figures héroïques révèle une maturité décisive : la reconnaissance que la grandeur morale ne se mesure pas au succès mais à l’aspiration. Salavin et Fabien, le pilote de Vol de nuit qui meurt au-dessus des nuages, sont deux faces de la même exigence — l’un prouve par l’action, l’autre par l’honnêteté agonisante de l’inaction.

L’humanisme de Saint-Exupéry, lui, est aristocratique, exigeant, actif. « L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. » Chacune de ses œuvres explore le creuset transformateur : le désert libyen où il marche quatre jours après un crash, la tempête patagonienne où Guillaumet survit cinq jours dans les Andes (« Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait »), la mission absurde au-dessus d’Arras en juin 1940 alors que 17 équipages sur 23 ont déjà été perdus. Antoine de Saint ExupéryBibliothèque Sonore Romande Saint-Exupéry incarne aussi le renoncement comme preuve : aristocrate qui choisit le danger, écrivain reconnu qui insiste pour revoler à 43 ans malgré ses blessures, Literary Hub homme qui disparaît le 31 juillet 1944 dans son Lightning au-dessus de la Méditerranée. WikipediaBabelio Sa vie et sa mort fusionnent avec son œuvre — la rencontre homme/moment portée à son point d’incandescence.

Rivière, le chef de station de Vol de nuit, mérite une attention particulière. Il aime ses pilotes mais exige leur sacrifice. Le Petit LittéraireBabelio « Il lui est indifférent de paraître juste ou injuste. » Wikipedia C’est la solitude du chef élevée au rang de tragédie grecque — et cette figure résonne directement avec de Gaulle, autre homme seul portant le poids de décisions que personne d’autre ne veut prendre. Quant à Citadelle, cette méditation posthume inachevée sur l’autorité et la construction de la civilisation %sitename% (« la Citadelle se construit dans le cœur de l’homme »), Antoinedesaintexupery elle éclaire le versant spirituel de l’intérêt pour le devenir : non pas devenir soi seulement, mais forger l’homme, donner un sens à la communauté Antoinedesaintexupery par la contrainte acceptée.

La Chute et Le Fils : deux confessions devant le silence

Le choix de ces deux romans précis — et non L’ÉtrangerLa Peste ou les Maigret — est peut-être l’indice le plus révélateur du portrait.

La Chute est le roman de la prescience solitaire retournée contre soi. Jean-Baptiste Clamence, ancien avocat parisien vertueux, défenseur des pauvres, cédant sa place dans les autobus, Wikipedia découvre un soir, en n’intervenant pas quand une femme se jette du pont Royal dans la Seine, Wikipedia que toute sa vie de bonté n’était que vanité déguisée. ThriftBooks Sa chute n’est pas un événement mais une lucidité : il voit enfin ce qu’il refusait de voir — que ses vertus étaient un spectacle joué pour un public intérieur d’auto-admiration. La suite est plus vertigineuse encore : Clamence invente le métier de « juge-pénitent », se confessant avec brio pour mieux juger son interlocuteur. Etudes-camusiennesLES PETITES ANALYSES L’auto-accusation devient arme de supériorité morale. C’est le Verbe comme arme dans sa forme la plus perverse — la parole qui piège en feignant de se livrer.

Choisir La Chute plutôt que L’Étranger ou La Peste, c’est préférer l’examen de conscience radical au constat de l’absurde ou à la solidarité collective. C’est signaler un goût pour la lucidité la plus inconfortable — celle qui ne regarde pas le monde mais le miroir. L’homme qui place ce roman dans ses préférences est un homme qui se méfie de ses propres motifs, qui suspecte la part de théâtre dans sa propre vertu. Ce n’est pas un hasard si Camus a écrit La Chute après sa rupture avec Sartre, quand on l’accusait d’être une « belle âme » : le roman est en partie l’auto-examen de l’intellectuel qui doute de sa propre sincérité. WikipediaOpenEdition Le lecteur qui choisit ce livre partage cette disposition : il sait que la bonne conscience est le premier ennemi de la conscience. La-philosophie

Le Fils de Simenon opère dans un registre différent mais convergent. Le roman prend la forme d’une longue lettre qu’Alain Lefrançois, actuaire de 48 ans, adresse à son fils de 16 ans après la mort de son propre père. WikipediaWikipedia La lettre tourne en spirales autour d’un secret : jeune homme, Alain a provoqué la mort d’une jeune femme lors d’un avortement clandestin ; son père, préfet, a pris le crime sur lui et est allé en prison pour sauver l’avenir de son fils. Wikipedia Le mot final — « Bonsoir, fils » — est à la fois bénédiction, confession et fardeau. Amazon Ce qui se transmet entre générations, dans ce roman, ce n’est ni l’argent ni le statut, mais la culpabilité, le sacrifice et le poids du silence.

Les deux romans partagent une architecture identique : une confession adressée à un interlocuteur muet. Clamence parle à un homme qui ne répond jamais WikipediaLES PETITES ANALYSES ; Alain écrit à un fils qui ne lira peut-être jamais la lettre. CritiquesLibres Les deux protagonistes sont des bourgeois compétents qui ont construit des vies respectables par-dessus une catastrophe enfouie. Les deux retardent indéfiniment la révélation centrale, tournant autour comme on tourne autour d’une blessure. Et les deux posent la même question : peut-on être innocent ? La réponse, dans les deux cas, est non JeuxflorauxMajor Prépa — mais l’acte de poser la question, de se soumettre à l’examen, est présenté comme la seule forme d’honnêteté disponible.

Le choix du Fils plutôt que des Maigret révèle un homme pour qui la question de la filiation — que transmet-on ? que doit un père à son fils ? comment devient-on soi malgré ou contre l’héritage familial ? — n’est pas un thème parmi d’autres mais un enjeu existentiel central. Simenon disait vouloir peindre « l’homme nu, celui qui se regarde dans la glace en se rasant et n’a pas d’illusions sur lui-même ». Wikipedia C’est exactement le regard que cet homme valorise.

Les philosophes dissidents et le polar : deux exercices de lucidité

L’intérêt pour les philosophes post-68 critiques de 68 dessine un trait de caractère précis : le refus fondateur appliqué à la vie intellectuelle. Qu’il s’agisse d’Aron (la lucidité froide contre l’opium idéologique, le « spectateur engagé » qui préfère « le réel au vrai »), de Marcel Gauchet (la démocratie qui se retourne contre elle-même), Dissent Magazine de Luc Ferry et Alain Renaut (la défense du sujet autonome contre la dissolution structuraliste), Academia.edu de Philippe Muray (la satire féroce de l’Homo festivus et des « mutins de Panurge » qui se croient rebelles en conformant), Wikipedia de Régis Debray (le révolutionnaire désenchanté devenu médiologue, penseur de la transmission contre la communication), de Jean-Claude Michéa (le libéralisme économique et le libéralisme culturel comme deux faces de la même pièce, la « common decency » orwellienne trahie par la gauche progressiste) Google Books ou de Finkielkraut (la « défaite de la pensée » par le relativisme culturel) — tous partagent un même geste : dire non au consensus dominant depuis l’intérieur de leur propre camp.

Ce geste est structurellement identique au « refus fondateur » du cadre héroïque. Mais il s’exerce dans le champ intellectuel plutôt que militaire ou politique. Aron marginalisé par la gauche sartrienne, Michéa retiré à Montpellier loin du cirque parisien, Google Books Muray moqué puis redécouvert après sa mort — chacun a payé le prix de la dissidence. L’homme qui lit ces penseurs valorise le courage de penser contre : contre la mode, contre le groupe, contre la facilité de l’adhésion. C’est la prescience solitaire appliquée au champ des idées.

Le goût pour le polar — suédois (Sjöwall-Wahlöö, Mankell, Larsson) et américain — prolonge cette disposition dans un autre registre. Le roman policier, dans ses formes les plus exigeantes, est une anatomie sociale Google Books : Sjöwall et Wahlöö utilisaient explicitement le roman criminel « comme un scalpel pour ouvrir le ventre de l’État-providence idéologiquement appauvri ». Project MUSE Chaque enquête de Martin Beck fonctionne comme une radiographie sociale. Crime Fiction Lover Mankell hérite de cette tradition Project MUSE et y ajoute la mélancolie du témoin : Wallander voit la Suède se défaire sous le vernis égalitaire. Dans la tradition américaine, de Chandler à Connelly, le détective est le « chevalier en armure rouillée » — un agent moral solitaire dans un monde corrompu, qui tient bon sur une ligne que personne d’autre ne veut tenir. Mysteryarchive

Le lien avec les figures historiques est structurel. Le détective de polar est une version civile de la prescience solitaire : il voit ce que la majorité refuse de voir — la violence sous la civilité, la corruption sous l’institution, le mensonge sous le discours officiel. C’est Tabarly sur l’océan, Rabin face au consensus belliciste, Curie dans son hangar : des solitaires qui voient avant les autres et agissent seuls.

Cinq figures, une même grammaire de la grandeur

Les cinq figures historiques choisies — de Gaulle, Tabarly, Rabin, Jeanne d’Arc, Marie Curie — composent une constellation d’une cohérence saisissante lorsqu’on les passe au crible des sept patterns.

De Gaulle est le patron, la matrice. Il est premier dans la liste parce qu’il incarne tous les patterns simultanément avec une intensité maximale : le creuset (la défaite de 1940), la pré-construction de soi (trente ans de théorie militaire avant l’Appel), la prescience solitaire (seul à voir que c’est une guerre mondiale), le refus fondateur (le « non » du 18 juin), la rencontre homme/moment (un général inconnu et un micro de la BBC), le Verbe comme arme (l’Appel inscrit au registre Mémoire du monde de l’UNESCO), The London Moment le renoncement (l’exil, la clandestinité, les attentats). De Gaulle établit la grammaire ; les autres la déclinent dans des registres différents.

Tabarly est de Gaulle transposé sur l’océan — et privé de la parole. Sa victoire de 1964 Blogger reproduit la structure du 18 juin : un officier français, seul, sur un bateau qu’il a conçu lui-même, bat les Britanniques chez eux. Thedailysail Même prescience (il a anticipé les innovations qui deviendront standard trente ans plus tard — multicoques, foils), Grokipedia même refus du spectacle (il ne communique pas par radio pendant la course Giornale della Vela : « Je n’en avais pas envie »), même renoncement (le confort terrestre abandonné pour l’océan, la mort en mer sur le Pen Duick originel, à 66 ans, Merset Bateaux frappé par la bôme dans la nuit irlandaise). Peoplepill Mais Tabarly introduit une variation décisive dans le cadre : le silence comme forme d’éloquence. Là où de Gaulle manie le Verbe comme une arme, Tabarly manie son absence. « Nous ne sommes pas en mer pour bavarder. » Giornale della Vela Son mutisme n’est pas vide mais densité — la preuve que l’action se suffit à elle-même. Dans un cadre théorique qui fait du Verbe un pattern essentiel, Tabarly démontre que le refus du Verbe peut être le Verbe le plus puissant.

Rabin incarne le devenir le plus dramatique de la constellation : le guerrier devenu artisan de paix. Chef d’état-major pendant la guerre des Six Jours, The Times of Israel « héros de la guerre » aux yeux du public israélien, Wikipedia c’est le même homme qui, vingt-six ans plus tard, serre la main d’Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche en frémissant visiblement — et prononce ces mots de soldat : « Assez de sang et de larmes. Assez ! » All That’s Interesting La transformation est vertigineuse : renoncer aux conquêtes qu’on a soi-même remportées. C’est le renoncement comme preuve dans sa forme la plus radicale — non pas renoncer à ce qu’on n’a jamais eu, mais à ce qu’on a gagné au prix du sang. Son assassinat par un extrémiste juif, Who2 le 4 novembre 1995, Wikipedia les paroles de « Shir LaShalom » retrouvées dans sa poche imbibées de sang, Compact Histories font de sa mort l’inversion exacte de sa victoire de 1967 : le même corps, le même courage, mais pour la cause opposée. Rabin prouve que le refus fondateur peut changer de direction — qu’on peut dire « non » deux fois, une fois à l’ennemi, une fois à ceux qui refusent la paix avec l’ennemi.

Marie Curie est la seule scientifique, la seule femme — et ce choix est lui-même significatif. Née Maria Skłodowska dans une Varsovie Encyclopedia Britannica sous occupation russe où les femmes n’avaient pas accès à l’université, elle a construit son existence entière comme un acte de pré-construction de soi contre tous les déterminismes : femme dans un monde d’hommes, immigrée polonaise dans la France xénophobe de l’affaire Langevin, Wikipedia chercheuse pauvre dans un hangar misérable traitant des tonnes de pechblende pour en extraire 0,1 gramme de chlorure de radium. DPMA Son double prix Nobel (physique 1903, chimie 1911 Wikipedia — la seule personne à avoir obtenu des Nobel dans deux sciences différentesLexologyPubMed Central n’est que la surface visible d’une éthique absolue : elle a refusé de breveter le procédé d’isolation du radium Kronecker WallisDPMA (« Le radium est un élément chimique, il appartient à tous PubMed Central »), refusé la Légion d’honneur, continué à travailler alors que les radiations détruisaient son organisme. Ses cahiers de laboratoire, un siècle plus tard, restent radioactifs et doivent être conservés dans des coffres doublés de plomb. Nobel Prize Son corps est lui-même la preuve — le renoncement poussé jusqu’au don de sa propre chair. Einstein disait d’elle qu’elle était « la seule personne que la gloire n’ait pas corrompue ». DPMA

Jeanne d’Arc est la figure originelle, celle qui précède et contient toutes les autres. Adolescente paysanne entendant des voix, convainquant un roi, menant des armées, trahie par les institutions, brûlée à 19 ans — elle incarne chaque pattern à son point d’intensité maximale. Le fait qu’elle apparaisse dans l’essai sur le devenir héroïque ET dans les préférences personnelles signale qu’elle est le point de convergence entre l’analytique et l’intime : la figure où la réflexion théorique sur l’héroïsme rejoint l’admiration profonde.

Ce que révèle la phrase « Je ne vis pas avec des héros dans la tête »

Cette précision, apparemment modeste, est en réalité la clé de voûte du portrait. Un homme qui identifie sept patterns du devenir héroïque, qui admire de Gaulle, Jeanne d’Arc, Curie et Rabin, mais qui affirme ne pas vivre avec des héros dans la tête, dit quelque chose de précis : il distingue rigoureusement entre l’analyse de l’héroïsme et l’identification narcissique au héros. Il étudie le mécanisme sans s’y projeter. Il admire le processus sans se l’attribuer.

C’est exactement la posture de Clamence inversée. Clamence se prenait pour un homme vertueux et a découvert qu’il ne l’était pas. Wikipedia L’homme de ce portrait refuse la posture héroïque pour ne pas tomber dans le piège de la bonne conscience. La phrase fonctionne comme un garde-fou moral — l’équivalent, dans le registre de l’admiration, de la lucidité que La Chute exige dans le registre de la vertu. C’est aussi ce que Salavin enseigne : la distance entre ce qu’on aspire à être et ce qu’on est réellement n’est pas une honte mais une condition humaine qu’il faut regarder en face. Babelio

La phrase révèle aussi un rapport spécifique à la filiation intellectuelle. Cet homme ne se veut pas l’héritier de ses figures ; il les décrit comme « des gens qui ont ouvert des voies, ou tenu bon sur une ligne ». Le vocabulaire est celui du chemin, pas du monument. Les héros ne sont pas des statues à contempler mais des tracés à suivre — des directions, pas des destinations. »

« On faisait surgir aussi — et ce n’est pas le moins important — ce qu’appelait pour être pensé l’insaisisable passage de l’avant à l’après: cette rupture artificielle dans le cours du temps, cette coupure réflexive qu’on nomme l’instant présent Kairos, ce presque-rien, pour le dire comme Vladimir Jankélevitch, serait donc comme le siège instable de nos délibérations d’après coup, le lieu évanescent, évanoui aussitôt que saisi, des possibles et des impossibles, des espérances perdues et des regrets féconds, les lieux des  « si j’avais pu » et des  « si j’avais su ». « 

« Artificiel, le présent ? Oui, des lors que je le veux tenir, et représenter, alors que son essence est passage et transition. On songe au mot célèbre d’Augustin :  « Qui est ergo tempus? Si Nemo ex me quaerat, scio : si quaerenti explicare velim, nescio » ( « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais, si je veux l’expliquer, à celui qui demande, je l’ignore.  », Confessions, XI, 14) que je restreindrais au seul inexplicable par essence, au seul présent. « 

« Car pour ce qui est de l’avenir et du passé, les mots arrivent aisément.  À l’aube de la civilisation grecque, comme à l’aube de toute civilisation, le temps était sans doute inaperçu en lui-même ; il était atmosphèrique, pour le dire comme Le Senne de la valeur. « 

 » Mais pour peu qu’on se mit à le voir — et la tragédie, nous l’avons dit, nous le faisait voir — c’était le présent qui allait faire problème, et cela pour des siècles. Représentez donc un destin prodigieux aux tourments, et aux joies exceptionnels : vous devez le concentrez en un temps réduit, mais alors vous devrez aller jusqu’au bout de la concentration, et le moment surgira, insaisissable, alors que c’est lui qu’il faudrait saisir et fixer. Et si vous êtes grec, il vous apparaîtra dans son rapport avec la permanence, avec l’ordre éternel des choses, avec lesquels ce destin, pour fameux qu’il soit, devra prendre sa place, rien que sa place, sans jamais verser dans l’hybris, dans la démesure. »

« Ainsi le temps ne pouvait se dévoiler qu’une fois perçue sa plus imperceptible dimension, l’impalpable, l’insaisisable moment présent. Peut-être fallait-il à cette découverte l’alchimie propre à ses magiciens que furent les tragédiens grecs, à transposer le temps des hommes dans le temps de la tragédie, à refaire pour leur joie et la nôtre un temps plus dense et lourd qu’aucun vécu, ils avaient ouvert la voie à la pensée du présent, qui poserait à la philosophie infiniment plus de questions qu’elle n’en résoudrait jamais.  »

Lucien Jerphagnon, L’homme qui riait avec les dieux (Extrait)

« L’intention est tirée d’un fond commun ou d’une décision individuelle, elle ne peut être élaborée à partir d’une discussion entre des individus qui se proposeraient de réfléchir sur leurs interactions à venir.»

Maxime Parodi

«Moi je suis très heureux de pouvoir parler avec le courrier Picard… parce que ce n’est jamais le cas autrement, là c’est le cas: tout arrive, tout arrive !… (…) Je vous ai vu par exemple ces jours derniers, vous aviez fait exprès»

« J’étais en train de parler avec le procureur de la cour d’appel d’Amiens, je voulais pas vous déranger tout simplement… »

« Et les autres fois, les autres fois ? »

« Et comme vous êtes journalistes, vous lui avez dit que bien évidemment, les textes de lois prévoyaient bien que les pensions de retraites augmentaient au moins que l’inflation, devoir d’informer?… »

Merci, merci beaucoup… « « 

«Et vous me posez cette question ?… Écoutez… je pensais quand même que vous aviez une autre conception de la décence ? Votre fonction ça c’est votre choix ? Mais enfin ça c’est dans la droite ligne… de ce que vous écrivez vous dans votre journal. »

Xavier bertrand, LCP

«Vous devez vous rendre fort, le plus fort possible Vous devez savoir qu’il n’y a personne autour de vous qui peut avoir une force sur vous, si vous-même vous en avez une déjà, c’est-à-dire que si vous, vous-même vous faites votre propre pluton, pluton ne viendra pas de l’extérieur pour vous envahir, il sera de moins en moins important dans votre vie, bien sûr vous aurez toujours les gens qui seront plutoniens qui vont vous entourer ils vont s’occuper de leurs oignons, ils vont vous laisser tranquille, et vous aussi vous allez aussi pouvoir vous occuper quelque part, mais si vous laissez tout à l’abandon, si vous maîtrisez rien, là pluton va, entre guillemets,  « vous détruire », il va venir vous imposer sa loi »

Les rêves éveillés, Chaîne YouTube, Transformations, Aspects de Pluton

« La plupart est effectuée par des américains à d’autres américains grâce au manque de valeurs morales, comme je l’ai mentionnée avant. L’exposer à de vraies informations n’a plus d’effet désormais. Une personne qui est » demoralized » est incapable d’évaluer les vraies informations, les faits ne comptent plus pour elles. Même si je l’inonde d’informations, avec des preuves authentiques, des images, des photos, même si je la traîne de force dans des camps de concentrations ici en URSS, il n’y croira pas jusqu’à ce qu’il reçoive un coup dans la figure, quand les militaires écraseront sa figure, alors il entendera, mais pas avant, ça c’est le côté tragique de la démoralisation.»

Yuri Bezmenov

« Damoclès était un lâche flatteur, qui faisait bassement sa cour à Denys le tyran. Pour se rendre plus agréable à cet usurpateur, il affectait de l’élever au-dessus de tous les monarques de l’univers, et lui répétait sans cesse qu’il les surpassait en mérite, en richesse, en gloire, en puissance, et même en bonheur. Le tyran, qui vivait dans des frayeurs continuelles qu’on attentât à ses jours, n’ajoutait pas foi à ce dernier trait de son éloge. Il ne sentait que trop qu’il n’était pas le plus heureux prince de la terre, et il voulut le faire sentir pareillement à son flatteur. Il ordonna donc un jour qu’ou le revêtit de pourpreset de toutes les marques de la royauté. Il le fit asseoir à sa table, et servir comme s’il eût été en effet le maître du royaume. Le festin fut de la plus grande magnificence; et pendant que les mets les plus délicats flattaient son goût, une musique délicieuse charmait ses oreilles. Il jouissait avec ravissement d’une situation si charmante. Mais tandis qu’il en savourait la douceur, quelqu’un l’avertit de lever les yeux. Que deviņt-il, lorsqu’il aperçut au-dessus de sa tête une épée nue qui n’était attachée au lambris, qu’avec un crin de cheval il pålit, il frémit, il voulut quitter sa place, mais le roi le lui défendit. On continua de lui servir tout ce qui pouvait exciter son appétit ; les musiciens redoublèrent leurs efforts, et deployèrent toutes les richesses de l’harmonie; mais il ne goûtait plus rien, n’entendait plus rien; il n’était occupé que de cette fatale épée, qui pouvait à tout moment se détacher et le percer; sans cesse il avait les yeux sur elle. Le reste du temps qu’il passa à table lui parut un siècle, et il ne respira que lorsqu’enfin il lui fut permis de sortir de cette cruelle position. Cette cruelle position de Damoclès est la nôtre. La mort tient continuellement la faux levée sur nos têtes, il n’y a pas d’instant où elle ne puisse nous porter le coup fatal. Comment donc pouvons-nous boire, manger, dormir, rire, nous amuser tranquillement? Damoclès se montra bien plus sage que nous. Du moment qu’il eut aperçu le glaive menaçant, insensible à tout autre objet il ne le perdit plus de vue, il se tint continuellement sur ses gardes. Telle devrait être notre conduite. Toutes les richesses, tous les honneurs, tous les plaisirs du monde devraient nous être indifférents; nous ne devrions penser qu’à prendre de sages mesures, non pas pour éviter la mort qui est inévitable, mais pour n’en être pas surpris dans un état où elle aurait pour nous des suites fuuestes. Damoclès voyait, à la vérité, l’épée suspendue sur sa tête, et nous ne voyons pas la mort prête à nous frapper: mais la raison et la religion ne suppléent-elles pas à cette vue corporelle? et le danger continuel où nous sommes d’être surpris par la mort, n’est-il pas aussi évident que si nous voyions de nos yeux sa faux redoutable menacer nos têtes. »

Bonaventure, Histoires et parabole

« Le test de Rorschach ou diagnostic psychologique de Rorschach est un outil d’évaluation psychologique de type projectif. Il a été élaboré par le psychanalyste suisse Hermann Rorschach en 1921. Il consiste en une série de planches graphiques présentant des taches globalement symétriques a priori non figuratives qui sont proposées à la libre interprétation de la personne évaluée. Analysées par la personne administrant le test, les réponses fournies servent à comprendre l’organisation du fonctionnement psychologique du sujet, à travers l’exploration des processus perceptifs. Il devient possible d’établir une relation entre la perception et la personnalité.

Tache utilisée lors d’un test de Rorschach
Le test est controversé d’un point de vue scientifique – les psychologues expérimentaux estimant que les recherches qui se fondent sur sa passation justifient insuffisamment leurs interprétations[1]. Néanmoins, il reste largement utilisé en psychologie clinique[2] et dans l’évaluation psychologique plus généralement (médico-légal, recrutement, etc.).

Le test de Rorschach est généralement associé à la paréidolie, phénomène psychologique qui se base sur l’interprétation personnelle de considérer des formes indéfinies (nuages, flaques, rocher) comme des formes reconnaissables (le nuage ressemble à une poule, la flaque évoque une carte de pays, le rocher a la forme d’un visage humain, etc.)[3],[4]»

Le test de Rorschach Wikipédia

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Test_de_Rorschach

«Ce style particulier traduit une volonté de saisir la réalité dans toutes ses dimensions, dans toutes ses perceptions possibles, dans toutes les facettes du prisme des différents intervenants. On rejoint les préoccupations des impressionnistes : la réalité n’a de sens qu’à travers la perception, réelle ou imaginaire, qu’en a le sujet. Le prisme n’est pas que celui des acteurs, mais aussi celui de l’auteur qui se trouve dans plusieurs angles de vue avec le temps qui passe, le point de vue du moment présent, le point de vue du moment passé, le point de vue du moment passé tel qu’il le revit au présent. » 

À la recherche du temps perdu, roman de Marcel Proust, Wikipédia

« Deux fresques parallèles, deux atmosphères d’un même pays qui bascule du rêve à la catastrophe. Le sujet est suffisamment précis et riche pour que je lance directement la recherche approfondie. »

« Je vais faire travailler l’enquête sur les deux volets que tu décris : l’Allemagne de 1935-36 dans son ivresse de reconquête, de fierté, de propagande triomphante (presse, discours, Jeux de 36, sport, promesses) — puis l’Allemagne de 42-44 dans sa dissociation croissante entre le discours officiel et la souffrance du terrain, les bombardements, les pertes, le double langage, la population qui s’accroche aux mensonges pour ne pas s’effondrer. Le tout appuyé sur des historiens, témoignages, sociologues, psychanalystes. Deux parties séparées, sans transition, comme deux chapitres indépendants d’un rêve interrompu. »

Claude Ai, Requête

Berlin et le Reich en 1935–1936 puis en 1944 : deux climats publics sous la dictature nazie

« Le point méthodologiquement décisif, pour vos deux “moments”, est le suivant : on ne peut pas lire la “presse” et la “parole publique” dans une dictature comme si c’était un débat libre. Dès 1933, les mécanismes institutionnels et juridiques ont vidé le parlement et encadré l’information : le parlement ne devient plus qu’un décor, tandis que l’exécutif gouverne par textes unilatéraux (lois/décrets). Le Bundestag résume cet effondrement institutionnel : après la loi des pleins pouvoirs de 1933, le Reichstag ne se réunit que rarement (19 fois) et vote très peu de lois, tandis que le gouvernement en édicte des centaines sans véritable procédure parlementaire. 

La comparaison 1935–36 / 1944 doit donc être lue comme la comparaison entre deux régimes de vérité :

  • un régime “d’adhésion-spectacle” où la coercition est réelle, mais où l’enthousiasme et l’enchantement collectif sont activés (1935–36) ;
  • un régime “de survie-sous-terreur” où l’écart entre récit officiel et réalité devient énorme, sans produire mécaniquement une rupture (1944). 

Allemagne 1935–1936 : Berlin comme vitrine d’un rêve national redevenu plausible

À l’échelle de Berlin et du Reich, 1935–36 est un moment où le régime semble “tenir sa promesse” : ordre, reprise, grandeur retrouvée, fin du “chaos” fantasmé de l’après-1918, et surtout impression que l’Histoire revient du côté allemand. Les spectacles politiques (rassemblements, mises en scène de masse), les succès diplomatiques risqués mais gagnants (Rhineland), et l’énorme mobilisateur symbolique des Jeux de Berlin s’imbriquent. 

1936 Summer Olympics - Opening Ceremony
8. Zeppelin Field | General Plan of the Nazi Party Rally Grounds
Reoccupation
Der Untergang der "Wilhelm Gustloff" vor 80 Jahren - [GEO]
Igrzyska olimpijskie w Berlinie (1936) w filmie i na fotografii | Portal historyczny Histmag.org - historia dla każdego!
Into The Rhineland

Spectacle et “normalisation” : l’adhésion n’a pas besoin d’être totale pour être massive

Même dans les milieux non nazis, l’adhésion peut naître d’un mécanisme banal : l’accoutumance. Le journaliste et essayiste Milton Mayer, à partir d’entretiens d’après-guerre, décrit le processus de glissement : chaque mesure paraît petite, “expliquée”, “regrettée” parfois, et l’ensemble n’est visible que trop tard — comme une croissance qu’on ne voit pas “au jour le jour”. 

Ce mécanisme ne nie pas la violence : il explique comment une dictature peut devenir “normale” pour ceux qu’elle ne frappe pas directement. C’est la logique de brutalité sélective : les coups les plus visibles ciblent des minorités, des opposants, des marginaux ; pour la majorité “dans le cadre”, la vie publique peut paraître stabilisée — et l’auto-censure devient une habitude sociale. Une fois cette normalisation installée, l’État n’a pas besoin de tout imposer lui-même : il bénéficie d’une dynamique décrite par l’historien Ian Kershaw comme le fait de “travailler en direction du Führer”, c’est‑à‑dire l’initiative d’acteurs ordinaires (administratifs, économiques, voisins) qui anticipent ce que le pouvoir veut et le réalisent, parfois pour des raisons idéologiques, parfois par opportunisme, carrière, règlement de comptes. 

Berlin 1936 : les Jeux comme masque, et comme preuve “internationale” de respectabilité

Les Jeux olympiques d’été de 1936 fonctionnent comme une opération de crédibilité internationale et un produit intérieur pour le régime : vitrine d’ordre, de modernité, d’hospitalité. Des sources muséales et historiques soulignent que le régime atténue temporairement certains signaux antisémites dans l’espace public afin de séduire les visiteurs étrangers (retrait de panneaux anti-juifs, mise à l’écart du journal violemment antisémite Der Stürmer à Berlin, etc.). 

Un marqueur important : l’après-coup du récit. L’athlète Jesse Owens dira plus tard que le dictateur ne l’aurait pas “snobé” et qu’il se sentit davantage ignoré par le président Franklin D. Roosevelt (pas d’invitation ni de télégramme). Ce point est souvent simplifié à l’excès ; ce qui compte ici, c’est le succès de camouflage : une fête mondiale peut coexister avec un régime raciste et policier, et produire malgré tout un sentiment de “France/Angleterre/monde nous regardent, et ils viennent”. 

Allemagne 1935–1936 : économie, loisirs de masse, et destruction achevée des freins institutionnels

Une reprise réelle, mais très politisée et de plus en plus militarisée

Le régime capitalise sur la baisse du chômage et une reprise visible, mais cette reprise est rapidement arrimée au réarmement. Dans l’analyse d’Adam Tooze, la fonction stratégique de la politique économique est centrale : la mobilisation pour l’armement devient un moteur majeur de l’activité et du compromis social. 

Un mécanisme financier clé est le montage des MEFO bills, conçu pour financer le réarmement en contournant les contraintes. Les documents du procès de Nuremberg (édition “Nazi Conspiracy and Aggression” sur le projet Avalon) indiquent :

  • qu’en 1938, 12 milliards de Reichsmarks de MEFO bills sont en circulation ;
  • et que le prêt direct de la banque centrale au gouvernement était statutairement limité à 100 millions de Reichsmarks, ce que la MEFO permet de contourner.
    Même sans reprendre slogan pour slogan, l’ordre de grandeur est parlant : 12 milliards / 0,1 milliard = 120 fois le plafond légal — une “reprise” payée par dette cachée et militarisation. 

Les loisirs comme politique : “acheter” la loyauté par l’expérience de masse

Le programme Kraft durch Freude (KdF) est un outil d’intégration et de pacification social : donner une expérience de “dignité” et de consommation populaire sans augmenter proportionnellement les salaires, et ancrer l’État-parti dans l’intime (vacances, excursions, sport, culture). Une étude de synthèse sur l’histoire du tourisme fournit des statistiques saisissantes : 2,3 millions de voyages en 1934, 5 millions en 1935, jusqu’à 10,3 millions en 1938 ; et 43 millions de voyages/croisières/randonnées vendus à bas prix dans les six années avant la guerre. 

Ce que cela produit en 1935–36 n’est pas seulement “du divertissement”. C’est un message social : la dictature se présente comme celle qui “rend la vie possible” et “répare l’humiliation”, tout en durcissant en arrière-plan l’exclusion raciale et l’armement.

Le parlement comme décor : la démocratie est déjà un cadavre administratif

Vos questions sur “ce qu’il reste du parlement” en 1935–36 reçoivent une réponse brutale : quasiment rien. Le Reichstag sert de scène, pas de contre-pouvoir. Le rappel du Bundestag (institution actuelle, parlant de ce passé) est net : après 1933, le Reichstag ne vote qu’un nombre infime de lois, pendant que le gouvernement légifère massivement hors du cadre parlementaire. 

En 1935, l’exemple le plus connu de “loi vitrine” votée dans un dispositif sans pluralisme est celui des lois raciales (les “lois de Nuremberg”), qui institutionnalisent l’exclusion des Juifs et redéfinissent la citoyenneté. Elles participent à la fois d’un coup juridique et d’une pédagogie sociale : on apprend aux gens qui compte, et qui ne compte plus. 

Allemagne 1944 : Berlin en guerre totale, effondrement matériel, contrôle par la peur

En 1944, Berlin n’est plus une vitrine : c’est un lieu de survie. Ce qui domine, c’est la combinaison de quatre réalités :

  • la guerre devient objectivement défavorable ;
  • la souffrance civilo-militaire s’étend ;
  • la propagande doit gérer un écart gigantesque entre discours et faits ;
  • le régime répond par un durcissement de la violence interne (contre “défaitistes”, “traîtres”, déserteurs). 
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La “guerre totale” comme ligne de front intérieure

Le discours de la guerre totale n’est pas juste une rhétorique : c’est une tentative de transformer la peur et le manque en vertu politique. Après la défaite de Stalingrad, Joseph Goebbels prononce au Sportpalast (février 1943) un discours qui illustre le basculement : on ne promet plus un triomphe facile, on exige “sacrifice” et mobilisation totale. 

En 1944, cette logique s’accompagne d’un durcissement policier et judiciaire : la dictature ne “tient” pas seulement par la persuasion, mais par l’augmentation des coûts de la sortie (désertion, critique, doute public).

Terreur contre les siens : désertion, “défaitisme”, justice militaire comme instrument de contrôle

Votre chiffre “15 000–18 000” pointe une réalité massive, même si l’estimation varie. Une source de référence de la Bundeszentrale für politische Bildung indique qu’environ 20 000 déserteurs furent condamnés à mort par la justice militaire, et qu’environ 15 000 de ces peines furent exécutées avant la fin de la guerre. 

Autrement dit : au moment où la guerre se dégrade, l’État exécute massivement ses propres soldats pour empêcher l’effondrement disciplinaire.

Le contrôle de fin de guerre passe aussi par des formes accélérées de justice et de répression. Les travaux sur la justice transitionnelle et l’histoire des violences politiques soulignent l’existence de juridictions militaires expéditives, dont les “fliegende Standgerichte” (tribunaux “volants”) font partie du répertoire répressif de la fin de régime. 

Allemagne 1944 : information, rumeurs, dissonance et propagande comme béquille psychologique

“Que savaient les gens ?” La réponse sérieuse est : beaucoup savaient quelque chose, peu savaient tout

Vous demandez une enquête qui prenne au sérieux l’idée que les Allemands ordinaires étaient “bien informés” des atrocités. On doit éviter deux caricatures :

  • “ils ne savaient rien” (mythe pratique, très utile après 1945) ;
  • “ils savaient tout en détail” (surestimation).

Une recension universitaire détaillée (H-Soz-Kult) du livre What We Knew de Eric A. Johnson et Karl-Heinz Reuband donne des chiffres (enquêtes + entretiens) : selon les villes étudiées, 27–29% des Allemands non juifs déclarent avoir eu des informations sur le meurtre de masse avant la fin de la guerre, et 10–13% disent l’avoir “soupçonné”. En corrigeant l’effet d’âge (les plus âgés ayant été généralement plus informés), les auteurs aboutissent à environ un tiers des Allemands ayant “entendu ou su quelque chose” avant la fin — avec une divergence d’interprétation : Reuband avance “environ un tiers”, Johnson tend vers une estimation plus haute. 

Ce résultat est compatible avec l’intuition de l’historien Peter Longerich : le meurtre de masse n’est pas un processus invisible ; il s’étend dans l’Europe occupée avec des centaines de milliers de participants et “sous les yeux” de très nombreux témoins, et il nécessite une continuité de décisions et d’exécutions jusqu’aux derniers mois. 

La propagande dans l’écart : tenir malgré le réel

En 1944, la propagande ne peut plus seulement “vendre le futur” : elle doit empêcher l’effondrement psychologique et social. La question devient : comment faire coexister la perception quotidienne (ruines, morts, pénurie), les nouvelles militaires, et un récit d’issue salvatrice ?

Plusieurs mécanismes se combinent, documentés par la recherche sur les publics du nazisme et les usages médiatiques :

  • la presse du parti est perçue comme exagérant les “succès” et tend à perdre de la crédibilité, ce qui force le régime à miser davantage sur d’autres canaux et sur la contrainte sociale ; 
  • le langage politique devient un instrument d’anesthésie morale et cognitive : le philologue Victor Klemperer formule l’idée célèbre que les mots peuvent agir comme de petites doses d’arsenic : avalées sans effet immédiat, mais toxiques à terme. C’est une description clinique de la façon dont une langue officielle peut réduire l’espace mental de la critique. 
  • l’“initiative par anticipation” décrite par Ian Kershaw (“travailler vers le Führer”) continue : quand l’État a moins de moyens matériels, il peut paradoxalement compter davantage sur l’autodiscipline, la dénonciation, la surveillance mutuelle, et le zèle d’acteurs locaux. 

Ce cocktail aide à comprendre votre intuition : il n’y a pas nécessairement de “point de rupture”. Dans une dictature, quand l’écart discours/réalité devient maximal, deux réactions peuvent coexister : cynisme privé et conformisme public ; désespoir intime et obéissance extérieure ; “je n’y crois plus” et “je fais comme si”. Le système punit la rupture visible et rend la fuite coûteuse (jusqu’à la mort), tout en fournissant un récit minimal de sens (“sacrifice”, “destin”, “survie de la nation”). 

Comparaison et jugement historique

Entre 1935–36 et 1944, on ne passe pas d’un “peuple hypnotisé” à un “peuple lucide”. On passe d’un régime qui peut encore promettre à un régime qui ne peut plus que sommer — et qui, pour continuer, augmente la dose de terreur interne.

En 1935–36, l’adhésion fonctionne parce qu’elle s’appuie sur des prises concrètes : amélioration visible pour une partie de la population, loisirs de masse, sentiment de retour de puissance, spectacles (dont les Jeux) et victoire diplomatique sans sanction immédiate (Rhineland), pendant que l’État a déjà neutralisé le parlement et domestiqué l’information. 

En 1944, la cohésion tient moins par la promesse que par la combinaison peur + habitude + dissonance : une part importante de la population a entendu quelque chose des crimes de masse ; une part (au moins) se résout à “tenir” par loyauté, peur des conséquences, ou enfermement moral ; et l’État rend la dissidence publiquement dangereuse (jusqu’à exécuter massivement ses propres soldats). 

Le jugement le plus net, si l’on refuse les fictions consolantes : un système peut obtenir une acquiescence maximale sans unanimité, et continuer quand tout se dégrade, parce qu’il a détruit très tôt les freins institutionnels et appris à transformer la société en relais (par initiative anticipatrice, par langue, par récompenses, puis par terreur). »

Berlin et le Reich : Deux climats publics sous la dictature nazie (1935-1936 / 1944)

« L’évolution du climat public au sein de l’Allemagne nationale-socialiste entre le milieu des années 1930 et l’année charnière 1944 représente l’une des trajectoires sociopolitiques les plus complexes de l’histoire moderne. Cette période voit la transition d’une dictature charismatique, largement soutenue par un consensus populaire né du redressement économique et de la fierté nationale retrouvée, vers un régime de terreur atomisé, marqué par la dévastation matérielle et une dissonance cognitive généralisée face à l’inéluctabilité de la défaite. L’analyse des sources primaires, notamment les rapports de sécurité du SD (Meldungen aus dem Reich), les journaux intimes de figures telles que Victor Klemperer et les recherches historiographiques de Ian Kershaw et Peter Longerich, permet de reconstruire les deux visages antithétiques de Berlin et du Reich. »

Chapitre I : Le zénith de la séduction et l’illusion de la normalité (1935-1936)

« Au milieu des années 1930, le régime nazi semble avoir réussi le pari de la stabilisation après les turbulences de la prise de pouvoir et l’épuration sanglante de la SA en 1934. Berlin devient alors le centre névralgique d’une mise en scène grandiose, visant à projeter l’image d’une nation pacifiée, prospère et unifiée sous l’autorité d’un chef providentiel. Ce climat public repose sur une alchimie entre succès économiques réels, ingénierie sociale par le loisir et une diplomatie audacieuse qui restaure la souveraineté allemande.

La stabilisation économique et l’alchimie financière des bons MEFO

Le premier pilier du soutien populaire entre 1935 et 1936 est la perception d’un « miracle économique ». Après des années de chômage de masse et d’instabilité sous la République de Weimar, le régime hitlérien parvient à restaurer le plein emploi, un fait qui restera dans la mémoire collective comme la plus grande réussite de la dictature. Cette réussite n’est pas seulement statistique ; elle est vécue par des millions de foyers comme un retour à la dignité et à la sécurité matérielle.

Le mécanisme de ce redressement repose sur les choix audacieux de Hjalmar Schacht, ministre de l’Économie et président de la Reichsbank. Pour financer le réarmement massif sans provoquer d’inflation immédiate ni vider les réserves de devises, le régime a recours aux bons MEFO (Metallurgische Forschungsgesellschaft). Ces traites, garanties par l’État mais émises par une société écran, permettent de créer du crédit ex nihilo pour payer les commandes militaires. Cette « alchimie financière » soutient une croissance industrielle rapide, tout en masquant l’ampleur de l’endettement public. En 1935, le réarmement devient la priorité absolue du cabinet, comme Hitler l’avait promis dès février 1933.

Indicateurs économiques et sociaux (1932-1936)19321933193419351936
Chômeurs (en millions)6,04,82,72,11,6
Revenu national (milliards de RM)45,246,552,759,164,9
Indice de la production industrielle53618096107
Dépenses militaires (milliards de RM)0,71,94,15,510,3

L’analyse des données montre une corrélation directe entre l’investissement militaire et la baisse spectaculaire du chômage, créant un climat de confiance dans la gestion économique du Führer.

Cette embellie économique favorise une « normalisation » de la dictature. Pour l’ouvrier moyen, la fin de l’angoisse du lendemain compense la perte des libertés syndicales. Bien que les salaires réels stagnent et que la qualité de l’alimentation commence à décliner en raison de la politique d’autarcie, la stabilité de l’emploi génère une loyauté profonde envers le régime. Les entreprises, de leur côté, voient leurs profits augmenter considérablement, consolidant l’alliance entre le patronat et le pouvoir nazi.

Kraft durch Freude : L’ingénierie sociale par le loisir

Le climat public de 1935 est indissociable de l’organisation Kraft durch Freude (KdF – La Force par la Joie), branche de la Deutsche Arbeitsfront (DAF). La KdF ne se contente pas d’organiser le temps libre ; elle vise à coloniser la sphère privée et à créer une nouvelle culture prolétarienne fidèle au régime. En rendant accessibles des activités autrefois réservées à la bourgeoisie — croisières, tennis, golf, voyages à l’étranger —, le régime prétend abolir les barrières de classe au profit de la Volksgemeinschaft (communauté du peuple).

En 1934, environ 2,3 millions de personnes bénéficient des vacances KdF ; ce chiffre s’élève à 10,3 millions en 1938. Berlin voit partir des trains spéciaux pour les Alpes ou la mer du Nord, tandis que la DAF commande des paquebots de croisière ultra-modernes comme le Wilhelm Gustloff. Ces navires, équipés de haut-parleurs diffusant la propagande nazie, sont des microcosmes de la société idéale que le régime souhaite construire : une société saine, disciplinée et dévouée à son chef.

L’un des projets les plus emblématiques de cette période est la construction de la station balnéaire géante de Prora, sur l’île de Rügen, conçue pour accueillir simultanément 20 000 vacanciers. Parallèlement, le lancement de la « KdF-Wagen » (future Volkswagen) cristallise les aspirations de consommation de la classe moyenne. Bien que la production soit détournée vers les besoins militaires avant que les premiers souscripteurs ne reçoivent leur voiture, le système de carnet d’épargne (5 RM par semaine) fonctionne comme un puissant outil d’adhésion psychologique au futur promis par le régime.

Coût des voyages subventionnés par la KdF (1935)DestinationDuréeCoût (RM)
Forêt de ThuringeMontagne1 semaine28
Côte de la Mer du NordMer1 semaine35
Lac de ConstanceFrontière suisse2 semaines65
Croisière en ItalieMéditerranée10 jours155

Avec un salaire hebdomadaire moyen de 30 RM, ces tarifs démontrent l’accessibilité réelle des loisirs pour une partie de la classe ouvrière, renforçant le sentiment de « progrès social » sous le nazisme.

Le Mythe du Führer et le mécanisme de la radicalisation cumulative

Le climat public des années 1935-1936 est dominé par ce que Ian Kershaw a théorisé comme le « Mythe du Führer ». Hitler est perçu non pas comme un politicien traditionnel, mais comme l’incarnation même de la nation, au-dessus des querelles partisanes et des échecs de la bureaucratie locale. Ce culte de la personnalité est alimenté par une série de succès perçus comme des victoires historiques contre l’humiliation du traité de Versailles.

La remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936 marque l’apogée de cette ferveur. En défiant les puissances occidentales sans déclencher de guerre, Hitler valide son image de génie visionnaire. Les rapports sur l’opinion indiquent que même les opposants de longue date commencent à se rallier, fascinés par l’audace et le succès du « chef ». C’est dans ce contexte que s’installe le principe du « travail vers le Führer » (dem Führer entgegenarbeiten) : les fonctionnaires et les citoyens ne se contentent plus d’obéir à des ordres, ils cherchent activement à interpréter les souhaits d’Hitler pour les mettre en œuvre, accélérant ainsi la radicalisation du régime par le bas.

Cependant, cette unité apparente masque une réalité plus sombre. Les lois de Nuremberg de septembre 1935 institutionnalisent l’antisémitisme et excluent les Juifs de la citoyenneté du Reich. Bien que certains cercles conservateurs aient pu exprimer des réserves sur la forme, le fond de cette législation est accepté par une population qui voit dans cette « séparation » un retour à l’ordre après les violences désordonnées des premiers mois de la dictature. L’antisémitisme devient un élément de la routine administrative, une forme de « mort civile » qui ne perturbe pas le confort des « Aryens » intégrés à la communauté nationale.

Berlin 1936 : La vitrine olympique et la mise en scène du monde

Les Jeux Olympiques de Berlin en août 1936 représentent l’exercice de relations publiques le plus sophistiqué du régime. Pour Berlin, c’est l’occasion de se présenter comme une métropole moderne, cosmopolite et accueillante. Sous les ordres de Goebbels, le régime opère un retrait temporaire de sa propagande raciale la plus virulente. Les panneaux antisémites sont retirés des routes principales, les journaux comme Der Stürmer disparaissent des kiosques, et une trêve est observée dans les persécutions religieuses.

Pour les visiteurs étrangers, le spectacle est éblouissant. Les infrastructures sportives, le nouveau stade olympique d’une capacité de 100 000 places, et l’ordre parfait qui règne dans la ville projettent l’image d’une Allemagne forte et unie. Le succès de l’athlète noir américain Jesse Owens, qui remporte quatre médailles d’or, devient une anecdote célèbre de ces jeux. Bien que Goebbels exprime son dégoût dans son journal intime (« Une honte pour les peuples blancs »), Owens lui-même témoignera avoir été accueilli chaleureusement par le public allemand, soulignant la complexité du climat public : un mélange d’enthousiasme sportif sincère et d’adhésion à un système qui, officiellement, le considérait comme inférieur.

Cette période est celle de la « séduction ». Le régime ne s’appuie pas encore prioritairement sur la terreur pour obtenir l’obéissance, mais sur le consentement. La Gestapo reste un appareil relativement restreint, car la dénonciation volontaire et l’autocensure suffisent à maintenir l’ordre. Le sentiment de « vivre une époque historique » et de participer à la reconstruction de la grandeur nationale occulte les signaux d’alarme d’une militarisation croissante et d’une exclusion radicale. »

Chapitre II : L’effondrement dans la terreur et la désintégration du consensus (1944)

« En 1944, l’Allemagne nazi est entrée dans une phase de décomposition terminale. Le climat public n’est plus celui de l’adhésion, mais celui d’une survie désespérée sous un régime qui a radicalisé ses méthodes de coercition pour empêcher l’effondrement du « front intérieur ». Berlin, autrefois vitrine du Troisième Reich, est devenue un champ de ruines où la population subit les assauts continus de l’aviation alliée et la pression d’une police politique devenue omniprésente.

La guerre totale et la vie sous les décombres berlinois

Après la défaite de Stalingrad et le discours de Goebbels sur la « guerre totale » en février 1943, le quotidien des Allemands se dégrade brutalement. En 1944, la guerre n’est plus un événement lointain dont on suit les succès à la radio ; elle est au cœur de la ville. Les bombardements stratégiques de la RAF et de l’USAAF transforment Berlin en un paysage apocalyptique.

Les témoignages de survivants décrivent une atmosphère saturée de poussière, d’odeurs de brûlé et de privations extrêmes. Les Berlinois passent leurs nuits dans des abris anti-aériens ou des bunkers géants comme celui de Humboldthain, une structure indestructible de cinq étages capable d’abriter des milliers de civils tout en servant de plateforme pour la DCA. La souffrance physique est doublée d’une angoisse psychologique permanente. Le phénomène des « serpents de feu » — le phosphore des bombes incendiaires coulant sur les façades — et les cris des personnes emprisonnées dans les caves deviennent des traumatismes durables pour la population.

Impact des raids aériens sur Berlin (Exemple 1944)Données estimées
Population sans abri à la suite d’un raid majeurJusqu’à 175 000 personnes
Nombre moyen de morts par raid lourd2 000 à 6 000
Surface urbaine détruite dans les centres-villes60% à 70%
Durée maximale d’une alerte continue2 heures

La vie se replie sur la survie élémentaire. Le moral civil, autrefois porté par les victoires éclair, s’effondre au profit d’une apathie teintée d’humour noir, illustré par des expressions comme « Windows ’99 » pour désigner les fenêtres scotchées contre le souffle des explosions.

Les rapports du SD et la crise de confiance envers l’élite

Les rapports secrets de sécurité du SD (Meldungen aus dem Reich) de 1944 révèlent une fracture béante entre le peuple et l’appareil du parti NSDAP. Si le « Mythe du Führer » conserve encore une certaine résilience par manque d’alternative, les « petits Hitler » locaux — Gauleiters et chefs de cellule — font l’objet d’un mépris généralisé. On leur reproche leur corruption, leur arrogance et leur capacité à se ménager des « portes dérobées » (Hintertüren) pour échapper aux privations de la guerre totale.

La population note avec amertume que les dirigeants du parti continuent de mener grand train, agrandissant leurs villas ou se construisant des abris privés somptueux alors que les civils s’entassent dans des caves insalubres. Cette perception d’injustice sociale mine le concept de Volksgemeinschaft. Les travailleurs recommencent à penser en termes de classes sociales, se sentant exploités par une élite politique qui « prêche l’eau mais boit du vin ».

La propagande de Goebbels, autrefois si efficace, perd de son crédit. Les Allemands apprennent à « lire entre les lignes » des communiqués officiels. Les retraites militaires, qualifiées de « mouvements de désengagement » (Absatzbewegungen) ou de « raccourcissements de front », sont immédiatement perçues pour ce qu’elles sont : des défaites. Pour obtenir des informations fiables, beaucoup se risquent à écouter les radios étrangères (BBC), malgré la menace de la peine de mort.

La connaissance de la Shoah et la complicité par le sang

Un aspect central du climat public de 1944 est le degré de pénétration de la réalité du génocide juif au sein de la population. Les recherches de Peter Longerich et les enquêtes de Johnson et Reuband indiquent que l’extermination n’était plus un secret d’État absolu, mais un « secret de polichinelle ». Environ un tiers de la population avait connaissance des massacres de masse à l’Est, que ce soit par le biais de lettres de soldats, de récits de permissionnaires ou de la simple observation de la disparition définitive des populations juives locales.

Cette connaissance produit un effet paradoxal sur le moral. Plutôt que de provoquer une révolte, elle lie le peuple au régime par une forme de complicité forcée. La propagande nazie exploite cette culpabilité diffuse en présentant la guerre comme un combat biologique pour la survie : si l’Allemagne perd, la « vengeance juive » sera impitoyable. Ce sentiment d’être « dans le même bateau » que les dirigeants criminels pousse une partie de la population à continuer le combat, non plus par conviction idéologique, mais par terreur des conséquences de la défaite. La Shoah devient ainsi un ciment négatif de la communauté nationale.

La radicalisation de la justice militaire et les Standgerichte

Face à l’érosion du moral et à la multiplication des désertions (environ 10,26 pour 1 000 hommes), le régime bascule dans une terreur intérieure sans précédent. L’année 1944 voit une explosion du nombre d’exécutions militaires. Alors que l’armée britannique n’exécute que quatre soldats pendant tout le conflit, la Wehrmacht en fusille ou pend entre 15 000 et 20 000.

Le symbole de cette dérive est la création des fliegende Standgerichte (cours martiales volantes). Ces tribunaux mobiles, autorisés par Hitler et souvent dirigés par des officiers sans formation juridique comme le général Rudolf Hübner, parcourent le Reich pour juger et exécuter sommairement les « lâches » et les « défaitistes ». À Berlin, des soldats et des civils sont pendus aux lampadaires avec des pancartes infamantes : « J’ai été pendu ici parce que j’ai douté de la victoire finale » ou « Je suis un déserteur ».

Cette terreur ne vise plus seulement les ennemis extérieurs ou raciaux, mais le cœur même de la société allemande. Le traumatisme de l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler accentue cette paranoïa. L’exécution de figures comme l’amiral Canaris ou le théologien Dietrich Bonhoeffer montre que personne n’est à l’abri. Le climat public est alors marqué par une « atomisation » : la peur du voisin, du collègue ou même de l’enfant endoctriné dans la Hitlerjugend brise les liens sociaux élémentaires.

LTI : L’agonie du langage et la dissonance finale

Victor Klemperer, dans son ouvrage Lingua Tertii Imperii (LTI), analyse comment le langage du régime s’est déshumanisé et bureaucratisé pour masquer l’horreur. En 1944, les termes comme « Endlösung » (solution finale), « Sonderbehandlung » (traitement spécial) ou « Evakuierung » (évacuation) font partie d’un lexique de l’occultation qui imprègne la conscience collective.

Le climat public est prisonnier de cette dissonance cognitive. On parle de « victoire finale » (Endsieg) alors que les troupes soviétiques approchent de la frontière du Reich. Ce décalage entre le discours officiel héroïque et la misère crue du quotidien crée une forme de schizophrénie sociale. Les individus continuent de remplir leurs fonctions administratives ou militaires avec une « méticulosité prussienne », non plus par foi, mais par inertie et par peur du châtiment immédiat. L’Allemagne de 1944 est une machine qui continue de tourner à vide, lancée sur une trajectoire d’autodestruction dont elle ne peut plus s’extraire.

Comparaison des climats publics (1935-36 vs 1944)1935-19361944
Moteur principal de l’adhésionSuccès économiques et prestige nationalPeur de l’ennemi et terreur policière
Relation au FührerAdulation charismatique (Mythe)Fidélité désespérée par manque d’issue
État des infrastructures urbainesProspérité, grands chantiers, Berlin olympiqueRuines, bunkers, incendies permanents
Perception du Parti (NSDAP)Instrument de renouveau socialÉlite corrompue et déconnectée
Connaissance de l’exclusion/ShoahLois de Nuremberg acceptées comme « ordre »« Secret de polichinelle » générant une peur du châtiment
Fonctionnement de la justiceRépression ciblée des opposants politiquesExécutions de masse au sein même de la population

La trajectoire entre ces deux pôles démontre comment le régime nazi a consommé son capital politique initial pour se transformer en un système de pure coercition, où la mort devient le seul horizon possible pour la communauté nationale.

En conclusion, le contraste entre le Berlin des Jeux Olympiques et celui de la guerre totale illustre l’échec fondamental du projet nazi. Si le régime a pu un temps séduire une population allemande avide d’ordre et de fierté, il l’a finalement entraînée dans une chute brutale où le « rêve » de 1935 s’est dissous dans le sang des exécutions sommaires et les cendres des villes bombardées. La transition du consensus par la prospérité à l’intégration négative par la peur constitue la véritable clé de compréhension de la résilience du Troisième Reich jusqu’à son effondrement final en 1945. »

« L’omotenashi idéal est « invisible pour les clients » – le meilleur soin anticipateur passe inaperçu. Mais précisément parce qu’il est invisible, il est souvent non reconnu, non compté et sous-évalué. La prévenance est la plus efficace quand elle est invisible, mais la plus dévalorisée quand elle n’est pas remarquée.  » (Le paradoxe de visibilité)

 « R.G. Collingwood développe dans The Idea of History (1946) une théorie de l’imagination historique comme fonction structurelle, non ornementale. L’historien doit « ré-enacter » (rejouer) les processus de pensée des acteurs historiques pour les comprendre de l’intérieur. Cette ré-énaction n’est pas fantaisie capricieuse : elle opère sous la contrainte des sources, formant une « toile d’imagination tendue entre les points fixes fournis par les autorités documentaires »

« L’assemblage surveillant (Haggerty & Ericson, 2000) théorise la convergence de systèmes de surveillance autrefois distincts : « L’assemblage surveillant opère en abstrayant les corps humains de leurs contextes territoriaux et en les séparant en une série de flux discrets. Ces flux sont ensuite réassemblés en différents lieux comme des ‘doubles de données’ virtuels. » Le corps est désassemblé en flux de données (localisation, transactions, communications) puis reconstitué comme double virtuel dans les bases de données. Ce double existe objectivement et affecte matériellement les opportunités de vie. »

« Objectif:

Clarifier la situation

Faire l’inventaire des acteurs

Leur attribuer des caractéristiques

Concepts de l’analyse stratégique

A Enjeux

Pour un projet, conséquences changements pour une personne, à gagner, à perdre

Pour une organisation

Aléas (machine en panne)

Point clé ( de quoi dépend la réussite de l’entreprise)

Tensions et difficultés rencontrées, problèmes récurrents, jamais véritablement réglé

B Acteurs

Individu concerné et capable d’intervenir sur un problème

À partir des enjeux, on les détermine.

Un acteur influent, l’est d’autant plus qu il peut mobiliser davantage de ressources pertinentes

Un enjeu faible pour l’acteur, peu concerné et donc peu actif

Si l’enjeu est commun, l’auteur est dit collectif, (groupes d’individus partageant le même intérêt)

Acteurs imprévus

Exemples: les commerçants

Atoutq / handicapq pour influer sur la situation

C Ressources mobilisables sont variées

Hiérarchie (donneur d’ordre, sanctions)

Savoirs faire techniques ( faire fonctionner, réparer)

Relationnels( (accéder à quelqu’un d’important, connaître le client)

Informations/ Connaissances (savoir analyser, anticiper)

Exemples

Un habitant peut se plaindre publiquement sur internet

Plainte au tribunal administratif sur la légalité de la mesure

Automobilistes (acteurs sans ressources)

D Notion de Zones d’incertitudes

Part d’indétermination que comporte une une situation et comment il peut agir sur elle

Cad les ressources dont dispose 1 acteur et sa marge d’autonomie qui peut être nul, donc sans zones d’incertitudes.

Remarque: «Plus la zone d’incertitude contrôlée par un individu ou u groupe sera cruciale, plus celui-ci disposera de Pouvoir »

Exemple maîtrise de la ressource dont l’autre a besoin

Essayer de penser les projets à partir de ses enjeux, d’identifer les acteurs, individuels, ou collectifs

Diagramme de synthèse

Pour ou Contre le Projet

1 Opposants: irréductibles, opposants, divergeants, passifs

2 Engagés en faveur : engagés concertatifs, déchirés

3 Ceux hésitants

Exemple

(Comité de quartier, maire, Parents d’élèves, journalistes, commerçants, riverains automobilistes, services techniques)

Stratégie d’Action rationnelle

Federer les mécontents(pétition)

Jouer la montre

Système d’action concrets :

Identifier les alliances les oppositions, les coalitions.

Émergence de négociations

Systèmes d’action permet de prévoir ou non les évolutions des interactions, in fine de la situation, les zones de blocage, la teneur des échanges, les points de friction, compréhension des résistances, le dynamiques de rejet, d’acceptation, identifier les acteurs à consulter, à convaincre, les opposants à prévoir,

Pour chaque objectif, définir des sous objectifs

Analyse Swot ( Forces, faiblesses( facteurq internes), opportunités, menaces( facteurs externes))

Bien réfléchir, Brainstorming

Exemples de plan d’action résultants

Sur les plans:

Administratif et juridique

Relations internes

Communications internes

Communication avec le partenaire

Actions à mettre en place à court terme, à long terme

Questions posées Est-il moralement acceptable d’utiliser l’analyse stratégique ?

À qui et comment la communiquer ou non?

Remarque : Il s’agit de questions sensibles, je vous invite à bien considérer les risques liés au partage de votre réflexion ? »

Rémi Bachelet, Analyse Stratégique