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« Je n’appelle point le pouvoir à réprimer. Je vous le disais la dernière fois : notre tort, dans la vie sociale, est de toujours mettre le pouvoir en avant; de toujours laisser l’État agir pour nous; d’abdiquer notre initiative personnelle au bénéfice de cette puissance qui sait bien réclamer des louanges, bénéficier de tous les profits, mais ne veut jamais porter le blame ni les conséquences d’aucun tort, lorsque les heures mauvaises sont arrivées. Laissons de côté le pouvoir et ne parlons que de nous-mêmes, d’autant qu’il y a en nous une puissance de répression bien autrement énergique. «
Marie-Joseph Ollivier, Nos malheurs, leurs causes, leur remède, Conférences de N.-D. de Paris, 1re série, carême de 1871, Suivies des discours sur l’avenir de la nation française, la mission de Jeanne d’Arc, la guerre, le martyre · 1897″ et la realite statistiques de la baisse des homicides le disocurs de laurent lemasson Justice et Passions
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« Effectivement, ajoute M. de Serre, qu’on prenne toute notre histoire depuis la restauration, qu’au lieu de remarquer, ainsi que l’exigerait la justice, qu’à travers plusieurs erreurs, sans doute, des efforts heureux ont été faits pour réparer des maux qui n’étaient pas l’ouvrage du gouvernement du Roi, qu’au lieu de présenter cette vérité, on prenne toutes les années de la restauration, qu’on les représente comme ayant été employées à faire le malheur et la honte de la France; qu’on les compte pour autant d’années d’opprobre et de deuil : certes alors on est dans l’abus, on pousse le peuple à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, on le prépare à la sédition, à la révolte, de sorte qu’il n’y a plus qu’à lui donner le signal. »
ANNUAIRE HISTORIQUE UNIVERSEL
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«M. de Martignac, ministre de l’intérieur . Je ne viens pas justifier devant vous les libellistes ni les libelles ; je les méprise et ne les défends pas. Mais je viens examiner deux questions très sérieuses, qui touchent aux bases de notre ordre social et qui méritent par conséquent toute votre attention. Je vous supplie de les examiner avec moi, comme des questions de théorie, indépendantes de tous souvenirs et de toutes personnes auxquelles elles peuvent s’appliquer. C’est ainsi qu’on est sûr de juger sainement, en son âme et conscience. Je crois d’abord qu’il est d’une haute importance pour nous de distinguer soigneusement, dans les questions qui nous occupent, ce qui serait d’usage et ce qui peut être d’abus. Ainsi je ne puis admettre, comme principe absolu, que le gouvernement n’aurait pas le droit, au moment d’une réélection générale, de se défendre par des journaux et par des brochures, contre les attaques des brochures et des journaux. On s’est généralement accordé à dire dans cette Chambre, que la dissolution du Corps électif, que la convocation des collèges, constituait une sorte d’appel fait au jugement du pays. J’admets cette définition, quoiqu’elle soit loin d’être complète, et quoiqu’elle n’embrasse, dans la réalité, qu’un des côtés de cette grave question ; mais enfin, je l’admets, et je raisonne dans cette hypothèse. ( Ecoutez, écoutez. ) Si le pays doit être appelé à juger, il faut, comme juge, qu’il soit éclairé, et, pour l’être, il faut nécessairement entendre la défense de tous ceux qui sont appelés à se défendre devant lui. Ceux qui attaquent les ministres, ceux qui espèrent que le renversement du ministère sera le résultat de l’opération qui se prépare, prit pour eux tous les moyens que les lois les plus larges et les plus généreuses mettent à leur disposition. Ils ont la voie des journaux ; ils ont la voie des brochures : en un mot, ils ont toutes les voies que la publicité la plus étendue peut offrir. Ils peuvent contrôler d’une manière inexacte, injuste, les actes des ministres ; ils peuvent calomnier leurs intetitions ; ils peuvent leur supposer des intentions qui ne sont pas dans leurs cœurs ; ils peuvent les représenter comme les ennemis du pays et de nos institutions : Messieurs, les partis ne sont pas toujours impartiaux, et le juge qui s’en rapporterait à eux courrait grand risque de s’égarer. Dans de telles circonstances, lorsque le gouvernement est obligé par devoir de porter aux extrémités du royaume, des écrits qui l’attaquent et qui sont destinés à la publicité, ne lui sera-t-il pas permis de porter en même temps des écrits qui contiennent et sa justification et ses griefs ? Il y aurait de l’injustice à ne pas le lui permettre ; ce serait lui refuser le soin de sa conservation. Le gouvernement a non seulement le droit, mais encore le devoir d’exercer une juste iufluence sur les élections, dans des limites sages et régulières, sans que cette influence puisse s’étendre à des moyens réprouvés par l’honneur. Sur ce point, nous sommes d’accord avec vous ; nous repoussons toutes les fraudes. Mais le moyen de défense pris de la publicité, ne peut être considéré ni comme une fraude ni comme un abus d’autorité ; car l’autorité en l’employant, ne fait qu’exercer un droit qu’elle tient de la loi. Ainsi nous devons reconnaître un principe, abstraction faite de l’exception qu’on veut y trouver ici, que l’administration a le droit et le devoir d’employer à sa défense le moyen de publicité dont on se sert contre elle. Voix nombreuses : Cela est évident.»
Archives parlementaires de 1787 à 1860
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« Encore une fois, l’école fait ce qu’elle peut, mais elle est bien démunie pour plusieurs raisons, d’abord parce que ce ne sont pas encore les collégiens qui sont responsables de ces casses, et plus particulièrement de ces vols à grande échelle dus à des bandes organisées, mais surtout parce que les enseignants ne sont pas des agents de la force publique et n’ont en aucun cas se substituer à eux.
Autrefois, il y avait un consensus général entre les parents, l’école, les forces de police et la justice. Ce consensus était fondé sur une idée simple – que nous n’existons pas à taxer de simpliste à notre époque : toute contravention à la règle établie, ou à la loi, doit être sanctionnée. Grâce à la conquête de nouveaux droits et particulièrement le droit au respect, un autre point de vue s’est substitué au premier. Nous cherchons à appliquer à la lettre l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 : « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable… toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne… doit être sévèrement réprimée par la loi. Cependant un grand nombre de Français ce que l’on classe dans le camp des réacs ou des conservateurs de droite estime qu’il s’agit d’une lecture pervertie de la loi. » Ils ne décolèrent pas contre les excès qu’elle induit et contre les représentants de la police et de la justice, ces Dupont et Dupond qui n’arrivent plus à nous protéger efficacement. Pour eux, les ministères de la police et de la justice ne sont pas à la hauteur de la mission qui leur incombe, ils mènent une politique de gribouille dont on constate les résultats sur le terrain.
C’est un comble de devoir avouer que dans la France de l’an 2000 on craint encore parfois pour sa liberté, souvent pour sa sécurité, mais pire encore, on doit apprendre à résister à l’oppression ! En effet, ces fonctionnaires ne sont guère à la hauteur. Chacun se plaint amèrement de la police. »
Marie-Joseph Chalvin, Ne comptez plus sur l’école : Pour faire de vos enfants de bons citoyens, 1999
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« Comprendre…. n’a rien ou peu à voir, n’est pas synonyme, n’incite pas, ou pas nécessairement, à parler. »
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« À l’inverse, parler n’est pas synonyme, n’est pas, n’a pas toujours, ne stipule pas toujours, que l’on comprend. »
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« Des situations. »
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« À éviter. »
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« Comprendre… »
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« C’est un délai. »
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« Le but n’est pas assez de souligner, c’est de s’y faire, d’ajuster sa conduite, sa compréhension, l’évaluation implicite et explicite du contexte, des forces en présence, de leurs remarques, savoirs ou sentiments — de n’en pas être surpris ni étranger. »
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«Les catholiques ont donc joué un rôle de stabilisation, de modération et de promotion européenne au sein des droites. Mais force est de constater que celui-ci s’épuise. »
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« Il n’y a rien qui n’ait pas de rapport avec la morale dans le comportement humain des hommes sensés. Car celle-ci leur impose ses normes et ses diktats, et si l’homme qui se dit sensé, qui s’en réclame, ne veut pas rentrer en contradiction avec ce que lui dit son cœur et son esprit, et rester ainsi dans cette position, cette posture, faible et vile, non seulement à ses propres yeux, mais aussi face aux regards et aux jugements que la société dans son ensemble pourraient lui asséner, celui-ci doit ou devra un jour penser à régler toute sa vie autour de ce pivot central que représente la morale, qui est comme engrammée, inscrite en lui et au plus profond de son cœur, dans ses rapports directs avec lui-même et les autres lequel, du jour où il découvrira et prendra conscience de l’étendue et de l’énormité du scandale qu’a déjà pu susciter l’indigence de sa pensée et la malignité de ses actions, se traitera désormais lui-même avec une sévère clairvoyance, qui le portera, à essayer de tout faire et plus encore, pour laver son nom et purifier ses relations avec les autres, desquels il ne saurait ni dire ni professer du mal, mais dont il se méfiera désormais à tout jamais et par expérience personnelle, ne se laissant entourer et conseiller que par ceux qu’il estimera et jugera digne de confiance, c’est à dire de ceux et celles qui auront su comprendre que ce qu’ils prenaient jadis pour de l’honnêteté et de la bienveillance n’étaient en fait que la dissimulation habile de la ferme et froide décision de ces mêmes personnes de les circonscrire à l’écart de leurs maisons et de leurs vies, et même de leurs cœurs et de leurs pensées, ce qu’auparavant nous n’aurions même jamais pu supputer. »
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« tu te demandes même, dans ce silence, ce temple qu’est le monde, comment l’on peut, comment l’on doit l’on fait l’on peut faire pour être, être aussi bête, aussi vil, aussi faible, aussi stupide, le résultat, le témoignage, le témoignage est partout, personne, personne qui ne te sourie plus, personne qui ne sourie plus d’ailleurs, des fous, des comme toi, vous autres, vous autres avez tout pourri, on a, on peut plus avoir envie, envie de rire, de sourire, la joie, la joie, vous autres, vous autres nous l’avez enlevé, trop, y en a eu trop, y en a eue trop beaucoup trop de gâchis, de violence, d’irrespect, de connerie, ne reste, ne reste plus, plus autour de toi, dans le monde, chez les gens, que ce sentiment de dégoût, que cette fatigue, cette lassitude, vous autres, nous l’avez coupé, coupé l’envie, l’envie d’être, de rester avec vous, la violence, la violence, le ressentiment est partout, les évènements, dans toutes les mémoires, nous n’étions, nous n’étions décidément, définitivement pas au fait, les autres, les autres nous ont, nous avaient bien dit, l’avaient bien vu venir, ont regardé, chacun dans leurs coins, nous autres tout détruire, tout gâcher, la France, la France se regarde, le monde et ne peut que constater que les sentiments n’y sont vraiment plus… «
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« Surtout soyez en garde contre votre humeur : c’est un ennemi que vous porterez partout avec vous jusques à la mort ; il entrera dans vos conseils, et vous trahira, si vous l’écoutez. L’humeur fait perdre les occasions les plus importantes ; elle donne des inclinations et des aversions d’enfant, au préjudice des plus grands intérêts ; elle fait décider les plus grandes affaires par les plus petites raisons ; elle obscurcit tous les talents, rabaisse le courage, rend un homme inégal, faible, vil et insupportable. »
Fénelon
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« Les caractères les plus solides, les caractères sur lesquels on peut compter, ce sont ceux qui se sont faits eux-mêmes à coup de volonté. C’est là ce que j’appelle liberté. Celle-ci n’est donc pas imprévisibilité, bien au contraire. L’imprévisibilité c’est l’esclavage. »
Malapert et Ribot
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« C’est une fréquente source d’erreurs et de disputes parmi les hommes que de ne pas distinguer nettement le droit et le fait. Le droit est ce qui résulte des lois positives ou des maximes de justice dérivées de la nature de l’homme et de son intérêt naturel et social. Le fait, est ce que l’observation et l’expérience ont démontré exister effectivement, ou du moins dans le cours ordinaire des choses. Les esprits observateurs donnent leur principale attention au fait; ils acquièrent une grande connaissance de la marche de la nature; dans leur travail pour le bonheur de l’homme, ils font abstraction de l’impossible, ils s’attachent à procurer à l’humanité, ou plutôt à la fraction dont ils s’occupent, le degré de perfection et le genre de félicité dont ils la jugent susceptible. Les esprits spéculatifs ne s’occupent guère que du droit; ils condamnent tout ce qui n’est pas conforme aux idées de morale et de justice qu’ils se sont faites. Ils existent presque toujours, ou dans des illusions et des espérances chimériques, ou dans l’indignation de la réalité. Les premiers accusent ordinairement les autres d’ignorance, de faiblesse d’esprit, d’aveuglement puéril. Ceux-ci à leur tour les accusent d’immoralité parce qu’ils prennent leurs assertions pour leurs maximes, et aussi de paradoxe, parce que, accoutumés à voir la nature dans leurs rêves, ils ne la reconnaissent plus quand on là leur montre comme elle est. Des hommes qui se sont fait illusion abandonnent tout quand elle est dissipée, ils travaillent pour un bien chimérique qui s’évanouit; un bien réel ou possible est sans charme pour eux, ils tombent dans l’extrémité contraire, et cette humanité à laquelle ils destinaient le bonheur et la perfection des anges, voyant qu’elle ne peut s’é lever au prix de leurs bienfaits, ils lui souhaitent toute espèce de honte et de maux. Le défaut des esprits observateurs est aussi de tirer de trop dures conséquences des vices et de l’imperfection des hommes; soit qu’exagérant ces choses, ils destinent à l’homme un traitement proportionné à l’idée trop vile et trop odieuse qu’ils s’en sont fait, soit qu’ils se résolvent seulement à le laisser aller comme il va; les uns sont parvenus par l’étude de la vérité à une sorte de misanthropie, les autres à l’insouciance; Hobbes fut dans la première classe, Montaigne n’était pas loin de la seconde. Cependant la nature telle qu’elle est, est encore inépuisable en ressources et riche en perfectibilité; il faut seulement bien connaître ce qu’elle est, ce qu’elle peut être et par où elle y peut arriver. La science veut un esprit sagace et une tête froide; l’art veut un caractère hardi, une âme ardente, une imagination féconde, éclairée par cette même intelligence qui a su découvrir la vérité. —Il faut savoir et vouloir. Malheureusement la nature a rarement uni ces choses, et un jugement calme et sain n’est pas ordinairement le partage d’une âme pleine de ressort. Tout comme dans les sciences morales, on trouve des esprits spéculatifs ou observateurs qui s’occupent les uns du droit, et les autres du fait ; dans les sciences physiques on trouve des hommes à théorie et des hommes à expériences qui cherchent, les uns à expliquer la nature et les autres à découvrir le système de la nature, en recueillant des faits.
Jalousie et réciprocité entre les hommes
La nature a établi entre les hommes la jalousie et la réciprocité. L’une les porte à s’opposer au bonheur des autrès comme étant nuisible au leur. L’autre les porte à le favoriser comme réagissant sur leur propre bonheur. Suivant les diverses occurrences de la vie, les hommes obéissent à l’une ou à l’autre, de même les nations considérées comme individus. Chacun par son caractère est plus disposé ou à la réciprocité ou à la jalousie. Les écrivains philosophes, faiseurs de maximes, ont aussi, suivant leur caractère ou leurs idées, favorisé dans leur doctrine, l’une ou l’autre de ces dispositions, et leurs précepte sont tendu à diriger les hommes, les uns dans un esprit de jalousie, les autres dans un esprit de réciprocité. De là les deux systèmes de jalousie et de réciprocité en morale, en politique, en économie politique, en politique extérieure, même en agriculture. La doctrine moderne, fondée principalement sur les écrits de la secte dite des économistes, a adopté dans toutes ses applications le système de réciprocité. Sx. Constitution morale de l’homme et de la femme. Les affections des hommes sont plus en masse, plus simples, plus importantes ; celles des femmes sont plus détaillées, plus frivoles, plus légitimes. Quand vous êtes mobile, souple, exaltable, versatile, alors vous vous rapprochez de la femme. Une telle constitution conduit à la sensibilité, à la faiblesse, à la finesse, à la légèreté, à l’excitabilité, à l’imagination fine, inconstante, versatile. L’imagination chez l’homme produit la force, la tête, l’âme, le cœur. C’est de la mixtion des deux constitutions que se forment les hommes de génie. Là où le cœur se montre, on pardonne bien plus aisément les erreurs de l’imagination. Avec de la confiance, de l’encouragement, de bons traitemens, on fait toujours quelque chose des gens qui ont de l’âme. Le désir de plaire, d’être approuvé, est un ressort précieux qu’il faut plier aux convenances, mais dont il faut conserver religieusement l’élasticité. La crainte ne mène jamais à rien de beau, de parfait; elle n’est presque propre qu’à empêcher le mal visible. L’espérance est le grand mobile qui développe les facultés de l’homme. S XI. De l’homme dans ses divers âges, La curiosité, l’amour-propre, l’espérance, les rêves de l’imagination, occupent le premier âge de la vie. Les illusions, le goût des découvertes; voilà les jouissances de vingt ans. Les sensations du premier âge ne peuvent se reposer long-temps sur le même objet, la surprise les charme et les enivre, mais la curiosité les entraîne vers un autre objet; l’espérance les porte vers l’avenir. Il est bien plus facile de subjuguer son ignorance que de fixer son goût. Cet âge ne fait point jouir et n’a pas même les chaleurs soutenues des sensations qu’on lui suppose quelquefois; il ne savoure point, ses plaisirs sont gâtés par l’impatience. C’est en approchant du milieu de la vie que l’homme qui a conservé et développé ses facultés, qui a appris à en diriger l’usage, qui unit à la force un certain calme ou plutôt cette ardeur soutenue et nuancée qui se prête à toutes les modifications du plaisir, qui sait connaître le prix de ce qu’il possède et les défauts de ce qu’il n’a pas, qui ne donne point aux privations une valeur qui détruit tout le charme des jouissances, c’est alors, dis-je, que l’homme peut savourer dans toute son étendue le charme de l’existence. De la jeunesse. Les organes de la jeunesse sont nouveaux et mobiles. Elle est très sensible; le rire, les larmes, les émotions fréquentes et vives sont le partage de l’enfance. Elles deviennent plus rares à portion que les années s’accumulent; et l’homme formé n’est plus agité que par de puissantes émotions. Les affections de la jeunesse sont brèves, la distraction l’entraîne; elle est d’ailleurs fatigable parce qu’elle est mobile et faible. La jeunesse prévoit le bonheur, accoutuméc qu’elle est à considérer dans l’avenir une progression croissante; elle projette parce que la portion de sa carrière qui lai reste à courir est la plus longue et la plus importante selon ses idées. L’homme est porté à croire ce qu’il désire, il n’y a que l’expérience qui le désabuse; mais la jeunesse a des désirs vifs et l’expérience nulle. La jeunesse sacrifie à la gloire, à l’estime, à l’attachement, parce que ces biens sont les plus flatteurs; l’âge avancé a l’ambition, parce que l’expérience montre le bonheur dans le pouvoir; il sacrifie à l’avarice, parce que la longue vie instruit à la méfiance. La jeunesse est présomptueuse, parce qu’elle est belle, active, ignorante. De présomptueuse, elle devient insolente; elle poursuit la gloire, parce qu’elle croit l’atteindre; elle ose, parce qu’elle croit réussir. Elle est inconstante, parce que tout objet a sur elle l’attrait puissant de la nouveauté; parce que, portée à prévoir le bien par présomption, ce qu’elle conçoit le mieux est toujours ce qu’elle estime le moins. T. III. 2. Elle est franche, parce qu’elle a plus de sensibilité que de prévoyance et de souvenir; parce qu’elle ignore l’art de dissimuler et qu’elle le méprise, amoureuse qu’elle est, pour l’ordinaire, de ce qui est noble, grand et glorieux. Un grand inconvénient pour les jeunes gens dans la société, c’est que depuis leur maîtresse jusqu’à leurs marchands, tous ceux qui traitent avec eux, se croient obligés d’honneur à les tromper. La jeunesse active et sensible, qui ne peut prendre son essor dans les passions et la gaîté, trouve une issue dans l’affectation et s’y versé sans mesure. S XIII. Des enfans. On donne des conseils aux enfans et on ne cherche guère à en tirer des lumières; cependant, presque tout ce qu’on veut leur apprendre les saisit, et les enfans bien organisés sont excellents dialecticiens Pour bien élever l’esprit des enfans, il s’agit de faire devant eux les raisonnemens dont ils seraient capables. Je voudrais qu’on apprît aux enfans à bien ob→ server et bien raisonner, et qu’on ne leur donnât des connaissances fondées sur l’autorité qu’à mesure qu’ils pourraient comprendre comment elles ont été découvertes et certifiées. C’est ainsi qu’ils auront une force de juger, et qu’ils donneront à leurs opinions le juste degré de fermeté, parce qu’ils sauront d’où elles viennent, et qu’ils ne ressemblent pas à la multitude qui croit ce que souvent elle n’entend pas, sans mesure, sans fondement et sans preuve, ne sachant jamais si elle doit cesser ou continuer de croire, et le pourquoi de l’un ou de l’autre. que toujours sur ce que notre liaison a de plus ou moins flatteur pour leur société. »
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«De l’opinion qu’on prend de nous.
« Les personnes qui nous environnent habituellement, nous connaissent tels que nous sommes, mais le public forme son opinion sur les premiers traits qui le frappent, et une fois qu’il a conçu des préventions ou favorables ou contraires, il faut une longue suite de preuves pour l’en faire changer. Il est bien plus facile de rendre ces premières impressions favorables et de les entretenir ensuite, que de les faire changer, lorsqu’elles nous ont été contraires. Le moment où naissent les réputations est celui où le public est le plus disposé à juger avec bienveillance. Comme il est sans préjugé, les premières impressions font le plus grand effet, la surprise et la curiosité les rendent plus vives; aucune inimitié, aucune jalousie ne se sont préparées d’avance à les combattre. Lorsque les hommes ont conçu de nous une opinion avantageuse, ils sont très disposés à juger toutes nos actions sur l’opinion générale qu’ils ont de celui à qui elles appartiennent. Ils les expliquent d’eux-mêmes, dans le sens le plus favorable et sont même très disposés à leur accorder plus de mérite qu’elles n’en ont. Une réputation établie, soutenue de temps en temps par des actes qui la confirment, caractérise elle-même tous les autres.»
« L’opinion que les hommes ont de nous interprète ce qu’ils en voient, et souvent c’est avec raison. On cherche une finesse cachée sous les simplicités d’un homme d’esprit. La simplicité du pauvre est nécessité; celle du riche est goût, négligence. Et comme nous jugeons diversement les choses, dans divers hommes, divers hommes jugent et interprètent diversement en nous les mêmes choses. »
Des jugements du public.
« Les choses jugées par la multitude finissent à la longue par être appréciées, livres, les hommes en vue. Les choses jugées par un petit nombre le sont ordinairement mal. C’est une grande vérité que ces faux jugemens, mais c’est une grande pitié comme l’orgueil inepte en abuse. Les personnes à vues grandes et à imagination. conçoivent ordinairement beaucoup plus sur un éloge qu’ils ne trouvent ensuite de réalité dans la chose louée. »
Des effets de la réputation.
« La réputation de l’homme interprète ses actions. Mais pour peu que vous laissiez refroidir son estime, pour peu que vos actions l’autorisent, le vulgaire est facilement tenté de vous ramener à son niveau.
Les idées que les hommes conçoivent de nous sont autant guidées par l’opinion qu’ils ont d’eux-mêmes, par la tournure et l’étendue de leur imagination, que par toutes les observations que nous leur avons fournies. »
De la renommée.
« La mode est une impression d’un effet prompt, bruyant et d’une courte durée. La réputation s’obtient plus lentement, fait ordinairement moins d’éclat, mais s’augmente au lieu de perdre par le temps. La nouveauté, l’exagération, plus de paroles ou d’apparence que d’effet, l’art de flatter la passion du moment, voilà ce qui produit la mode. La beauté et l’utilité réelles, plus de consistance que d’apparence, la science profonde des choses, au lieu de l’exagération, l’attachement à la vérité, au mépris de l’erreur dominante, voilà ce qui fait la réputation. Quoiqu’elles procèdent de causes presque opposées, elles peuvent cependant se réunir; quelquefois l’effet bruyant du moment est confirmé par un examen plus réfléchi: un grand talent peut s’exercer sur des choses qui sont l’objet de la passion du jour. Souvent les chefs de sectes ont réuni la mode et la réputation; leurs imitateurs, presque aussi admirés qu’eux par les contemporains, ont été oubliés par la postérité. Il y a des hommes qui ont un moment de mode après leur mort, tout ignorés qu’ils avaient été pendant leur vie; c’est que l’objet dont ils se sont occupés devient, après eux, le sujet d’une attention passagère. Quant à la réputation, le plus souvent elle ne commence, ou, du moins, elle ne se fixe qu’après la mort le temps couronne les vues de celui qui avait vécu méconnu, réalise ses prédictions, fait pénétrer la profondeur de ses idées, confirme le sentiment de leurs solides beautés.
Voici quelques exemples: La plus grande partie de la renommée de Voltaire a été mode. Rousseau a réuni la mode et la réputation. Montesquieu est un grand exemple de réputation tout-à-fait dépouillée du mélange de la mode. Beaumarchais, Linguet, sont des exemples remarquables de gens qui n’ont eu que la mode. Bergasse n’a eu que la mode, et ses ouvrages n’ont rien mérité de plus; mais si son talent eût été mieux servi par les circonstances, il avait assez de fond pour aller plus loin. Necker, comme homme d’état et comme écrivain, a eu beaucoup de mode, et conservera seulement quelque réputation sous ce dernier titre. Pour arriver à la réputation en négligeant la mode, il faut, la plupart du temps, une grande force, non pas de talent, mais de caractère; s’obstiner à des choses que personne n’apprécie; souffrir d’être méconnu, critiqué, presque méprisé, en dédaignant des applaudissemens qu’il serait facile d’obtenir; travailler long-temps sans autre support que sa volonté et sa propre opinion; résister aux vœux et aux conseils de ses plus sincères amis; s’oublier, soi-même, pour les choses, et, si l’on songe à soi, n’espérer justice que d’un avenir tardif et incertain. Il faut, pour cela, sans doute plus d’orgueil que d’amour-propre, et même plus de génie que de talent. » »
Barnave
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« En mathématiques : en algèbre linéaire, une transposition est le fait de calculer la transposée d’une matrice (c’est-à-dire d’inverser les lignes et les colonnes de cette dernière) ou la transposée d’une application linéaire (notion cohérente avec la précédente) ;
en algèbre générale, la transposition est un 2-cycle, c’est-à-dire une permutation consistant à échanger deux éléments d’un ensemble.
En logique des propositions, une transposition est une règle de remplacement valide qui permet d’échanger l’antécédent avec le conséquent »
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Transposition — Wikipédia
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« L’intention est tirée d’un fond commun ou d’une décision individuelle, elle ne peut être élaborée à partir d’une discussion entre des individus qui se proposeraient de réfléchir sur leurs interactions à venir.»
Maxime Parodi
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« Vous l’imaginez la scène ? Vous la voyez ? Vous la voyez sur un écran de cinéma, vous la voyez au théâtre ? Vous avez un gamin qui arrive pour parler avec sa maman, mais dans le fond, il s’en fout de sa maman. Il n’y a que lui qui l’intéresse. Il est dans son monde, enfermé. Il ne voit même pas sa maman. Il ne voit même pas les anges. Il ne voit rien d’ailleurs. Il ne voit que lui et il est dans son monde. Il n’y a que lui qui existe, ses intérêts. Il est malade, il est enfermé. Qu’est-ce que vous diriez d’un être comme ça ? »
Olivier Manitara « Nous sommes à un tournant. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est un basculement. Nous sommes réellement en train de basculer dans la folie. L’humanité toute entière bascule dans une maladie mentale. »
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« Tu vois, je sais pas si tu connais, je sais pas si tu as déjà été confronté, hein, à une maladie mentale, mais tu as la personne qui est en face de toi et c’est fini : il n’y a plus aucune communication possible. Tu peux plus la raisonner. C’est pas une blague. La personne est prisonnière, en prison. C’est un emprisonnement mental. Le mental, il peut te faire voyager avec Raphaël, mais il peut aussi t’emprisonner.
Ça fait des siècles que les humains font n’importe quoi. Des siècles. Ils ont fait n’importe quoi avec la religion, ils ont raconté n’importe quoi, que des mensonges. Ils ont asservi, cherché le pouvoir, pas le pouvoir de l’amour. Maintenant, ils sont vraiment confrontés, hein. Ils sont confrontés à un monde parce qu’il y a des conséquences là. Le monde qu’on a connu, c’est fini. On ne le retrouvera pas.
Et vous aviez « avant » et « après » le 11 septembre. Le monde d’avant le 11 septembre, c’est pas le monde d’après. Les humains, ils s’en moquent. On leur dit : « On a été sur la Lune », mais c’est pas possible d’aller sur la Lune… et ben ils s’en moquent. Ils ne comprennent pas qu’en réalité, c’est un processus de maladie mentale et qu’il y a des signes qui alertent. Et vous croyez que ça va s’arrêter où maintenant, cette histoire-là ? Ça va s’arrêter où ?
Et on a beau leur expliquer, leur parler, leur dire, ils n’écoutent pas. Mais pourquoi ? Mais parce qu’à un moment donné, ce n’est même plus possible de leur parler parce qu’ils sont enfermés dans leur monde, n’ayant plus aucun contact avec la réalité, avec le réel.
Alors quand les humains viennent pour rencontrer la Maman, les Anges, ils sont toujours dans leurs concepts, et dans leurs idées, et dans leurs attentes, et dans leurs intérêts, et dans leur monde. Jamais ils ne vont se dire : « Voilà, la Maman, elle existe ». »
Olivier Manitara
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« Il n’y a rien qui n’ait pas de rapport avec la morale dans le comportement humain des hommes sensés. Car celle-ci leur impose ses normes et ses diktats, et si l’homme qui se dit sensé, qui s’en réclame, ne veut pas rentrer en contradiction avec ce que lui dit son cœur et son esprit, et rester ainsi dans cette position, cette posture, faible et vile, non seulement à ses propres yeux, mais aussi face aux regards et aux jugements que la société dans son ensemble pourraient lui asséner, celui-ci doit ou devra un jour penser à régler toute sa vie autour de ce pivot central que représente la morale, qui est comme engrammée, inscrite en lui et au plus profond de son cœur, dans ses rapports directs avec lui-même et les autres lequel, du jour où il découvrira et prendra conscience de l’étendue et de l’énormité du scandale qu’a déjà pu susciter l’indigence de sa pensée et la malignité de ses actions, se traitera désormais lui-même avec une sévère clairvoyance, qui le portera, à essayer de tout faire et plus encore, pour laver son nom et purifier ses relations avec les autres, desquels il ne saurait ni dire ni professer du mal, mais dont il se méfiera désormais à tout jamais et par expérience personnelle, ne se laissant entourer et conseiller que par ceux qu’il estimera et jugera digne de confiance, c’est à dire de ceux et celles qui auront su comprendre que ce qu’ils prenaient jadis pour de l’honnêteté et de la bienveillance n’étaient en fait que la dissimulation habile de la ferme et froide décision de ces mêmes personnes de les circonscrire à l’écart de leurs maisons et de leurs vies, et même de leurs cœurs et de leurs pensées, ce qu’auparavant nous n’aurions même jamais pu supputer. »
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« Sa vie rude, chargée de travail, baignée de grand air, ne laisse pas de champ aux humeurs fragiles de l’émotivité et aux complications délicates ou fallacieuses de l’introspection et du sentiment ; il y gagne en solidité, il y perd en grâce. Une santé fruste et insensible, parfois brutale, règle ses sentiments. La sexualité est souvent plus précoce et grossière chez lui que chez l’enfant des villes ; aussi ses orages laissent-ils moins de dégâts derrière eux : la nature les cicatrise aussi vite que les écorchures de son enfance. Les sentiments sociaux sont peu développés et de courte portée. Le paysan est trop longtemps seul avec sa terre ; il est formé à la société de l’homme avec la chose plus qu’à la société de l’homme avec l’homme. Il a toujours confiance dans la terre, même quand elle le déçoit, il est toujours, au prime abord, défiant avec l’homme, même quand il le connaît. Il est dur avec les autres comme il est dur avec le travail et comme les éléments sont durs avec lui-même. Sa sociabilité se réduit généralement au voisinage, qui est trop mêlé d’intérêts pour que les sentiments gratuits s’y développent aisément. Par contre, il est fidèle comme la terre, dévoué dans l’infortune. Si l’on veut estimer son intelligence, il faut d’abord se rappeler que le paysan ne sait pas parler. Son esprit, engourdi par la langue, a plus de feu souvent qu’il ne paraît à l’étranger : une parole de lente sagesse vient parfois en témoigner, une saillie, sorties de journées entières de silence. »
Emmanuel Mounier
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« On appelle ainsi toute pensée qui a pour objet ce que Dieu défend et spécialement toute pensée contraire à la sainte vertu de la pureté. De telles pensées ne sont point légères, comme on dit par un singulier euphémisme; elles sont mauvaises, car Dieu les interdit par un commandement exprès, le neuvième. Et c’est là le caractère distinctif, la gloire de la religion chrétienne, de réprouver la pensée même et le désir du mal. Mais remarquez bien ceci : le péché, en pareille matière, ne consiste pas, proprement, dans la pensée qui vient à l’esprit, ni dans la complaisance inavouée, ni dans l’impression involontaire qui la précède ou l’accompagne, ni même dans l’acte extérieur, à le considérer en soi, puisqu’il peut être posé inconsciemment, par exemple, dans le sommeil. Où donc est le péché? En cette matière comme en toute autre, le péché dépend de l’advertance et du consentement; et c’est sur le degré de l’une et de l’autre que se mesure sa gravité. Et ici nous rencontrons deux sortes d’erreurs pratiques. Il est des jeunes gens qui, troublés involontairement par une pensée mauvaise, s’imaginent que tout est perdu, que le mal est fait, et qui tombent dans l’anxiété et le découragement. – Cher ami, vous ressentez une vive peine de ce qui se passe en vous, sans vous? C’est donc qu’il n’y a point de consentement, c’est donc qu’il n’y a point de péché. Mais j’ai éprouvé quelque mauvaise impression, dites-vous. – Sentir n’est point consentir: non sensus nocet, sed consensus. Redressez ce faux jugement; il est si dangereux! On multiplie par là les tentations et l’on en vient aisément au péché grave. D’autres se disent: Ce n’est qu’une pensée, ce n’est rien. Il ne saurait y avoir péché sans quelque acte extérieur. Illusion! L’acte extérieur, par lui-même, n’ajoute pas à la malice intrinsèque : c’est l’acte intérieur qui in forme l’acte extérieur. Encore une fois, tout dépend de l’advertance et du consentement, de ce que perçoit l’esprit, de ce que veut le cœur. Si vous avez consenti à l’acte extérieur, cette circonstance doit être déclarée dans la confession, en raison de LA DURÉE DU MAL, DE SON INTENSITÉ, DU DOMMAGE, OU DU SCANDALE CAUSÉ, ETC. Mais quand même vous auriez seulement consenti à l’acte intérieur, à la pensée ou au désir coupable, en vous disant : Je ferai cela, ou bien : Je le ferais si je pouvais, vous avez péché devant Dieu et, si avec ce consentement parfait la matière est grave, la faute l’est également. Elle sera vénielle, si vous n’avez donné qu’un demi-consentement. Au contraire, avez-vous généreusement lutté, non seulement il n’y a point péché, mais il y a victoire et mérite. Comment vous assurerez-vous cette victoire? – D’abord, efforcez-vous de prévenir les mauvaises pensées. Eh quoi! ne sont-elles pas souvent inévitables? Ne viennent-elles pas à l’esprit à propos de tout, à propos de rien? Sans doute; il ne faut pas compter n’en avoir jamais, mais plutôt prendre son parti de la nature humaine et accepter le combat. Mais, sous prétexte qu’elles sont parfois inévitables, n’allez pas conclure qu’il n’y a qu’à les subir. Non; si beaucoup sont inévitables, beaucoup aussi peuvent être évitées, à condition de prendre les moyens qui conviennent à l’âge, au tempérament, à la position de chacun. »
Jean Baptiste Olivaint (S.J.), « Aux jeunes gens »
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« L’octogénaire a expliqué avoir commis l’irréparable compte tenu d’une situation devenue pour lui un véritable « calvaire », subi selon lui depuis près de dix ans. Des jeunes qui fument du cannabis et s’alcoolisent dans le hall de son immeuble où il réside au rez-de-chaussée. L’homme dit avoir maintes fois signalé cette situation aux forces de l’ordre, au bailleur social, sans que les choses n’évoluent.
Lorsqu’il est rentré d’une partie de pétanque ce vendredi soir, l’octogénaire explique avoir croisé un groupe de jeunes qui l’ont empêché de passer et l’ont insulté. Angoissé, se sentant en danger et excédé par cette situation, il dit être rentré chez lui, avoir attrapé un fusil puis être ressorti dans le hall en direction du groupe. “
FAITS DIVERS – JUSTICE : Un « crime d’exaspération » derrière le meurtre d’un jeune de 21 ans à Charleville-Mézières, 11 décembre 2022, Philippe Peyre, France bleu Champagne-Ardenne
https://www.francebleu.fr/info […] es-6973078
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EXPRESSIONS
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1 – Jouer avec le feu
2 – Un feu de paille
3 – Mettre sa main au feu
4 – Jeter de l’huile sur le feu
5 – Mettre le feu aux poudres
6 – Faire feu de tout bois
7 – Ne pas faire long feu
8 – Être entre deux feux
9 – Être tout feu tout flamme
10 – N’y voir que du feu
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SIGNIFICATIONS
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A. Jurer, être certain de quelque chose.
B. Employer tous les arguments, tous les
moyens possibles pour atteindre son but.
C. Être pris entre deux dangers.
D. Sentiment vif et passager.
E. Être passionné, enthousiaste.
F. Ne rien y voir, n’y rien comprendre.
G. Ne pas durer longtemps.
H. Envenimer quelque chose.
I. Déclencher un conflit, une catastrophe.
J. Prendre de gros risques.
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« feu », Mentions, Extraits, Mounier
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« Saint-Simon était doué d’un double génie qu’on unit rarement à ce degré. Il avait reçu de la nature ce don de pénétration et presque d’intuition, ce don de lire dans les esprits et dans les cours, à travers les physionomies et les visages, et d’y saisir le jeu caché des motifs et des intentions ; il portait, dans cette observation perçante des masques et des acteurs sans nombre qui se pressaient autour de lui, une verve, une ardeur de curiosité qui semble par moment insatiable et presque cruelle: l’anatomiste avide n’est pas plus prompt à ouvrir la poitrine encore palpitante et à y fouiller en tout sens pour y étaler la plaie cachée. A ce premier don de pénétration instinctive et irrésistible, Saint-Simon en joignait une autre qui ne se trouve pas souvent non plus à ce degré de puissance, et dont le tour hardi le constitue unique en son genre: ce qu’il avait comme arraché avec celle curiosité acharnée, il le rendait par écrit avec le même feu, avec la même ardeur, et presque la même fureur de pinceau. La Bruyère aussi a la faculté de l’observation pénétrante et sagace; il remarque, il découvre toute chose et tout homme autour de lui; il lit avec finesse leurs secrets sur tous ces fronts qui l’environnent; puis, rentré chez lui, à loisir, avec délices, avec tendresse, avec lenteur, il trace ses portraits, les recommence, les retouche, les caresse, y ajoute trait sur trait jusqu’à ce qu’il les trouve exactement ressemblants. Mais il n’en est pas ainsi de Saint-Simon qui , après ces journées de Versailles ou de Marly, que j’appellerai des débauches d’observations ( tant il en avait amassé de copieuses, de contraires et de diverses), rentre chez lui tout échauffé et là, plume en main, à bride abattue, sans se reposer, sans se relire, et bien avant dans la nuit, couche tout vifs sur le papier dans leur plénitude et leur confusion naturelles, et à la fois avec une netteté de relief incomparable, les mille personnages qu’il a traversés, les mille originaux qu’il a saisis au passage, qu’il emporte tout palpitants encore, et dont la plupart sont devenus par lui d’immortelles victimes. »
CAUSERIES DU LUNDI PAR Charles-Augustin. SAINTE-BEUVE, de l’Académie française. Tomes 1er et 2ème. Paris, 1851
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« Ainsi il y a là une loi. Toutes les fois que je rougis, que ce soit confusion, timidité, pudeur ou modestie, mon état moral est identique : j’ai le sentiment qu’on voit en moi ce que je veux cacher. Voilà le fait spécial qui est toujours lié à la rougeur, qui fait couple avec elle : la crainte qu’un plaisir, une souffrance, un trouble, une pensée intime ne se dévoilent ; la crainte de ne pas échapper aux regards qui nous observent ou même à l’esprit qui nous sonde ; la crainte d’être deviné, démasqué ; le sentiment qu’on lit au fond de nous à livre ouvert ; le sentiment qu’on pénètre en nous malgré nous ; le sentiment d’une sorte de viol moral. — Le vrai symbole de la rougeur, c’est la vierge dont on écarte les voiles, l’homme dont on arrache le masque, l’anonyme à qui l’on crie son nom. Imaginons un moyen de démasquer réellement l’âme : supposons qu’on puisse, en faisant jouer un ressort, exposer aux regards tous nos sentimens secrets, nos convoitises inavouées, nos rancunes sourdes, nos remords obscurs, nos ambitions furtives ; alors nous rougirions plus qu’aucune vierge n’a jamais rougi, nous ne serions plus que rougeur. »
Camille Mélinand
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« Harakiri »
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«Sous l’Ancien Régime, la possession, l’achat et la vente d’armes à feu étaient libres[réf. nécessaire]. Dans les décennies avant la Révolution, les carrières militaires se ferment aux bourgeois et deviennent un apanage de la Noblesse[1]. La Révolution française, en supprimant la société d’ordre, bouleverse cet équilibre et les armes deviennent un symbole citoyen et le moyen de préserver la liberté de l’État et de protéger la Révolution[réf. nécessaire].
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le contrôle des armes est considérablement renforcé. Le décret-loi du 18 avril 1939, promulgué dans le but d’éviter une insurrection, prohibe les armes à feu[N 1]. Le régime de Vichy ira jusqu’à punir de mort la détention d’arme par les juifs indigènes d’Algérie[2], puis par tous les citoyens[3].
Assoupli après la guerre, le décret de 1939 ne sera pas abrogé mais explicité, il ne sera quand même plus possible d’acheter des armes (en dehors des armes de chasse) de façon libre[4]. Et en 1995, un décret restreint à nouveau sévèrement ce droit. En 2010, la refonte de la législation concernant les armes a été entamée et a été mise en application en 2013. Elle vise à simplifier la législation et à la mettre en accord avec l’UE.
La France compterait légalement 762 331 armes soumises à autorisation (actuelle catégorie B), et 2 039 726 armes soumises à déclaration[5]. Ces chiffres ne prennent en compte que les armes détenues à titre civil, et non celles détenues par l’État pour sa mission régalienne.
D’après une étude menée par l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, entre 18 et 20 millions d’armes (toutes catégories confondues, dont les armes à feu) circuleraient en France, soit une pour trois personnes. Selon ce classement, la France arriverait en septième position quant au nombre d’armes par civil, derrière les États-Unis, la Finlande et la Suisse, ce qui en ferait le 2e pays le plus armé de l’UE[6]. Mis en place en septembre 2004, Agrippa (application nationale de gestion du répertoire informatisé des propriétaires et possesseurs d’armes) recensait en septembre 2010 plus de 3 millions d’armes : 2 147 849 armes déclarées (armes de chasse et de tir) et 1 016 185 armes soumises à autorisation (armes de défense)[6]. La Chambre syndicale nationale des armuriers détaillants estime que 10 millions d’armes à feu sont actuellement en circulation dans l’Hexagone. Yves Gollety, président du Syndicat des armuriers, estime que « la France est un des pays européens qui compte le plus de chasseurs. C’est une tradition très populaire, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne, où la chasse reste réservée aux élites. »[6].
En 2019, la France compte 1 023 000 chasseurs[7] et 200 600 tireurs sportifs[8].»
Contrôle des armes en France, Wikipédia
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«Il sait ce qui serait rédhibitoire, pour lui-même, sa fierté et son devenir, comme pour ses proches, auxquels il tente d’enseigner les leçons coûteuses et amères qu’il a su tirer de la vie par son étude scrupuleuse, son examen minutieux, les imperts et autres écarts à éviter, les qualités et diverses obligations qu’on se doit, les unes d’acquérir, les autres de respecter, coûte que coûte et qu’on se doit de tenir, si l’on veut garder le respect de soi, ayant bien en vue et gardant toujours à l’esprit le sort et le destin de ceux qui oublie le caractère décisif de cette attitude sage et prudente qu’il cultive mais cache en public, sous des dehors tranquilles et modestes, se préservant ainsi des regards indiscrets de ceux qui font au contraire montre de leurs folies qu’ils arborent dans leurs manières libres et indiscrètes et leurs langues impénitentes et oublieuses de leurs conditions passées et du danger qu’il y a toujours à vouloir se montrer et à chercher à tirer orgueil de ce que l’on fait ou dit, à faire ce que l’on appelle le malin.
Cet homme sait bien que le bon sens est la chose la mieux partagée au monde et qu’il se montrerait bien stupide et idiot à se croire le seul et unique à bien raisonner, à bien s’appliquer. Et quand bien même ce qu’il dit ou fait serait en quelques sortes bon et unique, il sait bien et sans aucun doute possible que la nature l’a en quelques sortes favorisé de se trouver, d’être ou de rester en mesure de dire ou de faire des choses justes, et il garde en lui une franche reconnaissance, une amitié sincère et indéfectible, pour ceux et celles qui l’ont aidé à forger sa volonté et son courage et à aiguiller ses pas afin de le mettre lui-même sur ces voies, et en sûreté, qu’il lui reste désormais à arpenter à son tour dans sa vie de tous les jours et qui le préserveront de chuter ou de fauter par inadvertance ou par oubli des nécessités et contraintes du monde réel et de sa violence quasiment irréfrenable, ce qui l’amènera et le contraindra à acquérir et à développer une vigilance de tous les instants qui se matérialisera par son attention scrupuleuse à ne rien dire, ne rien faire qui puisse laisser les autres deviner ce qu’il pense véritablement au fond de ceux qui l’entourent et dont ils se méfie intérieurement profondément quand pour un mot, une parole, une pensée, ils sont capables des pires atrocités le concernant et même à posteriori.»
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« Kalyvas : découpler la guerre et la violence
« The Logic of Violence in Civil War, publié en 2006 chez Cambridge University Press, est le grand livre de Stathis Kalyvas, politiste grec formé à Chicago puis à Yale. Le projet est analytiquement précis : « découpler analytiquement la guerre et la violence » — c’est-à-dire montrer que la violence dans les guerres civiles n’est ni une conséquence automatique de la guerre ni une explosion irrationnelle, mais un produit micro-rationnel des situations locales de contrôle. Stathis Kalyvas
La distinction centrale est entre violence sélective (qui cible des individus identifiés comme défecteurs ou collaborateurs) et violence indiscriminée (qui frappe collectivement, sans tri). Kalyvas pose une thèse contre-intuitive : la violence sélective demande de l’information ; l’information demande de la collaboration des civils ; et la collaboration ne se produit que là où l’un des camps détient un contrôle suffisant pour protéger les dénonciateurs. Inversement, dans les zones où aucun camp ne contrôle, l’information manque, et la tentation devient celle de la violence indiscriminée — qui, paradoxalement, est moins efficace pour produire la soumission durable. »
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« Est-il légitime de parler d’ingénierie sociale ? En posant cette question, nous souhaitons déconstruire une évidence, qui ferait de l’ingénierie sociale une dimension incontournable des politiques sociales, et souligner le caractère polémique et contradictoire de la notion. L’ingénierie renvoie à la figure de l’ingénieur : « Personne apte à occuper des fonctions scientifiques et techniques actives, en vue de créer, organiser, diriger des activités qui en découlent, ainsi qu’à y tenir un rôle de cadre. » Et « l’ingénierie est l’étude d’un projet industriel sous tous ses aspects (techniques, économiques, financiers, sociaux) qui nécessite un travail de synthèse coordonnant les travaux de plusieurs équipes de spécialistes ; discipline ; spécialité que constitue le domaine de telles études » (Larousse). Pour le dictionnaire historique de la langue française Le Robert : « Ingénieur a d’abord désigné un constructeur, un inventeur d’engins de guerre ou un conducteur d’ouvrages de fortification, il s’emploie aussi au xviie et au xviiie siècle comme équivalent d’architecte, mais s’est spécialisé pour désigner une personne qui, par sa formation scientifique et technique, est apte à diriger certains travaux, à participer à des recherches ; cet emploi moderne d’ingénieur apparaît au xviiie siècle et se répand avec le développement de l’industrie. » Nous retenons de cette définition les notions d’étude, de projet et de pluridisciplinarité. L’ingénieur et l’ingénierie sont deux notions structurantes du champ industriel, elles s’appliquent à la production de machines, d’outils, de produits manufacturés… » »
Alain Penven, L’ingénierie sociale, Cairn : Matières à réflexion
https://www.cairn.info/l-ingenierie-sociale–9782749237176-page-25.htm
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« 2.2 Groupes rebelles politico-militaires
Profil
Objectif de contrôle territorial ou étatique
Commandement structuré
Logique
Arme = instrument politique
Discipline relative, hiérarchie
Danger
Conflit prolongé
Négociation possible mais coûteuse
Acteurs rationnels, mais violents. »
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2.3 Groupes idéologico-religieux
Profil
Djihadistes, messianiques, apocalyptiques
Recrutement transnational
Logique
Arme = outil sacré
Mort valorisée, compromis refusé
Danger
Maximum
Radicalisation cumulative
Effondrement des normes
Catégorie la plus dangereuse : très peu réversible. »
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« L’impunité s’étend à l’étranger : une série d’assassinats documentés — Zelimkhan Khangoshvili à Berlin (2019), CNN Mamikhan Umarov à Vienne (2020), Imran Aliyev à Lille (2020, poignardé 135 fois) U.S. Department of StateRFE/RL — témoigne d’une terreur extraterritoriale systématique. Le procureur fédéral allemand a conclu que le meurtre de Berlin avait été commis « sur ordre des services étatiques du gouvernement central de la Fédération de Russie ». WikipediaJAMnews«
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« Car « le bel autrefois habite le présent », résume Aragon dans Brocéliande. Rimbaud l’a montré, devenant « absolument moderne » en renversant l’ordre classique après l’avoir entièrement absorbé. Il était légitime pour inventer : il avait tout lu ! Les iconoclastes sont moins audibles quand ils sont illettrés. »
Sylvain Tesson
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« Il a également noté ironiquement que si la licence était vraiment « bradée », l’ARCEP aurait dû recevoir de nombreuses candidatures — ce qui n’a pas été le cas. »
Jean-Ludovic Silicani, Conseiller d ‘Etat, Ancien président de l’ARCEP, (chargé de vendre des fréquences et de surveiller ce que l’on en fait)
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« La vraie barrière à l’entrée pour la 4ème licence mobile française n’était donc pas les 240 millions d’euros de redevance, ni même le milliard d’investissement requis. C’était la rareté des individus capables de maîtriser simultanément l’ingénierie radio, l’architecture réseau, le droit des télécommunications, le montage financier de projets multi-milliards, et les négociations parallèles avec équipementiers, banques et concurrents. Cette rareté explique pourquoi, en trois mois, seul Free/Iliad a pu constituer un dossier de plusieurs dizaines de milliers de pages répondant aux 48 pages de spécifications de l’ARCEP. »
Claude Ai Search
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« Le portier demanda à Samhildânach: « Quel métier exerces-tu?», dit-il, « car il ne vient à Tara personne sans métier. » << Interroge-moi », dit [Samhildânach], <«< je suis charpentier. »> Le portier répondit : « Nous n’avons pas besoin de toi, il y a un charpentier chez nous déjà. C’est Luchtae, fils de Luacha. » [Samhildânach] dit : « Tu m’interroges1, ô portier, je suis forgeron. » Le portier lui répondit: « Il y a un forgeron chez nous déjà; c’est Colum Cuaollémech des trois nouvelles œuvres. >> [Samhildânach] dit : « Tu m’interroges, je suis un homme fort et brave. >> Le portier répondit : « Nous n’avons pas besoin de toi il y a un homme fort et brave chez nous déjà; c’est Ogma, fils d’Ethne. >> [Samhildânach] reprit la parole: « Tu m’interroges », dit-il, << je suis harpiste. >> « Nous n’avons pas besoin de toi », répliqua le portier, <«< il y a comme harpiste chez nous déjà Abhcan, fils de Bicelmas, pour récréer les hommes des trois dieux 2 dans les demeures féeriques. >> [Samhildânach] dit : « Tu m’interroges, je suis un guerrier habile. » Le portier répondit : « Nous n’avons pas besoin de toi ; il y a déjà chez nous un guerrier habile: c’est Bresal Echarlam, fils d’Eochaid Baethlâm. » [Samhildânach] dit alors : « Tu m’interroges, ô portier, je suis poète et je suis savant en histoire. » « Nous n’avons pas besoin de toi », répliqua le portier, «< il y a déjà chez nous un poète savant en histoire : c’est En, fils d’Ethoman. >> [Samhildânach] dit : « Tu m’interroges, je suis sorcier. >> « Nous n’avons pas besoin de toi. Il y a des sorciers chez nous déjà. Nombreux sont nos druides et nos puissants magiciens. >> [Samhildarrach] dit : « Tu m’interroges, je suis médecin. » « Nous n’avons pas besoin de toi c’est Diencecht qui est médecin chez nous. » I. At-um-athcumairc, littéralement « sont à moi questions >>. 2. Ces trois dieux paraissent être les trois rois qui régnèrent conjointement sur les Tuatha Dê Danann, savoir Mac Cuill, Mac Ceacht, et Mac Greine. Annales des Quatre Maîtres, sous l’an du monde 3471. << Tum’interroges », dit [Samhildânach], « je suis échanson. >> < Nous n’avons pas besoin de toi: il y a des échansons chez nous déjà. Ce sont Delt, Drucht et Daithe; Taei, Talom et Trog; Glei, Glan et Glesi. >> [Samhildânach] dit : « Tu m’interroges, je suis bon forgeron. >> « Nous n’avons pas besoin de toi, il y a un forgeron chez nous déjà, c’est Credne, le forgeron. »> [Samhildânach] reprit la parole: «< Demande au roi », dit-il, <«< s’il y a chez lui un homme qui à soi seul réunisse tous ces métiers-là, et s’il a chez lui un tel homme, je ne vais pas à Tara. >> Alors le portier entra dans le palais; adressant la parole1 à la royale [assemblée] tout entière: « Il est venu », dit-il, <«< un jeune guerrier à la porte de la forteresse: Samhildânach est son nom, et tous les métiers qui se pratiquent chez tes gens sont réunis chez lui seul, en sorte qu’il est l’homme de tous les métiers. >> On rapporta cela à Nuadu. » Fais-le entrer dans la forteresse », dit Nuadu, « car jusqu’à présent il n’est venu homme pareil dans ce château-ci. » Alors le portier fit entrer [Samhildânach]. Celui-ci vint dans le château et s’assit sur le siège de docteur, car il était docteur en tout métier (ou en toute partie). » »
Henri Gaidoz, Revue celtique
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Quand les ingénieurs partent, le pétrole s’arrête : anatomie d’une catastrophe répétée
« Entre 1960 et 2010, la séquence s’est reproduite avec une régularité troublante dans une quinzaine de pays producteurs d’hydrocarbures : décision politique de nationalisation ou de purge, exode massif d’experts techniques, dégradation progressive des infrastructures, puis effondrement de la production et multiplication des accidents industriels. Cette recherche comparative documente plus de 3 000 décès liés à des accidents industriels majeurs dans ces pays, des pertes de production cumulées dépassant 10 millions de barils par jour à leur maximum, et des dommages économiques se chiffrant en centaines de milliards de dollars. Le schéma transcende les idéologies : qu’il s’agisse de nationalisations socialistes (Algérie, Libye), de révolutions islamiques (Iran), de purges politiques (Venezuela), ou de guerres civiles (Angola, Irak), le mécanisme central reste identique — la perte de capital humain technique génère un déclin irréversible sur une à deux décennies.
Le temps moyen de récupération dépasse quinze ans — quand récupération il y a
L’analyse comparative révèle un décalage temporel systématique entre les décisions politiques et leurs conséquences techniques. La nationalisation vénézuélienne de 1976 n’a pas affecté la production pendant 25 ans car PDVSA opérait avec autonomie et compétence ; en revanche, la purge de 2003 qui licencia 18 000 à 20 000 ingénieurs, géologues et techniciens spécialisés a déclenché un déclin visible en 2-3 ans et catastrophique en une décennie — la production passant de 3,4 millions de barils/jour (1998) à moins d’un million aujourd’hui.
L’Iran illustre le phénomène le plus dramatique : avant la révolution de 1979, la production atteignait 6 millions bpd ; en janvier 1979, elle s’effondra à moins d’un million bpd suite aux grèves et à l’expulsion de « virtuellement tous les employés étrangers de l’industrie pétrolière ». Malgré 45 ans écoulés, l’Iran n’a jamais retrouvé ce niveau de production — stagnant autour de 3,8-3,9 millions bpd. La guerre Iran-Irak (1980-1988) détruisit en outre la raffinerie d’Abadan, la plus grande du monde avec 628 000 bpd de capacité, qui ne reprit une production limitée qu’en 1989 à 130 000 bpd.
L’Irak constitue un cas extrême de destruction répétée : après avoir atteint 3,5 millions bpd en 1979 grâce à l’assistance technique soviétique post-nationalisation de 1972, le pays vit sa production chuter de 85% après la Guerre du Golfe de 1991. Il fallut attendre 2015 — soit 36 ans — pour dépasser les niveaux de 1979. Le Koweït, dont 749 installations furent détruites ou incendiées lors de l’invasion irakienne en 1991, représente l’exception : grâce à un effort international mobilisant 16 000 travailleurs de 36 pays et 10 milliards de dollars, la capacité pré-guerre fut restaurée en seulement deux ans.
La Libye n’a jamais retrouvé son rang de 1970
Le cas libyen démontre l’irréversibilité de certaines pertes. En 1970, la Libye produisait 3,3-3,4 millions bpd, faisant d’elle le deuxième producteur arabe après l’Arabie Saoudite. Les nationalisations progressives sous Kadhafi (1970-1976) combinées au manque de personnel technique qualifié — les documents du Département d’État américain notaient que les Libyens « ont des difficultés à gérer efficacement leurs propriétés existantes et ne pourraient certainement pas en gérer d’autres sans une aide expatriée extensive » — firent chuter la production à 1 million bpd au début des années 1980, soit une baisse de 70%.
Les sanctions internationales (1978-2004) gelèrent toute modernisation : 25% du territoire libyen resta inexploré pendant cette période. Aujourd’hui, la production tourne autour de 1,2 million bpd, soit 32% du pic historique. La part de marché OPEP de la Libye est passée de 7% en 1970 à 1,2% en 2022.
L’Algérie, en contraste, réussit une transition relativement ordonnée après la nationalisation de 1971. Bien que le retrait des techniciens français ait initialement réduit les exportations de moitié, le recours à l’assistance soviétique et l’embauche de spécialistes américains permit une récupération rapide. Cependant, le vieillissement des infrastructures se manifesta tragiquement le 19 janvier 2004 avec l’explosion de l’usine GNL de Skikda : 27 morts, 74 blessés, 470 millions de dollars de dommages matériels et 300 millions de revenus d’exportation perdus. L’usine, construite entre 1971 et 1981, avait fait l’objet d’une rénovation par Halliburton en 1999, mais les infrastructures vieillissantes contribuèrent à la catastrophe.
Le Nigeria paie le prix de la négligence avec plus de 2 000 morts
Le cas nigérian se distingue par un mécanisme différent : non pas une nationalisation brutale, mais une dégradation chronique par corruption, vol et défaut de maintenance. La Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), créée en 1977, accumula entre 2001 et 2019 45 347 incidents de rupture de pipeline. Le bilan humain est effroyable :DateLieuVictimes17-18 octobre 1998Jesse, Delta1 082 morts11 juillet 2000Warri~300 morts26 décembre 2006Abule-Egba, Lagos260-600 morts2009Warri593 morts
L’incident de Jesse de 1998 reste la plus meurtrière catastrophe de pipeline de l’histoire. Le feu brûla pendant six jours jusqu’à ce que des pompiers américains l’éteignent. Entre 1976 et 2001, le Nigeria enregistra 6 817 déversements de pétrole totalisant 3 millions de barils perdus, dont 50% dus à la corrosion des pipelines — certains datant des années 1960 et jamais remplacés. Le vol de pétrole coûte aujourd’hui au Nigeria une perte estimée à 400 000 bpd et 10 milliards de dollars annuellement.
L’Angola présente un paradoxe instructif : malgré le départ de 250 000 Portugais en 1975 (dont plus de 30 000 cadres et techniciens) et 27 ans de guerre civile, le secteur pétrolier continua de croître. La raison ? La production était concentrée en offshore, dans l’enclave de Cabinda isolée du conflit continental, et opérée en continu par des majors étrangères comme Chevron depuis 1968. Sonangol fut « délibérément protégée de la logique prédatrice et centralement planifiée de l’économie politique angolaise ». La production passa de ~700 000 bpd en 1996 à 1,85 million bpd en 2010.
L’Indonésie et le Mexique : corruption et accidents meurtriers
L’Indonésie sous Pertamina illustre la dégradation par mauvaise gestion et corruption plutôt que par nationalisation. La crise de 1975 révéla une dette de 10-10,5 milliards de dollars (30% du PNB indonésien), six systèmes comptables séparés, et un président-directeur, le général Ibnu Sutowo, qui avait retenu 860 millions de dollars de recettes fiscales en 1974. Un audit PriceWaterhouseCoopers de 1999 chiffra les pertes par corruption entre 1996-1998 à des milliards de dollars. La Banque Mondiale estima en 2000 que les coûts de production de Pertamina étaient 100-200% plus élevés que ceux des autres opérateurs en partage de production, avec une valeur actualisée des inefficiences de 1,3 à 2,5 milliards de dollars.
La production indonésienne culmina à 1,64 million bpd en 1977 pour tomber à 582 000 bpd en 2024 — une chute de 65%. L’Indonésie devint importateur net de pétrole en 2004 et suspendit son adhésion à l’OPEP. L’incident de Malari en janvier 1974, où des émeutes contre la présence d’« étrangers occidentaux du pétrole et leurs familles » firent 11 morts et 775 arrestations, témoigne des tensions sociales générées.
Le Mexique de PEMEX cumule les problèmes : monopole constitutionnel interdisant l’investissement étranger, fiscalité confiscatoire (plus de 60% des revenus bruts), corruption endémique, et négligence de la maintenance. Les accidents majeurs incluent :
San Juanico (1984) : explosion d’un terminal GPL, 500-600 morts, ~7 000 blessés — l’une des pires catastrophes industrielles de l’histoire
Guadalajara (1992) : fuite d’essence dans les égouts, ~252 morts (certaines estimations jusqu’à 1 000)
Tlahuelilpan (2019) : explosion lors d’un vol de carburant, 137 morts
La production mexicaine passa de 3,4-3,5 millions bpd en 2004 à 2,576 millions bpd en 2010, une chute de 28% en six ans. Le gisement géant de Cantarell, découvert en 1979, entra en déclin terminal. PEMEX est aujourd’hui la compagnie pétrolière la plus endettée au monde avec 97 milliards de dollars de dette.
La Bolivie nationalisa trois fois, avec les mêmes résultats
La Bolivie constitue un cas de répétition : nationalisations en 1937 (Standard Oil), 1969 (Gulf Oil), et 2006 (Petrobras, Repsol, Total). Chaque fois, le même schéma se reproduisit : départ des experts étrangers, déclin de la production, puis réouverture aux investissements étrangers environ deux décennies plus tard. Les responsables de YPFB « admettent librement que la Bolivie manque de personnel technique et de capacité financière pour développer et opérer sa propre industrie ».
Lors de la nationalisation de 1969, Gulf Oil contrôlait 80% des réserves gazières connues du pays. Le Département d’État américain avertit que « le résultat de la nationalisation pourrait être une réduction drastique de la production ». La production bolivienne de pétrole atteignit son maximum en 2014 avec 18,64 millions de barils/an, mais s’effondra à 8,6 millions en 2023 — le niveau le plus bas depuis 1993 — soit une chute de 54% en neuf ans.
L’Équateur perdit 40% de sa production en 1987 suite à un tremblement de terre qui endommagea son pipeline trans-équatorien, illustrant la vulnérabilité des infrastructures. Lors du départ de Texaco en 1992, l’Équateur hérita de 1 107 sites de déchets environnementaux et d’une infrastructure que le pays « n’avait aucune expérience pour opérer ».
Les travaux académiques confirment un schéma universel
L’ouvrage fondateur de Terry Lynn Karl, The Paradox of Plenty (1997), démontre que la dépendance pétrolière conduit à une « reliance fiscale sur les pétrodollars et les dépenses publiques, aux dépens de la construction de l’État ». Michael Ross (The Oil Curse, 2012) établit qu’avant les nationalisations, « les pays riches en pétrole ressemblaient au reste du monde ; aujourd’hui, ils sont 50% plus susceptibles d’être dirigés par des autocrates — et deux fois plus susceptibles de sombrer dans une guerre civile ».
L’étude la plus systématique, Oil and Governance (Victor, Hults & Thurber, 2012), analyse 15 compagnies nationales et conclut qu’il existe une « forte corrélation entre les charges non-pétrolières imposées à la compagnie — emplois, subventions aux carburants, postes donnés à des proches politiques — et les déficiences de performance ». Cruciale est cette conclusion : « La gouvernance fragmentée, où de multiples acteurs gouvernementaux défendent leurs intérêts mais personne n’assume la responsabilité stratégique, apparaît uniformément fatale à la performance des compagnies nationales. »
Les audits de la Banque Mondiale révélèrent des pertes annuelles dues aux inefficacités des compagnies nationales africaines dépassant 1,4 milliard de dollars — l’équivalent de l’ensemble du programme de prêts de la Banque Mondiale pour l’Afrique subsaharienne. L’audit de NNPC (Nigeria) estima les pertes entre 800 millions et 1 milliard de dollars annuellement ; celui de Pertamina (Indonésie) à plus de 2 milliards de dollars par an, soit 10% du budget national indonésien.
La séquence-type de dégradation se répète indépendamment du contexte
L’analyse comparative révèle une séquence en six phases systématiquement observable :
Phase 1 — Capture politique : le gouvernement accroît son contrôle sur la compagnie nationale (Chávez au Venezuela 1998, Ahmadinejad en Iran 2005, Kadhafi en Libye 1969).
Phase 2 — Départs silencieux : les experts techniques anticipent les difficultés et commencent à émigrer avant les mesures officielles. Au Venezuela, « des centaines de milliers de travailleurs qualifiés émigrèrent » après 2003.
Phase 3 — Purge officielle : remplacement massif du personnel compétent par des loyalistes politiques. Le ministre Rafael Ramírez déclara en 2006 : « PDVSA est rouge, rouge de haut en bas » — soutenir Chávez ou perdre son emploi.
Phase 4 — Dégradation progressive : les arriérés de maintenance s’accumulent pendant 3-7 ans avant de causer des défaillances d’équipements. Un document fuité de PDVSA révéla que les pipelines du pays n’avaient pas été mis à jour depuis 50 ans.
Phase 5 — Accidents et défaillances : multiplication des incidents industriels, souvent après une décennie de négligence.
Phase 6 — Incapacité de diagnostic : la compagnie ne peut plus comprendre ni réparer ses propres systèmes. Rystad Energy estime que 54 milliards de dollars d’investissements sur 15 ans seraient nécessaires juste pour maintenir la production vénézuélienne stable à 1,1 million bpd.
Les succès relatifs éclairent les échecs
Les cas de Statoil (Norvège), Petronas (Malaisie) et Petrobras (Brésil) démontrent que la nationalisation n’est pas déterministe. Ces compagnies maintinrent une autonomie managériale, des partenariats techniques avec les majors internationales, et une séparation entre fonctions politiques, régulatrices et commerciales. La Norvège imposa des exigences de contenu local sur plusieurs décennies plutôt qu’en quelques années, résultant en 250 000 emplois dans l’industrie et un secteur de services pétroliers compétitif mondialement.
À l’inverse, le Nigeria tenta de copier le modèle norvégien sans disposer des « institutions politiques et de service public matures » nécessaires. Le Mexique interdit constitutionnellement l’investissement étranger, empêchant tout transfert technologique par joint-ventures.
Le facteur discriminant n’est pas l’idéologie mais la gouvernance : lorsque plusieurs acteurs gouvernementaux imposent leurs intérêts sans que personne n’assume la responsabilité stratégique, la dégradation technique devient inévitable. Le PDVSA des années 1980-1990, opérant avec autonomie malgré la propriété étatique, fut l’une des compagnies les plus efficaces au monde ; le PDVSA post-2003, politisé et purgé, est devenu un symbole de destruction de capital humain.
Conclusion : un phénomène structurel, non idéologique
Cette recherche documente un phénomène remarquablement stable à travers les régimes politiques, les continents et les décennies. La perte de capital humain technique dans le secteur des hydrocarbures suit un schéma prévisible : les effets sont différés (5-15 ans), cumulatifs (chaque départ aggrave les suivants), et largement irréversibles (les temps de récupération dépassent 15-30 ans lorsque récupération il y a).
Les données quantifiées sont éloquentes : l’Iran a perdu 50% de sa capacité de production maximale de façon permanente ; la Libye 68% ; l’Indonésie 65% ; le Venezuela 70% et continue de décliner. Les bilans humains des accidents — plus de 1 000 morts au seul Nigeria entre 1998 et 2010, 500-600 à San Juanico — révèlent le coût de la négligence technique.
L’enseignement central dépasse le secteur pétrolier : dans toute industrie à haute intensité technique, remplacer la compétence par la loyauté politique déclenche une spirale de dégradation que les décideurs ne perçoivent pleinement que trop tard — lorsque les puits ne produisent plus, que les raffineries explosent, et que les revenus s’effondrent. La malédiction des ressources n’est pas une fatalité géologique mais un échec institutionnel reproductible et, en principe, évitable. »
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« Très bien — on retourne la carte sans trahir les faits, et on suit une ligne froide : et si Canaris n’était pas un héros contrarié, mais un calculateur qui, anticipant la défaite, a choisi de rester au centre du jeu pour se ménager une porte de sortie auprès des Britanniques et des Américains ?
Dans cette lecture inversée, l’« anti-nazisme » de Canaris ressemble moins à une conversion morale qu’à un repositionnement de survie. Dès 1938-39, autour de l’Abwehr et de l’état-major, des esprits lucides redoutent une guerre perdue d’avance contre une coalition ouest-est — crainte vieille comme Bismarck : l’isolement, la guerre sur deux fronts, l’ivresse nationaliste qui remplace la raison d’État. Dans ce climat, un chef de service peut très bien conclure qu’il vaut mieux rester au cœur de la machine pour se rendre utile à l’ennemi de demain, plutôt que de fuir, démissionner, ou se faire broyer sans contrepartie. Les premières traces publiques allant en ce sens ne sont pas des aveux de Canaris, mais le faisceau de trois faits robustes : 1) l’existence de canaux indirects vers les Britanniques (Suisse, Italie, Espagne/Vatican), où Halina Szymańska sert de passerelle ; 2) l’attention réelle de Londres et, plus tard, de l’OSS de Berne (Dulles) pour ces signaux ; 3) l’absence totale de preuve d’un recrutement formel par le MI6, qui cadre mieux avec une « utilisation à distance » d’un interlocuteur ambigu qu’avec l’embrigadement d’un agent. (Wikipédia)
Sur cette piste, le calcul de Canaris serait double. D’abord, se protéger : se rendre indispensable à tous, inattaquable juridiquement tout en étant irremplaçable fonctionnellement. Ensuite, se ménager l’avenir : laisser des témoins, des bribes de preuves, des contacts pouvant plaider, à l’heure du désastre, la thèse d’un frein intérieur plutôt que celle du complice. Sa fin tragique à Flossenbürg (9 avril 1945) n’invalide pas ce calcul : elle montre seulement que la fenêtre s’est refermée trop vite lorsque ses écrits et réseaux ont été découverts. Les archives de la fondation du camp confirment la date et le contexte de l’exécution, sans prêter à l’hagiographie. (gedenkstaette-flossenbuerg.de)
Rien, dans les sources sérieuses, n’oblige à peindre Canaris en résistant pur. On sait qu’il sert le régime jusqu’en 1939, qu’il ferme les yeux sur bien des fautes de l’Abwehr, et qu’il couvre aussi des opérations franches de renseignement au profit de l’Allemagne. Les analyses du renseignement britannique et la littérature savante oscillent depuis longtemps entre deux pôles : incompétence structurelle de l’Abwehr d’un côté, entraves délibérées de noyaux anti-nazis de l’autre. La position la plus solide aujourd’hui reste mixte : selon les théâtres et les phases de guerre, l’aiguille bouge. Rien n’interdit, dans ce mélange, un Canaris opportuniste, lisant finement l’horizon et ajustant sa conduite avec une boussole moins morale que stratégique. (jstor.org)
Sa fabrique d’identité plaide, au minimum, une forte capacité d’auto-mise en scène. L’épisode célèbre — et réfuté — d’une prétendue ascendance avec le héros grec Konstantínos Kanáris indique un goût ancien pour la légende personnelle et la compartimentation du vrai et du vraisemblable. La biographie de Höhne et les reprises ultérieures rappellent qu’une enquête généalogique avait déjà, avant-guerre, fait tomber ce roman familial ; les synthèses récentes en gardent la trace. Ce trait ne prouve pas la duplicité politique, mais il éclaire une personnalité apte à vivre de longues années dans l’ambiguïté utile. (Wikipédia)
Que devient, dans cette perspective, la question des contacts avec Londres et Washington ? Elle cesse d’être héroïque. Des passerelles indirectes existent bien — Szymańska en Suisse/Italie, d’autres relais via Zurich, l’Espagne, voire le Vatican — mais elles disent surtout la curiosité prudente des Anglo-Saxons pour un haut responsable allemand qui vacille, et leur pragmatisme : exploiter sans s’engager, écouter sans garantir, capitaliser sans se compromettre. L’histoire autorisée du MI6 (Jeffery) reste parcimonieuse et ne valide aucun « contrat » avec Canaris ; elle cadre avec l’idée d’une exploitation tactique plutôt qu’une alliance. (books.google.com)
Reste la tentation d’un « veto Menzies » à un assassinat envisagé en 1943, souvent allégué dans des mémoires mais non verrouillé par document primaire publié. Si l’on admet sa plausibilité, la lecture survivaliste tient encore : on garde un atout ambigu parce qu’il peut servir davantage vivant que mort — non pour l’absoudre, mais pour l’utiliser. C’est une éthique d’efficacité, pas une décoration morale. Tant que l’archive manquante n’apparaît pas, on ne dépasse pas le probable. (academia.edu)
À ce stade, que peut-on raisonnablement inférer des motivations ? D’abord, un noyau dur de patriotisme conservateur heurté par l’irrationalité stratégique d’Hitler (lignes Beck/Oster), qui oriente des gestes de freinage. Ensuite, une autoprotection professionnelle : survivre dans un système où l’incompétence se paie, et la trahison plus vite encore, suppose de pratiquer l’ambiguïté comme un art. Enfin, une gestion de legs : semer de quoi plaider plus tard la cause d’un « résistant dans la cage ». Rien n’exclut que la peur brute — sauver sa peau, celle des siens — ait pesé autant que les scrupules. Le renseignement est un métier où l’on sauve souvent après coup ce qu’on a d’abord tenté de cacher. (Wikipédia)
Mon intuition raisonnée, compte tenu des sources publiques : Canaris n’est ni le sauveur qu’on aime célébrer ni le cynique pur sucre qu’on voudrait condamner. C’est un professionnel du secret qui a successivement servi, freiné, marchandé — avec l’idée qu’en restant au centre, il maximisait ses chances : chances d’influencer à la marge la trajectoire d’un régime qu’il jugeait de plus en plus suicidaire, chances de négocier un récit de sauvegarde auprès de Londres/OSS si la catastrophe arrivait, chances enfin de survivre. Sa mort à Flossenbürg rappelle que ce calcul n’a pas abouti. Mais sa trajectoire, lue à l’envers, tient : on peut comprendre ses actes comme une politique de survie lucide, arrimée à des contacts prudents et à une auto-mise en scène constante — exactement le genre de conduite que favorise un monde où la vérité utile prime sur la vérité tout court. (gedenkstaette-flossenbuerg.de)
Pour trancher plus finement entre survie et scrupule, il faudrait du matière-première : directives internes non expurgées du SIS, traces de briefings à Berne/Lisbonne, presse et tracts d’époque corroborant ou non la « salissure protectrice », et le recoupement phrase à phrase des dépositions (Lahousen, Gisevius) avec les journaux d’opérations. Tant que ces briques manquent, l’hypothèse du calcul de sauvegarde reste solide et concurrente de l’hypothèse morale — et c’est honnêtement là que se situe la vérité, entre deux explications qui s’emboîtent autant qu’elles s’opposent. (avalon.law.yale.edu)
Si tu veux élargir encore le viseur, on peut comparer son cas à d’autres profils « à double fond » dans l’appareil allemand (Oster, von Roenne, Kolbe côté AA), pour mesurer ce que chacun a réellement misé : carrière, salut, ou conscience — et comment les Alliés ont, dans chaque dossier, pesé l’utilité contre la morale. (Wikipédia) »
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« La protection par les apparences s’avéra efficace. Le MI6 britannique mena même une campagne de propagande appelant Canaris « un rat avec un visage humain » et « génie maléfique » pour l’aider à maintenir sa crédibilité auprès des dirigeants allemands. Le chef du MI6 Stewart Menzies opposa son veto en 1943 à un plan d’assassiner Canaris, reconnaissant sa valeur. »
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« Les armes et les lettres : anatomie d’un préjugé
« Le stéréotype du militaire inculte — le « soudard », le « traîneur de sabre », l’exécutant muet — est l’un des préjugés les plus tenaces et les plus infondés de la culture occidentale. Loin d’être des anti-intellectuels, les militaires s’inscrivent dans une tradition lettrée multiséculaire d’une densité exceptionnelle : de Vigny à de Gaulle, de T.E. Lawrence à James Mattis, les officiers-écrivains ont produit certaines des pages les plus marquantes de la pensée stratégique, de l’histoire et de la littérature. Ce préjugé, construit par strates historiques — la fracture dreyfusarde, les guerres coloniales, l’antimilitarisme post-68 — persiste largement parce que les militaires, soumis au devoir de réserve et à une pudeur constitutive, ne parlent pas de leurs lectures. Le paradoxe est saisissant : l’institution qui exige le plus de ses membres en matière de formation intellectuelle est précisément celle qu’on accuse d’inculture.
Un préjugé bâti par sédimentation historique
L’image du militaire borné s’enracine dans une opposition séculaire entre « hommes de robe » et « hommes d’épée » qui remonte au Moyen Âge, quand clercs et chevaliers incarnaient deux voies irréconciliables. Mais le capitaine Lyautey, dans son texte fondateur de 1891, « Du rôle social de l’officier », identifie déjà que ce stéréotype reposait, avant 1870, sur une réalité sociologique partielle : la carrière militaire attirait alors davantage les « natures disposées au mouvement plutôt qu’à l’étude ». C’est précisément cette réalité que les réformes post-1870 — création de l’École supérieure de Guerre, élévation du niveau de recrutement — ont radicalement transformée. Lyautey lui-même dénonce « la vieille prévention des hommes de pensée contre les gens d’épée » comme un archaïsme que les faits démentent.
L’Affaire Dreyfus (1894-1906) constitue le moment de rupture fondateur. C’est lors de cette crise que le mot « intellectuel » apparaît comme catégorie sociale — et qu’il se cristallise en opposition frontale avec l’institution militaire. Le « J’accuse » de Zola fige dans l’imaginaire collectif l’image d’un état-major rigide, hostile à la vérité et au raisonnement critique. L’ironie tragique est que des officiers dreyfusards existaient — le colonel Picquart en tête — mais leur voix fut étouffée, renforçant précisément le stéréotype qu’ils contredisaient.
L’antimilitarisme connaît ensuite un apogée dans les décennies 1960-1970, nourri par les guerres coloniales et Mai 68. Le slogan « L’armée, ça pue, ça pollue et ça rend con » résume le mépris d’une génération intellectuelle envers l’institution. La caricature de l’Adjudant Kronembourg par Cabu dans Charlie Hebdo — le sous-officier borné et alcoolique — devient un archétype culturel. Les comités de soldats, les festivals de films antimilitaristes, les publications comme celle de Daniel Pennac (Le Service militaire au service de qui ?, 1973) sédimentent dans l’opinion publique une image que la suspension de la conscription en 1997 achèvera de figer : en éloignant les civils du monde militaire, la professionnalisation transforme la méconnaissance en certitude.
Ce préjugé n’est pas propre à la France. Lloyd George affirmait que « l’esprit militaire considère la pensée comme une forme de mutinerie ». Correlli Barnett résumait la tradition britannique : « Leurs traditions étaient contre les livres et l’étude, et en faveur d’un galop, d’un bon combat et d’une cruche pleine. » Le maréchal Mac-Mahon aurait déclaré qu’il « éliminait de la liste de promotion tout officier dont il avait lu le nom sur la couverture d’un livre ». Aux États-Unis, H.G. Wells écrivait sans ambages que « l’esprit militaire professionnel est par nécessité un esprit inférieur et sans imagination ». Le préjugé est donc transculturel — mais c’est en France, où la fracture dreyfusarde a créé une faille tectonique entre intellectuels et militaires, qu’il est le plus profondément enraciné.
De Vigny à Mattis : la tradition écrasante des officiers-lettrés
Contre ce stéréotype se dresse une tradition d’une richesse telle qu’il faut parler non d’exception mais de constante. En France, elle commence avec Alfred de Vigny, officier pendant quinze ans, dont Servitude et grandeur militaires (1835) inaugure la littérature de réflexion sur la condition du soldat — cet homme « toujours dédaigné ou honoré outre mesure selon que les nations le trouvent utile ou nécessaire ». Elle traverse Lyautey, élu à l’Académie française en 1912 pour ses qualités « humaines et littéraires », et culmine avec de Gaulle, dont le style a fait l’admiration universelle.
La citation de de Gaulle dans Vers l’armée de métier mérite d’être reproduite intégralement tant elle condense la thèse centrale : « La véritable école du commandement est donc la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire, d’apercevoir les prolongements et les interférences, bref de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine de l’esprit humain. » Ce n’est pas un plaidoyer pour la culture comme ornement — c’est l’affirmation que la culture est la compétence du chef.
La liste des officiers-écrivains français défie l’inventaire : Pierre Loti (capitaine de vaisseau, élu à l’Académie en battant Zola), Claude Farrère (capitaine de corvette, Prix Goncourt 1905), Ardant du Picq (pionnier de la psychologie du combat), Ernest Psichari (petit-fils de Renan, tué en 1914), Hélie de Saint Marc (résistant, déporté, mémorialiste), Pierre Schoendoerffer (Prix Goncourt 1969), Jean Lartéguy (Les Centurions), et plus récemment Guillaume Ancel, Michel Goya, Vincent Desportes, François Lecointre — ce dernier ayant reçu le Prix Erwan Bergot 2024 pour Entre Guerres, publié chez Gallimard dans la collection Blanche, avec un talent littéraire unanimement salué. Le prix « La Plume et l’Épée », créé en 2009, rappelle en préambule qu’« Agrippa d’Aubigné, Vauban, Laclos, Stendhal, Ardant du Picq et, plus proches de nous, Lyautey, Foch ou de Gaulle symbolisent la synthèse entre l’action et la réflexion ».
Dans le monde anglo-saxon, la tradition est tout aussi puissante. T.E. Lawrence — archéologue, First Class Honours en histoire à Oxford, auteur des Sept Piliers de la sagesse — incarne l’archétype du warrior-scholar. Churchill, formé à Sandhurst, vétéran de quinze batailles, Prix Nobel de littérature, fusionne dans sa personne le combattant et l’écrivain. Mais c’est le général James Mattis qui a formulé l’éthique de la lecture militaire avec le plus de force : possédant une bibliothèque personnelle de plus de 7 000 livres qu’il transportait d’affectation en affectation, il a écrit en 2003 cet email devenu célèbre : « Le problème quand on est trop occupé pour lire, c’est qu’on apprend par l’expérience — c’est-à-dire par la manière dure. En lisant, on apprend par l’expérience des autres, généralement une meilleure façon de faire, surtout dans notre métier où les conséquences de l’incompétence sont si définitives pour de jeunes hommes. » Sa formule la plus tranchante : « Si vous n’avez pas lu des centaines de livres, vous êtes fonctionnellement illettré, et vous serez incompétent. »
David Petraeus (doctorat à Princeton), H.R. McMaster (doctorat à Chapel Hill, auteur de Dereliction of Duty, héros de la bataille de 73 Easting), John Nagl (Rhodes Scholar à Oxford, co-rédacteur du manuel de contre-insurrection FM 3-24), Nathaniel Fick (licence de lettres classiques à Dartmouth, thèse de fin d’études sur Thucydide) — tous illustrent cette réalité que le préjugé s’acharne à nier. Et dans la génération contemporaine, Phil Klay (National Book Award 2014 pour Redeployment), Elliot Ackerman (Silver Star, cinq déploiements, auteur publié chez Knopf), Tim O’Brien (The Things They Carried) ont produit certains des textes littéraires les plus marquants de leur époque.
Lire pour s’équiper, pas pour s’évader : la lecture incarnée contre la lecture décorative
La distinction fondamentale entre la lecture militaire et la lecture mondaine tient en une phrase du général Desportes : « Ma formation initiale d’ingénieur s’avérait insuffisante ; il me fallait élargir ma palette d’outils intellectuels. La seule matrice pour comprendre l’avenir, c’est le passé. » Le militaire ne lit pas pour briller en société — il lit parce que l’erreur se paye en vies humaines. Mattis, avant de déployer ses Marines en Afghanistan, lisait tout ce qu’il trouvait sur le pays, son terrain, ses populations, les campagnes antérieures. Quand il est devenu Secrétaire à la Défense, il a lu tous les livres publiés par ses prédécesseurs. Basil Liddell Hart préconisait que les officiers aient un « esprit de 3 000 ans » — nourri de toute l’histoire militaire disponible, parce que « s’improviser et remplir des sacs mortuaires en découvrant ce qui marche nous rappelle les impératifs moraux et le coût de l’incompétence dans notre profession ».
Cette lecture « incarnée » se distingue radicalement de ce qu’on pourrait appeler la lecture « décorative » de l’intellectuel mondain. Un intervenant civil à un séminaire d’Inflexions confesse sa stupéfaction : « Un officier de cavalerie, qui plus est issu d’un régiment de hussards, citant comme trois premières références Gilles Deleuze, Paul Nizan et Jean-Paul Sartre — je n’avais jamais entendu cela. » Le stéréotype est si puissant qu’on s’attend à ce qu’un hussard cite Sun Tzu, pas Deleuze. L’article d’Inflexions observe que « la culture militaire définit de façon plus tranchée que dans la vie ordinaire la frontière entre « discuter » et « faire » : ce second terme désigne un espace de vérité, dans lequel les masques et les fausses valeurs s’écroulent ».
Le philosophe pacifiste Alain, en 1921, offre un renversement saisissant : « Je m’enfuis aux armées. Il vaut mieux être esclave du corps qu’esclave d’esprit. Sur cette frontière où la force jouait seule, l’hypocrisie expirait. » Le philosophe trouve plus de liberté intellectuelle dans l’armée que dehors, parce que l’épreuve du réel y dissout le bluff. Tocqueville, de son côté, dénonçait la figure du lettré engagé qui fait de la « politique abstraite et littéraire », manifestant « l’attrait pour les théories générales et l’exacte symétrie dans la loi au mépris des faits existants ». C’est précisément ce « mépris des faits existants » que le militaire ne peut se permettre — un plan défaillant ne produit pas un mauvais article, il produit des morts.
Les données statistiques confirment cette inversion du stéréotype. Aux États-Unis, 82,8 % des officiers possèdent au moins un diplôme universitaire, contre 29,9 % de la population générale. Les étudiants vétérans affichent un taux de réussite de 72 % dans l’enseignement supérieur avec des moyennes 0,40 point au-dessus de leurs pairs civils. En France, le concours d’entrée à Saint-Cyr comprend une filière littéraire commune avec les ENS de Lyon et Paris-Ulm — le même niveau d’exigence que les plus grandes écoles intellectuelles du pays. La promotion 1995 du 4e bataillon porte le nom de Marc Bloch — l’historien cofondateur des Annales, officier de réserve fusillé par les Allemands en 1944. L’alliance de la pensée et de l’action incarnée.
Un écosystème intellectuel militaire dense mais invisible
L’une des raisons majeures de la persistance du préjugé est que l’écosystème intellectuel militaire reste largement invisible du grand public. En France, trois revues de premier plan structurent la pensée militaire : la Revue Défense Nationale (fondée en 1939, plus de 800 numéros), Inflexions (revue de sciences humaines de l’armée de Terre, créée en 2005, croisant regards de militaires, historiens, sociologues, philosophes, anthropologues et médecins), et les Cahiers de la Pensée mili-Terre du Centre de doctrine, qui affichent en exergue cette citation de Lyautey aux jeunes officiers : « Ne craignez pas d’être traité d’intellectuel, c’est le plus beau nom. » La devise du site reprend de Gaulle : « La discipline doit être stricte, la pensée militaire doit être libre. »
Le colonel Michel Goya incarne cette tradition vivante. Titulaire d’un DEUG de lettres modernes avant de devenir officier des Troupes de marine puis docteur en histoire, il ouvre en 2011 son blog « La Voie de l’Épée » — fait alors « extrêmement rare pour un officier supérieur en activité ». Ses ouvrages (Sous le feu, S’adapter pour vaincre, Le Temps des Guépards) mêlent rigueur historique, analyse opérationnelle et profondeur culturelle. Un officier d’active, tenant le blog « Des étagères et des livres », témoigne de cette lecture opérationnelle au quotidien : « J’ai moi-même été projeté sur différents théâtres d’opérations évoqués par Michel Goya. Le texte acquiert alors une résonance beaucoup plus personnelle. » Guillaume Ancel, avec son blog « Ne pas subir » et ses livres-témoignages sur le Rwanda et Sarajevo, incarne l’écriture comme acte de résistance contre la culture du silence. Le général Lecointre, dans Inflexions, analyse avec finesse la « civilianisation » de la culture militaire et la tension entre pudeur constitutive du soldat et nécessité de communiquer.
Dans le monde anglo-saxon, l’écosystème est tout aussi dense. War on the Rocks, The Strategy Bridge, le Small Wars Journal, le Modern War Institute de West Point, le Military Writers Guild alimentent un débat intellectuel permanent. Le Marine Corps est le seul service américain à intégrer pleinement la fiction littéraire dans sa reading list — Remarque (À l’Ouest, rien de nouveau) pour les lieutenants, Forester (Rifleman Dodd) pour les engagés. Elizabeth Samet enseigne la littérature anglaise à West Point depuis des décennies, illustrant le lien organique entre formation militaire et culture classique. La Commandant’s Professional Reading List, instituée en 1989 par le général Al Gray, est devenue un modèle repris par tous les services — le Chief of Naval Operations déclarant que « la lecture est un multiplicateur de force ».
Pourtant, un paradoxe structurel mine cet écosystème de l’intérieur. James Joyner, dans son article fondamental « Soldier-Scholar (Pick One) » (War on the Rocks, 2020), démontre que l’armée américaine investit massivement dans l’éducation — plus de 250 000 dollars pour un master, 489 000 pour un doctorat par officier — tout en pénalisant ceux qui s’y consacrent. Passer du temps à enseigner à West Point ou à obtenir un diplôme civil est discrètement dénigré comme « prendre un genou ». McMaster fut recalé plusieurs fois à la promotion de colonel ; Nagl ne put l’obtenir et quitta l’armée ; le capitaine Mahan, auteur de The Influence of Sea Power — l’un des ouvrages stratégiques les plus influents jamais écrits — vit son supérieur noter sur son évaluation : « Ce n’est pas le métier d’un officier de marine d’écrire des livres. » Il termina capitaine.
Pourquoi le stéréotype résiste à toutes les évidences
Hélie de Saint Marc, résistant à 17 ans, déporté à Buchenwald, trois séjours en Indochine, a écrit cette phrase qui condense tout le rapport du militaire à la culture intérieure : « Les seuls édifices qui tiennent sont intérieurs. Les citadelles de l’esprit restent debout plus longtemps que les murailles de pierre. » C’est la formule parfaite de la « littérature de survie » — la lecture et la pensée comme fortification intérieure face à l’épreuve. Mais cette richesse reste invisible, et le stéréotype persiste, pour des raisons qu’il faut identifier avec précision.
La première est structurelle : le devoir de réserve. Le Code de la défense français impose le silence public aux militaires. L’expression « Grande Muette » n’est pas une métaphore — c’est un cadre juridique. Le militaire, contrairement à l’intellectuel médiatique, n’est pas incité à parler de ses lectures. Bernard Brodie observait : « Les soldats ont toujours chéri l’image d’hommes d’action plutôt que d’intellectuels, et ils ne se sont guère adonnés à écrire des enquêtes analytiques sur leur propre art. » Même Mattis, « légendairement cultivé », couche sa culture en termes tactiques, se présentant comme un gunfighter plutôt qu’un intellectuel — « comme si les deux étaient mutuellement exclusifs ». Le général Schwarzkopf dénigrait un prédécesseur comme « contributeur prolifique aux revues militaires » — alors que Schwarzkopf lui-même parlait couramment français et allemand, était mélomane, prestidigitateur amateur et titulaire d’un master en ingénierie. Un homme d’une culture immense qui affectait le mépris de l’intellect.
La deuxième raison est culturelle : la fracture dreyfusarde n’a jamais été complètement résorbée en France. Elle a créé deux camps — les « intellectuels » et les « militaires » — dont l’opposition s’est rejouée à chaque crise (guerres coloniales, putsch d’Alger, Mai 68). L’article d’Inflexions de 2008 rappelle que « le mot « intellectuel », comme substantif, date de l’affaire Dreyfus, qui est le moment le plus cruel de l’opposition entre les universitaires et les militaires ». Cette fracture a produit une asymétrie durable : l’intellectuel parle de l’armée sans la connaître, le militaire connaît le monde intellectuel mais n’en parle pas.
La troisième raison est sociologique : la fin de la conscription en 1997 a supprimé le dernier point de contact entre la société civile et l’institution militaire. Le chercheur Bénédicte Chéron, dans Le soldat méconnu (2018), analyse ce paradoxe d’une armée aimée mais mal comprise — et avertit que « le soldat aujourd’hui méconnu pourrait se transformer en soldat inconnu, expression du néant qui caractériserait un espace public vidé de sa substance ».
La dernière raison, peut-être la plus profonde, est épistémique. Thomas Sowell distingue entre l’intellectuel — dont les idées ne sont jamais soumises aux conséquences de leurs erreurs — et le praticien, qui paye le prix de ses fautes. Le philosophe Larry Laudan va plus loin en identifiant le postmodernisme universitaire comme « la manifestation la plus éminente et la plus pernicieuse de l’anti-intellectualisme de notre temps ». Le retournement est complet : l’anti-intellectualisme le plus dangereux ne serait pas dans les casernes mais dans les universités. Barrès, dans sa virulence, avait entrevu quelque chose de juste : « Rien n’est pire que ces bandes de demi-intellectuels. Une demi-culture détruit l’instinct sans lui substituer une conscience. »
Conclusion : le militaire lettré comme figure de vérité
Ce qui ressort de cette enquête n’est pas simplement que le préjugé est faux — c’est qu’il est structurellement inversé. Le militaire lit avec une urgence que l’intellectuel mondain ne connaît pas : quand Mattis étudie Rommel avant d’attaquer en Irak, quand Desportes lit les philosophes américains pour comprendre la doctrine stratégique d’un allié, quand un chef de section dévore les mémoires de ses prédécesseurs avant un déploiement au Sahel, la lecture n’est pas un exercice de vanité — c’est un acte de responsabilité envers les vies qui leur sont confiées. La formule de Bergson, citée dans Inflexions, résume l’idéal : « Agir en homme de pensée et penser en homme d’action. »
La citation faussement attribuée à Thucydide — en réalité de Sir William Butler — n’en capture pas moins une vérité fondamentale : « La société qui sépare ses intellectuels de ses guerriers verra sa pensée faite par des lâches et ses combats menés par des imbéciles. » Le fait que cette phrase ait été massivement diffusée par des militaires — de Colin Powell à Nathaniel Fick — montre que la tradition du warrior-scholar n’est pas un accident de l’histoire mais une nécessité organique de la profession des armes. Ce qui est véritablement grossier, à la relecture, ce n’est pas tant le stéréotype lui-même que l’ignorance confortable de ceux qui le perpétuent — souvent les mêmes qui citent Clausewitz sans l’avoir lu, là où le lieutenant de vingt-cinq ans, dans son poste avancé, l’a annoté dans les marges. »
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IV. AFFAIRES OÙ TOUT A DÉGÉNÉRÉ (CAS CONCRETS)
9. Alexander Litvinenko
Ancien FSB.
Exfiltré.
Empoisonné au polonium-210 à Londres (2006).
Message limpide : la sortie n’efface pas la dette.
10. Sergei Skripal
Double agent.
Échange de prisonniers.
Empoisonnement au Novitchok (2018).
Même scénario : l’exemple prévaut sur la discrétion.
11. Jamal Khashoggi
Pas un agent classique, mais un acteur informé, proche de cercles sensibles.
Assassiné dans un consulat.
Corps jamais retrouvé.
Le message n’est pas l’information, mais la dissuasion par l’horreur.
12. Aldrich Ames
CIA.
Livraison massive d’agents soviétiques.
Des dizaines d’exécutions.
Exemple inverse : quand un agent infiltré fait tomber d’autres agents.
La chaîne humaine paie.
13. Jonathan Pollard
Espionnage au profit d’Israël.
Condamnation lourde.
Abandonné pendant des années.
Même les “alliés” ne garantissent pas la protection. »
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« Ceux qui se contentent de rappeler les droits de l’homme, et de réciter les droits de l’homme, c’est des débiles. Il ne s’agit pas de faire appliquer des droits de l’homme. Il s’agit d’inventer des jurisprudences, où, pour chaque cas, ceci ne sera plus possible. C’est très différent. »
Gilles Deleuze
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« Le procédé le plus courant de la conscience satisfaite est de projeter la culpabilité refusée sur un objet extérieur contre lequel l’agressivité du surmoi tourne les colères de la conscience. L’ambivalence de tous nos actes, tous à des degrés divers chargés de culpabilité en même temps que d’innocence légère, nous est insupportable. Il est banal que l’on soupçonne chez autrui ce que convoitent inconsciemment, par-derrière notre conscience avouée, les pulsions inférieures du moi. La jalousie témoigne d’un désir confus d’adultère. Nous reprochons volontiers notre stagnation morale à nos éducateurs, à la difficulté des temps, à la mauvaise volonté des circonstances, quand notre mauvaise volonté est presque seule en cause. Ainsi les collectivités, travaillées en temps de crise d’une culpabilité secrète, trouvent-elles bientôt un bouc émissaire auquel jeter leur malheur. Nos indignations mêmes sont rarement pures. La foule qui hurle son horreur aux portes de nos palais de justice procède à un sacrifice de l’âge de pierre : elle vomit ses reproches intérieurs sur une victime expiatoire, pour s’en libérer avec violence sur un cas bien évident à ses yeux, qui les absorbe et la rejette du côté de l’innocence. De l’autre côté de la barricade morale, le prévenu se livre exactement à la même manœuvre de conscience. Après, comme sans doute avant son crime, il en déverse le poids sur un être moral aux limites confuses, mais qui comporte essentiellement, quels qu’ils soient, l’état social et l’organisation judiciaire du moment. On rencontre souvent, sur la scène politique notamment, des hommes de conduite par ailleurs fort médiocre, qui se livrent à une sorte de besoin chronique d’indignation ; leurs colères sonnent creux, car il est manifeste qu’elles ne sont qu’un excitant pour une foi débile. L’indignation profonde rend un tout autre son. Et, cependant, elle est toujours partiellement déviée par le service de notre propre justification.»
Emmanuel Mounier
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« Ce qu’il décrit, c’est qu’il existe des logiques, des nécessités d’intimidation discrète, de soumission, de respect à l’ordre social, aux personnes, d’injonction au silence, comme celle de quelqu’un, ou d’un groupe qui vous fait comprendre, deviner qu’il est armé. Et vous vous taisez alors par peur, ou alors par compréhension de votre situation pas toujours claire. Mais c’est la peur, l’angoisse elle-même qui pousse les gens à s’armer. Sorte de serpent qui se mord la queue. Trop de crimes et délits non pas impuni mais proféré induisent une logique de contrôle parfois de menaces ou de neutralisation, d’intimidation par l’équipement en couteaux, armes à feu, apprentissage de sports de combat. La peur d’un renversement du pouvoir par la gauche radicale provoque une réaction des milieux économiques, ou de droite catholique ou militaire qui s’équipent, sont équipés, presque formés à déstabiliser, ou renverser le régime, au cas où. L’État, ses représentants ne sait pas exactement quoi faire, observe en silence, comme prêt à agir, à réagir, en fonction des évènements, de leur tournure. Il y a bien sûr la crainte du désordre sociopolitique qui fait basculer presque l’État dans l’autoritarisme, la violence, la répression, pour protéger l’économie de l’instabilité économique, et aussi de glissements dangereux et coûteux dans les finances publiques. Les militaires, l’armée observent, se tiennent à distance, devoir de réserve, serment de loyauté, de patriotisme les contraignant. Une population sur les dents, dans la faim, la précarité, la peur, ou la violence ordinaire médite des projets de revanche, de renversement, la colère contre l’État et ses représentants, trop exagérément accuser de facteurs qu’ils ne contrôlent pas ou pas vraiment, ou pour lesquels ils sont impuissants voire pas responsables. Des partis, des alliances sociopolitiques s’estiment lésées dans un système, un contexte qu’ils estiment trop indulgents ou tolérants parfois, souvent par convictions personnelles, ou idéologies, et aspirent à un retour du moral, du religieux, les personnes immigrées dans cela s’estiment lésées, sont très souvent stigmatisées exagérément, injustement et deviennent vindicatives, développent, ont développées de l’aversion contre la police accusée d’agir avec partialité, et brutalité, de cynisme. Le tout dans un contexte économique tendu, ultra concurrentiel, libérale, avec à l’étranger notamment de nouveaux acteurs émergents qui réclament leurs droits, travaillent plus dur encore. L’accession, la démocratisation des savoirs rend la verticalité inhérente du pouvoir plus difficile à justifier, à incarner , et place les hommes, les partis politiques en face d’une population de plus en plus instruite, et formée, critique face a l’impuissance des partis et dirigeants politiques à faire reculer la pauvreté, le sentiment de s’appauvrir que partagent tout ceux dont la marge de manœuvre financière, les ressources gagnées ou possédées sont insuffisantes ou trop serrées, et injustes au regard des efforts colossaux consentis jour après jour, mois après mois, années etc… Les conflits sociaux et politiques, publiques sont tels, d’une si grande violence et virulence, que l’aigreur, la fatigue, la colère, progresse dans toutes les classes d’une société devenue méfiante, critique, circonspecte par expérience des désillusions électorales successives, l’État étant jugé coupable de négligences pire d’un laisser-faire, de fermer les yeux, sur les récriminations, les plaintes privées ou publiques. Au sein de la société, on s’étiquette, est étiqueté, méprisé ou stigmatisé, par classes d’âges, classes sociales, orientation politique, etc.. Dans ce contexte de guerre sociale larvée , certains s’effondrent, sur fond de misère sociale et affective, sont la proie des dealers, des marchands de malheurs, des mafias qui prolifèrent et s’entretuent, se déchirent en pleine rue et ce malgré les scandales, l’indignation permanente que ces trafics suscitent en continue. Des règlements de compte ont lieu tous les jours, pour des questions d’honneur, de trafic, de bandes, de quartiers rivaux, dans l’indifférence de la police, des gens qui méprisent, et se distancient, se sont distanciées de ces histoires dont les participants sont pour eux des dégénérés. L’État, sans doute par pitié, observe, mais ne peut, ni ne veut régler le problème, malgré les nuisances. Des médias relayent machinalement et mécaniquement les faits divers, judiciaires du jour, parfois à des fins politiques, électoralistes, sur fond idéologique et sans tenir compte que malgré tout ce que l’on raconte et dit, la mortalité lié aux homicides, les statistiques ont considérablement baissé en 25 ans malgré tout, en proportion de l’augmentation de la population. »
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La peur orchestrée : mécanismes de modification comportementale par intimidation coordonnée
« La littérature académique, les archives institutionnelles et les témoignages documentés révèlent l’existence de pratiques systématiques d’intimidation coordonnée visant à provoquer des points d’inflexion biographiques — ces moments où la peur induite délibérément modifie radicalement la trajectoire d’un individu. Ces mécanismes opèrent à l’intersection du contrôle social institutionnel, de la psychologie de la peur, et de la coordination entre acteurs disposant d’un pouvoir sur la vie des personnes ciblées. La documentation disponible provient de sources variées : recherche en sociologie et psychologie, archives déclassifiées de services de renseignement, rapports d’organismes de contrôle, condamnations judiciaires, et témoignages corroborés de victimes. »
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« Hé… mais en fait t’es méchant! »
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« LA CRAINTE EST NECESSAIRE QUAND L’AMOUR MANQUE; MAIS IL LA FAUT TOUJOURS EMPLOYER A REGRET, COMME LES REMEDES LES PLUS VIOLENTS ET LES PLUS DANGEREUX. CONSIDÉREZ TOUJOURS DE LOIN TOUTES LES SUITES DE CE QUE VOUS VOUDREZ ENTREPRENDRE ; PRÉVOYEZ LES PLUS TERRIBLES INCONVÉNIENTS, ET SACHEZ QUE LE VRAI COURAGE CONSISTE À ENVISAGER TOUS LES PÉRILS, ET À LES MÉPRISER QUAND ILS DEVIENNENT NÉCESSAIRES. CELUI QUI NE VEUT PAS LES VOIR N’A PAS ASSEZ DE COURAGE POUR EN SUPPORTER TRANQUILLEMENT LA VUE ; CELUI QUI LES VOIT TOUS, QUI ÉVITE TOUS CEUX QU’ON PEUT ÉVITER, ET QUI TENTE LES AUTRES SANS S’ÉMOUVOIR, EST LE SEUL SAGE ET MAGNANIME. «
Fénelon, Les aventures de Télémaque
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« Quand on décompose un mouvement, il faut voir non seulement l’acte, le mouvement mais aussi son contexte, l’environnement social et humain dans lequel il s’inscrit. L’auteur a composé son geste avec une intentionnalité visant à induire une réaction de son environnement. Ce n’est pas un hasard si composer signifie créer mais également faire avec. La volonté de vouloir jouer un rôle n’est qu’un premier pas et même un pis aller. S’incarner réellement signifie jouer le rôle de sa vie. Et ceci n’est pas un jeu, encore moins un jeu de hasard. Les enfants jouent. Les hommes et femmes, adultes matures ne s’amusent pas à tromper les autres. Ils connaissent la voie (de leur salut) et prient les autres de les enjoindre sur la voie de la vérité. Laisser une conversation en suspens, c’est comme laisser mariner un morceau de viande dans une sauce afin que celui-ci s’imprègne de tout son jus. On ne conclut pas une conversation, on l’ouvre en croyant la fermer. Souvent on s’emporte avec l’incompréhension alors que l’on ferait mieux de différer notre jugement et de réfléchir à ce que l’on a vraiment voulu nous signifier. L’adresse d’un homme se mesure à sa capacité à connaître et à s’astreindre à obéir à chacune des injonctions que sa conscience lui donne. »
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« A, (C, D, E), F et (G, H, I) sont des coordonnées. »
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« t1 et t2 sont des relevés distincts de dates, d’heures et de lieux (d1, h1, l1)»
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« Fb(x) et Fk(y), deux fonctions dont on devra déterminer les fonctions ainsi que les liaisons. »
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« Propositions »
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« Si Fb(A) à t1, alors Fk(C/D/E)(A) à t2 »
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« Si (A) fait b devant (C, D et E) à t1, alors (C, D et E) contactent (F) qui envoie (G, H et I) faire k devant A à t2. »
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« Mentionne-le mais sans insister. Barzini est un homme à qui l’on n’a pas besoin de dire les choses. »
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Le Parrain, Premier volet, « Vito »
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« Essayer de penser les projets à partir de ses enjeux, d’identifer les acteurs, individuels, ou collectifs
Diagramme de synthèse
Pour ou Contre le Projet
1 Opposants: irréductibles, opposants, divergeants, passifs
2 Engagés en faveur : engagés concertatifs, déchirés
3 Ceux hésitants
Exemple
(Comité de quartier, maire, Parents d’élèves, journalistes, commerçants, riverains automobilistes, services techniques)
Stratégie d’Action rationnelle
Federer les mécontents(pétition)
Jouer la montre
Système d’action concrets :
Identifier les alliances les oppositions, les coalitions.
Émergence de négociations
Systèmes d’action permet de prévoir ou non les évolutions des interactions, in fine de la situation, les zones de blocage, la teneur des échanges, les points de friction, compréhension des résistances, le dynamiques de rejet, d’acceptation, identifier les acteurs à consulter, à convaincre, les opposants à prévoir,
Pour chaque objectif, définir des sous objectifs
Analyse Swot ( Forces, faiblesses( facteurq internes), opportunités, menaces( facteurs externes))
Bien réfléchir, Brainstorming
Exemples de plan d’action résultants
Sur les plans:
Administratif et juridique
Relations internes
Communications internes
Communication avec le partenaire
Actions à mettre en place à court terme, à long terme
Questions posées Est-il moralement acceptable d’utiliser l’analyse stratégique ?
À qui et comment la communiquer ou non?
Remarque : Il s’agit de questions sensibles, je vous invite à bien considérer les risques liés au partage de votre réflexion ? »
Rémi Bachelet, Analyse Stratégique
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« Leur force tient à leur incroyable vitesse de réaction : les membres de la fachosphère sont les premiers sur le moindre sujet d’actualité. Citons par exemple l’affaire du hijab de Décathlon : ils ont commencé dans les secondes qui ont suivi – c’est tout de même impressionnant – à partager des contenus et des tactiques de partage. De même, ils ont une capacité incroyable à épouser les codes des différents réseaux sociaux et à jouer sur les émotions. Ils ont été très performants à l’époque des blogs, à celle des « vlogs » puis des chaînes YouTube, puis à nouveau à l’arrivée du Twitter informatif et du Twitter de combat. À chaque fois, ils ont adopté les pratiques les meilleures et les plus récentes de chacune des plateformes, et ils font de même aujourd’hui sur vk.com. Cela leur permet d’influer sur l’agenda médiatique car ils remportent souvent la bataille de l’attention en étant les premiers en volume et chronologiquement.
En revanche, il est beaucoup plus difficile de prouver leur manipulation par des puissances étrangères – un sujet sur lequel la parole gouvernementale est souvent caricaturée. Je ne prétends pas que ces groupes sont manipulés par des forces étrangères, mais qu’ils sont très structurés et qu’est en train d’émerger aujourd’hui une internationale de l’extrême droite, une internationale de la fachosphère, qui va de l’alt-right américaine à certains pro-Brexit en passant par certains nationalistes d’Europe de l’Est et d’Italie, dont l’action est parfois synchrone même si je ne peux pas prouver qu’elle soit coordonnée. Je n’en ai pas les preuves et ne puis vous dire que l’État français en a les preuves. Mais nous ne pouvons cependant que constater que sur certains sujets, ils arrivent à hisser très haut certains contenus au même moment. » »
Archives Parlementaires
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La plupart est effectuée par des américains à d’autres américains grâce au manque de valeurs morales, comme je l’ai mentionnée avant. L’exposer à de vraies informations n’a plus d’effet désormais. Une personne qui est » demoralized » est incapable d’évaluer les vraies informations, les faits ne comptent plus pour elles. Même si je l’inonde d’informations, avec des preuves authentiques, des images, des photos, même si je la traîne de force dans des camps de concentrations ici en URSS, il n’y croira pas jusqu’à ce qu’il reçoive un coup dans la figure, quand les militaires écraseront sa figure, alors il entendera, mais pas avant, ça c’est le côté tragique de la démoralisation.»
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«The American CIA could never figure out how the KGB could have make disappear all these people, arrest them, taken to a van, and all shot in one night… The response is simple: long before the communist had taken the power, there was a network of local informers that had informed them. »
Yuri Bezmenov
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Justice et Passions
« Le mérite d’Aristote ne se résume pas à avoir mis le doigt sur le caractère social de la justice, et notamment de la justice pénale, il a également montré la place des passions et de leur gestion dans la justice. La justice curative repose, en effet, sur la maîtrise de ses passions par la victime. Celle-ci éprouve de la colère, réclame vengeance. Or, dira Sénèque, à la suite de Platon.
« Le mieux est de se mettre au-dessus des premières atteintes de la colère, de l’étouffer dans son germe, de se bien garder du moindre écart, car une fois qu’elle égare nos sens, on a mille peine à se sauver d’elle: adieu en effet la raison, quand vient à s’introduire la passion, s’autorisant de notre volonté comme d’un droit, elle ne finit que par ne plus suivre que ses caprices, sans prendre même notre agrément. »
La demande de vengeance ne peut que mener à la démesure. La victime doit donc dominer ses passions vengeresse, en faisant en sorte que sa raison en assure la maîtrise. Il en est de même de la puissance publique… »
Dominique Youf, Juger et éduquer les mineurs délinquants
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« Ces obligations sont telles que l’honneur et la vie d’un homme peuvent être à la merci d’un sourire et subissent les plus dures lois. N’oublions pas que l’honneur exige qu’une dette de jeu soit payée dans les vingt-quatre heures et qu’un coup d’éventail a provoqué la conquête de l’Algérie. »
Eugène Azam
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« Le lieutenant Vincent Okamoto (récipiendaire de la Distinguished Service Cross) a témoigné : « Le problème était, comment trouvez-vous les gens sur la liste noire ? Ce n’est pas comme si vous aviez leur adresse et numéro de téléphone… Puis cette nuit-là Phoenix reviendrait, frapperait à la porte, et dirait : ‘Poisson d’avril, enfoiré.’ Quiconque répondait à la porte se faisait défoncer. »
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« L’omotenashi idéal est « invisible pour les clients » – le meilleur soin anticipateur passe inaperçu. Mais précisément parce qu’il est invisible, il est souvent non reconnu, non compté et sous-évalué. La prévenance est la plus efficace quand elle est invisible, mais la plus dévalorisée quand elle n’est pas remarquée. » (Le paradoxe de visibilité)
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« Des palabres…
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Circonstances maître ! »
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« Je suis désolé, mais j’aime pas trop parler moi de symptômes, de dépersonnalisation, ou de trucs bizarres, qui risquent de t’embrouiller l’esprit, te faire penser à tout sauf à quoi tu devrais à mon sens réflechir et penser, à savoir et à mon sens ta biographie, ce qu’il se passe, est en train de se passer, s’est déjà passé, peut-être et pour toi, à un niveau social et relationnel.
Je suis désolé, mais tu as l’air de minorer, de minimiser l’impact que tes bouffées délirantes ont eus, doivent déjà avoir sur ta réputation, ton insertion sociale, l’image, la répresentation que les autres ont (se font, se sont faites, vont se faire) de toi.
Tu ne nous dis pas ce qui s’est passé, pendant tes bouffées délirantes, si tu as agi démesurément, follement, si tu t’es montré, est apparu comme quelqu’un de dangereux, d’à éviter, d’instable, pas bon à inviter, à réinviter, une sorte de fou, de mec, de gars dément et imprévisible.
Tu parles du monde, des gens, des personnes autour de toi, dans ton entourage, comme s’ils n’étaient pas, et tous, potentiellement chacun, des personnes avec des jugements, des critiques parfois sévères sur la valeur, les personnalités des uns et des autres, sur leurs conduites, comme s’ils n’avaient pas et tous un minimum d’attentes, des ambitions parfois, des avis précis sur qui ils acceptent de voir, de recevoir ou pas, quels genres de personnes ils invitent, acceptent, respectent ou tolèrent.
Avec éventuellement un, des regards sur toi, sur moi, n’importe qui, sur la maladie mentale, les drogués, avec des préjugés, des craintes, parfois avérées, des idées sur les gens à éviter, des stéréotypes en tête, à l’œil, avec des craintes éventuelles quant à tes potentielles actions, si tu venais à repartir en vrille, à nouveau et encore….
Déjà que ça fait trois fois que potentiellement, (peut-être je m’avance, spécule à ton sujet) tu les agaces, leur fais, leur as fait peur, ou honte, leur inspire, leur a inspiré peut-être de la gêne, de l’effroi.
Certains, certaines doivent déjà t’avoir à l’œil, exclu de leurs cercles sociaux, à cause que tu leur as fait peut-être peur, ou que tu leur sembles être quelqu’un de fou, agir de façon démesuré, avec hybris, présomption, irrespect, peut-être que tu crois que t’es en fait plus proche d’eux que tu ne l’es en fait, à l’heure d’aujourd’hui, ou depuis tes aller-retours à l’hp.
Peut-être que d’ores et déjà tu as mis en grand péril ton acceptabilité sociale, ta réputation, l’idée que les gens se font de toi, et que dans certains endroits où tu vas, où tu allais, bah bizarrement tu commences à plus être le bienvenu, et que les gens te regardent de façon bizarre, suspecte, avec crainte, circonspection ou te rejettent.
Ton téléphone ne sonne plus, comme par hasard, t’es plus invité, tolèré à cause de tes frasques, de tes excès, la possibilité que tu recommences.
Tu parles comme si on était tous potes, la vie une grande fête, où on pouvait parfois faire les oufs, la fête, parfois se droguer, être ivre, manquer éventuellement de respect, faire peur aux autres, être dans des états seconds, et tout le tralala.
Tu peux continuer à le croire.
C’est peut-être vrai, avec certaines personnes, dans certains cercles sociaux, ou un certain temps, un certain nombre de fois, un certain temps dans nos vies, mais éventuellement, ça va, cela risque fortement, probablement de pas, de plus passer, à termes et avec le temps, et toi tu vas, tu risques juste de te faire étiquetter, fou, malade, timbré, agressif, excessif, ou else.
À mon avis, c’est pas avec des médicaments, ni en te distrayant l’esprit avec toutes ces discussions sur la déréalisation, tout ce jargon, cette terminologie psychiatrique que tu vas, tu pourras toi avancer.
Reviens donc et à mon avis, le plus vite possible, sur terre, sur les événements, tes événements biographiques, sur ta vie, le réel, les événements, le contexte de ta vie, avant tes bouffées délirantes, sur ce qu’il se passe, s’est passé, potentiellement, probablement, logiquement, sur ce que les gens, (ta famille, des proches, des anciens amis, des connaissances) disent, ont dit, ont dû se dire et penser de toi, sur ton comportement, ta personne, ta personnalité, sur comment, sur comment surtout !, ces événements, ta personne sont, ont été perçus au moment et des faits, et depuis lors, à partir de cet instant.
Et du coup sur la façon dont ils te traitent aujourd’hui, pourquoi et par qui à cause de quoi t’es, t’as été interné, déjà.
Sur l’impact, les effets de la drogue, sur toi, sur tes actions, tes actes, la possible licence, l’absence de respect des limites qu’ils ont induit, ta candeur, ton éducation, ta naïveté éventuelle quant à ses risques potentiels, les excès qu’ils font faire, peuvent faire commettre, les délires qu’ils induisent, l’exclusion sociale, qui rôde, qu’elle peut engendrer, tes fréquentations, tes habitudes de vie, le destin, le sort que tu risques bien de t’attirer, à faire ces allers et retour à l’hp, avec tes consommations aussi, avec ce que tu pourrais bien faire aussi en cas d’accès grave, d’humeur, as déjà fait, l’impact qu’à déjà eu, qu’ont déjà eus tes bouffées delirantes, tes consommations, tes comportements, sur ta vie, ta situation psychique, ton psychisme, ta vie relationnelle et sociale, probablement ton état d’isolement aujourd’hui, les tenants et les aboutissants de tout ceci, toutes ces histoires.
Une partie, une des fonctions, des missions de la psychiatrie, c’est pas seulement, pas nécessairement et uniquement de nous soigner, nous réhabilitater nous les malades, c’est aussi, c’est également de remplir une fonction d’ordre de sécurité publique, de repérer, éventuellement mettre à l’écart à l’hôpital et soigner, traiter et suivre toutes les personnes incapables d’une sociabilité normale, de respecter les normes, les attentes, les exigences de la vie en société, des gens, de les connaître, de les respecter, et du coup possiblement d’interner, de faire suivre, et de fournir des soins, de guérir, dans l’idéal soigner ceux que la société, les gens estiment trop dangereux, instables, imprévisibles, délirants ou violents, et éventuellement, parfois, du fait de leurs maladies, ou de leurs caractères, pendant les périodes de crise, notamment.
SONGE AUSSI ET À MON AVIS AVEC UNE CERTAINE ET LÉGITIME CRAINTE à la possibilité de ce qui pourrait et potentiellement arriver et se passer pour toi, comme pour les autres, si tu vas, s’il t’arrivait d’aller loin, beaucoup trop loin, avec les autres, si tu deviens, tu devenais véritablement et totalement fou, sans contrôle et délirant, pour longtemps, et que lors d’une nouvelle bouffée délirante, quelque chose de grave, de terrible ne se passe, ne se produise alors, lors d’une nouvelle crise, un nouvel épisode d’inconscience ou d’ivresse, tu aurais alors tout le loisir d’y penser, mais alors dans quel contexte, dans quel état…
Certains, bah y ont pris un, deux mois, 6 mois, parfois une, des années entières d’hôpital psychiatrique à la suite d’action, d’actes graves et répréhensibles, et se sont retrouvés de fait exclue d’une façon presque définitive et immédiate de tous leurs cercles sociaux comme ça et sans un mot, sans un au revoir.
En termes de coup dur, d’atteintes graves aux relations, aux autres, et du coup, par ricochet, à ta propre vie, à ta liberté, tes liens affectifs, tu attendrais, rejoindrais alors d’autres personnes, d’autres malades aux parcours lourds, en répercussions psychologiques, sociales, relationnelles voire juridiques dont certains malgré leurs efforts, leur remise sur pied, leur guérison, leur compréhension de tout ceci, ont évidemment, logiquement du mal, de grandes difficultés à se remettre et accepter, même des années après. »
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« L’assemblage surveillant (Haggerty & Ericson, 2000) théorise la convergence de systèmes de surveillance autrefois distincts : « L’assemblage surveillant opère en abstrayant les corps humains de leurs contextes territoriaux et en les séparant en une série de flux discrets. Ces flux sont ensuite réassemblés en différents lieux comme des ‘doubles de données’ virtuels. » Le corps est désassemblé en flux de données (localisation, transactions, communications) puis reconstitué comme double virtuel dans les bases de données. Ce double existe objectivement et affecte matériellement les opportunités de vie. »
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Synopsis de Chiens 51
« Dans un futur proche, Paris est découpé en trois zones sociales hermétiques :
- zone 1 : élites ultra-protégées
- zone 2 : classes intermédiaires
- zone 3 : population reléguée sous surveillance
Ce système repose sur une intelligence artificielle toute-puissante, Alma, capable de prédire et résoudre les crimes avec une efficacité redoutable.
Point de départ
Lorsque Georges Kessel, inventeur d’Alma, est assassiné, tout semble indiquer une opération du groupe contestataire Break Walls, opposé au contrôle généralisé et au cloisonnement des populations.
L’enquête
Un policier de la zone 3, Zem, est contraint de collaborer avec une agente de la zone 2.
Très vite, ils découvrent que :
- les conclusions d’Alma sont trop rapides, trop parfaites
- certains éléments de preuve disparaissent ou sont inaccessibles
- le scénario officiel désigne des coupables… mais ne répond pas aux incohérences
Le basculement
En creusant, ils remontent une piste inattendue :
- un témoin clé (Malek) possédait une preuve compromettante
- cette preuve a été effacée du système
- l’IA elle-même semble bloquer certaines analyses
Peu à peu, l’enquête ne porte plus seulement sur un meurtre, mais sur la fiabilité du système entier.
Enjeu central
Le duo comprend que :
- Alma peut être manipulée ou instrumentalisée
- l’État pourrait utiliser l’IA pour fabriquer une vérité officielle
- la frontière entre sécurité et contrôle est devenue invisible
Ligne directrice du film
Le film suit donc une trajectoire claire :
passer d’une enquête criminelle classique
→ à une remise en cause radicale du système
→ jusqu’à une lutte contre une vérité imposée
Thèmes majeurs
- surveillance algorithmique et prédiction
- fabrication de la vérité par les systèmes
- fracture sociale radicalisée
- illusion de neutralité technologique
- responsabilité individuelle face à un système opaque
Résumé court
Dans une société ultra-surveillée dirigée par une IA, un policier découvre que l’assassinat qu’il enquête sert peut-être à masquer une manipulation bien plus vaste, où la vérité elle-même est contrôlée. »
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« Je ne peux pas entrer en toi par contact, mais même quand j’entrerai en toi une fois devenu esprit, je ne le ferai pas non. Il vaut mieux que je te tienne pour de bon, que je te baise de haut en bas, de gauche à droite, d’avant en arrière… Je me rapprocherai tant, que cela te brisera. Et si cela ne marche pas, j’ai d’autres moyens, j’ai tellement, tellement de moyens… »
Le Témoin du mal, « Azazel », Bible
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« R.G. Collingwood développe dans The Idea of History (1946) une théorie de l’imagination historique comme fonction structurelle, non ornementale. L’historien doit « ré-enacter » (rejouer) les processus de pensée des acteurs historiques pour les comprendre de l’intérieur. Cette ré-énaction n’est pas fantaisie capricieuse : elle opère sous la contrainte des sources, formant une « toile d’imagination tendue entre les points fixes fournis par les autorités documentaires »
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L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence
14 février 2024
« Explorez la profondeur de « L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » dans l’analyse des données et son rôle crucial dans les jugements scientifiques et quotidiens. »
Introduction
« Selon les mots contemplatifs de Carl Sagan, « L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » sert de pilier fondamental à l’analyse statistique et à la recherche scientifique. Bien qu’apparemment simple, cette maxime résume une vérité profonde essentielle à la compréhension des subtilités de l’interprétation des données et des processus de prise de décision. L’essence de cette affirmation remet en question la notion conventionnelle selon laquelle le manque de preuves pour étayer une hypothèse équivaut à la preuve de sa fausseté. Il invite à une plongée plus profonde dans le paysage nuancé du raisonnement fondé sur des preuves, incitant les chercheurs et les analystes à adopter une approche plus globale dans leurs efforts d’enquête.
L’importance de ce concept s’étend au-delà des limites du discours académique, imprégnant le tissu du jugement quotidien et de la pensée critique. Dans l’analyse des données, où les preuves servent de fondement à une prise de décision éclairée, il est crucial de reconnaître la distinction entre l’absence de preuves et la preuve de l’absence. Il protège contre le rejet prématuré d’hypothèses. Il favorise une culture d’investigation approfondie et de scepticisme, essentielle à l’avancement des connaissances scientifiques et à la promotion d’une société plus éclairée.
Dans les sections suivantes, nous explorerons les implications multiformes de ce principe, en utilisant un ensemble de données qui illustre les pièges potentiels de la négligence de ce principe dans l’analyse statistique. À travers un mélange de discours théorique et d’application pratique, cet article vise à mettre en lumière le rôle essentiel que jouent les preuves, ou leur absence, dans l’élaboration de notre compréhension du monde qui nous entoure. »
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« Un jour, une nuit, un relevé, je relève un à un, une à une, des données, des années, une carte, du doigt… d’un regard, des points, une topographie, des schémas, où j’en suis, j’apparais, suis apparu, du calme !… Dans une rue, une ville, une ruelle, enchantée !… j’entends, j’entends oui là tout contre moi comme un murmure, un bruit, un écho, une espèce de silence, d’alarme, le chrono, la caméra tourne toujours… Quand soudain, j’aperçois là tout contre moi !… comme réunis autour de moi, depuis le début en silence, en cercle, des hommes, une armée, innombrable, patiente, attentive, droite !… Les mains, les regards crispés, les corps tendus, je les fixe, avec effroi !.. ils me fixent, tous !… Je percute enfin!… suis dans une arène!… Eux ne bougent toujours pas… »
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« Les socialistes n’avaient pas les hommes pour transmettre et même élaborer leurs informations, leurs manières de poser les problèmes. Ils auraient dû faire des circuits parallèles, des circuits adjacents. Ils auraient eu besoin des intellectuels comme intercesseurs. Mais tout ce qui s’est fait dans cette direction, ça a été des prises de contact amicales, mais très vagues. On ne nous a pas donné l’état minimum des questions. Je prends trois exemples très divers : le cadastre de Nouvelle-Calédonie, peut-être est-il connu dans des revues spécialisées, on n’en a pas fait une matière publique. Pour le problème de l’enseignement, on laisse croire que le privé, c’est l’enseignement catholique; je n’ai jamais pu savoir quelle était la proportion du laïc dans l’enseignement privé. Autre exemple, depuis que la droite a reconquis un grand nombre de municipalités, les crédits ont été supprimés pour toutes sortes d’entreprises culturelles, parfois grandes, mais souvent aussi petites, très locales, et c’est d’autant plus intéressant qu’elles sont nombreuses et petites; mais il n’y a pas moyen d’avoir une liste détaillée. Ce genre de problèmes n’existe pas pour la droite parce qu’elle a des intercesseurs tout faits, directs, directement dépendants. Mais la gauche a besoin d’intercesseurs indirects ou libres, c’est un autre style, à condition qu’elle les rende possibles. Ce qui a été dévalorisé, à cause du parti communiste, sous le nom ridicule de « compagnons de route », la gauche en a vraiment besoin, parce qu’elle a besoin que les gens pensent. «
Gilles Deleuze, Les intercesseurs
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«L’une des choses les plus pénibles est d’avoir à parler de quelques – uns de ses compatriotes autrement que pour en dire du bien . Si je me suis décidé à cet écrit sur trois personnages polonais , il ne fallait rien moins qu’un devoir impérieux , la conscience du mal qu’ils ont fait, et qu’ils font à la patrie. S’il s’adresse aux étrangers, c’est que ceux contre lesquels il est dirigé compromettent la Pologne devant les étrangers ; s’il paraît dans une période aussi grave, c’est que dans cette période leur action est le plus nuisible. On ne saurait d’ailleurs en tirer équitablement prétexte pour crier à la division et à l’anarchie polonaise. Il y a dans toutes les limites de l’ancienne Pologne unanimité pour exécrer la domination étrangère, russe, autrichienne et prussienne. Et quelle est la nation qui n’a pas au moins trois mauvais hommes dans son sein ? Où trouver un peuple meilleur , plus héroïque et plus homogène que le nôtre, uni sans distinction de classes ni de cultes dans la volonté insurrectionnelle, comme il le fut dans la souffrance et dans la prière ? Si nos paroles contristent quelques – uns, nous leur redi rons ce que M. Lamennais répondait à l’archevêque de Paris, qui essayait de le détourner de publier les Paroles d’un Croyant: Je résume des faits et je ne les crée pas. Le mal n’est pas dans le cri de la conscience et de l’humanité, il est dans les choses; et tant mieux si elles sont reconnues et sen ties comme mal, Ce que nous disons tout haut , l’immense majorité des Po lonais le pense tout bas. La divergence n’existe que sur l’opportunité de le dire . Il y a des hommes et des partis qu’à ce compte – là on ne pourrait jamais attaquer : tantôt on vous retient parce qu’ils n’ont encore rien fait, tantôt parce qu’il ne faut point troubler leur action ; il est toujours ou trop tôt ou trop tard . Notons enfin que les défenseurs de ceux que nous jugeons ici , sans l’ombre d’une animosité personnelle, mais en toute conscience , n’invoquent pour eux que le bénéfice de l’habileté. C’est le cas de répéter , avec notre célèbre évêque Soltyk, à l’origine de la Confédération de Bar : ‹ La plupart des États ont été perdus par ces citoyens équivoques qui veulent s’accommoder au temps ; qui, dans les affaires publiques , au lieu de considérer ce que leur devoir exige d’eux, cherchent à tirer des plus fàcheuses circonstances le meilleur parti, ou du moins le moins mauvais possible , et n’opposent par là aux événements que les ressources de leur esprit, de leur sagacité et de la faible prévoyance humaine , et non l’inflexible raideur , la fermeté inébranlable du devoir. Nous ne verrons la Pologne concevoir quelques espérances de salut que quand le plus grand nombre des Polonais cessera de calculer ce qu’il peut, pour considérer uniquement ce qu’il doit. Les règles éternelles sont au-dessus des plus sublimes efforts du génie et du talent. »
«Comment un Polonais peut-il serrer la main des représentants du gouvernement qui organisa les effroyables massacres de Galicie! – L’Autriche n’a pas changé, seulement elle se recueille depuis Solferino, comme la Russie après Sébastopol. Lorsque, après la prise de Varsovie et la capitulation de Praga, l’armée aux ordres de Malachowski arriva à Modlin, et que voulant rendre hommage à ses cheveux blancs, on le priait de garder le commandement : « Non, messieurs, dit-il alors avec dignité, un général qui a signé la capitulation de la capitale ne peut commander une armée polonaise, je dépose le commandement et ne veux plus le reprendre; que mes paroles servent de leçon à ceux qui me succéderont, et qu’ils apprennent, par mon exemple, ce qu’il en coûte pour transiger avec les Moscovites. » La famille Czartoryski, dont l’existence fut une perpétuelle capitulation avec chacun de nos ennemis, eût pu, depuis longtemps tenir ce langage: en ne le tenant pas, elle a donné à penser que ses fautes étaient non une erreur de patriotisme, mais le calcul d’une ambition aussi tenace qu’injustifiable. On nous a dit durant des mois et des années: Il est si inoffensif! -Mais la nullité du comte de Chambord ou du comte de Paris les empêche-t-elle d’être dangereux? Les Czartoryski sont en Pologne l’incarnation de l’égoïsme d’une certaine classe, comme l’étaient en France les d’Orléans. Ce seraient nos d’Orléans polonais. Que nous parlez-vous de vertus privées? Louis-Philippe n’était-il pas bon père et bon époux? Or, qui fut plus servile envers l’étranger, plus docile aux intérêts exclusifs d’une seule classe? Et quel régime fut plus dégradant pour la France? Omnia serviliter pro dominatione. Que nous parlez-vous de leurs promesses? Si le premier des Bourbons a dit: Paris vaut bien une messe, le prince Czartoryski n’appartiendrait-il pas à cette école qui croit que le pouvoir vaut bien un serment? Il y en a qui sont charmés de lui faire signer telle ou telle déclaration, à peu près conforme aux principes démocratiques. Mais cela le sert, et ne l’engage pas plus que le programme de l’Hôtel-de-Ville et ses captieuses promesses à Lafayette n’engagèrent LouisPhilippe. Les Czartoryski redisent assez volontiers l’une de ces paroles dont M. le prince de Talleyrand, sur la fin de ses jours, mystifia l’Académie : « La politique est la vertu.. Mais dans la pratique, ils connaissent la valeur de cette autre formule: • La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. Un de leurs intimes disait tout dernièrement à Léopol: Vous ne me croyez sans doute pas assez naïf pour tenir ma parole en politique. • Ce qui rendit leur faction puissante et redoutable, disait Rulhières, c’est que dans une nation inconstante et divisée, ils suivirent toujours le même système, et demeurèrent toujours unis.. Autrefois dans le pays, pour désigner les Czartoryski, on disait simplement: la famille. Ils étaient arrivés, en effet, à constituer fortement leur famille, formant des alliances de province à province, comme les souverains en forment de royaume à royaume. Dans un temps où la dissipation était grande, et les têtes un peu folles, ils surent être économes et prudents, toujours en garde contre l’enthousiasme et l’exaltation. Dédaignant les projets aventureux de leurs compatriotes, ils conservèrent, au milieu de la légèreté du xvIIe siècle, une même ligne. Ils sont demeurés fidèles à leur tradition, leurs liens de famille se sont accrus et leur union n’a pas diminué. Au travers des vicissitudes de la patrie, tous les membres ont constamment travaillé à la réalisation de l’idée fixe: c’est une famille en marche vers la royauté. Quelques-uns se réjouissent et d’autres s’étonnent que le prince Czartoryski ait représenté un gouvernement qui décrète des mises hors la loi. Mais les d’Orléans en ont fait bien d’autres. Le duc de Chartres, qui devint Louis-Philippe, ne recevait-il point les cartes à la porte des Jacobins, et ne le vit-on pas, le lendemain des journées de Juillet, selon l’expression de Chateaubriand, gueusant des poignées de mains, depuis le Palais-Royal jusqu’à l’Hôtel-de-Ville. Au temps de la république de Pologne, chacun pouvait aspirer à la couronne; elle était au plus digne et elle n’était pas héréditaire. La couronne de Pologne, si un jour couronne il y a, ne saurait être le prix de l’intrigue, mais de grands et réels services rendus à la patrie. Ce n’est point le vote d’une faction qui en décidera, mais le suffrage de tous. Les Czartoryski sentent leur impopularité: l’exil même ne les en a pas relevés, car cet exil n’est venu qu’après les plus étonnantes faveurs et après une série ininterrompue de fautes et de crimes politiques. Et c’est pourquoi ils cherchent avant tout leur point d’appui à l’étranger. Or, le pire des gouvernements est celui qui est imposé par l’étranger. L’élévation de Czartoryski pourrait être dans les convenances de l’Autriche, comme celle de Stanislas-Auguste fut dans celles de la Russie. Mais quand les Czartoryski pensent que l’Empereur Napoléon pourrait faire d’eux des rois de Pologne, parce qu’ils sont parents de Joseph Poniatowski, de qui Napoléon Ier a dit à Saint-Hélène : « C’était le vrai roi de Pologne, c’est à peu près aussi sensé que si des petits-fils de Soult, qui se flatta, on le sait, de régner à Lisbonne, demandaient que l’Empereur les fit rois de Portugal. Aux yeux de gens comme les Czartoryski, l’insurrection est toujours un mal, ce qui n’exclut point l’idée d’en tirer parti, ne fût-ce que comme prétexte à diplomatie. Leur plan a été, non de servir l’insurrection, mais de l’exploiter pour s’en faire un marchepied, s’il est possible. Et c’est pourquoi on les vit s’offrir comme intermédiaires. Ne pas agir, mais avoir l’air d’agir, avant tout ne pas se compromettre, faire croire à leur influence, c’est là l’une de leurs tactiques. Si l’intervention s’effectue, tous leurs échos rediront que cela a été dû à leurs profondes combinaisons. Meme adsum qui feci, répétera le prince Ladislas. Et de plus il le croira. Ils sont moins préoccupés de faire, que d’empêcher les autres de faire; ils tiennent à ne laisser se constituer aucune force matérielle ni morale qui ne dépende d’eux. L’important est de prendre position eux seuls, et nul autre. Quand ils sollicitent des pleins pouvoirs, ce n’est point pour attiser l’insurrection, pour trouver chez les peuples un aliment qui la nourrisse, mais pour la mettre à la discrétion des chancelleries. N’étant pas en situation de signer une convention de Plombières, du moins essaieront-ils de se faufiler dans l’état-major impérial: complaisants et dociles, ayant principalement en vue de désigner comme chef des volontaires un homme à eux, et qui au moment opportun fit un pronunciamento pour eux. Les Czartoryski sont diplomatiquement commodes en ce sens qu’ils se déclareraient satisfaits de toute paix, ne donnât-elle comme résultat qu’une Pologne grande comme la main, pourvu qu’ils eussent l’espoir de régner sur elle. Mais en temps de guerre, ils seraient les pires des auxiliaires. Quand il s’agit d’élan, à quoi peuvent servir des gens de réaction? Toute faveur accordée aux Czartoryski par les amis de la Pologne ne ferait que refroidir le pays, car il y sentirait une arrière-pensée d’abandon. En attendant, les Czartoryski se disent : « Les puissances alliées se donneront, comme pour la Grèce, une exclusion réciproque. Les Polonais ne supporteraient plus un Allemand. Il faudra bien alors que ce soit un Polonais. Attachonsnous donc à plaire également aux puissances étrangères, de qui seules le salut peut venir, et par la grâce de qui Fon régnera. tantes qu’on a peine à y croire. Et cependant nous avons dej Il y a des prétentions paraissent tellement exorbi eu des ballons d’essai. Les journaux anglais oft inséré, dans les premiers jours d’août, une dépêche de Stettin, disant que le parti Czartoryski travaillait en vue de faire proclamer le prince Ladislas roi de Pologne, au moment même où la France déclarerait la guerre. Déjà un journal de Paris, dans les derniers jours de juillet, avait dit : Il est question que le gouvernement national de Pologne, pour répondre à l’accusation de révolutionnarisme, proclame roi le prince Czartoryski. Il n’est pas plus permis d’espérer le rétablissement de la Pologne par ceux qui y ont appelé l’ennemi et la lui ont livrée, que des ennemis meines qui l’ont démembrée.»
«Le reproche capital que l’on puisse adresser aux Czartoryski, c’est d’avoir cherché le salut de la patrie dans des procédés antipolonais, non dans l’enthousiasme, l’élan ou l’héroïsme de la nation, mais dans une série de petits moyens politiques, de ruses diplomatiques et de combinaisons artificielles. Assurément le prince Auguste Czartoryski et son petit-fils le prince Adam-Georges, ont eu de grands caractères, des facultés éminentes et une persévérance à toutes épreuves. Mais à quoi tout cela nous a-t-il servi? Cela n’a pas même retardé nos malheurs. Ah! si au lieu d’avoir toujours les regards tournés vers l’étranger, en employant à implorer ou à essayer de tromper l’ennemi, les dons que leur avait départis la Providence, ils eussent cherché leur point d’appui dans les profondeurs du peuple polonais, peut-être eût-il été accordé à la Pologne de ne point tomber ou de s’être déjà relevée. Nous lisons dans l’Histoire de Pologne de Rulhières : • Les princes Czartoryski, accusant en toute rencontre les vices de leurs concitoyens, ne les croyant plus dignes de se gouverner eux-mêmes, avaient le projet de changer le gouvernement en une véritable monarchie… Ils en suivaient l’exécution avec d’autant plus d’artifice qu’ils avaient conçu l’espérance de former cette monarchie pour eux-mêmes ; qu’un pareil changement devait être en horreur à une nation si éperdüment éprise de sa liberté, et qu’ils osaient se flatter d’employer pour l’y contraindre le concours même de la Russie…»
Czartoryski, Wielopolski et Mieroslawski Wladyslaw Mickiewicz
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« La rhétorique apocalyptique de la submersion — un camp religieux qui se dit noyé par la modernité, un camp laïque qui se dit submergé par le fanatisme — n’est pas un phénomène français. Elle constitue une structure mentale universelle, identique dans le catholicisme militant de 1821, l’islam politique de Qutb, l’hindutva de Golwalkar et le messianisme polonais de Mickiewicz. Cette recherche comparative, articulée autour de six axes, démontre que le combat entre La France Chrétienne (1821) et Eugène Spuller (1894) reproduit un schéma que l’on retrouve dans chaque civilisation où le religieux et le politique fusionnent — et que chaque tentative de fusion produit les mêmes pathologies, les mêmes réseaux clandestins, les mêmes figures de résistance, et le même débat sur la séparation. Le contexte français n’est pas un cas particulier : c’est un cas paradigmatique d’une logique universelle. Comprendre cette logique exige de traverser l’islam, l’hindouisme, l’orthodoxie russe, le messianisme polonais et les modèles comparés de laïcité.
AXE 1 — Quand les deux camps se disent victimes de la même noyade
Le « profiler » qui lirait simultanément La France Chrétienne de 1821 et les discours républicains de la même époque constaterait une symétrie troublante. L’évêque dénonce le « flot montant » de l’irréligion ; le républicain dénonce le « flot montant du cléricalisme ». Eugène Spuller, dans L’Évolution politique et sociale de l’Église (1893), décrivait le cléricalisme comme « un vrai parti politique, le centre et le lien de tous les partis qui menacent la République ». Le vocabulaire républicain de la Troisième République — « digues », « flot montant », « torrent » — est structurellement identique à celui du catholicisme militant qu’il combat. Les deux camps utilisent la même architecture rhétorique de la catastrophe hydraulique, chacun se percevant comme le barrage qui retient l’inondation de l’autre.
Cette « paranoïa en miroir » se retrouve, mot pour mot, dans l’islam politique. Sayyid Qutb, dans Ma’alim fi al-Tariq (Jalons sur la route, 1964), écrit que le croyant doit « marcher à travers le vaste océan de la jâhiliyya qui a englouti le monde entier ». L’image est explicite : la modernité occidentale est un océan dans lequel la communauté musulmane se noie. Qutb ajoute : « Nous sommes entourés par la jâhiliyya aujourd’hui, qui est de même nature que celle de la première période de l’islam, peut-être un peu plus profonde. » L’environnement tout entier — croyances, idées, habitudes, art, lois — est jâhiliyya. Le croyant authentique doit constituer une « avant-garde » (talî’a) qui fonctionne comme un barrage humain contre cette submersion. Abul Ala Maududi, avant Qutb, parlait du « raz-de-marée satanique de la liberté féminine qui menace de détruire la civilisation humaine en Occident ». Malise Ruthven observe que l’établissement d’institutions non religieuses « opened the floodgates to secular forces which threatened Islam’s intellectual foundations ».
L’hindutva reproduit la même structure avec une précision frappante. M.S. Golwalkar, dans We, or Our Nationhood Defined (1939) et Bunch of Thoughts (1966), décrit la civilisation hindoue comme ayant survécu à « l’influence corrosive millénaire des étrangers » — le vocabulaire de la corrosion invoque directement la dissolution par un liquide envahissant. Martha Nussbaum, dans The Clash Within (2007), identifie explicitement la métaphore de l’inondation dans le discours hindutva : « Muslims symbolize sexuality run rampant, a flood or tide of sex and birth that threatens to drown the nation. » La peur démographique — les musulmans qui se reproduisent et « submergent » la nation hindoue — est la version indienne exacte de la peur du « flot montant » qui hantait simultanément les catholiques et les républicains français.
Les travaux des chercheurs internationaux confirment cette homologie structurelle. Olivier Roy, dans La Sainte Ignorance (2008), démontre que le fondamentalisme n’est pas une réaction contre la sécularisation mais un produit de celle-ci : la « déculturation » de la religion crée des mouvements qui positionnent la foi comme marqueur identitaire pur, en opposition apocalyptique à un « autre » menaçant. Le fondamentaliste et le laïciste se reflètent : chacun voit l’autre comme une contamination. Gilles Kepel, dans La Revanche de Dieu (1991), fut le premier à comparer systématiquement les mouvements de « reconquête » chrétiens, juifs et islamiques, montrant leur simultanéité structurelle depuis les années 1975. Mark Juergensmeyer, dans Terror in the Mind of God (2000), théorise le concept de « guerre cosmique » : lorsque le conflit politique est perçu comme un affrontement entre le bien et le mal cosmiques, l’adversaire cesse d’être un opposant politique pour devenir une force satanique — un torrent d’impureté qu’il faut endiguer à tout prix. Hamit Bozarslan, dans Crise, violence, dé-civilisation (2019), identifie le passage de la violence politique à la violence eschatologique : les générations sont projetées « tantôt dans le culte de la lutte armée tantôt dans une fuite en avant autosacrificielle et eschatologique ».
La synthèse est frappante. Un tableau comparatif le résume :ÉlémentCatholiques militants françaisRépublicains laïques françaisIslam politique (Qutb/Maududi)Hindutva (Golwalkar/Savarkar)Métaphore de l’inondation« Flot montant » de l’irréligion« Flot montant » du cléricalisme« Vaste océan de jâhiliyya »« Flood or tide » démographique musulmaneBarrage/rempartL’Église contre la sécularisationLa République contre le cléricalismeL’avant-garde islamique contre la jâhiliyyaL’hindouisme contre la contamination étrangèreContaminationLes valeurs modernes corrompentL’influence cléricale empoisonneLa modernité occidentale comme « nouvelle jâhiliyya »La présence musulmane comme « corrosion »
AXE 2 — L’idée change de mode de transport quand le canal officiel est fermé
Lorsque le système de cautionnement de la Restauration exigeait des dépôts de 200 000 francs pour publier un journal politique, les idées ne mouraient pas : elles migraient vers les colporteurs et les mandements épiscopaux. Les « lois de Serre » de 1819 avaient créé une censure financière plutôt que juridique, mais le réseau capillaire des paroisses offrait un canal alternatif que nulle loi ne pouvait fermer. Les mandements de Carême, lus dans chaque église de France, atteignaient un public bien supérieur à celui des journaux. L’évêque Dupanloup d’Orléans utilisait ce réseau avec une efficacité redoutable : quarante-six évêques signèrent une déclaration affirmant que « les actes épiscopaux n’étaient pas justiciables des journaux ». Le message de La France Chrétienne pouvait ainsi circuler par le réseau paroissial sans jamais passer par la presse.
Ce principe — que l’idée change de véhicule quand son transport habituel est détruit — se vérifie dans chaque contexte étudié. Quand la Gestapo ferma le séminaire de Finkenwalde en septembre 1937 et arrêta 27 pasteurs, Dietrich Bonhoeffer inventa le système des « vicariats collectifs » (Sammelvikariat) : les étudiants étaient dispersés comme apprentis chez des pasteurs de l’Église confessante dans des villages de Poméranie, et Bonhoeffer voyageait secrètement de village en village. Le séminaire fixe devint un séminaire itinérant. Bonhoeffer maintint la communauté par des lettres circulaires à ses anciens étudiants, nommant les tombés et offrant des réflexions pastorales — prolongeant Finkenwalde sous forme épistolaire.
En Russie soviétique, l’Église orthodoxe développa une structure catacombaire d’une sophistication remarquable. Après la déclaration de loyauté du métropolite Serge en 1927, les réfractaires formèrent la « Vraie Église orthodoxe » (Katakombnaya tserkov’), avec des chapelles clandestines, des monastères souterrains et une strict compartimentalisation cellulaire : « Les vrais chrétiens orthodoxes vivant dans une maison ignoraient souvent l’existence d’une autre « cellule » dans la maison voisine. » L’opération « Hermitage » du NKVD en 1947 découvrit 4 monastères souterrains, 10 églises clandestines et 25 maisons de prière, arrêtant 367 membres. Aleksei Beglov utilise la métaphore de l’iceberg : « La vie ecclésiale pendant la période soviétique était un iceberg submergé sous la ligne de flottaison. » La trajectoire ultérieure est saisissante : cette même Église est passée de la clandestinité à l’instrument de puissance sous Poutine. Kathy Rousselet, dans La Sainte Russie contre l’Occident (2023), montre comment le patriarche Kirill a qualifié le règne de Poutine de « miracle de Dieu » et béni l’invasion de l’Ukraine comme un « combat sacré » — alors que seulement 9 % des Russes assistent à un service religieux au moins une fois par mois.
Les Frères musulmans en Égypte illustrent le même schéma avec une architecture cellulaire formalisée dès 1943 : le système de l’usra (famille), cellule de base de 4 à 5 membres se réunissant hebdomadairement sous un naqib, agrégées en branches (shu’ba), districts (manatiq), gouvernorats (muhafazat), jusqu’au Conseil de la Choura et au Bureau de la Guidance. Quand Nasser interdit l’organisation en 1954, cette architecture résista : Eric Trager (Washington Institute) la décrit comme « l’unité la plus basique mais sans doute la plus essentielle de la hiérarchie des Frères ». Le système de filtrage multi-étapes (muhib → mu’ayyad → muntasib → muntazim → ach’amal) garantissait l’imperméabilité à l’infiltration. En Algérie, le passage des mosquées officielles aux « mosquées de garage » — espaces informels de prière dans des garages et des sous-sols — permit au FIS de se constituer hors du contrôle étatique. François Burgat, dans L’islamisme en face (1995), théorise ce phénomène : « Dans le contexte postcolonial, les activités religieuses ont permis aux activistes de s’organiser sous le radar de l’État. »
Le RSS en Inde développa ses shakhas (cellules locales) selon une logique identique. En 2019, le RSS comptait 84 877 shakhas (dont 59 266 quotidiennes). Christophe Jaffrelot décrit le fonctionnement : « Chaque matin avant le lever du soleil, chaque soir après le coucher, des hindous jeunes ou moins jeunes se réunissent en uniforme pour des sessions idéologiques et des exercices physiques. » Les pracharaks (organisateurs à temps plein) parcourent le pays pour implanter des shakhas — exactement comme les colporteurs parcouraient la France pour distribuer les brochures religieuses. La comparaison structurelle est frappante :TraitShakhas RSSParoisses catholiques (XIXe s.)Unité de baseShakha localeParoisseRéunion régulièreQuotidienne (matin/soir)Messe dominicale + catéchismeContenuSessions idéologiques + entraînement physiqueSermon + catéchisme + mandementsAgents itinérantsPracharaksColporteurs et prédicateursCommunication descendanteCirculaires du SarsanghchalakMandements épiscopaux lus dans chaque paroisseSurvie sous interdictionA survécu aux interdictions de 1948 et 1975-77A survécu à la Révolution et à l’Empire
Le paradoxe universel : la répression fonctionne comme une forge idéologique. Les Jalons de Qutb furent écrits en prison. Le prix de la grâce de Bonhoeffer fut publié au moment même où le séminaire fermait. Le concept de mihna (épreuve divine) des Frères musulmans transforme la persécution en légitimation théologique. Et trois des cinq cas étudiés montrent une trajectoire complète de la clandestinité au pouvoir d’État : l’Église orthodoxe russe (des catacombes à l’instrument du Kremlin), les Frères musulmans (de la prison à la présidence sous Morsi en 2012, puis retour en prison en 2013), et le RSS (de l’interdiction en 1948 au parti au pouvoir depuis 2014).
AXE 3 — L’État qui veut créer l’homme nouveau produit toujours les mêmes pathologies
Le point crucial de Spuller tient en une phrase : l’État qui ne se contente plus de faire des lois mais veut « créer un homme nouveau » franchit le seuil du totalitarisme. Son discours du 3 mars 1894 à la Chambre des députés articule un « esprit nouveau » qui distingue clairement l’éducation civique (former des citoyens autonomes) de l’endoctrinement (fabriquer des sujets idéologiquement programmés). Nathalie Bayon, dans sa monographie Eugène Spuller (1835-1896) (Presses universitaires du Septentrion, 2006), montre que Spuller insistait sur l’enseignement de la philosophie morale et de la lecture pour « élever l’esprit et le rendre libre » — non pour le soumettre. L’État fait des lois ; il ne fait pas des âmes.
Les théoriciens des « religions politiques » ont montré que chaque fusion du religieux et du politique reproduit les mêmes structures pathologiques. Eric Voegelin, dans Die politischen Religionen (1938), forgea le concept d’« immanentisation de l’eschaton » : le processus par lequel des espérances transcendantes de salut final sont effondrées dans des projets politiques terrestres. Les mouvements totalitaires tentent de réaliser le paradis sur terre par l’action politique — ce qui exige la fabrication d’un homme nouveau conforme au projet. Hannah Arendt, dans Les origines du totalitarisme (1951), montra que les camps de concentration étaient « la véritable institution centrale » du totalitarisme, dont le but était de réduire « la pluralité infinie » des êtres humains en « faisceaux de réactions » interchangeables — c’est-à-dire de défaire l’homme pour le refaire. Emilio Gentile, dans Les religions de la politique (2005), théorisa la « sacralisation de la politique » : « La sacralisation de la politique se produit chaque fois qu’une entité politique — la nation, la démocratie, l’État, le parti, la classe — se transforme en entité sacrée. » Il insiste : « On peut aussi bien sacraliser la démocratie que l’autocratie, l’égalité que l’inégalité, la nation que l’humanité. » Raymond Aron, dans L’opium des intellectuels (1955), identifia dès 1944 les « religions séculières » et montra que le marxisme fonctionne « à l’instar d’un dogme, d’une Église » — textes sacrés, sacerdoce intellectuel, promesse de salut séculier.
L’argument de Spuller trouve des échos remarquables chez les intellectuels musulmans réformateurs. Mohamed Arkoun, dans Pour une critique de la raison islamique (1984), identifie ce qu’il appelle le système « État-Orthodoxie-Vérité » : un double pouvoir théocratique où le pouvoir politique prétend garder l’orthodoxie et le pouvoir religieux contrôle le savoir. Il démontre que la charia comme loi totale « est d’abord une construction humaine qui s’est cristallisée près de deux siècles après la mort du Prophète ». Abdolkarim Soroush, intellectuel iranien, distingue la religion (divine, immuable) de la connaissance religieuse (humaine, évolutive, faillible) : « Aucune forme de gouvernement n’est capable de rendre un peuple religieux par la force ; c’est quelque chose que les individus choisissent par eux-mêmes. » Cette phrase pourrait être signée par Spuller. Abdennour Bidar, dans L’Islam sans soumission (2008), propose un « existentialisme musulman » fondé sur la liberté de conscience : « Des siècles de traditions idéologiques ont enfermé l’islam, l’assimilant à la seule soumission à un Dieu dont les hommes ne seraient que les serviteurs — créatures dénuées de tout libre arbitre. »
En Inde, B.R. Ambedkar, architecte principal de la Constitution, inscrivit la laïcité de manière implicite à travers les articles 25 à 28, garantissant la liberté religieuse et interdisant l’instruction religieuse dans les établissements publics. Amartya Sen, dans The Argumentative Indian (2005), défend le sécularisme indien comme pluralisme : « Secularism is, in fact, a part of a more comprehensive idea — that of India as an integrally pluralist country. » Il identifie trois menaces : le fascisme communautaire, le nationalisme et l’obscurantisme militant. L’hindutva de Modi, avec la loi sur la citoyenneté de 2019 excluant explicitement les musulmans, illustre précisément le basculement que redoutait Spuller : un État qui ne fait plus seulement des lois mais définit qui mérite d’être citoyen sur la base de l’identité religieuse.
En Russie, le concept de « symphonie » (simfoniya), formulé par Justinien Ier dans la Novelle 6 de 535, propose une harmonie organique entre pouvoir impérial et pouvoir ecclésiastique. Le Concept social de l’Église orthodoxe russe (2000) le réaffirme : « Dans leur totalité, ces principes furent décrits comme symphonie entre l’Église et l’État. » Alexandre Soljenitsyne, dans sa Lettre aux dirigeants soviétiques (1973), appelait au « retour de la Russie à ses racines chrétiennes orthodoxes » tout en admettant que l’Église avait été « brisée » par le communisme et « minée de l’intérieur par ses trois siècles de soumission au pouvoir d’État ». La loi de 1997 sur la liberté de conscience reconnaît « le rôle particulier de l’orthodoxie dans l’histoire de la Russie » et discrimine les organisations religieuses de moins de quinze ans d’existence — ciblant les mouvements étrangers. Sous Poutine et le patriarche Kirill, la fusion État-Église a atteint un degré inégalé depuis l’Empire : aumôniers militaires orthodoxes, restitution des biens ecclésiastiques, composante orthodoxe dans les programmes scolaires, et la « Cathédrale principale des Forces armées » inaugurée en 2020 dans le parc Patriot.
AXE 4 — Du bruit fanatique au silence du témoin, le cycle complet du langage religieux
Les Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris illustrent parfaitement la liturgie comme arme politique. Fondées en 1835 à l’initiative de Frédéric Ozanam (22 ans), elles furent inaugurées par Henri-Dominique Lacordaire, dominicain, cofondateur de L’Avenir avec Lamennais sous la devise « Dieu et la Liberté ! ». Lacordaire prononça 73 conférences à Notre-Dame entre 1835 et 1852, transformant la chaire en une tribune quasi parlementaire où les positions catholiques sur la liberté, la modernité et les questions sociales étaient débattues devant des audiences considérables. Sa formule de la 52e conférence est devenue célèbre : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » Mgr d’Hulst (1891-1896) puis le père Ollivier (1897) continuèrent cette tradition. Le choix même du terme « conférences » plutôt que « sermons » signalait un engagement délibéré avec le monde séculier — un format dialogique, pas une prédication descendante.
Le prêche du vendredi (khutba) dans l’islam remplit une fonction structurellement identique. La khutba est politique depuis ses origines : les premiers califes y adressaient des « ordres directs » et des questions de gouvernement. L’obligation d’inclure le nom du souverain en faisait « le moment pour signaler un changement de régime, un glissement de loyauté, ou un appel à la rébellion ». En Turquie, le Diyanet (Présidence des affaires religieuses) rédige des sermons centralisés lus dans des milliers de mosquées. L’analyse par apprentissage automatique d’Ozan Aksoy (2023) a montré que le contenu des sermons répond fortement aux événements politiques nationaux, notamment le nationalisme après la tentative de coup d’État de 2016. En Iran, les imams du vendredi sont nommés par le Guide suprême et servent de porte-voix politiques directs.
La Rath Yatra de L.K. Advani en 1990 représente la weaponisation la plus spectaculaire d’un rituel hindou. Cette procession de 10 000 km, de Somnath à Ayodhya, utilisait un camion Toyota décoré pour ressembler au char de Rama dans la série télévisée à succès Ramayan. Advani lui-même « ressemblait à Arun Govil » (l’acteur jouant Rama) ; les fidèles « touchaient ses pieds et jetaient des pièces sur son char, exactement comme ils le feraient dans un temple ». Six rassemblements par jour, kirtans et bhajans diffusés par haut-parleurs. Les sièges du BJP passèrent de 85 à 120 aux élections suivantes. La destruction de la mosquée Babri Masjid en décembre 1992, conséquence directe, provoqua des émeutes faisant 2 000 morts. Jaffrelot analyse cette instrumentalisation dans Nations and Nationalism (2009) : le mot sanskrit yatra (pèlerinage) a été systématiquement « harnaché par les nationalistes hindous pour mobiliser leur base ».
Face à cette instrumentalisation, les figures de résistance religieuse forment une constellation universelle. Bonhoeffer (protestantisme, exécuté en 1945) inventa le concept de « christianisme sans religion » (religionsloses Christentum) dans ses lettres de prison : « Le temps où l’on pouvait tout dire aux hommes par des mots, qu’ils soient théologiques ou pieux, est révolu. Nous allons vers un temps complètement sans religion. » Maximilien Kolbe (catholicisme, mort à Auschwitz en 1941) offrit sa vie à la place d’un père de famille : « Je suis un prêtre catholique. » Son sacrifice, selon Jessica Keating (Notre Dame), « expose le mensonge du mal en brisant la chaîne de sa transmission, non en la transmettant ». Desmond Tutu (anglicanisme sud-africain) fonda sa résistance à l’apartheid sur la théologie de l’ubuntu : « Dieu prend parti. Il n’est pas un Dieu neutre. » Ali Shariati (islam chiite, mort en 1977) distingua le « chiisme rouge » (religion du martyre et de la justice) du « chiisme noir » (religion du deuil et de la passivité) : « Le chiisme commence par un « Non ». » Abraham Joshua Heschel (judaïsme) marcha au premier rang avec Martin Luther King à Selma en 1965 : « J’ai senti que mes jambes priaient. Même sans mots, notre marche était un culte. » Thich Nhat Hanh (bouddhisme) inventa le « bouddhisme engagé » contre la guerre du Vietnam, nommé par King pour le prix Nobel : « Vous n’êtes pas un observateur, vous êtes un participant. »
Le concept bonhoefférien de « religion sans religion » trouve des échos dans chaque tradition. Le soufisme oppose l’expérience mystique intérieure au légalisme du faqih : Rabi’a al-Adawiya (VIIIe siècle) voulait « mettre le feu au Paradis et éteindre le feu de l’Enfer, pour que les deux voiles disparaissent devant les pèlerins ». Le mouvement bhakti (VIIe-XVIIe siècles) opposa la dévotion directe au ritualisme brahmanique : Kabir proclamait que « Dieu n’est ni dans le temple ni dans la mosquée ». Le judaïsme prophétique d’Amos, d’Isaïe et de Jérémie contesta le culte sacrificiel du Temple — Heschel le récupéra pour l’action politique moderne. Le bouddhisme zen iconoclaste (« Si tu rencontres le Bouddha sur la route, tue-le ») parallèle le rejet bonhoefférien des formes institutionnelles. Dans chaque cas, un noyau spirituel intérieur de compassion, de justice et de rencontre directe avec le divin érupte périodiquement contre les formes institutionnelles accumulées — et les renouvelle.
AXE 5 — La Pologne comme Christ des nations, ou le messianisme en guise de survie
Le messianisme polonais occupe une position intermédiaire entre le catholicisme militant français et les autres formes de fusion religieux-politique. Adam Mickiewicz, dans les Księgi narodu polskiego i pielgrzymstwa polskiego (1832), construisit l’une des plus puissantes métaphores politico-religieuses de l’histoire moderne : la Pologne comme « Christ des nations ». Le texte, écrit en prose biblique délibérée, proclame : « Et la Pologne dit : « Quiconque viendra à moi sera libre et égal, car JE SUIS LIBERTÉ. » Mais les Rois, quand ils l’entendirent, furent effrayés dans leurs cœurs, et ils crucifièrent la nation polonaise et la placèrent dans son tombeau […] Car au Troisième Jour, l’Âme retournera dans le Corps ; et la Nation ressuscitera et libérera tous les peuples d’Europe de l’Esclavage. »
Les trois « bardes » du romantisme polonais — Mickiewicz, Juliusz Słowacki et Zygmunt Krasiński — offrirent des visions messianiques concurrentes. Mickiewicz incarnait le messianisme révolutionnaire ; Słowacki, dans Kordian (1834), glorifiait le sacrifice individuel actif ; Krasiński, dans les Psalmes de l’avenir (1845), défendait un providentialisme conservateur sous autorité pontificale. L’influence d’Andrzej Towiański, mystique lituanien qui fonda le « Cercle de la Cause de Dieu » à Paris en 1841, transforma le messianisme de Mickiewicz d’un nationalisme exclusivement polonais en un universalisme « franco-slave ». Mickiewicz fut démis de sa chaire au Collège de France en 1844 parce que ses cours étaient devenus « un mélange de religion et de politique, ponctué d’attaques controversées contre l’Église catholique ».
Le parallèle entre les Czartoryski et les Orléans est structurellement saisissant — et physiquement incarné par le mariage de Władysław Czartoryski avec la princesse Marguerite Adélaïde d’Orléans, petite-fille de Louis-Philippe. Les deux dynasties utilisaient le catholicisme et le nationalisme à des fins politiques, depuis des salons diplomatiques (l’Hôtel Lambert à Paris pour les Czartoryski, les réseaux orléanistes pour les Orléans), en faveur d’un constitutionnalisme monarchique modéré. Toutes deux étaient accusées d’élitisme et de déconnexion avec le mouvement populaire. L’évêque Kajetan Sołtyk, évêque de Cracovie, qui en 1767 refusa tout compromis avec les réformes religieuses imposées par l’ambassadeur russe Repnine et fut emprisonné à Kalouga pendant cinq ans, incarne cette tension entre résistance principielle et accommodation pragmatique. Sa dénonciation des « citoyens équivoques qui veulent s’accommoder au temps » fait écho, depuis le pôle opposé du spectre, à la critique radicale de l’« esprit nouveau » de Spuller — dans les deux cas, l’accommodement est perçu comme une trahison existentielle.
L’identité « Polak-katolik » (Polonais-catholique), que Brian Porter-Szűcs (Sprawy Narodowościowe, 2017) démontre n’avoir émergé comme construction politique qu’à la fin du XIXe siècle, s’est avérée bien plus durable que le catholicisme national français. Sous le PiS (2015-2023), elle atteignit une instrumentalisation étatique que le Ralliement français n’avait jamais accomplie : interdiction quasi totale de l’avortement, opposition aux droits LGBTQ+, « Rosaire aux frontières » (2017) — une prière collective de masse liant dévotion catholique et défense des frontières contre l’immigration musulmane perçue. Jean-Paul II, que Czesław Miłosz qualifia de « dernier romantique polonais », cita les bardes romantiques 38 fois dans ses voyages en Pologne — bien plus que saint Thomas d’Aquin (2 mentions).
AXE 6 — La laïcité française est-elle exportable ? Sept modèles et une réponse nuancée
L’argument de La France Chrétienne de 1821 — « quelle nation a jamais séparé sa cause de celle de la Divinité ? » — exige une réponse empirique comparative. Jean Baubérot, dans Les sept laïcités françaises (2015), démontre qu’il n’existe même pas de modèle français unique : il identifie sept idéaux-types selon les critères de liberté de conscience, d’égalité des droits, de séparation et de neutralité. La laïcité antireligieuse (Maurice Allard), la laïcité gallicane (Combes), la laïcité séparatiste stricte (Buisson), la laïcité séparatiste inclusive (Briand — celle qui fut effectivement votée en 1905), la laïcité ouverte (Ricœur), la laïcité identitaire (récupérée par le FN/RN), et la laïcité concordataire (Alsace-Moselle) coexistent dans le même pays. Si la France n’a pas un modèle de laïcité, comment pourrait-elle l’exporter ?
Philippe Portier, dans L’État et les religions en France (2016), identifie trois « nœuds » historiques : le modèle juridictionaliste (le Concordat napoléonien), le modèle séparatiste (1880-1960, culminant dans la loi de 1905), et le modèle partenarial-recognitif (depuis les années 1960, avec la loi Debré de 1959 finançant les écoles confessionnelles). Portier observe qu’au XXIe siècle, la laïcité française a pris une « inflexion sécuritaire » où elle devient un outil de contrôle étatique et d’unification comportementale, ciblant principalement l’islam. « Là où la République libérale de la Troisième République avait créé un système de préservation des libertés, l’État instituteur du XXIe siècle a créé un système d’unification des comportements. »
Ahmet Kuru, dans Secularism and State Policies toward Religion (Cambridge, 2009), propose la distinction entre « sécularisme passif » (les États-Unis, où l’État tolère la visibilité publique de la religion) et « sécularisme assertif » (la France et la Turquie, où l’État exclut activement la religion de la sphère publique). L’explication causale est historique : le sécularisme assertif émerge là où un ancien régime fondé sur le mariage de la monarchie et d’une religion hégémonique a existé — ce qui est le cas de la France (monarchie catholique) et de la Turquie (sultanat-califat ottoman), mais pas des États-Unis. Le modèle turc — la laiklik kémaliste, inspirée de la laïcité jacobine française mais imposée par le haut — a « échoué » pour trois raisons : trop autoritaire (imposée par un parti unique), trop superficielle (elle violait les « tolérances jumelles » de Stepan en policiant les pratiques religieuses des citoyens), et elle a créé sa propre opposition (Erdogan mobilisa le ressentiment de la majorité pieuse marginalisée).
Alfred Stepan, dans « The Multiple Secularisms of Modern Democratic and Non-Democratic Regimes » (2011), propose le concept de « tolérances jumelles » (twin tolerations) : les institutions religieuses doivent respecter la souveraineté démocratique ; les institutions démocratiques doivent garantir la liberté de culte et la participation démocratique des citoyens croyants. Stepan démontre que l’islam, le confucianisme et l’orthodoxie orientale ne sont pas intrinsèquement plus autoritaires que le christianisme occidental : toutes les religions sont « multivocales », contenant des brins pro-autoritaires et pro-démocratiques. Le Sénégal illustre ce point de manière éclatante : pays à 94 % musulman, il a adopté une constitution laïque inspirée du modèle français sous Léopold Sédar Senghor — un président catholique dans un pays musulman. Le modèle fonctionne grâce à la symbiose entre l’État et les confréries soufies (Tidjaniyya, Mourides, Qadiriyya), ce que Stepan appelle des « rituels de respect ». Comme Seulgie Lim l’argue (2023), « le sécularisme est sans signification et impraticable au Sénégal » — le modèle fonctionne précisément parce qu’il n’est pas strictement séculier au sens français, mais opère par « interprétation, ajustement et inclusion ».
Rajeev Bhargava théorise le sécularisme indien comme « distance principielle » (principled distance) : non pas un mur strict de séparation, mais un engagement/désengagement flexible selon le contexte. L’État peut interférer davantage dans une religion que dans une autre selon les conditions historiques et sociales (par exemple, réformer les hiérarchies de caste dans l’hindouisme). Cette approche traite simultanément la domination inter-religieuse (entre communautés) et la domination intra-religieuse (à l’intérieur des communautés). Bhargava insiste : le sécularisme doit être « dé-christianisé, dé-occidentalisé, dé-privatisé et dé-individualisé » pour fonctionner globalement.
La réponse à la question de 1821 est donc empiriquement nuancée. La séparation peut fonctionner durablement : la France l’a maintenue pendant plus de 120 ans, les États-Unis depuis plus de 230 ans, le Japon depuis 1947. Mais elle est fragile quand elle est imposée contre une société profondément religieuse (la Turquie sous Erdogan en témoigne), et elle n’est pas le seul modèle viable : l’Inde, le Sénégal et l’Indonésie ont inventé des formes alternatives. Ce qui est exportable n’est pas le mécanisme spécifique français, mais le principe des tolérances jumelles de Stepan : le minimum démocratique n’est pas un modèle précis de séparation, mais le respect mutuel entre sphères religieuse et politique, permettant la participation démocratique de tous.
Conclusion : cinq leçons transversales qui émergent de la comparaison
Première leçon : la « paranoïa en miroir » est une constante universelle. Chaque camp — qu’il soit catholique militant, républicain laïque, islamiste, hindutva ou messianiste polonais — utilise la même architecture rhétorique de l’inondation et de la digue, se percevant comme le barrage qui retient le torrent de l’autre. Olivier Roy a raison : cette symétrie n’est pas accidentelle mais structurelle, produite par la « déculturation » qui transforme la foi en marqueur identitaire pur.
Deuxième leçon : les idées ne meurent jamais quand leur canal est fermé ; elles changent de mode de transport. Du colporteur français à la usra des Frères musulmans, du séminaire itinérant de Bonhoeffer à la shakha du RSS, la même logique capillaire est à l’œuvre. La compétence organisationnelle acquise dans la clandestinité devient un avantage décisif quand les conditions changent — le RSS, les Frères musulmans et l’Église orthodoxe russe l’ont tous démontré en passant de la clandestinité au pouvoir d’État.
Troisième leçon : la fusion du religieux et du politique produit, dans chaque tradition, les mêmes pathologies identifiées par Voegelin, Arendt, Gentile et Aron — sacralisation d’une entité politique, monopole sur la vérité, projet de « l’homme nouveau », destruction du pluralisme, contrainte comme ciment. Les intellectuels musulmans réformateurs (Arkoun, Soroush, Bidar), les défenseurs du sécularisme indien (Ambedkar, Sen, Bhargava) et les critiques de la « symphonie » russe arrivent, par des voies différentes, à la même conclusion que Spuller : l’État qui veut créer un homme nouveau franchit le seuil de la tyrannie.
Quatrième leçon : dans chaque tradition existe un noyau spirituel — le soufisme contre le légalisme, la bhakti contre le brahmanisme, le prophétisme contre le sacerdoce, le « christianisme sans religion » de Bonhoeffer — qui résiste à l’instrumentalisation politique de la foi. Les figures de résistance religieuse (Bonhoeffer, Kolbe, Tutu, Shariati, Heschel, Thich Nhat Hanh) partagent une structure commune : un enracinement profond dans leur tradition, une transformation de cette tradition de l’intérieur, et un « Non » prophétique qui fait du corps même du résistant un énoncé théologique.
Cinquième leçon : la laïcité française n’est pas un modèle universel, mais un cas particulier produit par des conditions historiques spécifiques — l’existence d’un ancien régime fondé sur le mariage de la monarchie et du catholicisme hégémonique. Ce qui est universel, c’est le problème que la laïcité tente de résoudre : comment organiser la coexistence entre la souveraineté politique et la liberté religieuse. Les solutions sont plurielles — séparation assertive (France), sécularisme passif (États-Unis), distance principielle (Inde), rituels de respect (Sénégal), symphonie (Russie) — et leur succès dépend de leur adéquation aux conditions locales. L’argument de La France Chrétienne de 1821 — « quelle nation a jamais séparé sa cause de celle de la Divinité ? » — n’est ni réfuté ni confirmé : il est dépassé par la multiplicité des réponses que l’histoire mondiale a inventées. »
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