Alexandre Vinet
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« Or, on ne la voit pas sous la neige, n’est-ce pas la crevasse. Alors nous dirons qu’elle est violente parce qu’elle avertit tout le traîneau qui va descendre 60, 70 mètres dans un trou »
Louis-Ferdinand Céline, Pierre Dumayet, Entretien
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« En examinant avec attention l’avènement de Pepin au trône, on reconnaîtra combien les Opinions sont puissantes, quelle place elles tiennent dans les révolutions, et quels malheurs elles amènent dans un Etat quand elles s’élèvent au-dessus des intérêts. »
Des opinions et des intérêts pendant la Révolution, Joseph Fiévée
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« Mais son choix (opinion) ne prend son sens et ne peut, en conséquence, être compris que par ce qui se passe (ou ne se passe pas) à l’intérieur et aussi à l’extérieur des limites ou des frontières politico- administratives considérées. »
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« Les individus prendraient à la fois en compte les conséquences qui résultent directement de leurs choix et les conséquences qui découlent des options alternatives (non choisies ; Bell, 1982 ; Loomes & Sugden, 1982). Leurs choix seraient basés sur la prise en compte de la valeur subjective des options, de leur probabilité d’occurrence, mais également sur la base de comparaisons contrefactuelles, leur objectif étant de minimiser le regret qui pourrait en découler (Mellers, Schwartz, Ho, & Ritov, 1997). La méthodologie employée afin de tester cette hypothèse consiste en une situation de prise de décision à risque reposant sur un choix entre DEUX ROUES DE LA FORTUNE, dans laquelle les participants sont informés du résultat qu’ils ont obtenu (le feedback partiel), puis du résultat contrefactuel (ou alternatif, le feedback complet ; Mellers et al., 1997 ; Mellers, Schwartz, & Ritov, 1999). Suite à ces feedbacks, les participants complètent une échelle émotionnelle (allant de -50 à +50). Le feedback complet, reposant sur la présentation du résultat obtenu et du résultat alternatif, permet d’étudier le ressenti émotionnel du REGRET et du SOULAGEMENT. »
Le temps des regrets : comment le développement du regret influence-t-il la prise de décision à risque des enfants et des adolescents ?Marianne Habib, Mathieu CassottiDans L’Année psychologique 2015/4 (Vol. 115), pages 637 à 664
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« Le dilemme de sécurité, adapté des relations internationales au niveau collectif, explique comment l’incertitude structurelle sur les intentions d’autrui peut conduire à l’escalade même entre parties préférant la paix. Barry Posen (1993) a appliqué ce cadre aux conflits ethniques, démontrant comment l’« anarchie domestique » crée des conditions où « une spirale de peurs mutuelles et d’incertitude » conduit à la violence. Quand un groupe s’arme pour des raisons « défensives », les autres perçoivent une menace, créant une spirale d’armement mutuel et de violence préemptive. »
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« Cette analyse comparative révèle que la faible criminalité japonaise et la stabilité sociale ont un prix : une violence intériorisée qui se manifeste par des pathologies culturellement spécifiques. Le hikikomori, le karoshi et les taux de suicide élevés constituent la face cachée du « miracle japonais » de l’ordre public. À l’inverse, la France assume une conflictualité visible – manifestations, tensions sociales, insécurité perçue – qui sert de soupape aux frustrations collectives. Mais l’idéal méritocratique génère une culpabilité individualisée face à l’échec, et les coûts psychiques restent concentrés sur les plus vulnérables. Le paradoxe central demeure : le Japon excelle sur les indicateurs objectifs (espérance de vie, sécurité, éducation) mais se classe systématiquement plus bas en bien-être subjectif. La France, malgré ses tensions, offre un meilleur équilibre travail-vie et une expression émotionnelle plus libre, générant une satisfaction de vie supérieure.Ni le « calme japonais » ni le « bruit français » ne constituent des modèles idéaux. Les deux systèmes imposent des coûts psychiques substantiels, différemment distribués mais comparables en intensité. La vraie question n’est pas lequel est supérieur, mais comment chaque société pourrait réduire les fardeaux imposés à ses membres les plus vulnérables – femmes et jeunes au Japon, classes populaires et minorités en France. »
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« L’on voit ainsi à quel point toute position victimale peut être chez certains indexée d’un jugement d’ordre moral quant à sa légitimité, selon une rhétorique assimilant toute recherche de reconnaissance d’un préjudice à une forme soit de consumérisme, soit d’irresponsabilité ou d’immoralité ; comme si se poser comme victime représentait une échappatoire à ce qui échoit à chacun, à son destin personnel, et représentait une revendication illégitime dans son principe : une forme d’abus. Vision qui nous renvoie, nous le verrons, à un temps où il revenait à chacun d’assumer avec ses seules ressources les malheurs qui pouvaient lui survenir, soit parce que ceux-ci représentaient nécessairement la sanction morale d’une vie corrompue, soit parce que l’ordre naturel du monde était ainsi fait, et qu’il revenait à chacun de se prémunir du malheur par ses vertus sa prévoyance, ou encore son fatalisme. Il serait superfétatoire et sans doute vain d’argumenter chacun des points soulevés tant ils tiennent plus du registre des opinions, en elles-mêmes toutes respectables, que de positions scientifiquement argumentées, la part des choses, espérons-le, devant progressivement se faire à mesure que nous avancerons dans notre analyse historique et anthropologique de la formation de la victimité. Mais l’on peut se demander si les auteurs en question ont bien mesuré ce qu’était notre monde avant que les dispositifs de solidarité qui sont aujourd’hui les nôtres et qui ont ensemble construit la « victimité », n’existaient pas ; invitation à faire retour sur un passé proche où les allégations d’abus sexuels de la part des enfants étaient systématiquement suspectées de mythomanie et celles des femmes, d’affabulations hystériques ; les accidentés de conduites antisociales et délinquantes et les soldats traumatisés de comportement antipatriotique et de désertion psychique ; ou encore, pour répondre à l’accusation d’impudeur faite aux victimes exprimant sur la place publique leur parcours, le rôle du silence et du secret dans la perpétuation, au cœur de nos grandes institutions, des maltraitances physiques et sexuelles, etc. Dit autrement, le risque de traiter ainsi de la victimité serait d’en revenir à une lecture morale dont l’histoire nous montrera que l’œuvre du 19ième siècle a consisté précisément à « dé moraliser » la question et à l’aborder sous l’angle de la solidarité collective.
3. Des professionnels au risque des victimes ? L’on conçoit alors que ce ne soit pas sans un certain malaise que le monde psy (ou du moins une partie de celui-ci, les autres s’en détournant avec colère, mépris et/ou dégoût) se saisisse de la question victimale, craignant de s’y brûler les ailes. Ainsi une revue spécialisée intitulait-elle, il y a peu, l’un de ses numéros, « Victimes… et après » 1, laissant certainement au lecteur le soin de lui donner le sens qui lui convenait le mieux, selon d’un côté la signification qu’il accorderait aux trois petits points reliant les deux parties du titre, de l’autre côté à la nature de la ponctuation finale, dont l’absence laissait ouvertes plusieurs possibilités. Selon les options retenues, la signification pouvait en aller d’une interrogation sur l’après-victimisation, à l’exclamation ironique, voire teintée d’indignation, d’en oser faire un sujet de réflexion. L’éditorial d’ailleurs semblait s’excuser d’avoir proposé un tel thème, évoquant successivement des risques d’incendie dus au caractère « inflammable » du sujet, la désorientation, l’irritation, pour se conclure par un appel à la tolérance et l’invitation faite au lecteur d’exprimer dans un prochain numéro ses sentiments sur la même thématique. Le mérite de la dite revue n’en était que plus grand mais ces précautions témoignaient à elles seules, pour le moins, du délicat du thème. Ainsi F. Landa y écrit-il : « Nous devons peut-être reconnaître une certaine irritation, parfois même une allergie, provoquée par le mot « victime » «
Pascal Pignol, Le travail psychique de victime : essai de psycho-victimologie, 2011
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« Les personnes que vous recherchez sont celles dont vous dépendez. On prépare vos menus, on enlève vos ordures, on vous relie par téléphone, on conduit vos ambulances, on vous protège pendant votre sommeil… Jouez pas au con avec nous ! »
Fight Club
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« N’est-il pas curieux qu’une sentence aussi sublime provienne non d’un traité d’un philosophe stoïcien, Epictète ou Sénèque, raisonnant sur la vertu de philanthropie, mais d’une simple comédie bourgeoise où un propriétaire, Chrémès, interroge son voisin, Ménédème, sur la dure besogne qu’il s’impose du soir au matin dans son champ comme s’il se punissait de quelque chose, peinant à la tâche plus que ses propres esclaves ? Et le vieux bougon de Ménédème de lui répondre : « Chrémès, tes affaires te laissent-elles assez de loisir pour que tu t’occupes de celles des autres, et de ce qui ne te regarde nullement ? » A quoi l’affable Chrémès réplique : « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (en citant la traduction française la plus répandue car le mot « alienum » peut aussi être rendu par « indifférent »). »
Cristina Robalo Cordeiro
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« J’ai nourri des enfants, et Je les ai élevés; mais ils M’ont méprisé. Le boeuf connaît son possesseur, et l’âne l’étable de son maître; mais Israël ne M’a point connu, et Mon peuple n’a pas eu d’intelligence. »
Ésaïe 1, Extraits
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« Je me retrouve autant dans une lettre écrite pour expliquer le rétrécissement intime de mon être et le châtrage insensé de ma vie, que dans un essai extérieur à moi-même, et qui m’apparaît comme une grossesse indifférente de mon esprit. »
Antonin Artaud
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« C’est une fréquente source d’erreurs et de disputes parmi les hommes que de ne pas distinguer nettement le droit et le fait. Le droit est ce qui résulte des lois positives ou des maximes de justice dérivées de la nature de l’homme et de son intérêt naturel et social. Le fait, est ce que l’observation et l’expérience ont démontré exister effectivement, ou du moins dans le cours ordinaire des choses. Les esprits observateurs donnent leur principale attention au fait; ils acquièrent une grande connaissance de la marche de la nature; dans leur travail pour le bonheur de l’homme, ils font abstraction de l’impossible, ils s’attachent à procurer à l’humanité, ou plutôt à la fraction dont ils s’occupent, le degré de perfection et le genre de félicité dont ils la jugent susceptible. Les esprits spéculatifs ne s’occupent guère que du droit; ils condamnent tout ce qui n’est pas conforme aux idées de morale et de justice qu’ils se sont faites. Ils existent presque toujours, ou dans des illusions et des espérances chimériques, ou dans l’indignation de la réalité. Les premiers accusent ordinairement les autres d’ignorance, de faiblesse d’esprit, d’aveuglement puéril. Ceux-ci à leur tour les accusent d’immoralité parce qu’ils prennent leurs assertions pour leurs maximes, et aussi de paradoxe, parce que, accoutumés à voir la nature dans leurs rêves, ils ne la reconnaissent plus quand on là leur montre comme elle est. Des hommes qui se sont fait illusion abandonnent tout quand elle est dissipée, ils travaillent pour un bien chimérique qui s’évanouit; un bien réel ou possible est sans charme pour eux, ils tombent dans l’extrémité contraire, et cette humanité à laquelle ils destinaient le bonheur et la perfection des anges, voyant qu’elle ne peut s’é lever au prix de leurs bienfaits, ils lui souhaitent toute espèce de honte et de maux. Le défaut des esprits observateurs est aussi de tirer de trop dures conséquences des vices et de l’imperfection des hommes; soit qu’exagérant ces choses, ils destinent à l’homme un traitement proportionné à l’idée trop vile et trop odieuse qu’ils s’en sont fait, soit qu’ils se résolvent seulement à le laisser aller comme il va; les uns sont parvenus par l’étude de la vérité à une sorte de misanthropie, les autres à l’insouciance; Hobbes fut dans la première classe, Montaigne n’était pas loin de la seconde. Cependant la nature telle qu’elle est, est encore inépuisable en ressources et riche en perfectibilité; il faut seulement bien connaître ce qu’elle est, ce qu’elle peut être et par où elle y peut arriver. La science veut un esprit sagace et une tête froide; l’art veut un caractère hardi, une âme ardente, une imagination féconde, éclairée par cette même intelligence qui a su découvrir la vérité. —Il faut savoir et vouloir. Malheureusement la nature a rarement uni ces choses, et un jugement calme et sain n’est pas ordinairement le partage d’une âme pleine de ressort. Tout comme dans les sciences morales, on trouve des esprits spéculatifs ou observateurs qui s’occupent les uns du droit, et les autres du fait ; dans les sciences physiques on trouve des hommes à théorie et des hommes à expériences qui cherchent, les uns à expliquer la nature et les autres à découvrir le système de la nature, en recueillant des faits.Jalousie et réciprocité entre les hommesLa nature a établi entre les hommes la jalousie et la réciprocité. L’une les porte à s’opposer au bonheur des autrès comme étant nuisible au leur. L’autre les porte à le favoriser comme réagissant sur leur propre bonheur. Suivant les diverses occurrences de la vie, les hommes obéissent à l’une ou à l’autre, de même les nations considérées comme individus. Chacun par son caractère est plus disposé ou à la réciprocité ou à la jalousie. Les écrivains philosophes, faiseurs de maximes, ont aussi, suivant leur caractère ou leurs idées, favorisé dans leur doctrine, l’une ou l’autre de ces dispositions, et leurs précepte sont tendu à diriger les hommes, les uns dans un esprit de jalousie, les autres dans un esprit de réciprocité. De là les deux systèmes de jalousie et de réciprocité en morale, en politique, en économie politique, en politique extérieure, même en agriculture. La doctrine moderne, fondée principalement sur les écrits de la secte dite des économistes, a adopté dans toutes ses applications le système de réciprocité. Sx. Constitution morale de l’homme et de la femme. Les affections des hommes sont plus en masse, plus simples, plus importantes ; celles des femmes sont plus détaillées, plus frivoles, plus légitimes. Quand vous êtes mobile, souple, exaltable, versatile, alors vous vous rapprochez de la femme. Une telle constitution conduit à la sensibilité, à la faiblesse, à la finesse, à la légèreté, à l’excitabilité, à l’imagination fine, inconstante, versatile. L’imagination chez l’homme produit la force, la tête, l’âme, le cœur. C’est de la mixtion des deux constitutions que se forment les hommes de génie. Là où le cœur se montre, on pardonne bien plus aisément les erreurs de l’imagination. Avec de la confiance, de l’encouragement, de bons traitemens, on fait toujours quelque chose des gens qui ont de l’âme. Le désir de plaire, d’être approuvé, est un ressort précieux qu’il faut plier aux convenances, mais dont il faut conserver religieusement l’élasticité. La crainte ne mène jamais à rien de beau, de parfait; elle n’est presque propre qu’à empêcher le mal visible. L’espérance est le grand mobile qui développe les facultés de l’homme. S XI. De l’homme dans ses divers âges, La curiosité, l’amour-propre, l’espérance, les rêves de l’imagination, occupent le premier âge de la vie. Les illusions, le goût des découvertes; voilà les jouissances de vingt ans. Les sensations du premier âge ne peuvent se reposer long-temps sur le même objet, la surprise les charme et les enivre, mais la curiosité les entraîne vers un autre objet; l’espérance les porte vers l’avenir. Il est bien plus facile de subjuguer son ignorance que de fixer son goût. Cet âge ne fait point jouir et n’a pas même les chaleurs soutenues des sensations qu’on lui suppose quelquefois; il ne savoure point, ses plaisirs sont gâtés par l’impatience. C’est en approchant du milieu de la vie que l’homme qui a conservé et développé ses facultés, qui a appris à en diriger l’usage, qui unit à la force un certain calme ou plutôt cette ardeur soutenue et nuancée qui se prête à toutes les modifications du plaisir, qui sait connaître le prix de ce qu’il possède et les défauts de ce qu’il n’a pas, qui ne donne point aux privations une valeur qui détruit tout le charme des jouissances, c’est alors, dis-je, que l’homme peut savourer dans toute son étendue le charme de l’existence. De la jeunesse. Les organes de la jeunesse sont nouveaux et mobiles. Elle est très sensible; le rire, les larmes, les émotions fréquentes et vives sont le partage de l’enfance. Elles deviennent plus rares à portion que les années s’accumulent; et l’homme formé n’est plus agité que par de puissantes émotions. Les affections de la jeunesse sont brèves, la distraction l’entraîne; elle est d’ailleurs fatigable parce qu’elle est mobile et faible. La jeunesse prévoit le bonheur, accoutuméc qu’elle est à considérer dans l’avenir une progression croissante; elle projette parce que la portion de sa carrière qui lai reste à courir est la plus longue et la plus importante selon ses idées. L’homme est porté à croire ce qu’il désire, il n’y a que l’expérience qui le désabuse; mais la jeunesse a des désirs vifs et l’expérience nulle. La jeunesse sacrifie à la gloire, à l’estime, à l’attachement, parce que ces biens sont les plus flatteurs; l’âge avancé a l’ambition, parce que l’expérience montre le bonheur dans le pouvoir; il sacrifie à l’avarice, parce que la longue vie instruit à la méfiance. La jeunesse est présomptueuse, parce qu’elle est belle, active, ignorante. De présomptueuse, elle devient insolente; elle poursuit la gloire, parce qu’elle croit l’atteindre; elle ose, parce qu’elle croit réussir. Elle est inconstante, parce que tout objet a sur elle l’attrait puissant de la nouveauté; parce que, portée à prévoir le bien par présomption, ce qu’elle conçoit le mieux est toujours ce qu’elle estime le moins. T. III. 2. Elle est franche, parce qu’elle a plus de sensibilité que de prévoyance et de souvenir; parce qu’elle ignore l’art de dissimuler et qu’elle le méprise, amoureuse qu’elle est, pour l’ordinaire, de ce qui est noble, grand et glorieux. Un grand inconvénient pour les jeunes gens dans la société, c’est que depuis leur maîtresse jusqu’à leurs marchands, tous ceux qui traitent avec eux, se croient obligés d’honneur à les tromper. La jeunesse active et sensible, qui ne peut prendre son essor dans les passions et la gaîté, trouve une issue dans l’affectation et s’y versé sans mesure. S XIII. Des enfans. On donne des conseils aux enfans et on ne cherche guère à en tirer des lumières; cependant, presque tout ce qu’on veut leur apprendre les saisit, et les enfans bien organisés sont excellents dialecticiens Pour bien élever l’esprit des enfans, il s’agit de faire devant eux les raisonnemens dont ils seraient capables. Je voudrais qu’on apprît aux enfans à bien ob→ server et bien raisonner, et qu’on ne leur donnât des connaissances fondées sur l’autorité qu’à mesure qu’ils pourraient comprendre comment elles ont été découvertes et certifiées. C’est ainsi qu’ils auront une force de juger, et qu’ils donneront à leurs opinions le juste degré de fermeté, parce qu’ils sauront d’où elles viennent, et qu’ils ne ressemblent pas à la multitude qui croit ce que souvent elle n’entend pas, sans mesure, sans fondement et sans preuve, ne sachant jamais si elle doit cesser ou continuer de croire, et le pourquoi de l’un ou de l’autre. que toujours sur ce que notre liaison a de plus ou moins flatteur pour leur société. »
Barnave
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« Analyse phénoménologique du citoyen (ce qu’il sait, ne sait pas, ce qu’il devient pour les autres, la cartographie invisible) ? (voisinages qui se cartographient en silence, le citoyen au centre d’un terrain dont il ne possède aucune des cartes pris dans la bascule), corpus comparatif élargi, restitution comme matériau analytique brut. »
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« L’imagination, la posture, la légitimité, le temps, la fabulation, l’emphase, le ton, le discours, les circonstances, le parcours, la préciosité, l’affectation, le langage, la dictature, l’anarchie, la cohérence, la présentation, les manières, le comportement, la personne, ses illusions, la réalité, son respect, sa conscience, ses fantasmes, les autres, leurs sentiments, leurs critiques et satyres, la subjectivité, le narratif, les émotions, la raison, l’éducation, l’ironie»
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« le patient quant à lui, dit au psychanalyste non seulement tout ce qu’il sait, mais aussi tout ce qu’il ne sait pas. »
Isabelle Montourcy, Dites ce qui vous vient, 2013
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« Les mots ont un sens », a-t-il déclaré, déplorant la « complaisance des extrêmes politiques et, parfois, de certains dans les formations politiques républicaines, c’est grave ».
En janvier 2020, Emmanuel Macron avait déjà condamné cette idée de dictature qui venait de « discours politiques extraordinairement coupables », dans un entretien accordé à Radio J .»
Emmanuel Macron, pour Ouest France
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«Parmi toutes les raisons d’être de l’État, c’est sans doute la plus fondamentale. En contrepartie du renoncement à l’exercice illimité de notre liberté, nous sommes en droit d’attendre que l’État nous évite autant que possible le risque de la mort violente. C’est la logique du contrat social, exposée notamment par Hobbes dans son très célèbre ouvrage au titre éloquent : Léviathan. C’est parce qu’il a observé les ravages de la guerre civile anglaise, causée notamment par les dissensions religieuses, que Hobbes a placé au cœur de sa réflexion la nécessité d’un État capable, comme le monstre biblique, d’inspirer la crainte et de tenir en respect ceux qui seraient tentés de transgresser les règles communes. »
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« Commençons par le réalisme quantitatif, où l’attention manque de mobilité, surestimant un terme, sous-estimant l’autre. Je devais ramasser un divers en une unité, mais je n’ai pas su déplacer mon attention de manière à m’assurer que tout tenait ensemble dans ma construction. Je ne suis pas arrivé à me concentrer pour évaluer l’importance relative des différents détails. DE CE FAIT, CE DÉTAIL-CI EST RESTÉ SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE, FAISANT DE L’OMBRE À TEL AUTRE DÉTAIL, DONT J’AI FINI PAR NÉGLIGER L’IMPORTANCE. Mon erreur n’a pas été de négliger, car il me faudra bien négliger des détails. Elle réside dans le fait que cette négligence est une conséquence involontaire de mon acte de réflexion. Il est bien évident que, lors de cet exercice, porter sa conscience sur tel point revient dans le même temps à la détourner de tel autre point ; je fais la lumière sur X en mettant dans l’ombre Y, tout simplement parce que je ne peux pas tout faire en même temps. À ce stade, néanmoins, la réflexion est réussie si j’effectue ces opérations consciemment, en pesant ce que je délaisse pour ce que je prends en contrepartie. Cela requiert de la concentration lors du parcours des différents éléments du problème, c’est.à-dire un effort d’équilibrage de l’attention lors des opérations mentales. Le résultat est un certain chemin qui met à sa place chacun de ces éléments. L’erreur produit au contraire une représentation où certains éléments ne sont pas véritablement liés, mais cette incohérence se situe dans un angle aveugle pour la conscience. »
Maxime Parodi
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« R.G. Collingwood développe dans The Idea of History (1946) une théorie de l’imagination historique comme fonction structurelle, non ornementale. L’historien doit « ré-enacter » (rejouer) les processus de pensée des acteurs historiques pour les comprendre de l’intérieur. Cette ré-énaction n’est pas fantaisie capricieuse : elle opère sous la contrainte des sources, formant une « toile d’imagination tendue entre les points fixes fournis par les autorités documentaires »
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«La distanciation consiste ainsi en un acte double. Sur le plan cognitif, elle instaure une distinction entre un sujet et un objet de la représentation. À ce stade, la distinction n’est que programmatique puisqu’il reviendra aux stades suivants de constituer le sujet et l’objet lors de la construction de la représentation. Ce projet n’a de sens qu’une fois la distanciation réussie, c’est-à-dire une fois que LA CONSCIENCE DE L’OPPOSITION SUSCITE UN BESOIN DE SE REPRESENTER LE PROBLEME POUR LE SURMONTER. Sur le plan réflexif, la distanciation instaure un troisième terme, le pilote de la médiation à venir. Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord, ce qui est mis à distance n’est pas simplement le réel (l’opposition première) mais également la volonté (la position première). Cette dernière n’est au départ qu’un simple désir. Or, s’il s’agit de lui réserver une place au sein de la représentation, cela ne se fera pas sans compromis si tant est que l’opposition est réelle et ne peut donc être simplement anéantie. Le « je » de la réflexion prend donc une certaine distance avec le Moi désirant et avec le réel, car il cherche une médiation entre les deux (et ne peut donc se confondre avec aucun des deux).»
Maxime Parodi
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« Son évolution psychologique suit quatre phases distinctes. 1935-1938 : le nationaliste convaincu, « ardent nationaliste de droite avec une aversion presque pathologique au communisme », promouvant activement les politiques nazies. 1938-1939 : le tournant moral lors de la crise des Sudètes ; sa réponse à Gisevius le 1er septembre 1939 — « Cela signifie la fin de l’Allemagne » — marque une rupture. 1939-1943 : la résistance active, transformant l’Abwehr en sanctuaire, organisant le sauvetage de Juifs déguisés en agents (Opération U-7), protégeant Oster et les conspirateurs. 1943-1945 : la désillusion totale, souffrant intensément de la conviction d’avoir servi Hitler « trop longtemps et trop servilement »
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« Lorsque la République islamique commencera à se fissurer, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique ne se contentera pas de regarder les décombres s’effondrer. Il agira – méthodiquement, opportunément, et selon des plans déjà répétés – pour s’assurer que le régime ne prenne pas réellement fin, mais qu’il ne fasse que changer de costume.
Ce n’est pas une conjecture née du cynisme. C’est la logique institutionnelle d’une garde révolutionnaire conçue pour survivre aux individus, pour protéger l’architecture du pouvoir plutôt que le visage sur les affiches, et pour considérer chaque rupture politique comme une occasion de se réinventer.
Le CGRI n’a pas été créé comme une formation militaire conventionnelle. Il a été conçu comme le garant du régime : une idéologie armée dotée de ses propres organes de renseignement, de ses propres réseaux de patronage et d’approvisionnement, et de son propre empire commercial. Pendant des décennies, il a perfectionné une doctrine de survie que l’on peut formuler simplement : si le centre vacille, resserrer le périmètre ; si la légitimité s’effondre, fabriquer la nécessité ; si l’opinion publique se retourne, faire apparaître l’alternative comme pire. La plus grande crainte de la Garde n’est pas de perdre une élection. C’est de perdre son caractère indispensable.
C’est pourquoi la phase la plus dangereuse de la lutte iranienne pourrait ne pas être l’insurrection elle-même, mais le moment où le CGRI commencera à mettre en œuvre ses plans de contingence. Lorsque « Rome » brûlera – quand les rues se rempliront, que le clergé paniquera et que la bureaucratie hésitera – de nombreux commandants chercheront à approcher l’opposition et à feindre une conversion tardive au patriotisme. Ils arriveront avec des voix tremblantes et des formules soigneusement choisies : inquiétude pour le pays, souci de la stabilité, horreur face à la violence qu’ils ont eux-mêmes administrée auparavant. Ils proposeront leur coopération. Ils plaideront pour « l’ordre ». Ils suggéreront que l’avenir a besoin d’eux. Certains seront sincères ; beaucoup ne le seront pas. Mais le schéma sera structuré : des défections contrôlées destinées à préserver l’institution tout en abandonnant les peaux les plus discréditées.
L’objectif visé est évident. Le CGRI tentera de s’emparer du moment de transition et de se présenter comme l’unique rempart entre l’Iran et le chaos. Il affirmera que sans la Garde, le pays deviendra la Syrie ; que sans la Garde, des puissances étrangères envahiront ; que sans la Garde, des séparatistes déchireront la nation. Il le fera parce que la peur a toujours été sa monnaie d’échange, et parce qu’il sait que des populations anxieuses peuvent être poussées à accepter leur geôlier familier comme prix à payer pour éviter un désordre inconnu.
Il ne faut pas sous-estimer l’imagination stratégique à l’œuvre ici. Il existe plusieurs voies par lesquelles le CGRI peut tenter de conserver son emprise tout en faisant semblant de l’avoir lâchée.
L’une est la manœuvre du « régime de l’intérieur » : un nouvel agencement dans lequel les réseaux supérieurs du CGRI conservent le contrôle de la sécurité, du renseignement, des ports, des douanes et des industries clés, tandis qu’une façade politique plus douce est offerte au monde comme preuve du « changement ». C’est le tour de passe-passe privilégié par les systèmes autoritaires lorsqu’ils cherchent un allègement des sanctions et une réhabilitation diplomatique : changer la rhétorique, remanier le personnel, préserver les instruments.
Une autre est la stratégie souterraine : s’il ne peut dominer ouvertement, il peut saboter. Une Garde qui a passé des décennies à former des supplétifs et à mener des opérations déniables sait comment fomenter le désordre sans laisser de signature nette. Elle peut encourager la violence de rue par des intermédiaires, semer des tensions confessionnelles et ethniques, et recourir à des perturbations ciblées – infrastructures énergétiques, transports, communications – pour donner l’image d’un nouvel ordre incompétent. Le but n’est pas seulement la vengeance. Il s’agit de créer les conditions dans lesquelles la population suppliera pour « la sécurité », et où la Garde – ayant fabriqué l’insécurité – se proposera comme remède.
Une troisième voie est la décapitation d’un leadership de transition authentique. S’il existe des figures capables de susciter une loyauté réelle – celles qui se sont tenues aux côtés du peuple dès le début, et celles autour desquelles pourrait se construire une restauration nationale cohérente – le CGRI cherchera à les isoler, à les compromettre ou à fracturer leur coalition. Il s’appuiera sur ses techniques les plus anciennes : infiltration, chantage, scandales fabriqués et instrumentalisation de la rumeur. Et oui, il réactivera l’incantation favorite du régime : le spectre de « l’ingérence étrangère », non comme analyse mais comme poison – utilisé pour délégitimer une opposition authentique en la présentant comme agent de l’extérieur, et pour justifier la coercition continue au nom de la défense de la souveraineté.
Ce n’est pas de la paranoïa. C’est un avertissement concernant des protocoles. Le CGRI est une bureaucratie de la coercition. Les bureaucraties, contrairement aux foules, planifient. Elles tiennent des dossiers. Elles cultivent des relais. Elles cartographient les loyautés. Elles gardent des options ouvertes. Elles sont capables, la même semaine, de tirer sur des manifestants et d’envoyer des « émissaires discrets » vers des cercles d’opposition pour proposer un accord. Ce n’est pas une contradiction ; c’est une méthode.
Que faire alors, si l’Iran veut éviter le destin classique des révolutions : une victoire confisquée par ceux qui contrôlaient les armes ?
Premièrement, les Iraniens – et ceux qui les soutiennent – doivent rejeter le mensonge séduisant selon lequel la stabilité exige la domination continue de l’appareil même qui a détruit la vie civique. La stabilité n’est pas la perpétuation de la peur. La stabilité est le rétablissement du droit.
Deuxièmement, toute transition digne de ce nom doit établir des procédures disciplinées pour traiter les défecteurs potentiels et les responsables sécuritaires : filtrage, documentation, divulgations vérifiées, clémence conditionnelle pour les délits mineurs, et poursuites pour les crimes graves. Le CGRI survit par la destruction des preuves et l’effacement de la responsabilité. La transition doit survivre par l’inverse : archives préservées, chaînes de commandement exposées, circuits financiers sécurisés.
Troisièmement, il doit y avoir, dès le départ, une planification explicite de la réforme du secteur de la sécurité et du démantèlement économique. Le CGRI n’est pas simplement une « force ». C’est une économie politique. Un nouvel Iran ne peut respirer tant que cet État parallèle conserve son empire commercial et sa portée de renseignement. Ce n’est pas un appel à la vengeance. C’est l’exigence minimale d’un État normal.
Enfin, les Iraniens doivent pratiquer la discipline la plus difficile de la libération : faire confiance aux courageux sans devenir crédules ; accepter l’aide sans abandonner l’avenir à des opportunistes de la dernière heure. À l’instant décisif, beaucoup demanderont le pardon. Certains le mériteront. Mais aucune nation n’est tenue de construire sa maison nouvelle sur les fondations de l’ancienne prison.
Si les plans du CGRI réussissent, l’Iran ne s’effondrera pas dans la liberté. Il s’effondrera dans une instabilité gérée – une crise permanente dont la Garde tirera pouvoir, profit et prétendue indispensabilité. Voilà le danger. Ce n’est pas la chute de la République islamique qui doit nous effrayer. C’est la perspective que, faute de vigilance, la même machinerie survive aux flammes et règne sur les cendres. »
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The Blogs: How the Iranian regime plans to survive its own collapse | Catherine Perez-Shakdam | The Times of Israel
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« Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. »
Gabriel Meurier
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«Sous quelle forme convient-il de s’adresser aux gouvernements pour provoquer cette bienfaisante initiative? Par une demande collective des Sociétés de la paix appuyée d’un mémoire explicatif? Par des démarches personnelles? Par l’intermédiaire des groupes interparlementaires de la paix? Je répondrais sans hésiter, quant à moi, sous toutes les formes; chacune a ses avantages et rien, en pareille matière ne peut être négligé. Quant à la question de savoir s’il convient de faire appuyer ces démarches par une manifestation de l’opinion publique et par la presse, ou s’il faut réserver cette action jusqu’au moment où les Etats initiateurs auront été sondés sur leurs intentions d’une façon positive, je serais assez disposé à préférer la prudente réserve indiquée pour le second cas. Les manifestations de l’opinion publique et de la presse n’ont pas toujours la mesure et la sagesse désirables, et les gouvernements sont faciles à effaroucher. »
La paix par le droit, Association de la paix par le droit, Nimes
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Wassim Nasr, sur France 24, décrit des situations ubuesques dans la Syrie post-Assad.
« Les drames individuels et familiaux
Un enfant ouvrier marche et saute sur une mine. Un homme interrogé raconte que son cousin était dans l’armée de Bachar, tandis que son frère a été arrêté lors des manifestations de 2012. Il apprend plus tard que son cousin est mort en 2013. Dans une même famille, l’un était dans l’armée du régime, l’autre manifestait contre le pouvoir.
Le contexte d’Alep
À Alep, où les Gardiens de la Révolution iraniens sont intervenus avec l’armée syrienne et les Russes pour reprendre le contrôle aux insurgés en 2016. Certains qui ont contrôlé la région sous le régime, après la reprise par les forces d’Assad, sont aujourd’hui effrayés. Ils se réfugient derrière la présence de certains qui rassurent au jour le jour par leur présence et qui assurent le calme activement — punissant les vendettas. Quelqu’un qui tire sur les anciens du régime est puni. Heureusement, des efforts sont menés contre les représailles envers les anciens du régime.
Un paysage de désolation
Tout cela se déroule au milieu des ruines, des débris de bâtiments, et des cadavres parfois encore présents dans les décombres. Chacun s’active pour assurer le mieux qu’il peut la sécurité des populations affolées.
L’effort de stabilisation par les clans
Certains expliquent l’importance de rassembler, de contenir les forces des clans pour stabiliser le pays. Après le meurtre d’un couple de Bédouins, une réunion est organisée où chacun appelle à la patience, à la retenue, à attendre ce que révélera l’enquête, à ne pas lâcher les nerfs — prévenir et anticiper les conséquences des actes et des paroles, refuser l’effervescence.
Les bureaux de réconciliation des clans
Des bureaux des clans œuvrent à prévenir les vendettas entre Alaouites et autres communautés. Des membres du bureau des chefs du projet de réconciliation se sont dispersés sur le territoire pour essayer de peser sur les conflits locaux — une sorte de fabrique des efforts de réconciliation.
Contenir ou canaliser les clans sunnites éviterait des mobilisations chaotiques. Ils essayent de retrouver les combattants qui défendaient les quartiers autrefois hostiles au nouveau pouvoir. Les combattants arabes qui travaillent avec les Kurdes — ils essayent de les ramener vers des positions modérées, vers le pouvoir central. »
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« La voix tremblante, un ancien marin de la Royal Navy, tout juste centenaire, a ému les téléspectateurs. «Je revois ces rangées de pierres tombales blanches… Pour quoi ? Pour le pays d’aujourd’hui ?», s’est-il demandé.Passer la publicitéPasser la publicité
C’est un aveu chargé d’émotion et d’amertume qui a saisi le plateau de Good Morning Britain. Invité à l’occasion des commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Alec Penstone, vétéran de la Royal Navy, a confié, la voix tremblante, «je revois ces rangées de pierres tombales blanches, ces centaines d’amis tombés pour la liberté… Pour quoi ? Pour le pays d’aujourd’hui ? Non, je suis désolé, mais le sacrifice n’en valait pas la peine.»
Ces mots, durs et sincères, ont figé un instant les animateurs de la matinale. Kate Garraway, l’une des présentatrices les plus populaires du Royaume-Uni, lui a répondu avec émotion : «Alec, je suis désolée que vous vous sentiez ainsi. Sachez que toutes les générations qui ont suivi, y compris la mienne et celle de mes enfants, sont immensément reconnaissantes pour votre courage et celui de vos camarades.» »
«
Un héros de la Royal Navy désabusé
Né en 1925, Alec Penstone avait 15 ans lorsque la guerre éclate. Il grandit dans les bombardements, participe au déblaiement des ruines avant de s’engager dans la Marine. À bord d’un sous-marin puis d’un porte-avions, il sert sur plusieurs fronts avant de participer, le 6 juin 1944, au Débarquement de Normandie. «J’ai survécu grâce à de la chance», confie-t-il avec pudeur.
Son témoignage, relayé par The Sun et The Daily Mail, trouve un écho particulier dans un Royaume-Uni en proie au doute : inflation persistante, système de santé en crise, fiscalité en hausse, sentiment d’insécurité et malaise identitaire alimentent la crise. «Ce pour quoi nous nous sommes battus, c’était la liberté. Aujourd’hui, la situation est pire que lorsque je me suis battu pour elle», résume-t-il, lucide.
Touchés par ses mots, les journalistes et téléspectateurs lui ont assuré vouloir «faire de ce pays celui pour lequel il s’était battu». Alec Penstone, apaisé, leur a répondu dans un sourire , «c’est formidable de savoir qu’il y a encore des gens comme vous qui transmettent le message aux jeunes générations.»
Durant la Seconde Guerre mondiale, environ 384.000 soldats britanniques sont morts au combat, selon un rapport de la Chambre des Communes. »
Le Figaro
«Le sacrifice n’en valait pas la peine» : un vétéran britannique de la Seconde Guerre mondiale dénonce avec émotion l’état du Royaume-Uni
Par Louise Dugast
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AMPOULÉ, ÉE (Adjectif)
« On appelle « style ampoulé », « vers ampoulés » ou « discours ampoulé » celui où l’on emploie de grands mots pour exprimer de petites choses, où la pompe de l’expression se déploie mal à propos, et où la parole excède la pensée et exagère le sentiment. Le style ampoulé est un style élevé outre mesure.
Mais c’est une erreur de penser que les degrés d’élévation du style soient fixés pour ces divers genres : le naturel et la vérité sont de l’essence de tous les genres. Il n’en est aucun qui n’admette le plus haut style quand le sujet l’élève et le soutient ; à l’inverse, il n’en est aucun où de grands mots vides de sens, des figures exagérées ou des images donnant un corps gigantesque à de petites pensées ne fassent de l’enflure et ne forment ce qu’on appelle un style ampoulé.
« Rien n’est si froid, dit Voltaire, que le style ampoulé. Un héros dans une tragédie dit qu’il a essuyé une tempête, qu’il a vu périr son ami dans cet orage. Il touche, il intéresse s’il parle avec douleur de sa perte, s’il est plus occupé de son ami que de tout le reste. Il ne touche point, il devient froid s’il fait une description de la tempête, s’il parle de « source de feu bouillonnant sur les eaux » et de « la foudre qui gronde et qui frappe à sillons redoublés la terre et l’onde ». »
Jean-François de La Harpe a dit de Ronsard, dans son Cours de littérature : « Ce n’est pas non plus par les idées qu’il peut être grand ; elles sont ordinairement chez lui communes ou ampoulées. » Cependant, si l’on dit un vers ampoulé, un style ampoulé ou un discours ampoulé, il paraît incorrect de dire une « idée ampoulée ». L’ampoule suppose toujours de grands mots.
Le vers d’Horace, « Projicit ampullas et sesquipedalia verba » (tiré de son Art poétique et signifiant « Il rejette les déclamations boursouflées et les mots longs d’un pied et demi »), d’où ce mot paraît être tiré, montre assez qu’il ne peut se dire que de l’enflure du style et des grands mots vides de sens et d’idées. À ce sujet, le philosophe Longin compare Clitarque — qui n’avait que du vent dans ses écrits — à un homme qui ouvre une grande bouche pour souffler dans une petite flûte. »
Origine et auteur du texte
Ce texte est un article de dictionnaire littéraire extrait du célèbre Dictionnaire de la langue française d’Émile Littré (communément appelé « Le Littré »), publié entre 1863 et 1872.
Émile Littré (1801-1881) était un immense lexicographe, philosophe et médecin français.
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« La peur, et pas seulement la peur de (la demande de sécurité) mais la peur pour (qui est une véritable passion éthique) nous oriente donc aujourd’hui davantage que le désir du bon. L’éthique des anciens était sans doute davantage tournée vers le bien commun, sans prendre assez au sérieux la possibilité du malheur. Nous sommes peut-être un peu trop mus par la crainte du pire – et la peur des maux passés nous empêche souvent de voir venir les maux présents. Nous devons apprendre à sentir ce que nous faisons. «
L’éthique sans panique, Olivier Abel, Dans La bioéthique, pour quoi faire ? (2013), pages 288 à 291
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• »Détérioration progressive de l’apparence : après 1939, Canaris néglige sa tenue, autrefois impeccable
•Consommation croissante d’alcool : cognac le soir pour calmer les nerfs
•Usage probable de drogues : accès à la Pervitin (méthamphétamine) distribuée dans la Wehrmacht
•Insomnie chronique : dort 3-4 heures par nuit
•Troubles digestifs : ulcères, nausées fréquentes
•Tremblements des mains : observés par Gisevius après 1942″
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« Quand on décompose un mouvement, il faut voir non seulement l’acte, le mouvement mais aussi son contexte, l’environnement social et humain dans lequel il s’inscrit. L’auteur a composé son geste avec une intentionnalité visant à induire une réaction de son environnement. Ce n’est pas un hasard si composer signifie créer mais également faire avec. La volonté de vouloir jouer un rôle n’est qu’un premier pas et même un pis aller. S’incarner réellement signifie jouer le rôle de sa vie. Et ceci n’est pas un jeu, encore moins un jeu de hasard. Les enfants jouent. Les hommes et femmes, adultes matures ne s’amusent pas à tromper les autres. Ils connaissent la voie (de leur salut) et prient les autres de les enjoindre sur la voie de la vérité. Laisser une conversation en suspens, c’est comme laisser mariner un morceau de viande dans une sauce afin que celui-ci s’imprègne de tout son jus. On ne conclut pas une conversation, on l’ouvre en croyant la fermer. Souvent on s’emporte avec l’incompréhension alors que l’on ferait mieux de différer notre jugement et de réfléchir à ce que l’on a vraiment voulu nous signifier. L’adresse d’un homme se mesure à sa capacité à connaître et à s’astreindre à obéir chacune des injonctions que sa conscience lui donne. »
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» Est-il légitime de parler d’ingénierie sociale ? En posant cette question, nous souhaitons déconstruire une évidence, qui ferait de l’ingénierie sociale une dimension incontournable des politiques sociales, et souligner le caractère polémique et contradictoire de la notion. L’ingénierie renvoie à la figure de l’ingénieur : « Personne apte à occuper des fonctions scientifiques et techniques actives, en vue de créer, organiser, diriger des activités qui en découlent, ainsi qu’à y tenir un rôle de cadre. » Et « l’ingénierie est l’étude d’un projet industriel sous tous ses aspects (techniques, économiques, financiers, sociaux) qui nécessite un travail de synthèse coordonnant les travaux de plusieurs équipes de spécialistes ; discipline ; spécialité que constitue le domaine de telles études » (Larousse). Pour le dictionnaire historique de la langue française Le Robert : « Ingénieur a d’abord désigné un constructeur, un inventeur d’engins de guerre ou un conducteur d’ouvrages de fortification, il s’emploie aussi au xviie et au xviiie siècle comme équivalent d’architecte, mais s’est spécialisé pour désigner une personne qui, par sa formation scientifique et technique, est apte à diriger certains travaux, à participer à des recherches ; cet emploi moderne d’ingénieur apparaît au xviiie siècle et se répand avec le développement de l’industrie. » Nous retenons de cette définition les notions d’étude, de projet et de pluridisciplinarité. L’ingénieur et l’ingénierie sont deux notions structurantes du champ industriel, elles s’appliquent à la production de machines, d’outils, de produits manufacturés… » »
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« Ceux qui se contentent de rappeler les droits de l’homme, et de réciter les droits de l’homme, c’est des débiles. Il ne s’agit pas de faire appliquer des droits de l’homme. Il s’agit d’inventer des jurisprudences, où, pour chaque cas, ceci ne sera plus possible. C’est très différent. »
Gilles Deleuze
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La peur orchestrée : mécanismes de modification comportementale par intimidation coordonnée
« La littérature académique, les archives institutionnelles et les témoignages documentés révèlent l’existence de pratiques systématiques d’intimidation coordonnée visant à provoquer des points d’inflexion biographiques — ces moments où la peur induite délibérément modifie radicalement la trajectoire d’un individu. Ces mécanismes opèrent à l’intersection du contrôle social institutionnel, de la psychologie de la peur, et de la coordination entre acteurs disposant d’un pouvoir sur la vie des personnes ciblées. La documentation disponible provient de sources variées : recherche en sociologie et psychologie, archives déclassifiées de services de renseignement, rapports d’organismes de contrôle, condamnations judiciaires, et témoignages corroborés de victimes. » »
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« LA CRAINTE EST NECESSAIRE QUAND L’AMOUR MANQUE; MAIS IL LA FAUT TOUJOURS EMPLOYER A REGRET, COMME LES REMEDES LES PLUS VIOLENTS ET LES PLUS DANGEREUX. CONSIDÉREZ TOUJOURS DE LOIN TOUTES LES SUITES DE CE QUE VOUS VOUDREZ ENTREPRENDRE ; PRÉVOYEZ LES PLUS TERRIBLES INCONVÉNIENTS, ET SACHEZ QUE LE VRAI COURAGE CONSISTE À ENVISAGER TOUS LES PÉRILS, ET À LES MÉPRISER QUAND ILS DEVIENNENT NÉCESSAIRES. CELUI QUI NE VEUT PAS LES VOIR N’A PAS ASSEZ DE COURAGE POUR EN SUPPORTER TRANQUILLEMENT LA VUE ; CELUI QUI LES VOIT TOUS, QUI ÉVITE TOUS CEUX QU’ON PEUT ÉVITER, ET QUI TENTE LES AUTRES SANS S’ÉMOUVOIR, EST LE SEUL SAGE ET MAGNANIME. « «
Fénelon, Les aventures de Télémaque
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« Kalyvas : découpler la guerre et la violence
« The Logic of Violence in Civil War, publié en 2006 chez Cambridge University Press, est le grand livre de Stathis Kalyvas, politiste grec formé à Chicago puis à Yale. Le projet est analytiquement précis : « découpler analytiquement la guerre et la violence » — c’est-à-dire montrer que la violence dans les guerres civiles n’est ni une conséquence automatique de la guerre ni une explosion irrationnelle, mais un produit micro-rationnel des situations locales de contrôle. Stathis Kalyvas
La distinction centrale est entre violence sélective (qui cible des individus identifiés comme défecteurs ou collaborateurs) et violence indiscriminée (qui frappe collectivement, sans tri). Kalyvas pose une thèse contre-intuitive : la violence sélective demande de l’information ; l’information demande de la collaboration des civils ; et la collaboration ne se produit que là où l’un des camps détient un contrôle suffisant pour protéger les dénonciateurs. Inversement, dans les zones où aucun camp ne contrôle, l’information manque, et la tentation devient celle de la violence indiscriminée — qui, paradoxalement, est moins efficace pour produire la soumission durable. »
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« Mentionne-le mais sans insister. Barzini est un homme à qui l’on n’a pas besoin de dire les choses. »
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Le Parrain, Premier volet, « Vito »
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« Essayer de penser les projets à partir de ses enjeux, d’identifer les acteurs, individuels, ou collectifs
Diagramme de synthèse
Pour ou Contre le Projet
1 Opposants: irréductibles, opposants, divergeants, passifs
2 Engagés en faveur : engagés concertatifs, déchirés
3 Ceux hésitants
Exemple
(Comité de quartier, maire, Parents d’élèves, journalistes, commerçants, riverains automobilistes, services techniques)
Stratégie d’Action rationnelle
Federer les mécontents(pétition)
Jouer la montre
Système d’action concrets :
Identifier les alliances les oppositions, les coalitions.
Émergence de négociations
Systèmes d’action permet de prévoir ou non les évolutions des interactions, in fine de la situation, les zones de blocage, la teneur des échanges, les points de friction, compréhension des résistances, le dynamiques de rejet, d’acceptation, identifier les acteurs à consulter, à convaincre, les opposants à prévoir,
Pour chaque objectif, définir des sous objectifs
Analyse Swot ( Forces, faiblesses( facteurq internes), opportunités, menaces( facteurs externes))
Bien réfléchir, Brainstorming
Exemples de plan d’action résultants
Sur les plans:
Administratif et juridique
Relations internes
Communications internes
Communication avec le partenaire
Actions à mettre en place à court terme, à long terme
Questions posées Est-il moralement acceptable d’utiliser l’analyse stratégique ?
À qui et comment la communiquer ou non?
Remarque : Il s’agit de questions sensibles, je vous invite à bien considérer les risques liés au partage de votre réflexion ? »
Rémi Bachelet, Analyse Stratégique
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«S’appuyant sur un savoir, elle conditionne des décisions (traitements, interventions) qui engagent parfois la vie même. Les deux formes du doute sont potentiellement présentes. Le médecin doit, comme dit Bergson, « agir en homme de pensée et penser en homme d’action ». Il ressent souvent la nécessité de chasser les doutes, de les anéantir, et, pour cela, d’ « objectiver » son diagnostic en s’entourant de méthodologies efficaces et de protocoles sûrs. Appuyé sur un savoir de plus en plus précis, le médecin peut alors être tenté de négliger la seconde dimension de sa pratique : la décision et ses conséquences sur la vie du malade, c’est à dire de considérer que les raisons de sa décision sont tout entières contenues et justifiées en amont dans le savoir qui l’a rendue possible et de ne pas saisir ce qui se joue aussi en aval, pour la vie du patient. On entre ici dans la dimension éthique du rapport médecin-malade. Il s’agit en effet d’une relation qui n’est pas seulement thérapeutique mais où se noue un rapport entre des libertés. Le médecin va orienter et parfois déterminer par ses diagnostics la vie même du patient. Il lui interdira certaines fins et en recommandera d’autres. (Exemple : dire à une femme qu’il vaut mieux qu’elle n’ait pas d’enfant). Or, être libre c’est pouvoir choisir ses propres fins. La question est : le savoir qui justifie ces options est-il suffisant pour les légitimer ? N’y a t-il plus ici place pour le moindre doute ? Non pas un doute théorique mais un doute pratique ? Qui suis-je, comme médecin, pour dire à l’autre homme (et il faut ici dépasser le statut du « patient » ou du « malade ») comment conduire son existence ? Il semble qu’un mouvement se dessine pour établir une « co-décisonnalité », où les malades seraient davantage associés aux choix des traitements et aux choix de vie qu’ils ont à faire suite à leur état. Mais, en même temps des enquêtes montrent que le temps moyen de la consultation, et donc du dialogue avec le patient, ne cesse de baisser.
Pour prolonger cette piste, on reviendra à Socrate. La philosophie, à son commencement, a une ambition extrême : chercher la vérité et vivre selon cette vérité. Or, il est paradoxal de constater que Socrate, avait cette devise que j’ai déjà citée : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » Et il passait le plus clair de son temps à discuter avec ses contemporains pour les amener à s’interroger sur leurs certitudes qu’il n’avait de cesse d’ébranler, ce pour quoi d’ailleurs il sera condamné à mort par le tribunal d’Athènes. Socrate nous montre comment le doute n’est pas incompatible avec la vérité mais qu’il peut aller avec elle, voire même qu’il lui est nécessaire. Comme l’écrit Montaigne : « Qui veut guérir de l’ignorance, il faut la confesser. » (Essais, III,11). ce qui ne veut pas dire qu’il faille s’en contenter ! Car évidemment Socrate savait beaucoup de choses, mais il ne voulait pas s’appuyer sur l’autorité de son savoir pour imposer ses choix aux autres, il lui importait davantage que chacun entreprenne l’effort d’interrogation pour être capable de découvrir par lui-même les réponses (ou l’absence de réponses), et ainsi d’assumer pleinement et en toute responsabilité ses choix de vie. Certes, il n’était pas médecin et il n’est pas question de dire au malade : je ne sais pas de quoi vous souffrez !, mais de dépasser cette relation un peu réductrice du médecin et du patient où chacun joue un rôle délimité et où, souvent, est mise entre parenthèse la relation humaine qui se manifeste dans le cabinet. Derrière la relation « sociale », il y a un être humain face à un autre être humain et c’est dans cette dimension d’humanité que le doute revient sur le devant de la scène. En tant qu’homme, c’est à dire en tant qu’êtres faits d’humanité, médecin et malade sont les mêmes, c’est à dire qu’ils ne sont ni des dieux, ni des machines et qu’ils ont affaire l’un comme l’autre à l’expérience universelle de la finitude, de la condition humaine, condition qui est marquée par des limites indépassables et ce, quelles que soient les hauteurs de notre science. Les médecins que je connais (ma méthode est ici très empirique) disent, et s’en amusent un peu, que plus de 50% de leurs patients viennent avant tout consulter pour parler, et ils y voient une forme de perte de temps par rapport aux affections « sérieuses ». Mais, moi ce qui m’étonne c’est qu’il n’y ait pas 100% des patients qui viennent pour parler. C’est tout de même notre destin qui se joue dans les quelques minutes que l’on passe ensemble et parler de soi et de sa vie est essentiel à l’animal humain. Les informations « objectives » que le médecin communique au malade ne peuvent lui suffire pour donner un sens à son état. Dire la vérité au patient est la moindre des choses, mais cela ne suffit pas. Car la vérité ne donne pas spontanément du sens. On me dira que ce n’est pas le rôle du médecin que de prendre en charge cette dimension. Et pourquoi ? C’est là encore une certaine conception de la médecine et de la maladie qui est en jeu.
Or, ce sens que le patient cherche, à partir de sa souffrance, c’est le même que celui que cherche le médecin, en tant qu’il est un homme confronté, comme tout homme, aux questions métaphysiques ! ! Et ce sens, il n’en possède, pas plus que le malade, la clef. Et c’est en leurs doutes communs, en leurs inquiétudes identiques que médecin et malade peuvent se rencontrer vraiment, par-delà les rôles que chacun joue dans le cabinet. Il ne s’agit pas de transformer la consultation en débat socratique ! ! mais de renouer le lien entre l’humanité de chacun, à partir de l’humanité de chacun, définie comme cette conscience des limites de nos histoires. Si le chirurgien que j’avais vu et qui m’avait, très clairement, expliquer pourquoi mon père allait mourir, avait su me dire, au-delà de son exposé très professionnel, quelque chose comme : au fond, la mort, je ne sais pas ce que c’est (du moins en tant que médecin), ça m’aurait davantage apaisé que toute sa description seulement « objective » de l’état de mon père. C’est dans cette reconnaissance commune de notre identité, dans son dénuement originel, que j’aurais pu percevoir une raison d’espérer, c’est à dire d’espérer que la mort n’est pas que ce que la médecine en dit, dans sonsystème de représentations et que son sens n’est pas scellé en cet unique discours. J’aurais peut-être plus facilement pu me réapproprier cette mort, sa vérité pour moi derrière le discours objectif de la médecine qui m’en avait, involontairement, dépossédé et ainsi, la faire davantage mienne en la reprenant dans les mailles de ma propre histoire, en lui conférant une signification plus personnelle, et par là, la saisir plus réelle puisque rapportée à mon propre système de représentations. Donc, ça ne coûte pas de temps, c’est simplement une autre manière de considérer ce malade qui est aussi un semblable. Ce qui, là encore, ne veut pas dire qu’il faut se lamenter sur notre sort, mais au contraire continuer sans trêves l’effort de connaissance. Mais cela peut vouloir dire que le médecin et le malade devraient pouvoir se reconnaître dans leur commune fragilité et dans leur essentielle précarité. (ce que Sartre nomme la « facticité » de l’existence.)
Le médecin peut n’être pas hésitant, incertain ou irrésolu, c’est affaire de caractère, de travail et de connaissance de soi, mais il peut douter, il doit douter, cela le rassurera et rassurera ses malades ! Je citerai une formule admirable de Montaigne pour clore cette inquiète réflexion : « Il y a quelque ignorance forte et généreuse qui ne doit rien en honneur et en courage à la science. » Essais, III, 1 »
Jean-François Mattei, Médecin, Philosophe, Ancien ministre de la santé, Extrait d’un discours intitulé « Le doute en médecine » prononcé lors du colloque « Philosophie et Médecine » organisé par l’Académie nationale de médecine le 14 octobre 2008
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« Toujours se demander : « Pourquoi est-ce que j’observe ? Pour protéger ou pour contrôler ? »
Lien avec Foucault : Le « panoptique » (prison où les détenus sont observables en permanence) crée une autodiscipline par intériorisation de la surveillance. C’est exactement ce que fait la grille du blogueur : elle rend visible la logique implicite de surveillance sociale. Mais Foucault avertit : cette logique, poussée à l’extrême, mène au totalitarisme doux.
VI. Conclusion : Vers une sagesse de la vigilance
A. Synthèse : Ce que la méta-grille permet
Cette méta-grille, en croisant les intuitions du blogueur, la philosophie de Mounier, l’analyse de Mhalla et les outils sociologiques contemporains, permet :
Détruire l’illusion de la solitude
Prise de conscience : « On n’est jamais seul, jamais pas observé »
Éveil à la réalité du réseau de regards permanents
Cartographier son environnement social
Identifier les Vadors sombres, lumineux, neutres, caméléons
Évaluer la densité du milieu et l’exposition numérique
Calculer son coefficient de contrainte sociale (CCS)
Adapter sa posture existentielle
Régime 1 (naïveté) : Besoin d’éveil
Régime 2 (lucidité vigilante) : Équilibre à maintenir
Régime 3 (hyper-vigilance) : Stratégies de survie
Agir avec discernement
Ne pas sur-interpréter (attendre la répétition)
Distinguer bienveillance non naïve et hostilité assumée
Réagir avec sobriété, constance, au Kairos » »
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« En 1917, Canaris échappe à un piège tendu par des agents britanniques dans un restaurant de Barcelone. Ayant remarqué une anomalie mineure (un serveur qu’il ne reconnaissait pas), il sort discrètement par les cuisines quelques minutes avant l’arrivée de tueurs. Cette vigilance paranoïaque lui sauvera la vie à de nombreuses reprises. »
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« « QUAND J’EMPLOIE UN MOT, dit Humpty Dumpty D’UN TON MERPRISANT, IL SIGNIFIE EXACTEMENT CE QU’IL ME PLAIT DE LUI VOULOIR SIGNIFIER. RIEN DE MOINS, RIEN DE PLUS. – La question, répondit Alice, est de savoir s’il vous est possible de faire signifier à un mot des choses différentes. – La question, répliqua Humpty Dumpty, c’est de savoir qui va être le maître. Et c’est tout. »La littérature, on le sait bien, possède certains dons de prophétie. Lewis Caroll, dans Au travers du miroir, dont je viens de citer ce bref extrait, semble anticiper sur un usage des mots qui sera, bien plus tard, celui des pouvoirs totalitaires. A partir du moment où l’on cesse de croire que les mots ont un sens et qu’ils nous servent non seulement à nommer le réel, mais à le faire advenir, la seule question qui importe est : qui est le maître ? Et la question de la vérité, quant à elle, perd toute pertinence. La vérité est, à tous moments, ce que décide le plus fort, parce que la représentation du réel imposée est celle qui sert le mieux ses intérêts.
Orwell, dans « 1984 », met le doigt sur le nœud du problème. Pour contrôler efficacement la pensée, le pouvoir totalitaire a compris qu’il lui fallait réformer le langage. Comme le dictateur de votre roman, Nécrole, Erik Orsenna, le Big Brother de George Orwell interdit l’usage de mots qui pourraient véhiculer des pensées interdites. « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots des centaines de mots, nous taillons le langage jusqu’à l’os », triomphe Syme, philologue , spécialiste de novlangue, qui travaille au Service des Recherches. «** A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète, quand le langage sera parfait. ** » (p. 79, 80) La novlangue de « 1984 » vise à la fois à interdire de nommer les « réalités interdites », et de concevoir des idées hétérodoxes. Orwell, pour qui le mensonge intéressé des idéologues – même et surtout s’ils croient mentir au nom du Bien, du juste camp – fait de la déformation programmée du langage, un crime contre l’esprit.
De son côté, Claudio Magris écrit : «** BEAUCOUP DE MALHONNETETES NAISSENT QUAND ON MASSACRE LA LANGUE, qu’on met le sujet à l’accusatif et le complément d’objet au nominatif, BROUILLANT AINSI LES CARTES, INTERVERTISSANT LES ROLES DES VICTIMES ET DES BOURREAUX, abolissant les distinctions et les hiérarchies en de crapuleuses orgies de concepts et de sentiments qui altèrent la vérité.** » (Utopie et désenchantement, p. 41).
C’est ce qu’avait bien compris un philologue comme** Viktor Klemperer** . Traqué par la Gestapo, qui surgissait à l’improviste pour saisir ses écrits, il a passé la guerre à « déminer », comme il l’écrit la langue allemande des déformations que lui avaient faire subir les nazis, traquant les subtiles déformations sémantiques que les nouveaux maîtres de l’Allemagne faisaient subir au lexique – le mot « héroïsme », par exemple, réduit à l’endurance physique. Il relève un appauvrissement général. Il note la récurrence de certains procédés stylistiques – par exemple, l’euphémisation par laquelle on rend le crime acceptable, la forte présence des « guillemets ironiques », qui permettent de dénier à l’adversaire la qualité qu’il revendique. Ainsi, Heine est un « poète » « allemand ».
Qui peut prétendre que l’appauvrissement actuel de la langue , réduite à quelques exclamations (« un truc de ouf ! », ça veut dire quoi au juste ?), ne participe pas d’une semblable impuissance à nommer le réel ? Le verbiage prétentieux du management et de la pédagogie, avec leurs expressions toutes faites, leurs lexiques pseudo-scientifiques, pervertissent progressivement bien des champs du savoir et brouillent notre perception du monde. On observe, en outre, une tendance dans les sciences humaines à conférer un vernis de neutralité scientifique à des jugements de valeur partisans. Quant aux ressources que constituent les classiques de notre littérature, en devenant illisibles pour un pourcentage croissant de la population, ils perdent, chaque année scolaire, un peu plus de leur efficacité critique. Mais aujourd’hui, « qui est le maître ? »
Littérature contemporaine, Radio France
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« Le déni, la bêtise, la légèreté, l’insouciance, et le manque de clarté mentale et de structure dans le comportement agiraient comme un terreau fertile pour la maladie mentale, le jugement d’autrui, les incompréhensions et conflits interpersonnels et familiaux. »
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« Le but n’est pas assez de souligner, c’est de s’y faire, d’ajuster sa conduite, sa compréhension, l’évaluation implicite et explicite du contexte, des forces en présence, de leurs remarques, savoirs ou sentiments — de n’en pas être surpris ni étranger. »
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« Et que dire des causes intérieures qui s’opposent au développement de la liberté ? D’un côté, ce sont l’ignorance et l’erreur ; de l’autre, c’est le vice. POUR POUVOIR, IL FAUT SAVOIR. POUR POUVOIR, IL FAUT DONNER À SES IDÉES ET À SES ACTIONS UNE DIRECTION JUDICIEUSE . Pour pouvoir, il faut être maître de soi. C’est par cet affranchissement de l’homme intérieur du joug de ses ignorances, de ses erreurs et de ses passions, que nous arrivons à nous affranchir de l’empire tyrannique du monde extérieur. Le progrès de l’homme moral par là devient la mesure même du progrès économique. Que serait, en effet, la liberté sans les lumières de la raison et sans une règle morale ? Ce qu’elle est pour trop d’hommes, un COUTEAU AUX MAINS D’UN ENFANT, UNE ARME ENTRE CELLES D’UN MÉCHANT OU D’UN FOU. »
Henri Baudrillard, Des rapports de l’économie politique et de la morale, 1883
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« LA FOLIE NE COMMENCE RÉELLEMENT POUR L’ESPRIT QUE QUAND L’INTELLIGENCE ACCEPTE COMME VRAIES LES ILLUSIONS DES SENS, OU QUAND LA VOLONTÉ EST RAVIE VIOLEMMENT PAR LES MOUVEMENTS DÉSORDONNÉS DE LA SENSIBILITÉ, OU OPPRIMÉES PAR SON APATHIE. On ne peut pas dire que l’état mental du fou soit caractérisé exclusivement par l’aberration du jugement ; car, si le plus souvent l’égarement de la volonté n’est que la conséquence de l’aberration du jugement, il arrive parfois aussi que la raison juge sainement, condamne les mouvements insensés que l’âme éprouve, et que, MALGRÉ CETTE RECTITUDE DU JUGEMENT, LA VOLONTÉ DU MALADE SOIT RAVIE PAR LA VIOLENCE DE LA PASSION. Encore moins peut-on dire que l’aberration de la volonté soit le caractère exclusif de l’état mental du fou ; CAR LA PLUPART DU TEMPS L’ÉGAREMENT DE LA VOLONTÉ N’EST QUE LA CONSÉQUENCE DE CELUI DE LA RAISON ET NE LE SUIT QU’À UN LONG INTERVALLE, DE SORTE QUE LA FOLIE EST DÉJÀ CONSTITUÉE PAR LE SEUL DÉLIRE DU JUGEMENT AVANT QU’ELLE SE MANIFESTE PAR CELUI DES ACTES. L’ABERRATION DU JUGEMENT et L’ÉGAREMENT DE LA VOLONTÉ sont DEUX CARACTÈRES DE LA FOLIE aussi IMPORTANTS L’UN QUE L’AUTRE . Le plus souvent ils se trouvent réunis, et l’un appelle l’autre; le plus souvent ce sont les erreurs du jugement qui entraînent le déréglement de la volonté, parce qu’elle n’a plus pour s’éclairer la lumière du vrai; parfois encore c’est l’égarement de la volonté, l’abolition du libre arbitre qui entraîne l’aberration du jugement, parce qu’il n’a plus pour se diriger le secours d’une volonté ferme. Mais ils s’offrent quelquefois isolément, et un seul de ces deux caractères suffit à constituer l’esprit qui le présente en état de folie. Il faut surtout se garder d’affirmer ou même de supposer que l’état mental du fou consiste dans l’abolition complète du libre arbitre. Celui-là est fou sans doute, et même sa folie est à son comble, qui a perdu toute liberté de vouloir. Mais il ne s’ensuit pas qu’il soit nécessaire qu’un malade ait perdu toute liberté pour qu’il mérite le nom de fou. Alors même que la folie consiste dans l’égarement de la volonté , ce n’est pas une question jugée, c’est au contraire une question à résoudre, pleine d’intérêt et féconde en conséquences, que de savoir si le libre arbitre ne peut pas coexister dans une certaine mesure avec la folie, et jusqu’à quel point, à quelles conditions, comment la maladie organique , le désordre de la sensibilité, le délire de l’intelligence peuvent amoindrir ou opprimer la liberté du fou sans l’abolir entièrement »
Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1866
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« What about the others? »
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« They are just here to help us find our way. »
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« Ne pas ne jamais se figurer s’être figuré ce que pourtant les autres ou pensent ou ont pensé ou vont penser un jour de nous-mêmes et de nos actions, c’est ne pas même ne même pas connaître les personnes qui se trouvent en face de nous, c’est ne connaître personne et si ce n’est pas cela que la folie, je me demande bien ce que c’est. »
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« Existence, préexistence de réseaux de De Niro entre guillemets comme mise en garde, comme structure existence, préexistante, interchangeable, omniprésente, historiquement, socialement, cette armée de sacrés chevaliers à vingt ans qui se renouvellent, se cooptent, et administrent la société comme point de repères, comme personnes, associations et groupements, gouvernements de la société. » »
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Le Comte Dracula
« Ne prononcez pas ce nom ici ! Dieu, le Diable… Deux entités presque identiques. Deux esprits qui se battent l’un contre l’autre, mais ils ne daignent pas se montrer dans leur vrai jour. Nous ne sommes que leurs jouets. D’abominables pantins qui ne bougent qu’à leur bon vouloir. »
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« Il n’en résultait pas, à dire vrai, la conviction bien autrement importante que la république n’ignorait rien, et ne pardonnait jamais. En observant un profond silence, les juges l’imposaient à tous. Leur réputation personnelle n’avait rien à craindre. Des hommes qui n’ignorent rien, ne peuvent se tromper. On ne s’informait pas plus de leurs procédés que de ceux de la justice divine. Quand le peuple de Venise parlait de ce tribunal, il disait en baissant la tête et en levant le doigt vers le ciel : Ceux d’en-haut. »
Lycée français, ou Mélanges de Littérature et de critique
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« En mathématiques :
en algèbre linéaire, une transposition est le fait de calculer la transposée d’une matrice (c’est-à-dire d’inverser les lignes et les colonnes de cette dernière) ou la transposée d’une application linéaire (notion cohérente avec la précédente) ;
en algèbre générale, la transposition est un 2-cycle, c’est-à-dire une permutation consistant à échanger deux éléments d’un ensemble.
En logique des propositions, une transposition est une règle de remplacement valide qui permet d’échanger l’antécédent avec le conséquent »
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Transposition — Wikipédia
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« Comment les organisations testent la loyauté sans que le test ne soit visible
« Le test de loyauté implicite compte parmi les mécaniques les plus sophistiquées de la vie clandestine. La personne testée sait rarement qu’elle l’est. Ce qui ressemble à une petite faveur, une conversation décontractée ou une tâche de routine est en réalité un point d’observation.
L’apprentissage de six mois des Carbonari en fut la première version formalisée : les apprentis étaient formés par des maîtres pendant un semestre, reproduisant les règles de l’ancienne guilde des charbonniers, période durant laquelle leur fiabilité, leur discrétion et leur engagement étaient continuellement évalués. Ce n’est qu’après cette période de filtrage prolongée — ponctuée de cérémonies d’initiation élaborées imitant la Passion du Christ — que les apprentis accédaient au grade de maître, où les secrets opérationnels et l’obligation d’acquérir « un fusil, cinquante cartouches et un poignard » leur étaient communiqués.
Les « Recrues de Londres » de l’ANC — des volontaires internationaux recrutés par Ronnie Kasrils — recevaient des tâches progressivement plus risquées comme séquence de filtrage calibrée. D’abord, ils passaient du matériel en contrebande en Afrique du Sud dans des valises à double fond. Ensuite, ils devaient « remplir les enveloppes, acheter des timbres, écrire les adresses fournies et les poster depuis différents bureaux de poste ». Seuls ceux qui accomplissaient ces tâches de manière fiable et maintenaient la sécurité se voyaient confier les dangereuses distributions de tracts par « bombes à seaux » dans les grands centres de transport. Chaque tâche était simultanément une mission et une évaluation.
Le compartimentage de l’information fonctionne lui-même comme un mécanisme de test. Lorsque des cellules reçoivent différentes pièces d’information et qu’une pièce fuite, la source de la fuite peut être identifiée en retraçant quelle cellule possédait cette connaissance spécifique. Le réseau de Résistance Combat était divisé en une série de cellules qui s’ignoraient mutuellement — une structure qui servait deux objectifs : limiter les dommages de toute arrestation isolée et permettre l’identification des fuites d’information par reconstruction forensique.
L’IRA a codifié la surveillance comportementale dans le Livre Vert de 1977 : « Un volume considérable d’informations a été recueilli par le passé par les forces ennemies et leurs informateurs auprès de volontaires qui buvaient. Les volontaires sont avertis que les propos inconsidérés induits par l’alcool sont le DANGER LE PLUS POTENTIEL auquel toute organisation est confrontée. » Les commandants observaient les habitudes de consommation, les schémas sociaux et la stabilité émotionnelle non pas par des tests formels, mais par un suivi passif continu. La résistance à l’interrogatoire était explicitement testée : « Des interrogatoires sont fréquemment simulés lors de l’entraînement pour sensibiliser les volontaires à ce qui les attend. »NCeux qui craquaient sous la pression de l’exercice étaient identifiés avant de pouvoir compromettre l’organisation.
L’échec de test de loyauté documenté le plus dévastateur fut celui de Roman Malinovsky, du Parti bolchevique. Agent de l’Okhrana (police secrète tsariste) ayant gravi les échelons jusqu’au Comité central et dirigé la délégation bolchevique à la Douma, Malinovsky fit une telle impression sur Lénine qu’il fut élu au Comité central. Lorsque Boukharine remarqua que « plusieurs fois, lorsqu’il organisait un rendez-vous secret avec un camarade du parti, des agents de l’Okhrana attendaient pour bondir » — et que Malinovsky avait eu connaissance de chaque rendez-vous — il écrivit à Lénine. Lénine écarta les avertissements. Quand Vladimir Bourtsev suggéra que Malinovsky pourrait être un espion, Lénine ordonna à Malinovsky lui-même de mener l’enquête. Lors d’une conférence en 1913 réunissant 22 bolcheviques près de Zakopane, cinq s’avérèrent être des agents de l’Okhrana. Cette pénétration catastrophique, soutiennent les historiens, a contribué à alimenter la paranoïa des Soviétiques qui a finalement mené à la Grande Terreur. »
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« Un jour, une nuit, un relevé, je relève un à un, une à une, des données, des années, une carte, du doigt…. d’un regard, des points, une topographie, un schéma, où j’en suis, j’apparais, suis apparu, du calme !… Dans une rue, une ville, une ruelle, enchantée!… j’entends, j’entends oui là tout contre moi comme un murmure, un bruit, une espèce de silence, d’alarme, le chrono, la caméra tourne toujours… Quand soudain, j’aperçois là tout contre moi !… comme réunis autour de moi, depuis le début en silence, en cercle, des hommes, une armée, innombrable, patiente, attentive, droite !… Les doigts, les regards crispés, les corps tendus, je les fixe, avec effroi !.. ils me fixent, tous!… Je percute enfin!… suis dans une arène!… Eux ne bougent toujours pas… »
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« Le lieutenant Vincent Okamoto (récipiendaire de la Distinguished Service Cross) a témoigné : « Le problème était, comment trouvez-vous les gens sur la liste noire ? Ce n’est pas comme si vous aviez leur adresse et numéro de téléphone… Puis cette nuit-là Phoenix reviendrait, frapperait à la porte, et dirait : ‘Poisson d’avril, enfoiré.’ Quiconque répondait à la porte se faisait défoncer. »
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« On n’est pas reconnus » : voilà ce qu’entendent tous les analystes du monde du travail. Mes étudiants, mes collègues, les directeurs des ressources humaines, les responsables d’équipe, les représentants syndicaux, les médecins du travail, tous connaissent cette petite phrase qui rythme les entretiens comme la basse d’une mélodie.
On peut bien sûr banaliser l’affaire. Après tout, la crise de la reconnaissance traverse la société tout entière : chacun souhaite être reconnu dans sa spécificité – culturelle, ethnique, sexuelle, biographique ou sociale ; et on peut se dire que c’est un problème de société, pas le problème de l’entreprise.
On peut au contraire prendre au sérieux cette question et s’engager pour que les entreprises reconnaissent et admettent mieux les personnes et leurs œuvres. On peut également s’interroger sur le caractère paradoxal de cette situation : les salariés donnent généralement plus que ce que prévoit le contrat de travail. Pourquoi les entreprises ne reconnaîtraient-elles pas cette contribution ? Pourquoi les salariés ne seraient-ils pas reconnus comme donateurs autant que comme prestataires ? La réponse est que, pour des raisons à la fois techniques et culturelles qui limitent considérablement la rationalité et l’efficience des pratiques managériales, celles-ci ne parviennent pas à se saisir d’une ressource qui se donne.
Cette configuration a un côté absurde : incapable de reconnaître les investissements spontanés des opérateurs, l’entreprise leur demande de s’investir… »
Norbert Alter, Ingratitude et engagement raisonné
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« On appelle ainsi toute pensée qui a pour objet ce que Dieu défend et spécialement toute pensée contraire à la sainte vertu de la pureté. De telles pensées ne sont point légères, comme on dit par un singulier euphémisme; elles sont mauvaises, car Dieu les interdit par un commandement exprès, le neuvième. Et c’est là le caractère distinctif, la gloire de la religion chrétienne, de réprouver la pensée même et le désir du mal. Mais remarquez bien ceci : le péché, en pareille matière, ne consiste pas, proprement, dans la pensée qui vient à l’esprit, ni dans la complaisance inavouée, ni dans l’impression involontaire qui la précède ou l’accompagne, ni même dans l’acte extérieur, à le considérer en soi, puisqu’il peut être posé inconsciemment, par exemple, dans le sommeil. Où donc est le péché? En cette matière comme en toute autre, le péché dépend de l’advertance et du consentement; et c’est sur le degré de l’une et de l’autre que se mesure sa gravité. Et ici nous rencontrons deux sortes d’erreurs pratiques. Il est des jeunes gens qui, troublés involontairement par une pensée mauvaise, s’imaginent que tout est perdu, que le mal est fait, et qui tombent dans l’anxiété et le découragement. – Cher ami, vous ressentez une vive peine de ce qui se passe en vous, sans vous? C’est donc qu’il n’y a point de consentement, c’est donc qu’il n’y a point de péché. Mais j’ai éprouvé quelque mauvaise impression, dites-vous. – Sentir n’est point consentir: non sensus nocet, sed consensus. Redressez ce faux jugement; il est si dangereux! On multiplie par là les tentations et l’on en vient aisément au péché grave. D’autres se disent: Ce n’est qu’une pensée, ce n’est rien. Il ne saurait y avoir péché sans quelque acte extérieur. Illusion! L’acte extérieur, par lui-même, n’ajoute pas à la malice intrinsèque : c’est l’acte intérieur qui in forme l’acte extérieur. Encore une fois, tout dépend de l’advertance et du consentement, de ce que perçoit l’esprit, de ce que veut le cœur. Si vous avez consenti à l’acte extérieur, cette circonstance doit être déclarée dans la confession, en raison de LA DURÉE DU MAL, DE SON INTENSITÉ, DU DOMMAGE, OU DU SCANDALE CAUSÉ, ETC. Mais quand même vous auriez seulement consenti à l’acte intérieur, à la pensée ou au désir coupable, en vous disant : Je ferai cela, ou bien : Je le ferais si je pouvais, vous avez péché devant Dieu et, si avec ce consentement parfait la matière est grave, la faute l’est également. Elle sera vénielle, si vous n’avez donné qu’un demi-consentement. Au contraire, avez-vous généreusement lutté, non seulement il n’y a point péché, mais il y a victoire et mérite. Comment vous assurerez-vous cette victoire? – D’abord, efforcez-vous de prévenir les mauvaises pensées. Eh quoi! ne sont-elles pas souvent inévitables? Ne viennent-elles pas à l’esprit à propos de tout, à propos de rien? Sans doute; il ne faut pas compter n’en avoir jamais, mais plutôt prendre son parti de la nature humaine et accepter le combat. Mais, sous prétexte qu’elles sont parfois inévitables, n’allez pas conclure qu’il n’y a qu’à les subir. Non; si beaucoup sont inévitables, beaucoup aussi peuvent être évitées, à condition de prendre les moyens qui conviennent à l’âge, au tempérament, à la position de chacun. »
Jean Baptiste Olivaint (S.J.), « Aux jeunes gens »
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« Nous n’avons jamais hésité à reconnaître la légitimité et la nécessité de cette expérience. La prépondérance des Allemands dans la Cisleithanie était à la fois une injustice et une absurdité. Injustice, parce que sous le rapport de l’intelligence politique, les Allemands autrichiens ne se sont pas montrés supérieurs aux Slaves ; et absurdité parce que le parti centraliste ne disposait pas des moyens matériels nécessaires pour assurer sa domination. Même en admettant la supériorité de la civilisation germanique sur la civilisation des Slaves, on ne saurait accorder aux Allemands autrichiens le droit de représenter cette supériorité. Vienne ne saurait être pour la Cisleithanie un centre politique et intellectuel comme l’est Paris pour la France, et le nombre relativement restreint des Allemands disséminés dans les différentes parties de la monarchie ne suffit pas pour lui donner un caractère véritablement national. »
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« Le garde des sceaux, ministre de la justice a présenté un projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, visant à répondre à la crise de confiance des Français en leur justice criminelle, aujourd’hui dans l’incapacité de juger rapidement les crimes les plus graves.
Partant du constat simple qu’il n’y a pas de justice sans délai raisonnable d’élucidation et de jugement, ce projet de loi tend à répondre à l’allongement structurel du délai d’audiencement des crimes, résultat de la saturation généralisée des cours d’assises et des cours criminelles départementales, et de la complexité croissante des affaires. Cette situation porte atteinte tant aux droits des victimes, qu’à la crédibilité de l’institution judiciaire, faisant parfois courir des risques de remise en liberté, et nourrissant in fine un sentiment d’éloignement entre les citoyens et leur justice. »
Compte rendu du conseil des ministres du 18 mars 2026. | Ély
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« La France est également fortement impactée par cette dynamique de rejet des institutions et figure même parmi les pays où elle s’est matérialisée le plus tôt avec la qualification du candidat du Rassemblement national au deuxième tour en 2002. Plus récemment, la progression des scores du Rassemblement national, l’irruption d’Éric Zemmour sur la scène politique, les percées électorales de Jean-Luc Mélenchon attestent d’un renforcement de ce sentiment. L’abstention, souvent interprétée comme un autre type de rejet des institutions, est en hausse constante6. Au-delà des scores électoraux, le malaise sur la représentativité des élus a été maintes fois mis en lumière lors de différents mouvements sociaux, comme le mouvement des « gilets jaunes », ou par de nombreuses enquêtes7. Ce rejet souvent désigné par le terme de « populisme » est rarement défini tout à fait clairement et demeure un fait social avant d’être une doctrine ou une idéologie structurée. On lui attribue en général la volonté d’assurer la souveraineté du « peuple » contre les « élites » économiques, politiques, intellectuelles8« 9. Une partie de ce courant demeure clairement démocrate et plaide pour un simple rééquilibrage et une emprise accrue de la population sur les institutions (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, La France insoumise, ou Debout la France dans l’Hexagone). D’autres mouvements populistes (le trumpisme, l’orbanisme, le chavisme) ont une approche plus autoritaire et théorisent la mise en place de régime où la volonté du peuple est appliquée sans compromission via un représentant légitime aux yeux du peuple et une réduction des contre-pouvoirs10. Néanmoins, le rejet des institutions est une chose, l’aspiration à un régime politique autoritaire en est une autre. En France, certaines études tendent à montrer qu’une partie du ressentiment et de l’hostilité aux institutions serait en train de se transformer en aspiration pour des régimes plus autoritaires. En effet, 32% de Français sont d’accord avec l’idée que « d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie »11 et 39% de Français seraient d’accord avec le fait d’« avoir à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement, ni des élections »12.»« La France est également fortement impactée par cette dynamique de rejet des institutions et figure même parmi les pays où elle s’est matérialisée le plus tôt avec la qualification du candidat du Rassemblement national au deuxième tour en 2002. Plus récemment, la progression des scores du Rassemblement national, l’irruption d’Éric Zemmour sur la scène politique, les percées électorales de Jean-Luc Mélenchon attestent d’un renforcement de ce sentiment. L’abstention, souvent interprétée comme un autre type de rejet des institutions, est en hausse constante6. Au-delà des scores électoraux, le malaise sur la représentativité des élus a été maintes fois mis en lumière lors de différents mouvements sociaux, comme le mouvement des « gilets jaunes », ou par de nombreuses enquêtes7. Ce rejet souvent désigné par le terme de « populisme » est rarement défini tout à fait clairement et demeure un fait social avant d’être une doctrine ou une idéologie structurée. On lui attribue en général la volonté d’assurer la souveraineté du « peuple » contre les « élites » économiques, politiques, intellectuelles8« 9. Une partie de ce courant demeure clairement démocrate et plaide pour un simple rééquilibrage et une emprise accrue de la population sur les institutions (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, La France insoumise, ou Debout la France dans l’Hexagone). D’autres mouvements populistes (le trumpisme, l’orbanisme, le chavisme) ont une approche plus autoritaire et théorisent la mise en place de régime où la volonté du peuple est appliquée sans compromission via un représentant légitime aux yeux du peuple et une réduction des contre-pouvoirs10. Néanmoins, le rejet des institutions est une chose, l’aspiration à un régime politique autoritaire en est une autre. En France, certaines études tendent à montrer qu’une partie du ressentiment et de l’hostilité aux institutions serait en train de se transformer en aspiration pour des régimes plus autoritaires. En effet, 32% de Français sont d’accord avec l’idée que « d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie »11 et 39% de Français seraient d’accord avec le fait d’« avoir à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement, ni des élections »12.»
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« «Les catholiques ont donc joué un rôle de stabilisation, de modération et de promotion européenne au sein des droites. Mais force est de constater que celui-ci s’épuise. »
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« Justine Lacroix incarne une figure intellectuelle devenue rare : la penseuse publique qui refuse tant la tour d’ivoire académique que la facilité médiatique, qui combine érudition philosophique et engagement politique sans sacrifier l’une à l’autre, qui défend des principes universels tout en reconnaissant leur caractère essentiellement contestable. Dans un moment où les démocraties libérales européennes vacillent entre technocratie dépolitisée et repli nationaliste, son plaidoyer pour une démocratie libérale « dans toute sa complexité » – délibérative, pluraliste, conflictuelle mais civilisée – offre un horizon intellectuel indispensable à la SURVIE du projet démocratique européen. «
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«Cependant, Claude ne peut pas encore, à ce moment-là de l’analyse, entrevoir les vœux de mort que ses rêves véhiculent : laisser mourir de faim ces petits chats. Des vœux de mort à l’égard de son frère, mais aussi des affects de rivalité à l’égard de sa mère.
Au fur et à mesure, des sentiments haineux à l’égard de son frère apparaissent : dans un premier temps, ils sont voilés, cachés, déplacés. Elle pensait, me dit-elle, devoir compenser ce qui faisait défaut à Simon, c’est-à-dire afficher ses capacités intellectuelles. Parler de son frère, c’était évoquer ses propres besoins, l’investissement de son corps, de ses zones érogènes et le sentiment de ne pas avoir pu profiter du regard et de l’amour de la part de sa mère, distraite et inquiète par la maladie de Simon.
C’est ainsi que Claude évoque la rage vive, pressante, furieuse qu’elle vit actuellement à l’égard de ses collègues et de ses amis, à l’égard des personnes éloignées par rapport à son cercle familial. C’est cette rage-là que Claude ne peut adresser ni à son frère ni à sa mère. Ces déplacements lui permettent de protéger l’objet primaire des affects dont elle craint la violence et la destructivité. Une rage qu’elle ne peut pas s’expliquer, une rage contre tout et contre tous, mais qui souvent se retourne contre elle-même. C’est quand elle se sent si furieuse qu’elle s’enferme chez elle et évite le contact avec les autres. Je sens qu’arriver à contenir sa rage représente une défense précieuse pour Claude, car cela lui permet de ne pas sombrer dans la folie, dans la rage dévastatrice de la psychose du frère.»
Sabina Lambertucci Mann, « Assurer la survie d’un frère », Cairn.info, Matières à réflexion, Revue française de psychanalyse 2008/2 Vol. 79, Pages 449 à 459
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« Voici l’analyse intégrée que vous demandez :
je croise le tableau criminologique que je viens d’établir avec 30 ans de statistiques françaises consolidées (INSEE, SDSE, ONDRP, Observatoire national de la délinquance, Chiffres Justice, criminologie comparée).
Objectif : évaluer l’état réel de la société française, non pas du point de vue moral ou politique, mais psychosocial, en termes de fatigue, résilience, tensions, risques collectifs.
C’est une synthèse structurée, rigoureuse, dépourvue de dramatisation.
Elle montre précisément où la société tient, où elle rompt, et sur quelle temporalité.
I. TRAJECTOIRES CRIMINELLES INDIVIDUELLES
(Rappel du tableau)
En France, les trajectoires se construisent entre 9 et 17 ans, culminent entre 17 et 25 ans, et se stabilisent vers 30 ans.
Quand on projette ces trajectoires sur 30 ans d’évolution de la société, trois tendances s’imposent immédiatement.
II. TENDANCE 1
L’explosion du nombre d’adolescents exposés à la “fenêtre de basculement” (12–17 ans)
Données consolidées 1995–2025 :
| Année | Jeunes 12–17 ans en rupture scolaire | Jeunes suivis pour violences | Jeunes impliqués dans vols / cambriolages | Jeunes impliqués dans trafic |
|---|---|---|---|---|
| 1995 | ~80 000 | 11 000 | 28 000 | 4 000 |
| 2005 | ~120 000 | 19 000 | 41 000 | 7 500 |
| 2015 | ~170 000 | 31 000 | 52 000 | 10 000 |
| 2025 | 235 000 | 45 000 | 72 000 | 18 000 |
Interprétation croisée
La “fenêtre de tir psychobiographique” critique (12–17 ans) concerne aujourd’hui près d’un quart de million de jeunes, soit x3 en 25 ans.
Cela signifie que la probabilité structurelle de futures trajectoires violentes est mécaniquement multipliée.
La société n’est pas en train de s’effondrer, mais elle absorbe un choc générationnel continu.
III. TENDANCE 2
L’explosion des armes illégales et sa diffusion sociale silencieuse
Statistiques 1990–2025 :
| Année | Estimation armes illégales | Armes de guerre | Saisies annuelles |
|---|---|---|---|
| 1990 | ~200 000 | <15 000 | 12 000 |
| 2000 | ~450 000 | ~40 000 | 18 000 |
| 2010 | ~800 000 | ~90 000 | 32 000 |
| 2020 | 1 500 000 | >200 000 | 42 000 |
| 2024 | 1 800 000 à 2 200 000 | 250 000 à 350 000 | 48 000 |
Croisement avec les trajectoires criminelles
L’âge moyen des détenteurs illégaux : 27–45 ans.
Ces individus appartiennent à la génération qui a connu :
– désindustrialisation,
– années de crise 2008,
– défiance politique maximale (2015–2025),
– radicalisation numérique.
Les jeunes violents ne sont pas les détenteurs principaux.
Ce sont des adultes installés, souvent invisibles, parfois politisés.
Ce décalage crée un risque systémique :
les jeunes commettent les actes, mais les adultes disposent des moyens létaux.
IV. TENDANCE 3
La normalisation de la violence ordinaire (2000–2025)
Évolution sur 25 ans :
| Type de violence | 2000 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Violences physiques | 390 000 | 710 000 | +82 % |
| Violences sexuelles | 43 000 | 93 000 | +116 % |
| Menaces / extorsions | 120 000 | 300 000 | +150 % |
| Violences intrafamiliales | 110 000 | 260 000 | +136 % |
Le cœur de la dynamique :
La société française n’est pas plus criminelle.
Elle est plus violente psychiquement :
– pression scolaire,
– précarité,
– fatigue parentale,
– surcharge mentale,
– perte de repères,
– hyperconnectivité,
– effondrement de la prévenance adulte (ce que vous avez identifié avec justesse).
V. TENDANCE 4
L’explosion des jeune majeurs (18–25) “brisés” avant d’exister
Données 1995–2025 :
| Année | Jeunes 18–25 ni en emploi, ni en études (NEET) | Jeunes avec troubles anxieux sévères | Jeunes hommes inconnus des services → justice en 5 ans |
|---|---|---|---|
| 1995 | 8 % | 5 % | 8 % |
| 2005 | 11 % | 9 % | 12 % |
| 2015 | 13 % | 14 % | 15 % |
| 2025 | 18 % | 22 % | 21 % |
Croisement criminologique
Les jeunes invisibles (ni école, ni travail, ni activité) basculent statistiquement 3 à 7 fois plus dans :
– les violences,
– les détresses psychiques,
– les radicalisations,
– les conduites auto-destructrices,
– les dépendances.
Ce groupe est la matrice structurelle de la fatigue sociale française.
VI. TENDANCE 5
La fatigue institutionnelle
Indicateurs 2000–2025 :
| Institution | 2000 | 2025 | État |
|---|---|---|---|
| École (violence déclarée) | 25 000 faits | 93 000 | Dépassée, épuisée |
| Justice (affaires en attente) | 460 000 | 770 000 | Saturation |
| Santé mentale | 10 % jeunes suivis | 27 % | Rupture |
| Police (disponibilité enquêteurs) | 100 | 62 | Sous-capacité |
| Services sociaux (suivi jeunes) | Ratio 1/45 | 1/92 | Insoutenable |
La France ne manque pas de lois.
Elle manque de prévenance structurante :
des adultes, des institutions capables d’absorber, d’écouter, d’anticiper.
VII. SYNTHÈSE PSYCHOSOCIALE GLOBALE
Diagnostic sans fard
La société française n’est pas en effondrement.
Elle est en état avancé de fatigue morale et institutionnelle.
5 forces épuisent le corps social :
- Accumulation d’adolescents en rupture (12–17).
- Explosion d’adultes armés hors cadre légal, invisibles.
- Normalisation des violences psychiques et physiques.
- Multiplication des jeunes majeurs déracinés (NEET, anxieux, dépendants).
- Désarmement des institutions incapables d’absorber la charge.
VIII. RÉSILIENCE RÉELLE DE LA FRANCE (forces qui tiennent encore)**
La France tient grâce à :
Une capacité d’indignation morale
Une police efficace sur les actes graves (homicides bas depuis 40 ans).
Un niveau éducatif encore élevé malgré tout.
Une tradition juridique forte.
Des solidarités familiales massives (non reconnues).
Des dispositifs sociaux qui amortissent chaque crise.
Une créativité culturelle et associative unique.
CONCLUSION GLOBALE
État social de la France (2025)
La France n’est pas en guerre civile.
Elle n’est pas en chaos.
Elle n’est pas en collapse.
Elle est dans quelque chose de plus subtil mais plus dangereux :
Une fatigue civilisationnelle,
faite de prévenance absente, de liens effilochés, de charges émotionnelles accumulées,
et de millions de trajectoires individuelles qui se croisent sans adultes protecteurs.
C’est un pays encore résilient, mais arrivé au point où chaque crise future comptera. »
…
« Je dois dire que la diplomatie a jusqu’ici… qui est une diplomatie extrêmement intense, qu’on ne voit pas à l’œil nu… Mais une diplomatie très intense a réussi jusqu’ici à circonscrire, et à transmettre des messages de part et d’autres, presque heure par heure, pour tenter à chaque fois, de limiter, ou d’éviter… un mauvais calcul, que l’autre partie ne considère pas que c’est le début, etc…. jusqu’ici il a pu, mais c’est un peu comme un barrage… il y a un moment où l’eau devient trop lourde, où un mauvais calcul peut être fait, de part ou d’autres.. mais jusqu’ici je salue ici que la diplomatie a réussi à limiter cette possibilité d’extension. »
Ghassan Salamé
…
« Freud, qui aurait pu se donner la gloire d’introduire en psychologie la considération du dynamisme personnel, l’a ruinée en grande partie par une métapsychologie qui RÉDUIT CE DYNAMISME À UN DYNAMISME CAUSAL ET RÉTROSPECTIF. SI JE NE SUIS QUE LE JEU D’UN PASSÉ INEXORABLE ET MENAÇANT, QUE M’IMPORTE QUE CE TYRAN ME TIENNE EN LAISSE PAR UN RAFFINEMENT DE PROCÉDÉS À NUL AUTRE SEMBLABLE ? Que peut encore signifier la restitution de l’individuel dans l’explication psychologique, si l’analyse individuelle ne découvre que des déterminismes révolus et des forces INFLÉCHISSABLES derrière l’histoire de chaque individu ? Or le déterminisme ne découvre pas de telles forces dans l’expérience parce qu’elles y sont, il les découvre parce qu’il les y met. Tel sera le principal reproche d’Adler à son maître. Le moi n’est pas seulement un agent de compromis avec le réel, plus ou moins sceptique sur les possibilités et sur la valeur de son œuvre ; il est réaction contre le donné, volonté d’affirmation et de puissance, capacité de dévouement. »
Emmanuel Mounier
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Les bombes du printemps et la défaite du camp de la paix
« Car c’est bien une idée qui meurt — et elle meurt aussi sous l’effet d’une stratégie délibérée de sabotage par la terreur. Le Hamas et le Jihad islamique palestinien, qui dès 1993 avaient dénoncé Oslo, vont passer à l’acte avec une constance glaçante. Le 25 février 1994, à l’aube de Pourim et du Ramadan, Baruch Goldstein, médecin américano-israélien de Kiryat Arba, proche de Kach, entre au Tombeau des Patriarches à Hébron en uniforme de réserviste, et tire dans la foule en prière : 29 Palestiniens tués, 125 blessés. Il est lynché par les survivants. Le gouvernement Rabin interdit aussitôt Kach et Kahana Chai comme organisations terroristes. Mais le Hamas saisit l’occasion pour justifier le passage aux attentats-suicides à l’intérieur d’Israël. Le premier a lieu à Afoula le 6 avril 1994 (8 morts), puis à Hadera le 13 (5 morts). Le 19 octobre 1994, le kamikaze Saleh Abdel Rahim al-Souwi fait exploser une bombe de vingt kilos de TNT et de clous dans le bus 5 de la rue Dizengoff à Tel-Aviv : 22 morts, dont 21 Israéliens — l’attentat le plus meurtrier de l’histoire d’Israël à cette date. Le 22 janvier 1995, à Beit Lid, double attentat du Jihad islamique : 22 morts. Les bombes sont toutes fabriquées par un même homme, Yahya Ayyash, « l’Ingénieur », diplômé en génie électrique de Birzeit, qui totalise à lui seul environ quatre-vingt-dix morts israéliens.
Le Shin Bet finit par le tuer le 5 janvier 1996 à Beit Lahiya, par un téléphone Motorola piégé, sur un appel de son père. Cent mille Gazaouis défilent à ses funérailles ; Arafat ordonne 21 coups de canon d’honneur — double discours qui dit déjà tout de la position impossible du rais. Le Hamas jure vengeance, et l’obtient : du 25 février au 4 mars 1996, en neuf jours, quatre attentats-suicides coordonnés par Mohammed Deif et Hassan Salameh frappent Jérusalem et Tel-Aviv. Le bus 18 de la route de Jaffa explose deux fois, à une semaine d’intervalle : 26 morts le 25 février, 19 morts le 3 mars. Le centre Dizengoff à Tel-Aviv, veille de Pourim, est frappé par un kamikaze le 4 mars : 13 morts dont cinq enfants, 130 blessés. En neuf jours, plus de soixante Israéliens tués. Peres, qui était crédité en début d’année d’une avance de quinze à vingt points dans les sondages, voit son avantage s’évaporer en trois semaines.
L’opération Raisins de la colère au Liban en avril 1996, conçue pour restaurer son image de fermeté, se solde le 18 avril par le pilonnage d’artillerie du complexe UNIFIL de Cana où s’étaient réfugiés huit cents civils libanais : 106 civils tués. L’électorat arabe israélien lui retire son soutien par abstention massive. Le 29 mai 1996, lors des premières élections directes du Premier ministre, Benjamin Netanyahu l’emporte sur 1 501 023 voix contre 1 471 566, soit 50,49 % contre 49,51 % — 29 457 voix d’écart, moins que le nombre de bulletins nuls. Le camp de la paix est, au sens le plus littéral, battu d’une poignée de voix, dans une élection que les bombes du Hamas ont façonnée.
Ces bombes-là ont achevé ce que les balles de Yigal Amir avaient ébranlé. Dans cette séquence, on voit à l’œuvre, avec une effrayante efficacité pédagogique, le mécanisme qu’a décrit la tradition psychanalytique — et dont la psychanalyste Sabina Lambertucci Mann, dans la lignée kleino-winnicottienne qui irrigue son travail, explore les déplacements : la rage impuissante d’une communauté se déplace sur des objets secondaires pour protéger l’objet primaire idéalisé ; les vœux de mort qu’on ne peut s’avouer envers soi-même ou envers sa propre histoire trouvent dans l’ennemi extérieur leur exutoire permis ; le clivage structure la perception en « nous » intouchables et « eux » diaboliques. Chaque bombe dans un autobus produit ce même effet : elle ne force pas seulement la peur, elle force le clivage. Et le clivage interdit la paix. »
…
«L’imagination, la posture, la légitimité, le temps, la fabulation, l’emphase, le ton, le discours, les circonstances, le parcours, la préciosité, l’affectation, le langage, la dictature, l’anarchie, la cohérence, la présentation, les manières, le comportement, la personne, ses illusions, la réalité, son respect, sa conscience, ses fantasmes, les autres, leurs sentiments, leurs critiques et satyres, la subjectivité, le narratif, les émotions, la raison, l’éducation, l’ironie…
…
« 1 233 perquisitions, 165 interpellations, dont 142 gardes à vue, et 230 armes saisies, 266 assignations à résidence. Mardi 24 novembre, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a dressé un nouveau bilan chiffré de l’application de l’état d’urgence. On notera une certaine stabilité du ratio perquisitions/gardes à vue autour de 10% depuis la proclamation de l’état d’urgence, dans la nuit du 13 au 14 novembre. « Le principe de ces perquisitions, c’est de taper large », nous expliquait, dimanche 22, le préfet du Val-d’Oise, Yannick Blanc. De fait.
Environ un tiers de ces perquisitions ont lieu dans la zone couverte par la gendarmerie (essentiellement rurale et péri-urbaine): les gendarmes ont procédé à 409 perquisitions, 49 interpellations, dont 31 gardes à vue. 99 armes ont été saisies, dont 4 armes de guerre, 65 armes longues et 30 armes de poing. Ils ont enfin signifié 45 assignations à résidence.
Nos confrères de la presse quotidienne régionale publient chaque jour des récits de perquisitions. Il est désormais manifeste qu’elles obéissent toutes à un modus operandi unique, avec un déploiement de force extrêmement conséquent – toujours plus d’une quinzaine de policiers ou gendarmes, en tenue d’intervention – quelle que soit la dangerosité supposée de la cible, et pas mal de portes cassées… Ce qui peut déclencher une certaine panique chez les intéressés, comme en témoigne ce père de famille toulousain à La Dépêche du Midi.
« Personnes, armes ou objets liés à des activités à caractère terroriste »
Une phrase-type justifie le ciblage dans l’ordre de perquisition: le préfet ordonne l’opération car « il existe des raisons sérieuses de penser que se trouvent des personnes, armes ou objets liés à des activités à caractère terroriste » chez X. ou Y. Au contraire des arrêtés d’assignations à résidence, plus détaillés, l’argumentation s’arrête là – que le perquisitionné soit une mosquée « radicale », un petit voyou ou un militant associatif. La Dépêche du midi a interrogé la directrice de cabinet du préfet des Hautes-Pyrénées, qui se montre « sibylline » sur le lien entre perquisitions et terrorisme, voir attentats du 13 novembre: « Même si ces perquisitions n’ont pas un lien direct avec les événements terroristes, elles sont, a minima, liées par l’esprit. »
Le cadre prévu par la loi de prorogation de l’état d’urgence adoptée vendredi 20 novembre est large:
« Le décret déclarant ou la loi prorogeant l’état d’urgence peut, par une disposition expresse, conférer aux autorités administratives mentionnées à l’article 8 le pouvoir d’ordonner des perquisitions en tout lieu, y compris un domicile, de jour et de nuit, sauf dans un lieu affecté à l’exercice d’un mandat parlementaire ou à l’activité professionnelle des avocats, des magistrats ou des journalistes, lorsqu’il existe des raisons sérieuses de penser que ce lieu est fréquenté par une personne dont le comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics. »
Bar à chicha non déclaré
A Pontarlier (Doubs), Bicer Tekin, le propriétaire barbu d’un kebab, a ainsi vu sa porte de garage défoncée parce que les policiers n’arrivaient pas à ouvrir la porte d’entrée, relate L’Est républicain. Au final, les policiers ont découvert « quelques grammes de résine de cannabis, une petite arme de poing dont la catégorie reste à définir, 6 000 euros d’argent liquide ». A Besançon, parquet et préfecture « se renvo[ient] la balle et la motivation précise de l’intervention » chez un particulier connu pour des faits anciens. Les policiers ont en tous cas dégoté une antiquité, une mitrailleuse Sten datant probablement de la Seconde guerre mondiale. A Bordeaux, c’est une épicerie qui avait fait parler d’elle récemment en réservant des créneaux aux seules femmes qui a été visée (sans résultat), explique Sud-Ouest. Commerces également visés dans les Alpes-Maritimes, ou à La Rochelle. A Fargniers (Aisne), les policiers ont saisi l’occasion de la loi pour contrôler un bar à chicha non déclaré, selon L’Union.
Le secret sur le pourquoi du comment de ces perquisitions est parfois bien gardé, surtout quand elles ne sont pas fructueuses, comme à Jarnac, par exemple. Enfin, notons un bon élève, le préfet de Dordogne: 26 perquisitions dans ce département rural. Mais pour un maigre butin: une arme détenue illégalement saisie et détruite. »
Laurent Borredon, pour Le Monde, publié le 25 novembre 2015 à 15h51, modifié le 25 octobre 2024 à 06h19
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« Quant aux personnes visées par ces perquisitions, Frédéric Clowez ne s’en cache pas, il s’agit bien de musulmans pratiquants : ‘Ce ne sont pas des gens qui sont inquiétés dans des affaires judiciaires. Nous sommes dans une optique préventive’ », écrit le journal, qui conclut étrangement: « Il serait donc presque rassurant de faire l’objet d’une perquisition administrative. Ceux qui sont vraiment dans le collimateur sont plutôt confiés aux enquêteurs parisiens de l’antiterrorisme. » Le directeur de cabinet explique enfin la manière dont les cibles sont déterminées:
« Nous n’assimilons pas tous les musulmans aux radicaux. On s’intéresse aux gens qui ont une pratique particulièrement assidue, qui changent de comportement ou d’apparence vestimentaire. »
Certains ont été « signalés par des voisins, un membre de la famille… »
Pratique assidue, apparence vestimentaire… Dans l’Aisne, c’est ainsi un adepte du Tabligh, un mouvement quiétiste, qui voit son appartement et ses voitures visités par la police, selon L’Union. »
Laurent Borredon, pour Le Monde, Publié le 12 décembre 2015
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De l’avertissement fraternel et de l’humilité religieuse.
« QUE celles qui contreviennent à leur devoir ne cherchent pas à se cacher des autres ni se contentent pensant que l’on ne les voit pas; car elles sont vues lorsqu’elles y pensent le moins; mais je veux qu’elles se puissent cacher des créatures, que feront-elles pour se cacher de cetœil qui voit tout en haut, et auquel rien n’est secret? Doit-on estimer qu’il ne voit pas, parce qu’il regarde et voit toutes choses d’autant plus patiemment, qu’il les considère plus sagement? Que la religieuse craigne donc de lui déplaire, afin de ne point désirer de plaire aux autres; et qu’elle se souvienne qu’il voit tout, pour quitter les désirs, ou la crainte déréglée d’être vue des autres ; car c’est en ce sujet qu’est recommandée la crainte de Dieu. Si vous remarquez en quelqu’une de vos sœurs quelque commencement de mauvaise coutume, avertissez-l’en promptement, afin que, d’elle-même, elle s’en puisse corriger de bonne heure, et que le commencement ne prenne accroissement. Mais si, aprèsen avoir été avertie, vous voyez qu’elle y retombe, quiconque de vous l’aura vue, qu’elle la dénonce et la décèle comme une personne malade, afin que l’on pense à la guérir, après toutefois l’avoir fait voir à une ou deux autres, à ce qu’elle puisse être convaincue, si besoin est, par le témoignage de deux ou de trois, et réprimée par telle sévérité qu’il appartiendra. Et ne vous jugez pas pourtant mal affectionnées envers celle que vous décelez; mais si, en vous taisant, vous permettez que vos sœurs périssent, lesquelles vous pouviez corriger en les découvrant, vous vous rendez coupables de ce mal. Et si quelqu’une avait une plaie en son corps, qu’elle voulût cacher, craignant l’incision, ne serait-ce pas cruauté à vous de la céler, et miséricorde, de la découvrir? Compien donc plutôt devez-vous faire voir sa plaie, de peur qu’il ne s’engendre en son âme une plus dangereuse blessure ! Mais avant que la confronter aux autres, par qui elle doit être convaincue, au cas qu’elle nie le fait, il faut premièrement la faire voir à la supérieure, afin qu’étant reprise secrètement, moins de personnes en aient la connaissance. Que si elle renie le fait, alors il faut lui faire paraître les autres, afin qu’elle soit non-seulement déférée par un seul témoin, mais convaincue devant toutes, par le témoignage de deux ou trois. Etant convaincue, elle doit subir au jugement et discrétion de la supérieure ou du prêtre, la pénitence et châtiment de sa faute; laquelle, si elle refuse de recevoir, il la faut séparer d’avec les autres (ce qui n’est pas cruauté, mais miséricorde), de peur qu’elle n’en perde plusieurs autres par sa contagion; et afin qu’elle-même renfermée en quelque cellule ou prison, privée de l’entrée du chœur, du réfectoire, et de la conversation ordinaire, ait plus de moyens de penser à soi, et de reconnaître son péché. Et ce que je dis des mauvaises coutumes, il le faut encore diligemment observer, et fidè lement avertir, découvrir, reprendre et châtier toute sorte de péchés et défauts qu’on pourra remarquer, et ce, avec un grand amour des personnes, et haine des vices. S’il y en a aucune qui arrive jusques à un si grand mal de recevoir en cachette des lettres, ou quelques autres présents de quelqu’un; si elle le confesse de son propre gré, il faut lui pardonner, et prier Dieu pour elle. Mais si elle y est surprise et convaincue, elle doit être punie plus grièvement, à la discrétion de la supérieure, ou selon qu’en jugera le prêtre ou l’évêque même. »
Règle de Saint-Augustin, Extraits
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« « Il y a une distance dans le regard de Rohmer, et cela dans tout son cinéma, une certaine froideur et la rigueur du regard d’un entomologiste qui observe les hommes comme on observe des insectes »
Sylvie Robic, Laurence Schifano
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« Mais qui sont-ils? »
Emmanuel Macron
…
Causes de l’élection (synthèse croisée Piqué-O’Connell, Ivereigh, Politi, Magister, Melloni, White) :
- « Profil de synthèse bergoglien-post-bergoglien (Ivereigh, The Tablet : « Là où François fut le Grand Disrupteur, Léon est le Patient Consolidateur »).
- Triple ancrage latino-américain, romain, américain. Piqué : « Il menos americano de los americanos » (El moins américain des Américains).
- Polyglottisme : anglais, espagnol, italien, français, portugais, latin, lit l’allemand, rudiments de quechua.
- Profil canonique : demande exprimée en congrégation générale de restaurer le respect du droit canon après douze ans de gouvernance « informelle ».
- Réseau accumulé au Dicastère pour les évêques depuis 2023.
- Réputation personnelle : humilité, écoute, rigueur, finesse.
- Voix africaines et asiatiques décisives (Galeazzi-Agasso, La Stampa) : cardinaux africains inquiets de Fiducia Supplicans trouvent en Prevost une figure rassurante.
- Dispersion italienne : Parolin, Zuppi, Pizzaballa, Betori se neutralisent.
- Héritage tacite de François (Piqué) : la promotion au cardinalat-évêque du 6 février 2025 comme ultime désignation. »
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Anatomie de l’imposture — quand la bonne conscience collectivise la faute
« Le « Manifeste de l’Imposture » décrit moins une pathologie individuelle qu’un régime psychopolitique du déni : fixation collective à la position schizo-paranoïde (Klein, 1946), narcose dopaminergique du récit (Berridge, 2016 ; Volkow, 2019), rigidité cognitive de l’extrême (Zmigrod, 2019-2025), et corruption du langage (Klemperer, 1947 ; Orwell, 1946) convergent sur un même noyau moral — la fuite du face-à-face éthique décrit par Emmanuel Mounier dans Le Personnalisme (1949) et le Traité du caractère (1946). L’hypothèse mouniérienne du demandeur tient : elle n’est ni métaphore ni simple clin d’œil philosophique, mais la matrice éthique sous laquelle s’articulent, de façon convergente, six siècles de pensée sur la bonne conscience, cinquante ans de psychanalyse kleinienne-bionienne, trente ans de neurosciences affectives, vingt ans de sociologie du complotisme et quinze ans de doctrine réaliste obamienne. Ce qui est en jeu n’est pas une erreur cognitive ponctuelle mais une architecture affective, linguistique et institutionnelle du déni, qui permet de collectiviser les pertes (tout est la faute de Washington, de Paris, de la CIA) et d’individualiser les profits (la pureté des luttes, la solitude de l’éveillé, la gloire du dissident). Le réalisme tragique — de Niebuhr à Obama via Weber et Aron — apparaît alors comme l’antithèse strictement symétrique de cette posture : il accepte l’opacité du monde, l’ambivalence des acteurs et la responsabilité des conséquences. Ce rapport déploie cette thèse en onze mouvements articulés, en se gardant de paraphraser le manifeste pour produire sa carte théorique.
I. L’architecture cognitive du refus : de Festinger à Zmigrod
Le premier gisement théorique est celui qui a décrit la persévérance pathologique de la croyance face au démenti empirique. Léon Festinger, Henry Riecken et Stanley Schachter — dans When Prophecy Fails (University of Minnesota Press, 1956), enquête infiltrée sur le groupe des Seekers réuni autour de Dorothy Martin (rebaptisée Marian Keech) à Chicago — montrent que la prophétie démentie, loin de dissoudre la croyance, l’intensifie à cinq conditions : conviction profonde, engagement comportemental coûteux, prophétie précise, preuve indéniable du désaveu, soutien d’un groupe. Festinger théorise ensuite, dans A Theory of Cognitive Dissonance (Stanford, 1957), le principe général : la tension entre cognitions contradictoires est résolue en ré-organisant les cognitions secondaires pour préserver celles qui sont identitairement les plus coûteuses. Daniel Kahneman, dans Thinking, Fast and Slow (FSG, 2011 ; trad. Système 1, Système 2, Flammarion, 2012), et avec Amos Tversky dès 1979 (« Prospect Theory », Econometrica), précise les mécanismes : biais de confirmation, heuristique de disponibilité (Cognitive Psychology, 1973), effet de cadrage (Science, 1981), aversion à la perte, et WYSIATI (« What You See Is All There Is ») — construction d’un récit cohérent sans les données manquantes. Hugo Mercier et Dan Sperber, dans The Enigma of Reason (Harvard UP, 2017 ; trad. L’énigme de la raison, Odile Jacob, 2021), renversent la lecture intellectualiste : la raison n’a pas évolué pour produire une connaissance exacte mais pour argumenter socialement ; le myside bias n’est pas un défaut mais la fonction même de la raison. Jonathan Haidt (The Righteous Mind, Pantheon, 2012) complète cette naturalisation par la métaphore de l’éléphant et du cavalier — l’intuition vient d’abord, la justification suit — et par la théorie des fondations morales (loyauté/trahison, autorité/subversion, sanctity/degradation). L’idéologue ne raisonne pas sa morale ; il la ressent comme évidente, et sa raison la drape. Enfin, Leor Zmigrod (Cambridge) a fourni depuis 2019 la mesure expérimentale de ce que les classiques n’avaient que décrit : dans Frontiers in Psychology (2019), Journal of Experimental Psychology: General (2020) et, synthétiquement, dans The Ideological Brain (Henry Holt / Penguin, 2025), la rigidité cognitive mesurée au Wisconsin Card Sorting Test et à l’Alternative Uses Test prédit en courbe en U inversé l’extrémisme politique de tous bords — les fusionnés à gauche extrême comme à droite extrême perdent la capacité neuropsychologique de réviser leurs règles face à un nouveau feedback. L’imposture idéologique, en ce sens, n’est pas un défaut intellectuel mais une organisation cognitive stable, mesurable, partiellement héritable (Zmigrod & Robbins, 2022, sur l’interaction épistatique COMT:DRD2).
II. La neurologie de la certitude et de la narcose
Cette architecture cognitive s’enracine dans une neurologie précise de la rationalisation motivée et de la certitude. L’étude fondatrice de Drew Westen et collaborateurs (Journal of Cognitive Neuroscience, 2006) a montré en IRMf, sur trente partisans engagés durant la campagne Bush-Kerry de 2004, que lorsque le partisan « résout » une contradiction en faveur de son camp, s’activent le cortex préfrontal ventromédian (vmPFC), le cingulaire antérieur (ACC), l’insula, et surtout le striatum ventral — circuit de récompense — pendant que se désactive le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), siège du raisonnement analytique. Westen en tire, dans The Political Brain (PublicAffairs, 2007), que la rationalisation motivée est une régulation émotionnelle implicite : le cerveau converge sur les jugements qui minimisent l’affect négatif lié aux menaces contre les motifs. Robert Burton, dans On Being Certain (St. Martin’s, 2008), systématise le corollaire : la certitude n’est ni un jugement ni une conclusion, c’est une sensation mentale (« feeling of knowing ») produite indépendamment de la réflexion consciente. On ne peut donc pas convaincre l’idéologue par argument, parce que sa conviction n’est pas un raisonnement : c’est un état affectif. Antonio Damasio, dans L’Erreur de Descartes (Odile Jacob, 1995) et Spinoza avait raison (Odile Jacob, 2003), avait préparé ce diagnostic par l’hypothèse du marqueur somatique : chaque option est indexée par une réponse viscérale qui biaise le choix avant délibération. Ce que confirme la neuropsychanalyse de Mark Solms (The Hidden Spring, W. W. Norton, 2021), pour qui la conscience est d’abord affective (tronc cérébral, substance grise périaqueducale) et le système SEEKING panksepperien est perpétuellement activé dans la quête du récit confirmant.
Le pivot neurologique le plus décisif pour la thèse du manifeste — l’analogie entre drogué et militant — vient des travaux de Kent Berridge (American Psychologist, 2016) et Nora Volkow (Lancet Psychiatry, 2016 ; Physiological Reviews, 2019). La dissociation « wanting » / « liking » est centrale : le wanting (incitation, saillance) est médié par les projections dopaminergiques mésolimbiques (VTA → noyau accumbens) ; le liking (plaisir hédonique) par des hedonic hotspots opioïdes. Dans l’addiction, le wanting s’amplifie pathologiquement tandis que le liking diminue — le drogué veut sans aimer. Le modèle en trois stades de Koob & Volkow (2016) décrit l’intoxication-binge (pic dopaminergique), le sevrage-affect négatif (amygdale étendue recrutée), et l’anticipation-craving (dysfonction du PFC, perte du contrôle exécutif). Appliqué littéralement à l’idéologie : le récit fournit des shots dopaminergiques répétés (indignation virtueuse, appartenance, certitude validée) ; tolérance (radicalisation progressive), sevrage (inconfort lors du débunking, agressivité), wanting > liking (le militant continue sans joie, c’est ce que Reichstadt nomme les « passions tristes » dans L’Opium des imbéciles, Grasset, 2019), dysfonction préfrontale (effondrement du monitoring critique). À cela s’ajoute le phénomène du couplage neuronal locuteur-auditeur démontré par Uri Hasson (PNAS, 2010 ; Nature Reviews Neuroscience, 2021) : les cerveaux des partisans d’un même récit se synchronisent effectivement ; la « bulle de filtre » n’est pas seulement algorithmique, elle est neurale. Zmigrod & Goldenberg (Current Directions in Psychological Science, 2021) ajoutent que la cognition rigide + émotions à haute valence négative prédit l’action politique extrême. L’étude de Kanai et al. (Current Biology, 2011) sur l’association entre volume amygdalien et conservatisme, bien que partiellement répliquée (Petalas et al., 2024, avec taille d’effet réduite), conserve une valeur heuristique : le style idéologique extrême combine probablement hyperactivité amygdalienne (monde perçu comme menaçant, dichotomie ami/ennemi) et hypoactivité ACC (faible détection de la dissonance). La « narcose idéologique » du manifeste n’est donc pas une métaphore littéraire : c’est une configuration neurobiologique convergente que la recherche documente sous plusieurs angles depuis vingt ans.
III. Le pivot kleinien : position schizo-paranoïde et attaque du lien
Si la psychologie cognitive et les neurosciences donnent la mécanique, la psychanalyse donne la grammaire clinique — et c’est ici que la lecture du manifeste trouve sa cohérence structurelle la plus forte. Le concept princeps est la position schizo-paranoïde introduite par Melanie Klein dans « Notes on Some Schizoid Mechanisms » (International Journal of Psycho-Analysis 27, 1946, p. 99-110), prolongée dans Envy and Gratitude (Tavistock, 1957). Contre la première théorie kleinienne (1935) de la « position dépressive », Klein décrit en 1946 un mode de fonctionnement plus archaïque, caractérisé par cinq opérations solidaires : (1) clivage de l’objet (sein idéalisé/sein persécuteur) et du moi ; (2) identification projective — expulsion de parties mauvaises du self dans l’objet externe, qui devient alors porteur de ces affects et est « contrôlé » comme extension du self ; (3) idéalisation et envie concomitantes du bon objet ; (4) déni omnipotent (un pan entier de la réalité est refusé à la prise en charge) ; (5) angoisse persécutrice fondamentale. La position dépressive — reconnaissance que le bon et le mauvais objet sont un seul et même objet, tolérance de l’ambivalence, culpabilité, mouvement de réparation — n’advient qu’à condition d’un travail de deuil qui renonce à la pureté clivée. Bion (Elements of Psycho-Analysis, Heinemann, 1963) proposera la notation Ps ↔ D : oscillation permanente, aucune position n’est définitivement « dépassée ».
L’articulation au manifeste est dense. Premièrement, l’attribution de toute la bonté au Nous (peuple pur, cause révolutionnaire) et de toute la malignité à l’Autre (CIA, Washington, Paris) est littéralement le clivage kleinien transposé à l’échelle sociale — non une erreur de jugement mais une défense contre l’angoisse persécutrice, qui requiert un objet externe consolidé comme persécuteur pour préserver l’objet interne idéalisé. Deuxièmement, la fabrication de l’ennemi relève de l’identification projective : les affects destructeurs, les pulsions agressives, les pensées haineuses du groupe sont expulsés et localisés dans l’ennemi extérieur. Otto Kernberg, dans Ideology, Conflict, and Leadership in Groups and Organizations (Yale UP, 1998) et dès Borderline Conditions and Pathological Narcissism (Aronson, 1975), nomme « paranoiagenèse institutionnelle » cette fabrication systématique d’ennemis internes et externes ; il distingue narcissisme malin (narcissisme + traits antisociaux + traits paranoïaques égosyntoniques + agression sadique idéalisée) et décrit les idéologies totalitaires par trois traits convergents : absolutisme doctrinal, clivage manichéen bien/mal, et paranoiagenèse. Troisièmement, l’essentialisation (« traître », « Noir blanchi », « vendu ») trouve sa lecture exacte ici : dans la PSP, l’objet ne peut pas être ambivalent ; le sujet qui critique de l’intérieur porte la position dépressive (l’objet est à la fois bon et mauvais), ce qui menace le clivage défensif — il ne peut donc être qu’un faux membre, son essentialisation négative est une ré-expulsion. Quatrièmement, l’attaque des faits gênants est littéralement ce que Bion nomme, dans « Attacks on Linking » (IJP, 1959), l’attaque du lien K (Knowledge) : le fait établit un lien entre doctrine et réalité, que le psychisme régressé doit rompre. Dans Learning from Experience (Heinemann, 1962), Bion décrit la destruction de la fonction alpha qui métabolise les éléments bêta en éléments pensables ; sans fonction alpha, la vie mentale se réduit à l’évacuation des éléments bêta (les faits non métabolisés) vers l’ennemi extérieur. Cinquièmement, et de manière décisive, le refus de responsabilité morale du manifeste est précisément le défaut de position dépressive : la responsabilité présuppose reconnaître que j’ai pu faire du mal à un objet que j’aime, tolérer la culpabilité, engager un travail de réparation — exactement ce que la PSP interdit.
Hanna Segal, dans « Notes on Symbol Formation » (IJP 38, 1957), prolonge par la distinction équation symbolique (PSP : le symbole est la chose — critique du drapeau = agression contre la nation) versus symbole proprement dit (PD : le symbole représente, permet pensée, rêve, débat) ; dans « Silence is the Real Crime » (Int. R. Psycho-Anal., 1987), elle posera que la neutralité analytique face aux discours politiques est complicité. Wilfred Bion, dans Recherches sur les petits groupes (Tavistock, 1961 ; PUF, 1965), ajoute la dynamique groupale : l’hypothèse de base « attaque-fuite » (hb-AF) est précisément celle où le groupe « se fonde sur l’idée qu’il existe, à l’intérieur ou au-dehors du groupe, un ennemi, contre lequel il faut se défendre ou qu’il faut fuir », avec leader paranoïde et ciment émotionnel de « colère et haine ». Freud (Psychologie des foules et analyse du moi, 1921) avait posé la matrice : l’individu délègue son idéal du moi à un chef ou à une Cause, produisant (a) refus de la responsabilité morale (le surmoi individuel est remplacé par l’idéal collectif), (b) fusion par identification mutuelle, (c) hostilité structurale à l’extérieur. Le narcissisme des petites différences (Malaise dans la civilisation, 1930) donne la clé structurelle : l’ennemi extérieur est condition de la cohésion interne. Wilhelm Reich (Psychologie de masse du fascisme, 1933) a somatisé cette lecture — la cuirasse caractérielle rend le sujet incapable d’éprouver l’effet de ses actes — et Adorno, Frenkel-Brunswik, Levinson, Sanford (The Authoritarian Personality, Harper, 1950) en ont construit la mesure (échelle F, avec la projectivité comme 8e trait, l’anti-intraception comme rejet du subjectif et du sensible, l’intolérance à l’ambiguïté de Frenkel-Brunswik). Karen Stenner (The Authoritarian Dynamic, Cambridge UP, 2005) a démontré que la prédisposition autoritaire reste latente tant qu’elle n’est pas activée par menace normative : désigner un « Washington » ou une « CIA » comme Autre absolu manufacture la menace qui active la prédisposition, produisant la cohésion désirée. Enfin, Heinz Kohut (The Analysis of the Self, IUP, 1971 ; « Thoughts on Narcissism and Narcissistic Rage », 1972) éclaire la violence contre les dissidents : la rage narcissique est la réponse standard à la blessure de la figure idéalisée — « besoin de vengeance, de réparer un tort par tous les moyens, compulsion sans relâche » — ce qui explique la disproportion des attaques contre le « traître » qui menace la fonction self-object du groupe. Piera Aulagnier (La Violence de l’interprétation, PUF, 1975) achève : le contrat narcissique par lequel le groupe investit l’enfant en échange de la promesse implicite de reconduire la voix des ancêtres rend toute critique interne littéralement ressentie comme trahison de la vie elle-même.
IV. Mounier comme clé interprétative : la confirmation philosophique
La question directe du demandeur — faut-il voir dans le manifeste une application du propos de Mounier ? — doit recevoir une réponse rigoureusement positive, avec trois nuances. La citation proposée (« Chaque homme qui dresse devant moi la question de son regard m’appelle à la responsabilité morale… La bonne conscience, au contraire, fuit ce face à face et dissipe avec empressement le reproche dans l’impersonnalité du groupe… Elle procède comme ce régime économique dont on a dit qu’il unit la collectivisation des pertes à l’individualisation des profits… Elle n’est tout à fait tranquille que lorsqu’elle s’est dégagée entièrement de tout contact avec la faute : aussi préfère-t-elle la rejeter sur une collectivité étrangère : nation, classe, race, groupe ennemi ») n’a pu être localisée avec certitude dans les corpus numérisés accessibles (Gallica ouvre Traité du caractère, Seuil, 1946, sans moteur plein-texte ; Le Personnalisme, PUF, « Que sais-je ? » n° 395, 1949 ; Œuvres complètes, Seuil, 1961-1962). Le texte est pleinement cohérent avec le vocabulaire attesté de Mounier — pharisaïsme, impersonnalité, dénonciation conjointe du capitalisme et des mystiques collectives « race, nation, État » — et sa source la plus probable est le Traité du caractère dans sa section sur la conscience morale et les sociétés pharisaïques, ou alternativement un écrit dans Esprit vers 1947-1949. L’attribution doit être signalée comme à vérifier sur exemplaire imprimé ; elle ne diminue en rien la pertinence philosophique de l’analyse.
Mounier fonde en 1932 la revue Esprit dans le contexte de l’écrasement du libéralisme entre communisme et fascisme ; le Manifeste au service du personnalisme (1936) et Qu’est-ce que le personnalisme ? (1947) formulent sa thèse centrale : la personne, sujet incarné, libre et responsable, engagée dans un face-à-face éthique, doit être distinguée de l’individu, abstraction atomique interchangeable, réductible à l’« on » heideggérien. La distinction conscience morale / bonne conscience articule la morale personnaliste : la conscience morale répond à l’appel du visage d’autrui ; la bonne conscience, pharisaïque, se dérobe. Sur ce point, la proximité avec Emmanuel Levinas (Totalité et Infini, Nijhoff, 1961 ; Autrement qu’être, Nijhoff, 1974) est textuelle : c’est le visage d’autrui — le « Tu ne tueras point » inscrit avant toute thématisation — qui m’appelle à la responsabilité infinie ; la totalité (État, race, classe) est précisément ce qui permet d’échapper à cet appel en noyant l’autre singulier dans une catégorie. La « collectivité étrangère » de Mounier est ce qui annule le visage de Levinas.
L’hypothèse mouniérienne est confirmée parce que chacun des cinq axes du manifeste est la traduction contemporaine d’un moment structurel de son diagnostic. (1) L’Algorithme de la Responsabilité — celui qui répond aux fantasmes démesurés fait passer les réalistes pour lâches — est exactement le mécanisme par lequel la bonne conscience « dissipe le reproche dans l’impersonnalité du groupe » : le collectif moralisé surinvestit le face-à-face individuel. (2) La Narcose Idéologique — déni de l’agentivité du peuple iranien, attribution à la CIA — est la modalité paradigmatique du rejet de la faute sur une « collectivité étrangère ». (3) La Folie du Nombre et du Buzz — celui qui fait peu de vues invoque l’algorithme truqué — est la variante numérique de l’individualisation des profits (mes mérites sont purs) et de la collectivisation des pertes (l’échec est sabotage). (4) Le Cri du Réalisme — « Qui sont-ils ? » refusant l’accusation à sens unique, modestie pacifiste face à la grandiloquence extrémiste — restaure précisément le face-à-face que la bonne conscience fuit. (5) L’Échec du Washington Playbook — refus de refaire l’erreur libyenne — est l’éthique de la responsabilité wébérienne opposée à l’éthique de la conviction pure. La structure économique invoquée par Mounier (« collectivisation des pertes, individualisation des profits ») opère ici à l’échelle symbolique : le coût moral des récits est socialisé vers l’ennemi extérieur, le bénéfice narcissique reste privé. La note finale du manifeste — l’impossibilité du dialogue avec qui vous insulte ontologiquement — reformule ce que Mounier nomme le « pharisaïsme » : celui qui s’est « dégagé entièrement de tout contact avec la faute » ne peut plus être rejoint par l’argument, parce que l’argument suppose une communauté de dette morale qu’il a rompue.
Les autres moralistes du XXe siècle prolongent ce diagnostic selon des angles complémentaires. Jean-Paul Sartre, dans L’Être et le Néant (Gallimard, 1943), analyse la mauvaise foi (le garçon de café qui « joue à être » garçon) comme fuite de la liberté par adoption d’un rôle objectivé ; les Réflexions sur la question juive (Morihien, 1946) en déploient la politique — « l’antisémite a choisi d’être antisémite », il fabrique l’essence de l’autre pour fuir la sienne. Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (Harcourt, 1951), Eichmann à Jérusalem (Viking, 1963, banalité du mal comme thoughtlessness) et les essais « Vérité et politique » (1967) et « Du mensonge en politique » (1971), fournit le modèle historique du refus du face-à-face et du mensonge organisé. Paul Ricœur, dans L’Idéologie et l’utopie (Seuil, 1997, d’après les cours de Chicago 1975) et Soi-même comme un autre (Seuil, 1990), théorise l’imputation comme capacité de répondre de ses actes : un sujet narratif assumé s’oppose à l’idéologie dans sa fonction de distorsion. Simone Weil, dans « L’Iliade ou le poème de la force » (Cahiers du Sud, 1940) et L’Enracinement (Gallimard, 1949), dénonce l’idolâtrie du Gros Animal platonicien — adoration servile du collectif — comme racine de la bonne conscience qui permet les atrocités. Václav Havel, dans Le Pouvoir des sans-pouvoir (samizdat, 1978), donne la parabole du marchand de légumes affichant « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » par routine : vivre dans le mensonge versus vivre dans la vérité, le post-totalitarisme comme rituel où chacun est à la fois victime et complice. L’ensemble forme ce que René Girard, dans La Violence et le sacré (Grasset, 1972), Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978) et Le Bouc émissaire (1982), nomme le mécanisme victimaire : pour conjurer la violence de tous contre tous issue de la rivalité mimétique, la communauté polarise sa violence contre une victime arbitraire, dont l’efficacité pacificatrice requiert la méconnaissance du caractère arbitraire de la désignation. La convergence Mounier-Levinas-Girard est structurelle : « la collectivité étrangère » de Mounier est la victime émissaire girardienne à l’échelle du discours politique, et la « méconnaissance » girardienne est la condition épistémique même de la bonne conscience.
V. La drogue idéologique : Miłosz, Aron, Berridge
Le manifeste opère un geste conceptuel fort en rapprochant drogué et militant idéologique. Ce rapprochement n’est pas littéraire : il est philosophiquement balisé. Czesław Miłosz, dans La Pensée captive (Gallimard, 1953), forge l’image canonique du Murti-Bing — pilule de certitude empruntée au roman Insatiabilité de Stanisław Ignacy Witkiewicz (1927/1932) — qui procure au consommateur sérénité dogmatique et indifférence métaphysique. Il décrit le Ketman (emprunté à Gobineau, Les Religions et les philosophies dans l’Asie centrale, 1865) comme art de la dissimulation intérieure, décliné en sept formes (national, professionnel, esthétique, métaphysique…). Raymond Aron, dans L’Opium des intellectuels (Calmann-Lévy, 1955), offre la formulation française canonique : la gauche intellectuelle est « impitoyable aux défaillances des démocraties, indulgente aux plus grands crimes pourvu qu’ils soient commis au nom des bonnes doctrines » — le double standard moral comme condition de l’adhésion. Les trois mythes (gauche, révolution, prolétariat) fonctionnent comme religions séculières substituts. Jean-François Revel, dans La Tentation totalitaire (Laffont, 1976), Comment les démocraties finissent (Grasset, 1983) et La Connaissance inutile (Grasset, 1988), prolonge : l’accumulation informationnelle ne produit pas de connaissance parce que la préférence idéologique refoule les données gênantes — cécité volontaire comme forme moderne de la bonne conscience.
Ce que ces auteurs pressentaient comme métaphore est aujourd’hui littéralisé par les neurosciences (cf. §II) : les circuits mésolimbiques, la dissociation wanting/liking, la dysfonction préfrontale dans l’addiction décrivent exactement le fonctionnement de l’adhésion idéologique compulsive. Rudy Reichstadt emploie le vocabulaire sans métaphore dans L’Opium des imbéciles (Grasset, 2019) : « une très prospère économie du complotisme s’est mise en place… Elle a ses commanditaires, ses laborantins, ses dealers, ses consommateurs occasionnels et ses junkies ». Gérald Bronner, dans La Démocratie des crédules (PUF, 2013) et Apocalypse cognitive (PUF, 2021) ainsi que dans le rapport Les Lumières à l’ère numérique (remis à Emmanuel Macron le 11 janvier 2022), en décrit l’écosystème : le marché cognitif dérégulé — l’explosion de l’offre informationnelle depuis les années 2000 ayant brisé les filtres institutionnels — « industrialise » l’imposture idéologique en exploitant l’avarice cognitive et les biais de négativité. La Commission Bronner (30 recommandations, 14 membres, 100 auditions) articule ce diagnostic à l’action publique (DSA européen, éducation à l’esprit critique). La boucle est ainsi bouclée : ce que Mounier voyait comme pharisaïsme de la bonne conscience, ce que Miłosz voyait comme Murti-Bing, ce qu’Aron voyait comme opium, nous le mesurons aujourd’hui comme activation dopaminergique mésolimbique répétée, corrélée à une dysfonction du contrôle préfrontal, dans un environnement informationnel dérégulé.
VI. La corruption du langage : de Kraus à Stanley
La narcose ne s’opère pas dans le silence : elle s’écrit dans la langue. Karl Kraus, dans Die Fackel (1899-1936) et Les Derniers Jours de l’humanité (Verlag Die Fackel, 1918-1922 ; trad. Agone, 2003-2005), identifie le premier la corruption de la langue comme symptôme moral — le journalisme de guerre, la phraséologie patriotique, la machine à clichés qui enveloppe les massacres dans un vocabulaire anodin (« nettoyage », « front », « opération »). Victor Klemperer, philologue romaniste à Dresde, tient clandestinement de 1933 à 1945 le journal d’où sortira LTI — Lingua Tertii Imperii (1947 ; trad. Albin Michel, 1996) : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir » (p. 47). Les mots nazis — Volksgemeinschaft, Untermensch, fanatique devenu laudatif — fabriquent mécaniquement la bonne conscience du groupe et l’essentialisation de l’ennemi. George Orwell, dans « Politics and the English Language » (Horizon, avril 1946), énonce le principe : « Si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée » ; Nineteen Eighty-Four (Secker & Warburg, 1949) en déploie les opérations — novlangue (réduction lexicale), doublepensée (détention simultanée de deux croyances contradictoires), crimestop (arrêt automatique du raisonnement dès qu’il approche de l’hérésie). Le crimestop est exactement ce que le manifeste observe : l’idéologue interrompt le raisonnement à l’instant précis où il toucherait au tabou qui délégitimerait sa pureté.
Harry Frankfurt, dans « On Bullshit » (Raritan Quarterly Review, 1986 ; volume autonome, Princeton UP, 2005), distingue le menteur — qui respecte la vérité en la niant — du bullshitter, dont l’essence est « l’indifférence à la manière dont les choses sont réellement » (this indifference to how things really are) ; « bullshit is a greater enemy of the truth than lies are ». Le complotiste contemporain n’est pas un menteur au sens classique : il est indifférent au point de savoir si la CIA est réellement derrière tel soulèvement, il a juste besoin que le récit tienne pour le groupe. Jason Stanley, dans How Propaganda Works (Princeton UP, 2015) et How Fascism Works (Random House, 2018 ; trad. Aluna, 2019), théorise la propagande de sape (undermining propaganda) qui invoque des idéaux (liberté, démocratie, anti-impérialisme) pour en miner la substance ; la mécanique fasciste du « nous contre eux » mobilise mythe du passé glorieux, anti-intellectualisme, hiérarchies naturelles, victimisation de la majorité, désignation d’un ennemi intérieur. Hanna Segal, avec son concept d’équation symbolique (1957) — le symbole est la chose, non sa représentation — donne la lecture clinique de cette corruption : la désymbolisation collective. Quand la critique du drapeau devient agression contre la nation, quand nommer les faits devient acte d’ennemi, c’est que le langage politique a régressé au mode psychotique archaïque — ce que Bion appellerait la destruction de K, l’interdiction de savoir.
VII. La politique du complot et la paranoïagenèse institutionnelle
La théorisation politique du phénomène commence avec Karl Popper, dont le tome II de La Société ouverte et ses ennemis (Routledge, 1945, chap. 14 « The Autonomy of Sociology ») formule la critique canonique : la théorie conspirationniste de la société est « la thèse selon laquelle expliquer un phénomène social revient à découvrir les hommes ou les groupes qui avaient intérêt à ce qu’il advînt… et qui l’ont planifié puis provoqué par conspiration ». Popper oppose à cette vue — qu’il nomme « résultat typique de la sécularisation de la superstition religieuse » — la tâche proprement sociologique : l’analyse des répercussions sociales non intentionnelles des actions intentionnelles. Le complotiste commet l’erreur exactement inverse du sociologue : il attribue aux puissants une maîtrise totale de leurs effets. Richard Hofstadter, dans « The Paranoid Style in American Politics » (Harper’s Magazine, novembre 1964 ; recueil Knopf, 1965), dégage les cinq marques du style : « heated exaggeration, suspiciousness, and conspiratorial fantasy », ennemi totalement mauvais, complot grandiose et imminent, omnipotence de l’ennemi, sentiment de dépossession (« America has been largely taken away from them and their kind »). Il précise la différence avec la paranoïa clinique : le paranoïaque politique parle au nom d’une collectivité menacée. Cass Sunstein, avec Adrian Vermeule (« Conspiracy Theories: Causes and Cures », Journal of Political Philosophy, 2009), diagnostique l’épistémologie infirme (crippled epistemology) des réseaux homogènes où les croyances sont localement rationnelles dans un cadre informationnel pauvre, et la qualité auto-scellante (self-sealing) des théories — toute réfutation devient preuve du complot. Sunstein prolonge dans #Republic (Princeton UP, 2017) sur les echo chambers et les information cocoons, et dans Going to Extremes (Oxford UP, 2009) sur la polarisation de groupe : des groupes homogènes dérivent structurellement vers l’extrême.
La psychologie sociale contemporaine a quantifié le phénomène. Karen Douglas, Robbie Sutton et Aleksandra Cichocka, dans « The Psychology of Conspiracy Theories » (Current Directions in Psychological Science, 2017) et « Understanding Conspiracy Theories » (Political Psychology, 2019), identifient la trinité motivationnelle : épistémique (réduire l’incertitude, besoin de fermeture cognitive), existentielle (besoin de contrôle contre l’impuissance), sociale (préservation de l’image du soi et du groupe). Cichocka, avec Golec de Zavala et Marchlewska (British Journal of Psychology, 2016 ; Current Directions, 2020), a isolé le narcissisme collectif — croyance exagérée dans la grandeur de l’in-group contingente à la reconnaissance externe — comme prédicteur robuste des théories du complot visant les out-groups. Roland Imhoff et Pia Lamberty (European Journal of Social Psychology, 2017, 2018) ont mesuré la conspiracy mentality comme trait stable (CMQ, Bruder et al. 2013), corrélée au need for uniqueness : le complotiste tire un bénéfice narcissique direct de sa marginalité d’« éveillé ». Michael Shermer, dans The Believing Brain (Times Books, 2011), en donne le socle évolutionniste : patternicity (détection de motifs dans le bruit) et agenticity (attribution d’agents intentionnels invisibles) — « souls, spirits, ghosts, gods, demons, aliens, intelligent designers, government conspirators ». L’idéologue, agentifiant systématiquement, refuse l’aléa, la contingence, la complexité systémique : tout malheur a un coupable identifiable.
À l’échelle des régimes, Jan-Werner Müller (Qu’est-ce que le populisme ?, Premier Parallèle, 2016) fournit la définition minimale : le populisme est anti-élitisme PLUS anti-pluralisme — « Nous, et seulement nous, représentons le peuple véritable ». L’opposition est par définition illégitime, les distinctions sont binaires et morales, le populisme est « l’ombre portée de la démocratie représentative » qu’il dévoie en monopole moral. Pierre Rosanvallon, dans Le Siècle du populisme (Seuil, 2020), construit le populisme comme culture politique à cinq dimensions : peuple-Un, démocratie immédiate, homme-peuple, national-protectionnisme, et régime de passions incluant explicitement les narratifs complotistes comme fonction constitutive. Steven Levitsky et Daniel Ziblatt (How Democracies Die, Crown, 2018 ; Tyranny of the Minority, 2023) identifient les deux normes cardinales érodées : la tolérance mutuelle (« We may shed tears on election night when the other side wins, but we do not consider such an event apocalyptic ») et la retenue institutionnelle (forbearance) — qui sont l’exact opposé du style paranoïaque. Yascha Mounk (The People vs. Democracy, Harvard UP, 2018) diagnostique la crise comme double : démocratie illibérale (droits sans démocratie peuplée) versus libéralisme antidémocratique (technocratie sans peuple). Le rapport V-Dem 2025 (« 25 Years of Autocratization — Democracy Trumped? ») consigne qu’il y a désormais plus d’autocraties (91) que de démocraties (88), 72 % de la population mondiale vivant sous autocratie, avec un « taux de mortalité démocratique » de 67 % sur les pays entrés en autocratisation. Pippa Norris et Ronald Inglehart (Cultural Backlash, Cambridge UP, 2019) lisent cette vague comme réaction culturelle autoritaire au post-matérialisme cosmopolite — « the revolution finds it easier to destroy the old without rebuilding the new ». En France, Rudy Reichstadt (L’Opium des imbéciles, 2019 ; Au cœur du complot, Grasset, 2023) et Tristan Mendès France documentent depuis Conspiracy Watch l’économie du complotisme, avec l’Union populaire républicaine d’Asselineau comme cas d’école français — « tropisme pro-Kremlin notoire qui va de pair avec un antiaméricanisme de facture conspirationniste » : Pussy Riot = CIA, marathon de Boston = CIA, Daesh = Hillary Clinton et Obama, Jean Monnet = « agent traitant » de la CIA, Raphaël Glucksmann = « agent américain ». La rhétorique UPR est le cas français de la projection exclusive sur l’ennemi extérieur : son universalité empirique révèle précisément que le schème est pré-factuel — le soulèvement n’est pas analysé, il est a priori disqualifié comme ingérence.
VIII. Le déni de l’agentivité : Iran 2022-2026, bouc émissaire inversé
Le cas iranien post-2022 cristallise l’imposture que dénonce le manifeste. Le 13 septembre 2022, Jina Mahsa Amini, kurde de 22 ans, est arrêtée par la police des mœurs à Téhéran pour port de voile non conforme ; elle meurt le 16 septembre. Le slogan kurde Jin, Jiyan, Azadî — persanisé en Zan, Zendegî, Azadî — porte un mouvement insurrectionnel d’ampleur inédite, qui explose dans le Kurdistan iranien, le Sistan-Baloutchistan (après le viol d’une adolescente sunnite de 15 ans par un responsable policier — ce que Chowra Makaremi nomme « colonialisme intérieur » dans Femme ! Vie ! Liberté !, La Découverte, 2023), puis gagne Téhéran, Ispahan, universités et lycées. Farhad Khosrokhavar (Femme, Vie, Liberté. Un mouvement féministe révolutionnaire en Iran, Presses de Sciences Po, 2024 ; dossier Esprit n° 494, avril 2023 ; entretien Le Grand Continent, 15 nov. 2022) note : « Il y a désormais une subjectivité révolutionnaire parce que si demain le régime déclarait le port du voile non-obligatoire, je ne pense pas que le mouvement s’arrêterait… Le slogan s’est radicalisé. Maintenant c’est plutôt « À mort le dictateur ». » Il note encore (Le Temps, 15 septembre 2024) que « le mouvement a échoué politiquement, mais réussi sur le plan culturel » ; c’est « le premier mouvement féministe dans le monde musulman ». Hamit Bozarslan (EHESS), Azadeh Kian (Paris-Cité) et les analystes anglophones Abbas Milani (Stanford) et Karim Sadjadpour (Carnegie) convergent.
Nier cette agentivité en invoquant une « opération CIA » effectue simultanément quatre opérations pathologiques identifiables théoriquement. Premièrement, c’est un déni implicatoire au sens de Stanley Cohen (States of Denial, Polity, 2001) : les faits ne sont pas effacés, leur signification morale est annulée — l’obligation de solidarité est neutralisée. Deuxièmement, c’est un renforcement symbolique du narratif de Khamenei lui-même, qui accuse systématiquement les « ennemis » (USA, Israël, Royaume-Uni) d’être les instigateurs de tout soulèvement : le complotiste occidental devient l’allié objectif du régime qu’il prétend critiquer « de gauche ». Troisièmement, c’est une mécanique girardienne inversée : la CIA devient la victime émissaire qui absorbe la responsabilité de la crise, permettant au sujet de se dispenser de nommer la violence réelle (celle du régime) ; c’est précisément la « collectivité étrangère » de Mounier (« nation, classe, race, groupe ennemi ») comme dépotoir de la faute. Quatrièmement, c’est une inversion malhonnête de Fanon — Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952), Les Damnés de la terre (Maspero, 1961) — dont le projet explicite était de restaurer la subjectivité du colonisé ; le campisme utilise le vocabulaire fanonien pour nier précisément l’auto-détermination qui est la norme fanonienne. Ce schème est d’ailleurs celui qu’Albert Memmi avait dénoncé dès Portrait du décolonisé arabo-musulman (Gallimard, 2004) : la souffrance des ex-colonies ne peut être attribuée exclusivement aux anciens colonisateurs, elle engage les « dirigeants corrompus et gouvernements qui contrôlent ces États ». Kanan Makiya, dans Republic of Fear (University of California Press, 1989, sous pseudo) et Cruelty and Silence (Norton, 1993), avait dès l’Irak baathiste diagnostiqué la fabrication obsessionnelle d’ennemis extérieurs comme mécanique structurelle du totalitarisme (pré-2003 ; son soutien à l’invasion américaine de 2003, controversé, n’invalide pas l’analyse antérieure).
L’autocritique la plus lucide est venue de l’intérieur de la gauche. Pascal Bruckner, dans Le Sanglot de l’homme blanc (Seuil, 1983) et La Tyrannie de la pénitence (Grasset, 2006) — « Le monde entier nous hait et nous le méritons bien, telle est la conviction d’une majorité d’Européens ; cette culpabilité nous arrange : elle constitue l’alibi de notre abdication » — formule la pénitence occidentale comme infantilisation inverse du Sud : elle nie aux peuples la dignité d’agents historiques. Norman Geras, théoricien marxiste de Manchester, avec The Contract of Mutual Indifference (Verso, 1998), puis le Manifeste d’Euston coécrit avec Nick Cohen (New Statesman, 17 avril 2006), formule la critique interne d’une « gauche décente » contre le « campisme » qui subordonne l’agenda démocratique-progressiste à un anti-impérialisme simpliste. Gilbert Achcar (SOAS, Londres), dans Le Peuple veut (Sindbad/Actes Sud, 2013) et Symptômes morbides (Sindbad, 2017 ; Stanford UP, 2016), théorise le conflit triangulaire syrien (pôle révolutionnaire progressiste pris entre l’État patrimonial Assad/Poutine/Iran et le djihadisme Daesh), et dans « Réflexions d’un anti-impérialiste après dix ans de débat » (À l’encontre, 12 août 2021) règle ses comptes avec le néo-campisme : « la principale intervention armée des États-Unis en Syrie s’est faite en réalité aux côtés de la seule force de gauche engagée dans le conflit, le mouvement kurde — quelque chose que le néo-campisme ne peut pas concevoir ». Adam Shatz, dans The Rebel’s Clinic (Farrar, Straus & Giroux, 2024), restitue Fanon contre ses usages campistes contemporains. L’ensemble confirme que la critique du pseudo-anti-impérialisme n’est pas « réactionnaire » : elle est précisément le moment où le marxisme, le personnalisme et le libéralisme tragique reconnaissent la subjectivité des peuples opprimés.
IX. Le réalisme tragique comme antidote : Weber, Niebuhr, Obama
Le manifeste pose, avec la figure d’Obama refusant le « Washington Playbook » et celle du Pape choisissant la juste mesure du rapport de force, une alternative structurelle à la grandiloquence extrémiste. Cette alternative s’appelle réalisme tragique, et sa grammaire est bien constituée. Max Weber, dans sa conférence du 28 janvier 1919 à Munich (Politik als Beruf, trad. Julien Freund, Le Savant et le Politique, Plon, 1959, préface Aron ; trad. Catherine Colliot-Thélène, La Profession et la vocation de politique, La Découverte, 2003), énonce trois qualités cardinales de l’homme politique : « la passion, le sentiment de responsabilité, le coup d’œil » (Augenmass). Il oppose deux maximes « totalement différentes et irréductiblement opposées » : l’éthique de la conviction (Gesinnungsethik — « le chrétien fait son devoir et s’en remet à Dieu ») et l’éthique de la responsabilité (Verantwortungsethik — « nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes »). Il formule la dureté tragique : « Le politique doit savoir que le bien peut sortir du mal et réciproquement. Celui qui ne le voit pas est politiquement un enfant » ; et encore : « Déjà les premiers chrétiens savaient très exactement que le monde est régi par des démons et que celui qui se compromet avec la politique, c’est-à-dire avec la puissance et la violence comme moyens, conclut un pacte avec des puissances diaboliques. » La clôture est célèbre : « La politique consiste en un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur ». La faute de la posture extrémiste est ici précisément nommée : l’extrémiste prétend rester dans l’éthique pure de la conviction tout en agissant en politique ; il pratique la violence (réelle ou symbolique) en prétendant n’être redevable que de la pureté de ses intentions. Il refuse le pacte avec les puissances diaboliques — ou, pire, le dissimule en le projetant sur l’adversaire.
Reinhold Niebuhr, dans The Irony of American History (Scribner, 1952 ; rééd. Chicago UP, 2008, préface Andrew Bacevich), fournit la version théologico-politique : l’Amérique est tentée par un idéalisme messianique qui confond sa puissance avec sa vertu ; l’ironie historique désigne la situation où les vertus produisent, par excès, des vices — « virtues are turned into vices through too great confidence in them » ; contre le hubris, plaidoyer pour l’humilité. Barack Obama a explicitement nommé Niebuhr son philosophe préféré dans l’entretien avec David Brooks (New York Times, printemps 2007) : « I take away the compelling idea that there’s serious evil in the world, and hardship and pain. And we should be humble and modest in our belief we can eliminate those things. But we shouldn’t use that as an excuse for cynicism and inaction ». Cette phrase condense le réalisme tragique : ni idéalisme naïf, ni réalisme cynique, mais action dans l’humilité. Hans Morgenthau (Politics Among Nations, Knopf, 1948, six principes du réalisme, notamment la prudence — « peser les conséquences des actions politiques alternatives » — comme « vertu suprême de la politique ») et Raymond Aron (Paix et guerre entre les nations, Calmann-Lévy, 1962 — « les relations interétatiques se déroulent à l’ombre de la guerre ») prolongent. Stanley Hoffmann (Duties Beyond Borders, Syracuse UP, 1981) cherche, avec ce que Michael Walzer résume comme « a wonderful combination of skeptical realism and moral commitment », les compromis pratiques qui maximisent les possibilités des droits humains.
L’interview-fleuve de Jeffrey Goldberg, « The Obama Doctrine » (The Atlantic, avril 2016), consigne l’application contemporaine. Le « Washington Playbook » est défini par Obama : « il y a littéralement un playbook en rayon dans l’establishment de politique étrangère… il est sur-militarisé… c’est un playbook de missiles de croisière ». Goldberg caractérise Obama comme « tragic realist » et « Hobbesian optimist » — il a « une compréhension de réaliste tragique du péché, de la lâcheté et de la corruption ». Sur la ligne rouge syrienne d’août 2013, la décision de ne pas bombarder après l’attaque au sarin à la Ghouta : « I’m very proud of this moment » ; sur la leçon libyenne : Obama qualifie privément la Libye de shit show et reconnaît « avoir eu trop de foi dans les Européens, étant donnée la proximité de la Libye, pour s’investir dans le suivi » — l’erreur libyenne étant précisément d’être intervenu sans plan pour le lendemain. La devise « Don’t do stupid shit » — ou sa version édulcorée Don’t do stupid stuff — est le précipité pragmatique de l’éthique de responsabilité wébérienne, explicitement contestée par Hillary Clinton (« a great nation needs organizing principles ») dans une tension qui recoupe exactement Gesinnungsethik / Verantwortungsethik. Ben Rhodes (The World as It Is, Random House, 2018) documente de l’intérieur la tension avec Samantha Power (A Problem from Hell, Basic Books, 2002 ; The Education of an Idealist, Dey Street, 2019) — idéaliste rigoureuse qui, précisément parce qu’elle a documenté l’histoire des interventions manquées, doit assumer la contrainte de la responsabilité. Derek Chollet (The Long Game, PublicAffairs, 2016) énumère les huit vertus de la doctrine : « Balance, Sustainability, Restraint, Precision, Patience, Fallibility, Skepticism, Exceptionalism » — où la fallibilité et le scepticisme sont des vertus typiquement niebuhriennes. Le modeste « attendre que l’adversaire extrémiste s’empêtre dans ses propres erreurs » du manifeste est le décalque exact de cette doctrine.
X. Le numérique comme amplificateur : bulles, psychoses partagées, marchandisation de la certitude
L’économie attentionnelle contemporaine amplifie structurellement les mécanismes décrits. Shoshana Zuboff (The Age of Surveillance Capitalism, PublicAffairs, 2019) théorise le pouvoir instrumentarien — « pouvoir de connaître et de modeler le comportement humain aux fins d’autrui » — distinct du pouvoir totalitaire, qui opère « par le médium automatisé d’une architecture computationnelle ubiquitaire en réseau » ; les marchés de futurs comportementaux vendent des prédictions du comportement. La relation d’asymétrie réelle avec les GAFAM est ici documentée — mais elle ne justifie pas la conclusion complotiste : les algorithmes ne ciblent pas politiquement tel individu, ils optimisent l’engagement massif. La plainte du manifestement « peu-vu » contre « l’algorithme truqué » est une mauvaise réponse paranoïaque à une question réelle. Eli Pariser (The Filter Bubble, Penguin Press, 2011) et Cass Sunstein (Republic.com, Princeton UP, 2001 ; #Republic, 2017) ont décrit les bulles de filtre et chambres d’écho, à nuancer par les travaux d’Axel Bruns (Are Filter Bubbles Real?, Polity, 2019) qui montrent que la causalité algorithmique pure est contestée — le phénomène relève autant de choix individuels. Gloria Origgi (La Réputation, PUF, 2015) ajoute la dimension réputationnelle : l’ego social hypertrophié, le « comment je me vois vu », fournit la mécanique de sauvegarde — si je ne suis pas vu, c’est qu’on me cache, donc je vaux assez pour qu’on me cache.
Jonathan Haidt (The Anxious Generation, Penguin Press, 2024) diagnostique le great rewiring of childhood entre 2010 et 2015 — passage d’une enfance play-based à une enfance phone-based — comme matrice du narcissisme contemporain et de la vulnérabilité à la contagion ; Jean Twenge (iGen, 2017 ; Generations, 2023) systématise par cohortes. Le débat reste ouvert (Candice Odgers conteste la robustesse causale ; la corrélation est robuste, la causalité moins). Renée DiResta (Invisible Rulers, PublicAffairs, 2024) forge la notion de bespoke realities — réalités personnalisées se substituant à la réalité partagée : « if you make it trend, you make it true ». La contagion numérique n’est pas une métaphore : elle est cliniquement documentée. Les TikTok tics (Hull, Parnes, Jankovic, Movement Disorders Clinical Practice, novembre 2021 ; Olvera, Stebbins et al., 2021) décrivent l’explosion de tics fonctionnels chez des adolescentes après exposition à des personnalités TikTok spécifiques — cas paradigmatique de Mass Social Media Induced Illness (Giedinghagen, Clinical Child Psychology and Psychiatry, 2023). Bandy Lee (ex-Yale) mobilise — controversée eu égard à la Goldwater Rule — la notion de shared psychosis : « chaque individu peut ne pas être psychotique, mais le groupe entier agit comme s’il l’était, détaché de la réalité » (Scientific American, janvier 2021). Le concept est à manier avec précaution clinique mais possède une valeur heuristique convergeant précisément avec Bion (hypothèse de base attaque-fuite, attaque du lien K). L’ensemble — marché cognitif dérégulé de Bronner, ego social d’Origgi, bespoke realities de DiResta, contagion clinique documentée — fournit les conditions techniques contemporaines du phénomène que Mounier décrivait déjà en 1946-1949 comme « impersonnalité du groupe ». La différence n’est pas de nature mais de vitesse, d’échelle et de rendement : ce qui demandait autrefois la presse de masse et l’appareil idéologique d’État (Althusser) s’accomplit désormais dans la boucle neurale de la recommandation algorithmique.
XI. Synthèse : ce qui change quand on tient tout ensemble
La mise en réseau de ces onze champs théoriques confirme, précise et dépasse l’hypothèse mouniérienne du demandeur. Elle la confirme en montrant que la structure éthique du pharisaïsme collectif décrite en 1946-1949 — fuite du face-à-face, dissipation du reproche dans l’impersonnalité, collectivisation de la faute sur « nation, classe, race, groupe ennemi » — reçoit, soixante-quinze ans plus tard, des corroborations convergentes de la psychologie cognitive (Festinger, Kahneman, Haidt), de la neuropsychologie (Zmigrod, Damasio, Berridge), de la psychanalyse (Klein, Bion, Segal, Kernberg), de la philosophie politique (Levinas, Arendt, Ricœur, Havel, Miłosz, Aron), de la théorie de la propagande (Kraus, Klemperer, Orwell, Frankfurt, Stanley) et de la science politique contemporaine (Hofstadter, Sunstein, Douglas-Sutton-Cichocka, Imhoff-Lamberty, Levitsky-Ziblatt, Müller, Bronner). Elle la précise en ajoutant une mécanique là où Mounier fournissait une phénoménologie : la position schizo-paranoïde (Klein) donne la grammaire clinique du clivage ; l’attaque du lien (Bion) nomme l’opération qui détruit les faits gênants ; la dissociation wanting/liking (Berridge) ancre l’analogie drogue/idéologie dans les circuits mésolimbiques ; la rigidité cognitive mesurable (Zmigrod) quantifie l’enfermement ; la paranoiagenèse institutionnelle (Kernberg) nomme la fabrique d’ennemis ; le style paranoïaque (Hofstadter) et l’anti-pluralisme (Müller) lient le diagnostic individuel à la structure des régimes ; l’éthique de responsabilité (Weber) et le réalisme tragique (Niebuhr, Aron, Obama) offrent l’alternative constructive.
Elle la dépasse sur un point important : l’articulation numérique. Mounier ne pouvait pas penser l’amplification algorithmique de la bonne conscience ; ce que Bronner, Zuboff, DiResta et Haidt documentent est que l’infrastructure technique contemporaine rend la position schizo-paranoïde économiquement productive à grande échelle. Le marché cognitif récompense la certitude, l’indignation virtueuse, l’ennemi désigné ; il pénalise la prudence, le doute, l’ambivalence. La dissymétrie est structurelle : vivre dans la vérité (Havel) coûte ; vivre dans le mensonge rapporte des vues, des likes, une place dans le groupe — des shots dopaminergiques réels. La narcose idéologique est un équilibre de marché, non un accident individuel.
Il reste une conclusion éthique à tirer, que le manifeste pose sous forme d’aporie : peut-on encore dialoguer avec qui vous insulte ontologiquement ? La réponse, accumulée par les neurosciences, la psychanalyse et la philosophie morale, est nuancée mais ferme. On ne peut pas convaincre par argument seul — la certitude n’est pas un raisonnement (Burton), les marqueurs somatiques précèdent la délibération (Damasio), la synchronisation neuronale lie les partisans (Hasson), et l’attaque du lien (Bion) interdit la métabolisation des faits. Mais on peut tenir le face-à-face éthique — c’est-à-dire refuser la pure rationalité désincarnée qui croit qu’un bon argument suffit, tout en refusant aussi la guerre de positions qui reproduirait la structure du clivage. La voie tracée par Havel — vivre dans la vérité, et d’abord devant soi, refuser de « dissiper le reproche dans l’impersonnalité du groupe » — n’est pas un dialogue au sens habermassien : c’est un témoignage qui rend possible, pour celui qui voudra un jour entendre, la sortie du Murti-Bing. Cela suppose, comme le dit Obama citant Niebuhr, d’être « humble et modeste dans la croyance qu’on peut éliminer ces choses, mais sans en faire l’alibi du cynisme et de l’inaction ». Et cela suppose, en dernier ressort, ce que Mounier nommait le mouvement proprement personnaliste : accepter l’appel du visage, refuser la collectivité étrangère comme dépotoir de la faute, et porter soi-même, avec sa communauté concrète, le poids tragique de la responsabilité partielle mais réelle — qui est, selon Weber, la seule marque de la vocation politique authentique.
Le manifeste du demandeur n’est donc pas un pamphlet : c’est, conceptuellement, une reformulation actualisée du diagnostic mouniérien aux conditions de l’Iran 2022-2026, de la guerre de Syrie, de la polarisation numérique et du néo-campisme. Son titre dit exact : ce qu’il décrit est bien une imposture — non au sens d’un mensonge délibéré, mais au sens plus radical et plus kleinien d’une position psychique organisée où le sujet ne peut pas reconnaître ce qu’il fait, parce que la reconnaissance ruinerait la pureté auto-attribuée qui l’habite et le tient. Que cette imposture soit idéologique, politique, numérique ou clinique, son noyau est constant : la bonne conscience fuit le face-à-face. Y revenir, c’est tout le programme — personnaliste, niebuhrien, wébérien, kleinien-dépressif, havelien — d’une éthique qui accepte de porter sa part de la faute commune au lieu de la projeter sur une « collectivité étrangère ». »
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« L’assemblage surveillant (Haggerty & Ericson, 2000) théorise la convergence de systèmes de surveillance autrefois distincts : « L’assemblage surveillant opère en abstrayant les corps humains de leurs contextes territoriaux et en les séparant en une série de flux discrets. Ces flux sont ensuite réassemblés en différents lieux comme des ‘doubles de données’ virtuels. » Le corps est désassemblé en flux de données (localisation, transactions, communications) puis reconstitué comme double virtuel dans les bases de données. Ce double existe objectivement et affecte matériellement les opportunités de vie. »
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« La prévenance n’est pas une qualité parmi d’autres : c’est la vertu matrice qui articule, en un seul geste, une anticipation temporelle (devancer), une finesse cognitive (lire l’autre avant qu’il parle), une délicatesse affective (sans le blesser, ni l’humilier) et une gratuité morale (sans attendre). Elle opère comme un tact dont la structure temporelle est inversée : là où le tact évite ce qui blesserait, la prévenance procure ce qui réconforterait — sans que l’autre ait eu à le demander. C’est pourquoi les trois intuitions que soumet le blogueur sont justes et méritent d’être radicalisées : oui, la prévenance est décisive et immunisante (contre l’indifférence, le sentiment d’être traité comme une « catégorie », la violence froide du monde administré) ; oui, elle est une vertu synthétique qui, comme la phronesis aristotélicienne ou le hesed hébraïque, en enveloppe plusieurs — attention, douceur, lucidité, anticipation, courage discret ; oui enfin, elle est une intelligence, et pas seulement une bonté — une cognition sociale fine, une mentalisation, ce que Simone Weil nomme « l’attention » et que Joan Tronto traduit en français, très exactement, par le mot « prévenance ». Le texte médical de 1820 dont part cette recherche n’est donc pas anecdotique : il a cristallisé, dans une liste pourtant banale de vertus du médecin, l’un des quelques mots français qui disent quelque chose d’essentiel sur la condition humaine — le fait que nous existions d’abord parce que quelqu’un, avant nous, nous a attendus. »
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« Je ne sais pas s’il existe, mais je crois bien l’avoir rencontré au café Procope. Il y vient souvent et ne parle à personne ; seulement, quand il y a une conversation animée, il est toujours de ceux qui font le cercle pour écouter. Sa figure n’a rien d’extraordinaire ; il ressemble à tout le monde, et je n’aurais pas fait attention à lui, si je ne l’avais vu tenant à la main un petit écrit que j’avais publié le matin même. Je suis toujours bien disposé pour quiconque lit mes œuvres, fût-ce l’ennemi du genre humain. Le diable prend souvent les auteurs et les femmes par la vanité.
Vous croyez donc au diable ?
— Je crois à tout, il ne faut que s’entendre sur les termes ; IL Y A FAGOTS ET FAGOTS.
Pensant qu’il ne me connaissait pas, je cédai, comme le sultan des mille et une nuits, au désir d’entendre incognito un jugement sur mon compte, et, m’asseyant à sa table :
Ah ! ah ! lui dis-je, voilà une brochure nouvelle ; est-ce bon ?
— Ce n’est pas ce que vous avez fait de mieux, répliqua-t-il ; il y a quelques idées justes, mais elles sont bien clair-semées.
Je fus piqué de cette critique, et surtout d’avoir manqué mon but, mais il ne me restait qu’à en prendre mon parti :
vous me connaissez donc ? lui dis-je.
Il n’eut pas la politesse de faire allusion à ma célébrité, il répondit simplement :
JE CONNAIS TOUT LE MONDE. »
Louis Ménard
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« La première pensée de Louis XVIII, roi lettré, et qui avait gardé le souvenir des vieilles choses, fut de rendre à l’enseignement son caractère antique. Il annonça que l’impôt des études serait aboli , et il affecta un million sur sa cassette pour le suppléer. C’était une pensée digne des vieux ages. »
« Il suffit de saisir la pensée générale du fondateur, à savoir une pensée de restriction et de compression sur l’esprit humain. Or , l’Université , instrument de cette pensée, dut en faire bientôt sa pensée propre. L’Université se sentit instituée pour contenir l’intelligence , et elle remplit son office. De là un système d’études sec, technique, sans poésie, sans élan, sans inspiration. De là une triste uniformité d’ensei gnement ; de là une monotonie désespérante de talents factices. L’Université impériale a produit beaucoup d’hommes doctes , discrets , élégants ; point de poëtes, point d’écrivains, point d’orateurs. «
Dictionnaire des erreurs sociales, ou Recueil de tous les systèmes, qui ont …
De Achille de Jouffroy
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« Il est un vice dont nul n’est exempt et qui nous fait horreur quand nous le découvrons chez autrui. Pourtant, rares sont ceux qui ont conscience d’en être coupables. On avoue avoir mauvais caractère, aimer trop les femmes, abuser de la boisson ou même manquer de courage, mais la faute grave à laquelle nous faisons référence, bien peu se reconnaissent en lui.
Il s’agit de « l’orgueil ». Selon le christianisme, c’est le péché fondamental, le mal suprême. La luxure, la colère, la cupidité, l’ivrognerie ne sont que peccadilles en comparaison à lui. C’est l’orgueil qui a fait du plus beau des anges un démon. Il est le père de toutes les autres perversités, car il met l’homme en opposition absolue avec Dieu.
Voulons-nous savoir à quel point nous en sommes atteints ? Demandons-nous comment nous réagissons quand quelqu’un nous traite avec indifférence, mépris, condescendance, ou vous écrase de sa superbe. Car l’orgueil est, par essence, générateur de rivalité, alors que les autres vices ne le sont, pourrait-on dire, qu’accidentellement.
Ainsi, ce n’est pas de posséder que les orgueilleux tirent plaisir, mais de posséder plus que le voisin. On dit que les gens sont fiers d’être riches, ou intelligents, ou beaux. Non ! En vérité, ils se délectent d’être plus riches, plus intelligents, plus beaux que les autres, en un mot de se trouver en état de supériorité. Presque toutes les vilenies que l’on met au compte de la cupidité ou de l’égoïsme procèdent, en fait, le plus souvent de l’orgueil.
C’est l’avidité, bien sûr, qui pousse un homme à vouloir de l’argent pour être mieux logé, pour s’offrir de plus belles vacances, pour se nourrir mieux et mieux boire. Mais jusqu’à un certain point seulement, sinon, pourquoi celui qui gagne fort bien sa vie aurait-il si grande envie de gagner deux fois plus ? Il peut déjà s’offrir tous les achats, tout le luxe dont il est capable de profiter. En réalité, il est poussé par le désir d’être plus riche que tel ou tel, c’est-à-dire en dernière analyse par le besoin de dominer. L’orgueilleux trouve son bonheur dans la puissance. Rien de mieux pour se sentir supérieur aux autres que de pouvoir les manœuvrer comme des soldats de plomb. Qu’est-ce qui pousse certaines femmes à briser les cœurs ? Certes pas l’instinct charnel, car elles sont très souvent frigides, mais bien orgueilleuses. Qu’est-ce qui pousse un chef politique ou toute une nation à exiger toujours davantage ? L’orgueil, encore et encore.
Voilà qui soulève des réactions terribles. Comment se fait-il que des gens dévorés d’orgueil se prétendent de fervents croyants ? Nous craignons qu’ils n’adorent un Dieu né de leur imagination, dont ils ne doutent pas un instant d’avoir acquis les bonnes grâces, voire la prédilection. Pour les deux sous d’humilité, plus ou moins sincère, qu’ils témoignent devant lui, ils s’autorisent à manifester une immense impertinence envers leurs semblables. Au vrai, chaque fois que la pratique religieuse nous fait éprouver un sentiment de supériorité, nous pouvons être sûrs que ce n’est pas Dieu qui nous en inspire, mais plutôt le démon.
Mais distinguons le plaisir qu’on éprouve à recevoir des éloges est toute autre chose. L’enfant que l’on félicite de ses succès scolaires, la femme dont on célèbre la beauté, l’âme sauvée que le Christ accueille « avec son visage de fête », ceux-là sont heureux et ont raison de l’être, car le plaisir, en pareil cas, ne procède pas de la complaisance, mais du sentiment d’avoir été cause de joie pour un être cher.
Le tableau change quand, au lieu de penser : « Je l’ai rendu heureux, tout est bien », on se dit : « II faut que je sois vraiment quelqu’un de bien pour avoir fait ça. » Plus on est content de soi, moins on apprécie les éloges.
Il nous arrive de dire qu’un homme est fier de son fils, ou de son père, ou de son école, et l’on peut se demander si cela est, ou non, blâmable. Tout dépend de ce que recouvre vraiment cette attitude : affectueuse admiration ou sentiment de supériorité. La première n’est aucunement fautive. Le second, quoi que peu recommandable, est toutefois moins grave que dans les cas où il serait inspiré par le simple amour de soi. Aimer et admirer quelque chose, n’importe quoi, en dehors de soi-même, c’est faire un pas qui vous éloigne du désastre moral. Étant entendu qu’aussi longtemps que nous aimerons ou admirerons quoi que ce soit plus que Dieu, notre cœur demeurera « inquiet et troublé ».
Surtout n’attendons pas que les êtres vraiment humbles ressemblent à l’idée que la plupart d’entre nous s’en font. Ainsi, ils ne passent pas leur temps à répéter qu’ils ne valent rien. Ce que nous remarquerons d’abord quand nous en rencontrerions un, ce sera son entrain, son intelligence, l’intérêt sincère qu’il portera à nos propos. Et s’il nous inspire de l’antipathie, c’est parce que nous envions ceux qui savent profiter pleinement de la vie. Les gens humbles n’ont même pas conscience de leur humilité pour la simple raison qu’ils ont mieux à faire que de s’observer sans cesse.
Aimerions-nous acquérir cette vertu ? En ce cas, nous croyons pouvoir vous indiquer le premier pas à faire. Commençons par reconnaître que nous sommes orgueilleux. Ce sera un grand pas, un pas indispensable. Car si nous nous croyons exempts de ce défaut, c’est qu’en vérité nous en possédons une bonne dose. Nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu. »
Qui se croit supérieur aux autres ?… – L’Orient-Le Jour
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«S’appuyant sur un savoir, elle conditionne des décisions (traitements, interventions) qui engagent parfois la vie même. Les deux formes du doute sont potentiellement présentes. Le médecin doit, comme dit Bergson, « agir en homme de pensée et penser en homme d’action ». Il ressent souvent la nécessité de chasser les doutes, de les anéantir, et, pour cela, d’ « objectiver » son diagnostic en s’entourant de méthodologies efficaces et de protocoles sûrs. Appuyé sur un savoir de plus en plus précis, le médecin peut alors être tenté de négliger la seconde dimension de sa pratique : la décision et ses conséquences sur la vie du malade, c’est à dire de considérer que les raisons de sa décision sont tout entières contenues et justifiées en amont dans le savoir qui l’a rendue possible et de ne pas saisir ce qui se joue aussi en aval, pour la vie du patient. On entre ici dans la dimension éthique du rapport médecin-malade. Il s’agit en effet d’une relation qui n’est pas seulement thérapeutique mais où se noue un rapport entre des libertés. Le médecin va orienter et parfois déterminer par ses diagnostics la vie même du patient. Il lui interdira certaines fins et en recommandera d’autres. (Exemple : dire à une femme qu’il vaut mieux qu’elle n’ait pas d’enfant). Or, être libre c’est pouvoir choisir ses propres fins. La question est : le savoir qui justifie ces options est-il suffisant pour les légitimer ? N’y a t-il plus ici place pour le moindre doute ? Non pas un doute théorique mais un doute pratique ? Qui suis-je, comme médecin, pour dire à l’autre homme (et il faut ici dépasser le statut du « patient » ou du « malade ») comment conduire son existence ? Il semble qu’un mouvement se dessine pour établir une « co-décisonnalité », où les malades seraient davantage associés aux choix des traitements et aux choix de vie qu’ils ont à faire suite à leur état. Mais, en même temps des enquêtes montrent que le temps moyen de la consultation, et donc du dialogue avec le patient, ne cesse de baisser.
Pour prolonger cette piste, on reviendra à Socrate. La philosophie, à son commencement, a une ambition extrême : chercher la vérité et vivre selon cette vérité. Or, il est paradoxal de constater que Socrate, avait cette devise que j’ai déjà citée : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » Et il passait le plus clair de son temps à discuter avec ses contemporains pour les amener à s’interroger sur leurs certitudes qu’il n’avait de cesse d’ébranler, ce pour quoi d’ailleurs il sera condamné à mort par le tribunal d’Athènes. Socrate nous montre comment le doute n’est pas incompatible avec la vérité mais qu’il peut aller avec elle, voire même qu’il lui est nécessaire. Comme l’écrit Montaigne : « Qui veut guérir de l’ignorance, il faut la confesser. » (Essais, III,11). ce qui ne veut pas dire qu’il faille s’en contenter ! Car évidemment Socrate savait beaucoup de choses, mais il ne voulait pas s’appuyer sur l’autorité de son savoir pour imposer ses choix aux autres, il lui importait davantage que chacun entreprenne l’effort d’interrogation pour être capable de découvrir par lui-même les réponses (ou l’absence de réponses), et ainsi d’assumer pleinement et en toute responsabilité ses choix de vie. Certes, il n’était pas médecin et il n’est pas question de dire au malade : je ne sais pas de quoi vous souffrez !, mais de dépasser cette relation un peu réductrice du médecin et du patient où chacun joue un rôle délimité et où, souvent, est mise entre parenthèse la relation humaine qui se manifeste dans le cabinet. Derrière la relation « sociale », il y a un être humain face à un autre être humain et c’est dans cette dimension d’humanité que le doute revient sur le devant de la scène. En tant qu’homme, c’est à dire en tant qu’êtres faits d’humanité, médecin et malade sont les mêmes, c’est à dire qu’ils ne sont ni des dieux, ni des machines et qu’ils ont affaire l’un comme l’autre à l’expérience universelle de la finitude, de la condition humaine, condition qui est marquée par des limites indépassables et ce, quelles que soient les hauteurs de notre science. Les médecins que je connais (ma méthode est ici très empirique) disent, et s’en amusent un peu, que plus de 50% de leurs patients viennent avant tout consulter pour parler, et ils y voient une forme de perte de temps par rapport aux affections « sérieuses ». Mais, moi ce qui m’étonne c’est qu’il n’y ait pas 100% des patients qui viennent pour parler. C’est tout de même notre destin qui se joue dans les quelques minutes que l’on passe ensemble et parler de soi et de sa vie est essentiel à l’animal humain. Les informations « objectives » que le médecin communique au malade ne peuvent lui suffire pour donner un sens à son état. Dire la vérité au patient est la moindre des choses, mais cela ne suffit pas. Car la vérité ne donne pas spontanément du sens. On me dira que ce n’est pas le rôle du médecin que de prendre en charge cette dimension. Et pourquoi ? C’est là encore une certaine conception de la médecine et de la maladie qui est en jeu.
Or, ce sens que le patient cherche, à partir de sa souffrance, c’est le même que celui que cherche le médecin, en tant qu’il est un homme confronté, comme tout homme, aux questions métaphysiques ! ! Et ce sens, il n’en possède, pas plus que le malade, la clef. Et c’est en leurs doutes communs, en leurs inquiétudes identiques que médecin et malade peuvent se rencontrer vraiment, par-delà les rôles que chacun joue dans le cabinet. Il ne s’agit pas de transformer la consultation en débat socratique ! ! mais de renouer le lien entre l’humanité de chacun, à partir de l’humanité de chacun, définie comme cette conscience des limites de nos histoires. Si le chirurgien que j’avais vu et qui m’avait, très clairement, expliquer pourquoi mon père allait mourir, avait su me dire, au-delà de son exposé très professionnel, quelque chose comme : au fond, la mort, je ne sais pas ce que c’est (du moins en tant que médecin), ça m’aurait davantage apaisé que toute sa description seulement « objective » de l’état de mon père. C’est dans cette reconnaissance commune de notre identité, dans son dénuement originel, que j’aurais pu percevoir une raison d’espérer, c’est à dire d’espérer que la mort n’est pas que ce que la médecine en dit, dans sonsystème de représentations et que son sens n’est pas scellé en cet unique discours. J’aurais peut-être plus facilement pu me réapproprier cette mort, sa vérité pour moi derrière le discours objectif de la médecine qui m’en avait, involontairement, dépossédé et ainsi, la faire davantage mienne en la reprenant dans les mailles de ma propre histoire, en lui conférant une signification plus personnelle, et par là, la saisir plus réelle puisque rapportée à mon propre système de représentations. Donc, ça ne coûte pas de temps, c’est simplement une autre manière de considérer ce malade qui est aussi un semblable. Ce qui, là encore, ne veut pas dire qu’il faut se lamenter sur notre sort, mais au contraire continuer sans trêves l’effort de connaissance. Mais cela peut vouloir dire que le médecin et le malade devraient pouvoir se reconnaître dans leur commune fragilité et dans leur essentielle précarité. (ce que Sartre nomme la « facticité » de l’existence.)
Le médecin peut n’être pas hésitant, incertain ou irrésolu, c’est affaire de caractère, de travail et de connaissance de soi, mais il peut douter, il doit douter, cela le rassurera et rassurera ses malades ! Je citerai une formule admirable de Montaigne pour clore cette inquiète réflexion : « Il y a quelque ignorance forte et généreuse qui ne doit rien en honneur et en courage à la science. » Essais, III, 1 »
Jean-François Mattei, Médecin, Philosophe, Ancien ministre de la santé, Extrait d’un discours intitulé « Le doute en médecine » prononcé lors du colloque « Philosophie et Médecine » organisé par l’Académie nationale de médecine le 14 octobre 2008
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« A, (C, D, E), F et (G, H, I) sont des coordonnées. »
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« t1 et t2 sont des relevés distincts de dates, d’heures et de lieux (d1, h1, l1)»
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« Fb(x) et Fk(y), deux fonctions dont on devra déterminer les fonctions ainsi que les liaisons. »
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« Propositions »
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« Si Fb(A) à t1, alors Fk(C/D/E)(A) à t2 »
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« Si (A) fait b devant (C, D et E) à t1, alors (C, D et E) contactent (F) qui envoie (G, H et I) faire k devant A à t2. »
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« Si (A) ne fait pas b devant (C, D et E) à t1, alors (C, D, E) croient (et rapportent) que SF est possible (et surtout facile). »
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« Dans les ports, les employés les plus fragiles, ceux qui ont des problèmes familiaux ou des dettes, sont des proies faciles. Les trafiquants se renseignent, les ciblent, font du racolage à coups de chantages et de menaces. «Si un collègue change d’attitude, s’il semble tout d’un coup avoir plus d’argent ou travailler en dehors de ses heures, c’est un signal d’alerte. Nous ne poussons pas à la délation, mais il faut bien observer», dit Sara Van Cotthem. Tant les douanes que le syndicat de dockers font des campagnes de prévention contre le narcotrafic, la dangerosité de ces gangs et la corruption. «Dans ce milieu-là, «une fois seulement», ça n’existe pas.»
Les douaniers font très attention à ne pas être identifiables pour éviter d’être approchés par la mafia. «Si nous sortons dans un bar après le travail, ce ne sera jamais en uniforme. Nous devons également faire attention à ce que nous postons sur les réseaux sociaux.» »
Quand la cocaïne se déverse sur les ports d’Anvers et de Rotterdam – Le Temps
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Deuxième étape : les discussions latérales remplacent l’engagement direct
« Une fois l’anormalité perçue, l’environnement social commence à parler *de* l’individu plutôt qu’*avec* lui. C’est la formation de ce qu’on pourrait appeler un discours latéral — des conversations qui circulent autour de la personne, renforçant sa désignation comme problématique, sans jamais l’inclure comme participant susceptible d’être entendu, compris ou aidé.
À Columbine, ce processus prit de multiples formes. Les élèves discutaient de Harris et Klebold comme étant « bizarres », comme étant associés à la Trench Coat Mafia (une étiquette à laquelle ils n’appartenaient pas réellement — ils ne figuraient pas sur la photo de groupe de 1998 dans l’annuaire), comme des menaces potentielles. Lorsque Harris créa un site internet contenant du contenu violent et des menaces de mort contre son camarade Brooks Brown en 1997, la famille Brown transmit ces informations au bureau du shérif du comté de Jefferson. **L’enquête qui s’ensuivit produisit une documentation latérale — rapports de police, dossiers d’incidents, notes d’enquêteur — mais à aucun moment elle ne déboucha sur un engagement direct et constructif avec Harris lui-même.** Un rapport fut classé. L’information circula latéralement à travers les canaux institutionnels. Personne ne s’assit avec un adolescent de quinze ans en difficulté pour lui demander ce qui n’allait pas.
La découverte la plus pénétrante de Newman sur les fusillades scolaires porte précisément sur cette défaillance structurelle. Elle a découvert que les établissements scolaires fonctionnent comme des **« organisations à couplage lâche »** où l’information critique est fragmentée entre enseignants, conseillers, pairs, administrateurs et parents, sans aucun mécanisme d’agrégation. Un enseignant savait pour les rédactions inquiétantes. Un conseiller savait pour la détresse émotionnelle. Un camarade savait pour les idéations violentes. Un parent savait pour les difficultés sociales. La police savait pour les menaces. **Aucune personne ne détenait jamais l’ensemble des pièces simultanément**, et la structure organisationnelle empêchait activement toute synthèse.
Ce schéma s’est reproduit de manière presque identique à Virginia Tech, où la professeure Lucinda Roy alerta de multiples services universitaires que Cho allait très mal — envoyant des courriels, passant des appels — mais « personne ne connaissait l’ensemble des informations et personne n’a relié tous les points » (Commission d’enquête de Virginia Tech). À Parkland, environ **trente personnes** avaient une connaissance directe du comportement violent de Nikolas Cruz avant la fusillade, réparties entre les écoles, les services de police, le FBI et les services de protection de l’enfance. Chacune possédait des fragments ; aucune n’assembla le tableau.
La recherche allemande de Sommer et al. (2020) a révélé un paradoxe supplémentaire : lorsque des individus en difficulté tentaient de faire face en s’ouvrant de leurs problèmes, cela était interprété comme un « développement positif » et passait inaperçu. En revanche, les comportements spécifiquement violents suscitaient la peur plutôt qu’une réponse constructive — des réactions « plus probablement alimentées par une peur compréhensible que venant d’une perspective de prévention du développement psychosocial négatif ». L’environnement social écoutait latéralement les signaux menaçants comme des données pour gérer sa propre anxiété, non comme des communications émanant d’une personne en crise. »
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« Janvier 2004 quelque part en Afrique pour la première fois de son histoire la DGSE accepte d’incorporer des journalistes à des espions nous allons partager la vie des agents français leur vie clandestine sur le terrain du jamais vu mais à une condition nous filmerons en caméra cachée pas question d’attirer l’attention sur nous aucun nom aucun lieu ne doit transpirer nous voilà donc dans le Sahel sans plus de précision celui que nous appellerons le caméléon a 31 ans il dirige le détachement 344 qui s’enfoncent dans la brousse à chaque signe de vie on s’arrête comme ici près d’un puit pour le bétail ces nomades avec leurs troupeaux n’ont pas l’habitude de voir des blancs dans la région le caméléon va se faire passer pour quelqu’un d’autre c’est sa couverture la DGSE nous a interdit de la révéler couverture touristique commerciale ou peut-être humanitaire elle doit pouvoir resservir en fait on leur a expliqué ce qu’on faisait dans la région et on leur a posé une simple question de savoir si c’était dans le coin de dire comment on est en train de le faire et bon ils ont répondu que tout allait bien alors bon ça veut pas dire qu’ils disent forcément la vérité mais ça a au moins l’avantage de leur expliquer ce qu’on fait et eux vont le répandre dans tous les puits qu’on va les villages qu’on va rencontrer ils seront pas étonnés de nous voir parce que le téléphone arabe va très vite dans la brousse ouais bon ben ça dans les manuels militaires on appelle ça des conditions de vie rustiques le caméléon et ses hommes dorment sous la tente et transportent avec eux des réserves en eau en vivre et en carburant une mission comme celle-ci peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois tout dépend de la cible le but général de la mission c’est rechercher les indices de présence de terroristes dans la zone et ils sont nombreux ils sont nombreux et ils le deviennent de plus en plus plusieurs dizaines plusieurs centaines plusieurs centaines plusieurs centaines et il se déplace comment en en convoi de véhicule armé de grosses mitrailleuses surfu des gros 4×4 Toyota et se déplace pas à moins de 6 à 8 véhicules des fois ça peut monter jusqu’à 20 pour s’orienter les cartes ne suffisent pas parfois les pistes ont changé de tracé heureusement le caméléon peut compter sur cet homme son homologue des services secrets locaux tu m’as dit que tu avais un informateur dans la zone là comment c’est là d’accord donc toi tu penses que lui pourrait nous dire à peu près à peu près où ça passe où ça passe traduisez où l’ennemi s’infiltre et s’approvisionne mais qui sont ces terroristes du désert ils prêchent la guerre sainte mais vivent de trafic à la fois combattants islamistes et bandits de grand chemin nous partons vers le nord là-bas ils ont été vu récemment là-bas l’homologue connaît des informateurs nous arrivons dans un village 300 famille environ et un notable francophone ravi de cette occasion de pratiquer la langue à nouveau le caméléon se présente sous sa fausse identité nous aurons seulement le droit de voler quelques images on s’assoit pour la palabre le notable offre le thé le caméléon le sonde sur l’insécurité dans la région réponse rassurante : rien à signaler dans un rayon de 30 km mais comment savoir s’il dit vrai les bandes islamistes raquettent les populations et intimident les plus bavards évasif déjà ils se livrent pas comme ça des étrangers sur des faits qui les concernent particulièrement et puis bon eux apparemment ce qu’ils veulent c’est promouvoir la culture de leur pays de leur tribu leur village ils en sont fiers apparemment et ils ont pas envie de dire que c’est truffé de terroristes dans la zone voilà il va attirer les touristes c’est ce que j’ai compris non nous quittons la piste l’homologue du caméléon le convoi en pleine brousse au milieu de nulle part ouais dans d’accord qu’est-ce qu’il fait là il va chercher son informateur il va seul voilà il va seul c’est le gars avec lequel il a l’habitude de travailler donc il veut peut-être pas l’exposer aux yeux de ses voisins avec des occidentaux comme ça voilà moi ça me dérange pas un quart d’heure plus tard l’homologue est de retour avec cet homme son informateur ça va ça va bien salam alkoum ça va bien très bien le caméléon les emmène à l’écart pour parler cette fois-ci les renseignements sont bien plus précis il passe au nord vers minuit comme ça le vers de la nuit ils n’ont pas un avis récemment tu as entendu parler de ce qui s’était passé dans le secteur euh j’ai entendu parler les élèves verts les élèves verts j’ai entendu que ils ont passé à peu près que il y a 20 jours maintenant ils ont passé là-bas ils cherchent à faire prier les gens obligatoires dans la brousse là ils donnent des choses comme ça quoi l’informateur a bien coopéré le caméléon lui glisse un billet dans la main a-t-il inventé des détails merci à vous au revoir ou au contraire en a-t-il caché certains autres impossible de vérifier dans l’immédiat vous avez donné combien là j’ai donné 5000 CFA c’est-à-dire en euro 7,5 c’est ça voilà c’est pas cher pour un bon renseignement maintenant bon il a compromis personne c’est assez général ce qu’il a dit moi ça m’intéresse parce que c’est en rapport avec ce qu’on me demande de chercher donc on va le vérifier sur le terrain mais c’est pas trop mouillé avant de vérifier sur le terrain le caméléon fait son rapport et l’envoie par satellite tout n’est pas crédible à 100 % dans ce qu’il glane Paris devra faire le tri parfois les informations concordent les espions français voient venir un événement il faut réagir vite exemple avec l’édition 2004 du rally Paris-Dakar vous vous souvenez peut-être de ces images inhabituelles la caravane quitte la piste pour le bitume deux étapes viennent d’être annulées les concurrents n’iront pas s’aventurer dans la brousse ils prennent sagement la route le lendemain la course reprend ses droits avec le recul le scénario apparaît plus clairement une centaine d’islamistes armés préparaient une embuscade et c’est la DGSE qui a donné l’alerte pour éviter un kidnapping ou un attentat ce sont des agents comme le caméléon qui ont déjoué la razzia des islamistes le caméléon appartient au service action l’élite le bras armé de la DGSE ces hommes ont un peu le profil des espions de cinéma tous militaires ils vont sur le terrain à l’étranger et dans la clandestinité »
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DGSE, Les soldats de l’ombre, Reportage France 2
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« J’ai lu TOUS les ouvrages de références sur l’Amiral Wilhelm Canaris.(.. )»
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« Il a pris ses fonctions le 1er janvier 1935. Voilà Canaris à la tête de l’Abwehr. Il est là dans son bureau, il a convoqué ses collaborateurs. Ils le voient tel qu’il est : il n’a pas grandi, ses cheveux ont prématurément blanchi. Et aussitôt, ses collaborateurs l’appelleront « le Vieux ». En fait, il n’a que 47 ans. Et il les regarde et il leur dit : « Messieurs, j’ai décidé qu’ici à l’Abwehr, nous reprendrons une devise de mon illustre prédécesseur, le colonel Walter Nicolai, qui a présidé aux destinées du service de renseignement pendant la guerre de 14-18 et qui disait : Le renseignement, c’est une affaire de gentilshommes. C’est tout ce que j’avais à vous dire, messieurs. » Et un témoin qui en a déposé dira plus tard : « J’ai ressenti à l’instant, le choc a été très brutal. Le courant a passé. Je me suis dit : nous avons un patron. » Et oui, il y avait un patron à l’Abwehr.
Et quel patron ! Ce que veut Canaris, c’est donner à l’Allemagne un service de renseignement militaire digne de l’idée qu’il se fait de l’Allemagne, et cette idée est immense. Pour lui, rien ne compte en ce monde que son pays, que sa patrie, que l’Allemagne. C’est le patriote, c’est le nationaliste dans toute l’acception du terme. Et il va mettre patiemment sur pied une immense organisation qui, à son apogée en 1938, comportera cinq sections. »
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« En deux années, l’Abwehr est partout, elle a des agents partout. Canaris a retrouvé ses relations d’autrefois, tous ces gens qu’il voyait lors de ses voyages quand il allait à l’étranger pour la marine. Ses amis, ses relations, il avait noté tous leurs noms. Il avait gardé des rapports avec eux, eh bien voilà des gens qui allaient être à la base, la plupart du temps, des nouveaux réseaux de l’Abwehr. Et voilà des hommes qui, même bien plus tard, seraient des agents de la cinquième colonne. Il a toujours vu loin. Alors tout est en place. Savez-vous que très rapidement, il va être en possession de tous les plans de la marine française ? L’organisation, mais aussi les plans d’entrée en guerre de la marine et même du code secret de la marine française. C’est un officier qui a vendu ces plans, un officier français qui sera d’ailleurs fusillé, mais le mal était fait. Et partout, c’est la même chose. Il a fait de l’Abwehr quelque chose de considérable. «
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Alain Decaux
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« Ne pas ne jamais se figurer s’être figuré ce que pourtant les autres ou pensent ou ont pensé ou vont penser un jour de nous-mêmes et de nos actions, c’est ne pas même ne même pas connaître les personnes qui se trouvent en face de nous, c’est ne connaître personne et si ce n’est pas cela que la folie, je me demande bien ce que c’est. »
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« Une mère perd-elle de vue le fils qu’elle punit pour les légères fautes de son âge enfantin ? Elle l’éloigne d’elle de quelques pas, elle lui prescrit une enceinte sous ses yeux, et dans le même lieu qu’elle habite. C’est ainsi que Dieu en agit avec l’homme coupable. Enfant, si tu connaissais le cœur de ta mère ! Ce ne seront point les cris de la colère qui la toucheront. Elle attend que tu fasses entendre ceux de l’amitié et du repentir. Elle envoie même secrètement vers toi des amis fidèles, qui semblent te suggérer à ton insu d’implorer sa miséricorde. Tu suis ce conseil salutaire ! Viens, enfant chéri, il n’y a plus de barrière pour toi, il n’y a plus de distance entre nous, et nous pouvons nous embrasser. Dieu de paix, tu n’attends, comme cette mère tendre, que l’humilité du cœur de l’homme, et le retour de ses regards vers toi, pour le tirer de sa captivité. Il n’ose plus t’appeler son père, parce qu’il s’en est ôté le droit par ses offenses et ses souillures. Mais tu l’appelles toujours ton fils, parce que tu lui pardonnes, et que tu ne te souviens plus de ses crimes. Et l’esprit de l’homme se croit abandonner quand il est puni ! Il se croit dans le néant quand il n’est plus dans l’abondance de la vie ! Comme si l’amour n’accompagnait pas partout la justice ! Comme si les simples souverains de la terre ne fournissaient pas eux-mêmes le nécessaire aux illustres coupables à qui ils sont forcés de retrancher l’opulence et la liberté ! Oui, oui, le seigneur trempe quelquefois l’univers dans l’abyme, mais il ne veut pas l’y précipiter à demeure. Du haut de son trône, il entend les cris des hébreux dans la terre d’Egypte. Ces cris font descendre son propre nom, ce nom qui n’avait pas même été donner à Abraham, à Isaac et à Jacob. Parce que plus nos maux sont extrêmes, plus le bienfaisant auteur de notre vie s’empresse de nous envoyer des secours efficaces. »
Louis-Claude de Saint-Martin
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« Vert ou Rouge »
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« Vert au Rouge »
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« Rouge au Vert »
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« Chaque attentat est vécu douloureusement »
Clément, 30 ans, analyste contre-terrorisme (DGSI).
« Après des études de sciences politiques et économiques à l’Université, j’ai d’abord travaillé dans le privé, au sein d’une grande entreprise de sécurité-défense en tant qu’analyste géopolitique. Puis j’ai rejoint la DGSI, fin 2016.
C’était le début d’une nouvelle méthode qui consiste à intégrer un analyste civil dans une équipe d’enquêteurs de police judiciaire de la DGSI. Mon travail consiste, dans le cadre de dossiers de contre-terrorisme, à fournir des éléments contextuels aux enquêteurs.
« Par exemple, si l’on mène des investigations sur une filière de djihadistes passée dans une ville syrienne, je dois renseigner mes collègues sur les batailles qui s’y sont déroulées, les personnes qui ont pu être rencontrées sur place, etc… Ceci grâce à des sources ouvertes ou à des informations fournies par les autres services de renseignement français.
Les procédures judiciaires sont longues et complexes. Parfois, une simple connexion ou un lien avec un autre dossier permet d’aboutir à la mise en détention provisoire d’un individu dangereux. Dans ce cas, je me sens utile à la protection de mon pays.
Evidemment, au regard de tout le travail effectué quotidiennement, chaque attentat sur le sol français ou contre les intérêts français à l’étranger est vécu douloureusement par la communauté du renseignement. Je ne l’ai, en revanche, jamais ressenti comme un échec personnel, du moins pas jusqu’à présent… ». »
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Marion, 40 ans, ex officier-traitant au Moyen-Orient (DGSE).
« Après un diplôme universitaire en relations internationales, je suis rentrée à la DGSE comme analyste par la voie d’un concours de la fonction publique. J’exerçais un travail de chercheuse en géopolitique. Puis, après une période de formation, j’ai été envoyée au Moyen-Orient pour une mission d’officier-traitant qui a duré plusieurs années.
La « Centrale » (siège de la DGSE, NDLR) me donnait des objectifs de renseignement et le travail consistait à cibler des personnes susceptibles de nous intéresser, nouer ensuite un contact avec elles et les persuader de collaborer avec nous. La première qualité pour réussir dans ce genre de mission, c’est l’empathie non feinte. Il faut vraiment s’intéresser aux gens pour obtenir quelque chose. Bien sûr, des moyens financiers peuvent être mis à disposition mais ce genre d’argument n’est jamais suffisant.
En formation, nous apprenons les techniques de la clandestinité et de la filature par exemple. Pour que l’entraînement soit efficace, il doit se dérouler sur le terrain où nous allons exercer plus tard. Une mise en situation finale conclut la formation, préalable avant d’être projeté sur le terrain. Ensuite, une fois en opération, il faut être autonome, créatif, curieux avec une grande capacité d’adaptation. Courageux ? Je ne dirais pas ça. Les risques sont évalués en amont et je n’ai jamais eu le sentiment de me mettre en danger.
Ensuite, une fois la mission terminée, il faut rompre tous les contacts établis dans le pays. Au quotidien, dans la sphère privée, il faut savoir se rendre ennuyeuse dès qu’on nous pose des questions sur le travail. Ou ne rien montrer de nos connaissances pointues sur un sujet d’actualité. C’est à la fois frustrant et une leçon d’humilité à chaque fois ». »
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« Le code de la Mocro Maffia est implacable : « Wie praat, die gaat » (« celui qui parle, s’en va »). Les représailles ont été foudroyantes : le frère innocent de Nabil B., Reduan, est abattu en mars 2018, quelques jours après l’annonce de l’accord ; son avocat Derk Wiersum est assassiné devant son domicile le 18 septembre 2019. »
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« L’habitude du vague, dans la pensée ou dans l’action, émousse toutes les facultés et engourdit tous les ressorts. Il faut vouloir avec décision, repousser avec fermeté, ordonner catégoriquement, regarder en face, exprimer avec exactitude. Cette attention vive, cette droiture du regard et de la résolution, est une immense économie de vie et de temps. Elle donne à l’esprit une vigueur peu commune. L’àpeu-près en tout est une faiblesse. La justesse est donc une force. — Et comme la base de la beauté, c’est la vérité, la réalité, la vie, c’est-à-dire, la détermination, l’individualisation de chaque être et de chaque chose, car toute existence est individuelle, la première condition pour l’élégance est la correction, et pour la grâce la netteté. L’incertain, le mou, le flasque est la destruction du style en tout genre. La justesse est donc aussi une beauté. — Et comme chaque chose a le droit d’être reconnue dans sa nature et dans son intégrité ; que, mal saisie ou mal rendue, elle est lésée dans son droit, droit muet peut-être, mais imprescriptible, la justesse est donc aussi justice. — Et comme tout ce qui est mal fait est mal et que le mal accuse son auteur, l’inexactitude, qu’elle dérive ou d’une certaine lâcheté des organes ou d’une mollesse de caractère ou d’un léger manque de respect pour la vérité, indique, avouons-le, un défaut de conscience. Par ce côté, la justesse devient encore une vertu. — L’aptitude à la justesse varie, il est vrai, suivant les individus, mais nul ne peut, sans tort, se croire dispensé d’y arriver. Bien faire tout ce que l’on fait est une obligation. La justesse est donc enfin un devoir. — Ainsi, l’habileté et la morale, la sagesse et l’art, se donnent ici la main. »
Henri Frédéric Amiel
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La chronologie révèle une surveillance prolongée sans action
« L’analyse croisée des rapports du Congrès, du FBI et des communications radio reconstitue une timeline précise qui contredit plusieurs récits médiatiques initiaux.
**16h26** – Un agent SWAT du comté de Beaver envoie le premier texto d’alerte : Crooks est assis près du bâtiment AGR et « sait que vous êtes là-haut ». Cette observation, **1 heure 45 minutes** avant les tirs, ne déclenche aucune action d’interception.
**17h10** – Un sniper local positionné dans le bâtiment AGR identifie formellement Crooks comme « personne d’intérêt ». À 17h14, il prend deux photos du suspect.
**17h32** – Moment crucial : Crooks est observé avec un **télémètre (rangefinder)** pointé vers la scène. Cette information est transmise par texto au groupe des snipers locaux à 17h38, puis par radio au commandement local à 17h41. À **17h45**, deux photos sont envoyées à un contre-sniper du Secret Service, qui répond « Roger. Je notifierai les équipes côté AGR ».
**17h53** – Le chef d’équipe des contre-snipers envoie un **email** (pas une communication radio) mentionnant un « gamin rôdant autour du bâtiment AGR avec un télémètre ». Trump est déjà arrivé sur le site depuis 17h30.
**18h03** – Trump monte sur scène. À ce moment, Crooks a été observé pendant **97 minutes** sans être intercepté.
**18h05** – Une vidéo de surveillance locale capture Crooks **grimpant sur le toit** du complexe AGR. Il restera sur ce toit pendant **6 à 7 minutes** avant de tirer – et non 20 minutes comme initialement rapporté.
**18h08-18h09** – Des spectateurs crient pour alerter la police. Un officier Butler Township est hissé par un collègue pour regarder sur le toit, où il voit Crooks pointer son fusil vers lui. L’officier retombe, se blessant la cheville.
**18h11:03** – Première confirmation radio que le suspect est **armé** : « He’s got a long gun! ».
**18h11:33** – **28 secondes après cette confirmation**, Crooks ouvre le feu. Il tire 8 coups. Un officier local (Aaron Zaliponi) riposte après 4 secondes, frappant la crosse du fusil. Le contre-sniper du Secret Service neutralise Crooks **26 secondes** après le premier tir. »
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« Enquête sur l’adéquation du droit européen actuel face aux flux criminels transfrontaliers avec un regard sur des réformes législatives/procédurales en cours dans la législation européenne, sur ce qui est déjà débattu en commission, les obstacles concrets et les précédents législatifs. »
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« Nous n’avons jamais hésité à reconnaître la légitimité et la nécessité de cette expérience. La prépondérance des Allemands dans la Cisleithanie était à la fois une injustice et une absurdité. Injustice, parce que sous le rapport de l’intelligence politique, les Allemands autrichiens ne se sont pas montrés supérieurs aux Slaves ; et absurdité parce que le parti centraliste ne disposait pas des moyens matériels nécessaires pour assurer sa domination. Même en admettant la supériorité de la civilisation germanique sur la civilisation des Slaves, on ne saurait accorder aux Allemands autrichiens le droit de représenter cette supériorité. Vienne ne saurait être pour la Cisleithanie un centre politique et intellectuel comme l’est Paris pour la France, et le nombre relativement restreint des Allemands disséminés dans les différentes parties de la monarchie ne suffit pas pour lui donner un caractère véritablement national. »
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« L’idée peut surprendre. Mais elle s’inscrit dans un courant existant, celui des naked roads (NDLR : les routes nues) , inventé par l’ingénieur néerlandais Hans Monderman. Louis Sarkozy rappelle que ce concept s’appuie sur un constat simple : la peur des autres usagers peut renforcer l’attention et la prudence. «Regardez l’enquête [de Vinci Autoroutes] : 95 % des usagers de la route ont peur du comportement des autres. Les routes nues utilisent précisément cette peur.» Selon lui, en l’absence de signalisation, chacun serait amené à ralentir, à observer et à anticiper davantage. « Quand il n’y a ni trottoir, ni feux rouges, ni lignes blanches, tout le monde fait davantage attention, les citoyens se responsabilisent, et s’installe alors ce que les chercheurs appellent “une négociation implicite entre les usagers”. Ils deviennent 2 à 3 fois plus prudents.»«
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« Le principe repose sur une philosophie presque inverse à celle des métropoles françaises. «Quand vous responsabilisez les gens, ils deviennent naturellement plus lents, plus attentifs et plus généreux entre eux. » Un modèle qui, selon lui, tranche violemment avec la gestion administrative actuelle. «C’est exactement l’inverse de l’autoritarisme bureaucratique parisien : on augmente la liberté et on observe une amélioration du comportement.» Le fils de l’ancien président concède toutefois une limite : «Il semblerait que le seul véritable problème de ces “naked roads”, c’est qu’elles fonctionnent moins bien pour les personnes âgées et les personnes malvoyantes, mais c’est à peu près tout.»
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Peter R. de Vries : la voix qui ne s’est pas tue — analyse intégrative à travers Ik beloof je dat ik honderd word
TL;DR
- « Peter R. de Vries (Aalsmeer, 14 novembre 1956 – Amsterdam, 15 juillet 2021), figure tutélaire du journalisme criminel néerlandais et lauréat d’un Emmy International en 2008, a été abattu le 6 juillet 2021 à Amsterdam pour avoir accepté d’être le « vertrouwenspersoon » (confident) du témoin-clé Nabil B. dans le méga-procès Marengo contre l’organisation de Ridouan Taghi ; il a agonisé neuf jours avant de succomber.
- Le fil conducteur de cette analyse, le livre posthume Ik beloof je dat ik honderd word (De Arbeiderspers, novembre 2023), entrelace le journal de bord secret tenu par De Vries durant les dix-huit derniers mois de sa vie et le journal intime de son fils, l’avocat Royce de Vries ; il révèle à la fois le courage et l’humour d’un homme qui dissimulait ses peurs, et une critique cinglante de la manière dont le parquet et l’État ont protégé — ou plutôt n’ont pas protégé — leurs témoins menacés.
- Sa mort, qualifiée par le roi Willem-Alexander d’« attaque contre l’État de droit », a nourri le débat sur un possible « narco-État » néerlandais ; elle s’inscrit dans une série d’assassinats liés à Marengo (le frère et l’avocat de Nabil B.) et a abouti, en 2024-2025, à la condamnation de neuf hommes — sans que le commanditaire ait à ce jour été jugé.
Key Findings
- Une carrière de quarante ans au service des victimes. De Vries a débuté à De Telegraaf, popularisé le terme « misdaadverslaggever », animé son émission Peter R. de Vries, misdaadverslaggever (1995-2012), résolu ou rouvert des dizaines d’affaires (Heineken, Holloway, Verstappen, la « Puttense moordzaak ») et reçu un Emmy International en 2008.
- Le rôle fatal dans Marengo. À partir de mars 2020, De Vries devient confident et porte-parole de Nabil B. ; le parquet (OM) lui refuse le statut formel de défenseur, ce qui le prive de la protection accordée aux avocats. Son journal de bord documente cette « lutte » bureaucratique.
- L’assassinat et le procès. Abattu de cinq balles dans la Lange Leidsedwarsstraat à la sortie du studio de RTL Boulevard. Neuf hommes jugés ; en juin 2024, le tireur Delano G. et le chauffeur Kamil E. condamnés à 28 ans, l’organisateur Krystian M. à 26 ans et un mois ; peines confirmées en appel en décembre 2025 (27,5 ans). Le commanditaire n’a pas été identifié judiciairement.
- Le refus de la protection. De Vries refusait une escorte permanente, jugée incompatible avec son métier de journaliste et la protection de ses sources. Le rapport de la Onderzoeksraad voor Veiligheid (OVV, mars 2023) conclut à de graves défaillances de l’État dans la protection des trois victimes de Marengo.
- Une œuvre-testament. Le livre, best-seller numéro 1 aux Pays-Bas et lauréat du Storytel Award du meilleur livre audio 2024, est dédié aux deux jeunes fils de Royce, qui ne connaîtront jamais leur grand-père.
Details
1. Parcours biographique et journalistique
Peter Rudolf de Vries naît à Aalsmeer le 14 novembre 1956 et grandit à Amstelveen dans une fratrie de six enfants. Il entre jeune à De Telegraaf, où il se spécialise dans le reportage criminel ; ce sont des collègues du journal qui lui accolent le qualificatif de « misdaadverslaggever », désormais indissociable de son nom. En 1987, il transforme le magazine Aktueel en revue criminelle, puis devient indépendant au début des années 1990, collaborant notamment avec l’Algemeen Dagblad et Panorama.
Son livre De ontvoering van Alfred Heineken (1987), consacré à l’enlèvement en 1983 du magnat de la bière Freddy Heineken, devient le best-seller criminel le plus vendu des Pays-Bas et sera adapté au cinéma (Kidnapping Mr. Heineken). Agissant sur un tuyau, De Vries traque l’un des ravisseurs jusqu’au Paraguay en 1994 ; il se lie aussi avec un autre ravisseur, Cor van Hout, et croise la route de Willem Holleeder — condamné à perpétuité en 2019, notamment grâce aux témoignages des sœurs Holleeder que De Vries avait mis en contact avec le parquet.
De 1995 à 2012, son émission Peter R. de Vries, misdaadverslaggever (sur RTL 4 puis SBS6) règne sur le paysage télévisuel : elle a contribué à résoudre plus d’une douzaine d’affaires de meurtre. Son enquête sur la disparition de l’Américaine Natalee Holloway à Aruba culmine le 3 février 2008 avec la diffusion d’images en caméra cachée des aveux de Joran van der Sloot ; l’émission rassemble 7 030 000 téléspectateurs (part de marché de 79,3 %), record absolu hors football pour une chaîne commerciale néerlandaise selon la Stichting Kijkonderzoek. Elle vaut à De Vries un International Emmy Award en Current Affairs, reçu à New York le 22 septembre 2008 aux côtés de Beth Holloway, mère de la victime. Il fut élu personnalité médiatique de l’année 2003. Il s’est aussi engagé pour des causes telles que la disparition de Tanja Groen (1993), le meurtre de Nicky Verstappen (1998) et l’erreur judiciaire de la « Puttense moordzaak » (libération d’innocents condamnés).
2. Le combat journalistique et l’affaire Marengo / Mocro Maffia
Le procès Marengo (instruit devant « De Bunker », tribunal ultra-sécurisé d’Amsterdam-Osdorp) vise l’organisation criminelle dirigée par Ridouan Taghi, accusée d’une « machine à tuer » au service du trafic de cocaïne. La pièce maîtresse de l’accusation est le témoin repenti (kroongetuige) Nabil B., ancien membre de l’organisation qui s’est livré à la police en janvier 2017 après un meurtre commis par erreur, et qui a passé un accord avec le parquet.
Le code de la Mocro Maffia est implacable : « Wie praat, die gaat » (« celui qui parle, s’en va »). Les représailles ont été foudroyantes : le frère innocent de Nabil B., Reduan, est abattu en mars 2018, quelques jours après l’annonce de l’accord ; son avocat Derk Wiersum est assassiné devant son domicile le 18 septembre 2019.
C’est dans ce contexte que De Vries accepte, à partir de mars 2020, de devenir le confident et porte-parole de Nabil B. Le 4 juin 2020, lors d’une conférence de presse tenue avec l’avocat Peter Schouten, De Vries révèle que le témoin souhaitait être assisté par eux deux. Mais l’OM refuse de lui reconnaître un statut formel : « Rechtsbijstand in een strafzaak kan alleen gegeven worden door een advocaat en door niemand anders » (« L’assistance juridique dans une affaire pénale ne peut être fournie que par un avocat et par personne d’autre »). De Vries répond publiquement : « Laat de rede zegevieren » (« Que la raison l’emporte »). Ce refus — analysé dans son journal de bord comme une « worsteling » (lutte) permanente — aura des conséquences cruciales : n’étant pas avocat, De Vries n’a pas bénéficié des mesures de protection accordées aux défenseurs de Nabil B.
Le contexte criminologique est lourd. Selon le projet ENACT de l’Institute for Security Studies (ISS Today, 21 février 2023), « The powerful Mocro Maffia drug cartel emerged from this trade in the 1990s. Working mainly from Belgium and the Netherlands, it controls a third of Europe’s cocaine market » — soit le contrôle d’environ un tiers du marché européen de la cocaïne, opérant via les ports de Rotterdam et d’Anvers, désormais principales portes d’entrée de la cocaïne en Europe. Dès 2019, Jan Struijs, président du syndicat de police néerlandais (NPB), avertissait : « We definitely have the characteristics of a narco-state […] if you look at the infrastructure, the big money earned by organised crime, the parallel economy. Yes, we have a narco-state. » L’essayiste Hans Werdmölder (Nederland Narcostaat) développe la même thèse, imputant la prospérité de ces réseaux à la désorganisation des pouvoirs publics face à un crime, lui, parfaitement organisé.
3. L’assassinat, l’enquête et le procès
Le 6 juillet 2021, vers 19h30, De Vries quitte le studio de RTL Boulevard sur le Leidseplein et marche vers sa voiture. Dans la Lange Leidsedwarsstraat, cinq coups de feu sont tirés ; il est atteint à la tête. Transporté en état critique au centre médical de la VU, il meurt neuf jours plus tard, le 15 juillet 2021, à 64 ans, entouré des siens. Le communiqué familial déclare : « Peter a combattu jusqu’au bout, mais n’a pu remporter la bataille. »
L’enquête est rapide : le tireur Delano G. (alors 21 ans, de Rotterdam) et le chauffeur Kamil E. (Polonais résidant aux Pays-Bas) sont arrêtés le soir même sur l’autoroute après une course-poursuite. Au total, neuf hommes sont jugés. Le 12 juin 2024, le tribunal d’Amsterdam condamne Delano G. et Kamil E. à 28 ans, et l’« intermédiaire de meurtre » Krystian M. à 26 ans et un mois ; trois autres pour complicité (10 à 14 ans) ; deux acquittés du chef d’organisation criminelle. Le parquet, qui réclamait la perpétuité, fait appel. En décembre 2025, la cour d’appel confirme les peines des trois principaux (27,5 ans pour G. et E.). Un fait glaçant : un message téléphonique intercepté cite l’un des suspects disant de De Vries : « Il a mis son nez partout où il n’aurait pas dû. C’est pour ça qu’on l’a abattu. »
Le tribunal a estimé que le mobile (le rôle dans Marengo) ne pouvait être établi avec certitude, faute d’aveux des auteurs, et a écarté la qualification terroriste. Taghi, condamné à perpétuité dans Marengo le 27 février 2024, n’était pas accusé dans le procès de l’assassinat de De Vries, bien que le parquet soit convaincu qu’il a commandité le meurtre. En 2019, Taghi avait pris la peine — fait extraordinaire pour le criminel le plus recherché du pays — d’écrire à De Vries pour démentir l’avoir placé sur une liste noire. Dans l’émission Beau, De Vries avait alors confié : « Het is niet zo dat ik me nu onveiliger voel » (« Ce n’est pas que je me sente plus en danger maintenant »).
4. Dimension psychologique : le courage et la peur dissimulée
La phrase qui donne son titre au livre — « Ik beloof je dat ik honderd word » (« Je te promets que je vivrai jusqu’à 100 ans ») — n’est pas une bravade abstraite : c’est une promesse faite par De Vries à sa fille Kelly pour la rassurer, dans le contexte des assassinats politiques qui ont traumatisé les Pays-Bas au début des années 2000 (la version la mieux étayée la situe en novembre 2004, après l’assassinat de Theo van Gogh). La promesse fut tragiquement démentie par les faits.
Tout le projet du livre repose sur ce contraste : un homme qui maniait l’humour pour masquer ses peurs. Royce raconte que les lecteurs ont été davantage touchés par ses propres fragments de journal — la « mens achter het publieke beeld » (l’homme derrière l’image publique) — que par le journal de bord lui-même. De Vries, dans son journal, traite avec une ironie mordante l’absurdité de sa situation sécuritaire : alors que les avocats du témoin étaient conduits en voitures blindées, lui devait « se garer tout seul » — « Dat is de bescherming die de NCTV biedt. Ik vind het wel grappig » (« Voilà la protection qu’offre le NCTV. Je trouve ça plutôt drôle »). Cet humour est un mécanisme de défense face à un danger qu’il connaissait parfaitement.
Sa devise tatouée sur la jambe — « On bended knee is no way to be free » — résume sa philosophie : « Cela signifie que nous ne sommes soumis à personne. Que personne ne peut nous dominer. Que nous ne serons jamais, au grand jamais, l’esclave de quiconque. » Cette devise est issue d’un poème fétiche, Muurbloem de Bertus Aafjes (recueil Het gevecht met de muze, 1940), que De Vries avait recopié à la main pour Royce et qui ouvre le livre : « Maar de juiste weg / Is de weg ertegen » (« Mais le bon chemin / Est le chemin à contre-courant »). De Vries en disait : « Hij wist mijn leven echter in elf eenvoudige regels te verwoorden. Dat ontroerde mij. En het inspireert me. Elke dag weer » (« Il a su résumer ma vie en onze lignes simples. Cela m’a ému. Et cela m’inspire. Chaque jour à nouveau »). Le même esprit a inspiré le titre du monument amstellodamois, Tegen alle stromen in (« À contre-courant »).
5. Dimension morale et éthique : le prix de la vérité
De Vries incarnait une conception du journalisme comme vocation morale : défense des victimes, des familles endeuillées, des condamnés à tort. Le roi Willem-Alexander a qualifié l’attentat d’« attaque contre le journalisme, pierre angulaire de notre État de droit, et donc aussi une attaque contre l’État de droit ». Le Premier ministre Mark Rutte a salué un homme « toujours dévoué, tenace, n’ayant peur de rien ni de personne. Toujours en quête de vérité et défenseur de la justice » et déclaré : « Nous devons à Peter R. de Vries de faire en sorte que justice soit rendue. »
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Reporters sans frontières (RSF) et Free Press Unlimited ont fait de son cas un symbole de la liberté de la presse en Europe. Dans son communiqué du 14 juillet 2023, RSF déclarait : « We salute the efforts undertaken by the Dutch judicial authorities, who must stay the course until all those responsible for Peter R. de Vries’ assassination are convicted. Ranked sixth in the World Press Freedom Index, the Netherlands has a duty to set an example. » Le choc de l’assassinat a eu un effet mesurable : RSF a fait chuter les Pays-Bas de la 6e à la 28e place de son Indice mondial 2022 — leur première sortie du top 10 depuis 2002. Une nuance importante demeure : le tribunal a jugé que le meurtre n’était probablement pas directement lié à son travail journalistique mais à son rôle de confident — distinction qui n’enlève rien à l’impact sur la liberté de la presse, le métier de journaliste de De Vries ayant accru sa visibilité et donc le danger.
6. Dimension familiale et intime : le témoignage de Royce
Le communiqué de la famille à l’annonce du décès condense la « fierté triste » évoquée : « Peter a vécu selon sa conviction : « On bended knee is no way to be free. » Nous sommes incroyablement fiers de lui et en même temps inconsolables. » Royce de Vries (né en 1989, avocat), l’un des deux seuls à connaître l’existence du journal de bord — qu’il recevait chaque mois « pour que l’information ne soit pas perdue s’il arrivait quelque chose à mon père » — a composé un livre à deux voix qui se rejoignent tragiquement le 6 juillet 2021, date après laquelle seul le journal du fils continue : l’hôpital, l’agonie de neuf jours, le décès, les funérailles au Théâtre Carré.
Le livre dévoile l’intimité d’une famille vivant sous l’ombre de la menace : les visites non sollicitées de Willem Holleeder au domicile, la passion partagée du football et de la plongée, la demande en mariage de Royce à Amanda, la naissance de son fils aîné. Le moment le plus déchirant est la lecture, à l’hôpital avec sa mère Jacqueline, de la lettre d’adieu de six pages que Peter avait préparée « au cas où » : « Blijf wie je bent… Houd als het nodig is je rug recht, kom op voor zwakkeren en minderheden, zeg eerlijk wat je vindt en luister naar je rechtvaardigheidsgevoel » (« Reste qui tu es… Garde le dos droit s’il le faut, défends les plus faibles et les minorités, dis honnêtement ce que tu penses et écoute ton sens de la justice »). Royce s’effondre en évoquant la dernière phrase, dédiée à leur mère : « J’espère que vous resterez toujours un grand soutien pour maman. » Le livre est dédié aux deux fils de Royce (quatre ans et un an et demi à sa parution), « pour qu’ils sachent, quand ils seront assez grands, qui il était et ce qui lui est arrivé ».
7. Dimension civilisationnelle et politique
L’assassinat de De Vries — troisième mort dans l’entourage de Nabil B. après son frère et son avocat — a fait basculer la perception du pays. Le maire d’Amsterdam Femke Halsema a parlé d’un « crime lâche et brutal » ; le ministre de la Justice Ferd Grapperhaus a dénoncé « le monstre à mille têtes du crime organisé, toujours plus violent et sans scrupules ». La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a exprimé son soutien. Le meurtre a placé le pays dans la même catégorie tragique que l’assassinat de Daphne Caruana Galizia à Malte et de Ján Kuciak en Slovaquie. La menace de la Mocro Maffia a conduit à placer sous protection rapprochée le Premier ministre Rutte et la princesse héritière Catharina-Amalia.
Le rapport de la Onderzoeksraad voor Veiligheid (OVV, mars 2023), intitulé Bewaken en Beveiligen, tire des conclusions accablantes : le système de protection (B&B) n’a pas reçu toutes les informations disponibles sur la menace ; les services travaillaient « en mondes séparés » ; « dans plusieurs cas, on n’en est même pas arrivé à une pondération des intérêts », l’intérêt de l’enquête primant sur celui de la protection. Le gouvernement a présenté ses excuses aux proches de De Vries, Wiersum et du frère de Nabil B. La compagne de De Vries, Tahmina Akefi, a soutenu que sa mort « aurait pu être évitée » et que « le système les avait abandonnés », démentant que De Vries ait catégoriquement refusé toute protection.
8. Héritage
La mémoire de De Vries est entretenue à plusieurs niveaux. Le 15 juillet 2024, trois ans jour pour jour après sa mort, un monument intitulé Tegen alle stromen in (« À contre-courant »), œuvre de l’artiste Rini Hurkmans, a été dévoilé sur le Leidseplein : deux mains de bronze qui se soutiennent, inspirées de la Pietà de Michel-Ange, portant en 41 langues et en braille les préceptes de la lettre d’adieu de De Vries. Il a été dévoilé par des personnes que De Vries avait aidées — dont Betty Verstappen (mère de Nicky), Corry Groen (mère de Tanja) et des innocents qu’il avait contribué à disculper. Sa famille — Royce, sa sœur Kelly et son ex-épouse Jacqueline — perpétue son œuvre via le cabinet De Vries Van Spanje advocaten, en assistant les victimes qu’il accompagnait. Le livre, paru en novembre 2023, est entré directement en tête de la liste des best-sellers néerlandais (Bestseller 60) et a remporté le Storytel Award du meilleur livre audio 2024.
Recommendations
- Pour le lecteur cherchant à comprendre l’homme : lire Ik beloof je dat ik honderd word en gardant à l’esprit sa double nature — document à charge contre les défaillances du parquet et de l’État (le journal de bord), et testament familial bouleversant (le journal de Royce). Les deux dimensions s’éclairent mutuellement.
- Pour situer l’affaire : croiser le livre avec le rapport de l’OVV (2023) et les communiqués de RSF/CPJ/Free Press Unlimited, qui fournissent le cadre institutionnel et la portée internationale que le récit intime ne couvre pas.
- Indicateurs à suivre : l’identification et le jugement du commanditaire de l’assassinat (à ce jour non jugé) ; l’issue de l’appel Marengo de Taghi ; la mise en place effective de « packages de protection sur mesure » pour les journalistes d’investigation, recommandation centrale de RSF. Si le commanditaire est identifié et jugé, ou si une réforme structurelle du système B&B aboutit, l’évaluation de l’héritage judiciaire de l’affaire devra être révisée.
Caveats
- Origine de la phrase-titre : la promesse « ik beloof je dat ik honderd word » a été faite à sa fille Kelly pour la rassurer ; les sources divergent sur l’événement déclencheur exact (assassinat de Theo van Gogh, le 2 novembre 2004, selon la version la mieux étayée ; une recension d’éditeur évoque par erreur Pim Fortuyn). La date du 2 novembre 2004 correspond précisément au meurtre de van Gogh.
- Mobile judiciairement non établi : bien que le parquet, la presse et l’opinion lient l’assassinat au rôle de De Vries dans Marengo, le tribunal a jugé que ce mobile ne pouvait être prouvé faute d’aveux. Cette nuance doit être maintenue.
- Identités : conformément à la réglementation néerlandaise sur la vie privée, les noms complets des condamnés ne sont pas officiellement divulgués (Delano G., Kamil E., Krystian M.) ; certains médias ont publié des noms complets non confirmés officiellement.
- Contenu détaillé du livre : une partie des citations du journal de bord et des fragments intimes provient de recensions et d’extraits de presse, et non d’une lecture intégrale ; la sélection publiée par Royce a été éditée, résumée et anonymisée pour des raisons de sécurité, comme il l’indique lui-même. »
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La contention préventive comme logique d’État : dispositifs français de surveillance ciblée à l’horizon 2027, précédents 2017-2022 et cartographie des défaillances
TL;DR
- « Oui, la France dispose en 2026 d’un appareil dense, légalisé et pérennisé de contention préventive de profils individuels : le FSPRT (environ 20 000 fichés, ~5 100 en suivi actif fin 2023), les MICAS issues de la loi SILT du 30 octobre 2017 (héritières des assignations à résidence de l’état d’urgence), le criblage administratif (SNEAS) et un appareil de renseignement (DGSI, SCRT/DNRT, DRPP, CNRLT) dont les moyens ont fortement crû depuis 2015 (budget DGSI en autorisations d’engagement passé de 41,6 M€ en 2015 à 111,6 M€ en 2024, soit +168 % ; effectifs des services spécialisés de 14 912 agents en 2020 à 16 150 en 2024). Ces outils, conçus contre le terrorisme islamiste, ont été explicitement élargis à l’ultradroite, l’ultragauche et « l’écologie radicale ».
- Ces dispositifs ont systématiquement failli dans les cas les plus tragiques : la quasi-totalité des auteurs d’attentats majeurs (Kouachi/Coulibaly en 2015, Harpon à la préfecture de police en 2019, Anzorov contre Samuel Paty en 2020, Mogouchkov à Arras en 2023) étaient déjà connus, fichés ou suivis. Les commissions d’enquête parlementaires ont parlé d’« échec global du renseignement » (2016) et de « faillite collective » (2020), pointant des défauts de transmission d’information, des arbitrages de priorité et des angles morts du suivi.
- À l’approche de 2027, la logique de contention préventive se déplace du seul terrorisme vers la contestation politique et sociale : pic de 155 MICAS lors des JO 2024, criblage annoncé portant sur près d’un million de personnes, montée en puissance d’un « chef de filat » du renseignement territorial sur les « extrémismes violents » incluant écologistes radicaux et « contestation sociétale violente de type Gilets jaunes ». Le risque documenté est moins celui d’un État qui surveille trop peu que celui d’un État qui surveille large, mais échoue à hiérarchiser et à transmettre.
Key Findings
- Un arsenal exceptionnel devenu droit commun. Les mesures de l’état d’urgence (2015-2017) ont été transférées dans le droit commun par la loi SILT du 30 octobre 2017, puis pérennisées définitivement par la loi du 30 juillet 2021. Les MICAS permettent au ministre de l’Intérieur d’assigner, sans condamnation ni intervention préalable du juge judiciaire, un individu à un périmètre (sa commune) avec pointage quotidien, sur la base de « raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité ».
- Une volumétrie en croissance. Le FSPRT recensait environ 20 120 personnes selon Gérald Darmanin en octobre 2023, dont environ 5 100 en suivi actif. Le renseignement territorial a vu ses effectifs doubler en dix ans pour atteindre environ 3 100 agents. Le budget de la DGSI est passé de 41,6 M€ (2015) à 111,6 M€ (2024), et les effectifs des services spécialisés de 14 912 (2020) à 16 150 agents (2024).
- L’élargissement au-delà du djihadisme est acté et documenté. Le renseignement territorial estime l’ultragauche (mouvance écologique radicale comprise) à 3 000-3 500 personnes et l’ultradroite à 1 500-2 000. Un « chef de filat » de la lutte contre les extrémismes violents a été créé à l’été 2023. La dissolution des Soulèvements de la Terre (juin 2023) — annulée par le Conseil d’État en novembre 2023 — illustre cette extension de la logique de l’entrave aux mouvements politiques.
- Les défaillances sont récurrentes et documentées. Dans presque chaque attentat majeur, l’auteur était déjà dans le radar. Les commissions d’enquête ont identifié des défauts structurels : cloisonnement entre services, non-transmission de signalements, absence de centralisation informatique des assignations, manque de « culture de la vigilance ».
- Le contentieux valide largement le dispositif. Le juge administratif annule très peu de MICAS (5 sur 87 recours dans la première période). La CEDH a validé le régime des MICAS post-état d’urgence dans M.B. c. France (5 décembre 2024). Le Conseil constitutionnel a néanmoins censuré l’allongement à 24 mois (juillet 2021).
Details
1. Les dispositifs actuels (2026-2027)
Le FSPRT et les Groupes d’évaluation départementaux (GED). Créé par décret en mars 2015 après les attentats de janvier, le Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste est une base collaborative administrée historiquement par l’UCLAT. Les signalements sont examinés par les GED, institués dans chaque département et présidés par les préfets. Les individus du « haut du spectre » sont suivis par la DGSI ; les autres par le SCRT (devenu DNRT) ou la DRPP en région parisienne. La volumétrie a fortement crû : d’environ 15 000 en 2017 à 20 120 en octobre 2023 (dont 5 100 en suivi actif, selon Gérald Darmanin). Une proposition de loi a cité un chiffre d’« environ 22 000 personnes suivies ». Selon une réponse ministérielle de novembre 2024, le fichier comptait alors 15 800 personnes au niveau national, ce qui traduit un effet de clôture/réévaluation post-Arras. Les moins de 25 ans représentent désormais une personne sur cinq inscrite, en hausse de 66 % entre 2020 et 2024.
Les MICAS. Introduites par l’article 3 de la loi SILT (codifié aux art. L. 228-1 et s. du CSI), elles ont succédé aux assignations à résidence de l’état d’urgence. Au 4 juin 2021, 444 MICAS avaient été prononcées depuis 2017 concernant 377 personnes, dont 262 (59 %) visaient des sortants de détention. Cette proportion de sortants de prison est passée de 31 % (année 1) à 71 % (année 3), traduisant un usage croissant comme outil de prolongation du contrôle après des « sorties sèches ». Le profil est très majoritairement masculin, avec prédominance des parcours délinquants.
La DGSI, le renseignement territorial, l’UCLAT/CNRLT. La DGSI s’est vue confier en 2018 un rôle de « chef de file » antiterroriste. Le SCRT/DNRT couvre le « bas et le milieu du spectre ». La coordination est assurée par la CNRLT et l’UCLAT. La Cour des comptes (rapport « Les moyens de la lutte contre le terrorisme », 2020) a constaté un effort budgétaire considérable et un dispositif « solide et complet », tout en notant des difficultés résiduelles. Les effectifs des services spécialisés ont atteint 16 150 agents en 2024 contre 14 912 en 2020. La loi de programmation militaire 2024-2030 consacre 5 milliards d’euros au renseignement sur la période ; le programme 144 (DGSE/DRSD) atteint à lui seul près de 2 Md€ en 2024 (l’agrégat « 3,4 Md€ de crédits consacrés au renseignement en 2024 » figure dans un compte rendu parlementaire mais n’a pu être recoupé sur source primaire et doit être manié avec prudence).
Le criblage administratif (SNEAS). Créé en 2017, le Service national des enquêtes administratives de sécurité a réalisé pour les JO 2024 un criblage de grande ampleur. Lors de son audition au Sénat le 5 mars 2024, Gérald Darmanin a indiqué que des criblages seraient réalisés « sur près d’un million d’individus », dont « 100 000 ont déjà été faits », pour « un total de 280 avis d’incompatibilité » à ce stade (parmi lesquels des personnes en situation irrégulière et « six fichés S » écartés). Au total, le ministère a annoncé que 4 355 personnes (athlètes, entraîneurs, bénévoles, agents de sécurité, journalistes) ont été écartées des Jeux, dont des fichés S, des fichés pour radicalisation islamiste et des profils ultragauche et ultradroite.
L’élargissement au-delà du terrorisme islamiste. Le directeur de la DGSI a publiquement alerté sur l’ultradroite (environ 2 000 personnes, dix actions terroristes déjouées depuis 2017) et l’ultragauche investissant la sphère environnementale. Le directeur du renseignement territorial Bertrand Chamoulaud a chiffré l’ultragauche, « mouvance écologique radicale comprise », à 3 000-3 500 personnes. Devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale (2025), il a confirmé l’existence depuis l’été 2023 d’un « chef de filat » coordonnant les services sur les « mouvements dits d’ultradroite, d’ultragauche, les écologistes radicaux et la contestation sociétale violente ». La DRPP a indiqué suivre « la contestation sociétale violente de type Gilets jaunes » et 520 individus FSPRT en région parisienne. La CNCTR relève par ailleurs que la finalité « prévention des violences collectives » concernait 2 528 personnes surveillées en 2024 (contre 2 551 en 2023) — une stabilité notable malgré les émeutes de Nouvelle-Calédonie, des Antilles et les contestations des JO, de l’A69 et des « bassines ».
La dissolution des Soulèvements de la Terre — un test révélateur. Le gouvernement a dissous le collectif par décret du 21 juin 2023, sur le fondement de l’art. L. 212-1 du CSI, après la manifestation interdite de Sainte-Soline (25 mars 2023). Le Conseil d’État a suspendu le décret en référé le 11 août 2023, puis annulé la dissolution sur le fond le 9 novembre 2023 (décision N° 476384, publiée au recueil Lebon, Section du contentieux). Le Conseil a jugé que si des provocations à la violence contre les biens étaient imputables au collectif, la dissolution n’était pas « une mesure adaptée, nécessaire et proportionnée », et qu’aucune provocation à la violence contre les personnes ne pouvait lui être imputée. Trois autres dissolutions contestées dans le même temps ont en revanche été confirmées.
2. Précédents 2017 et 2022
La transition de l’état d’urgence vers le droit commun. L’état d’urgence, déclaré après le 13 novembre 2015, a duré 23 mois (six prorogations). Bilan officiel à sa sortie (1er novembre 2017) : plus de 4 300 perquisitions administratives (dont 80 % dans les six premiers mois) et plus de 750 assignations à résidence. Human Rights Watch et la CNCDH ont documenté des perquisitions et assignations abusives et discriminatoires, affectant particulièrement les personnes musulmanes ou perçues comme telles. 612 personnes ont été assignées à résidence sans qu’aucune ne soit poursuivie. La présidentielle 2017 s’est tenue sous état d’urgence — première dans la Ve République — avec 50 000 policiers et gendarmes et 7 000 militaires Sentinelle ; une note de la DCSP redoutait des « troubles sérieux » de mouvements d’extrême gauche en cas de qualification de Le Pen ou Mélenchon au second tour.
Continuité 2022 et événements majeurs. Le directeur de la DGSI a indiqué que la période électorale de 2022 avait « plutôt eu tendance à canaliser les énergies » de l’ultradroite. L’extension la plus spectaculaire de la logique de contention préventive a eu lieu lors des JO 2024 : Gérald Darmanin a annoncé le 17 juillet 2024 que « 155 personnes » étaient considérées « comme très dangereuses ou potentiellement pouvant passer à l’acte » et maintenues « à distance » de la cérémonie d’ouverture et des Jeux via des MICAS — soit, selon une source policière, « trois fois plus que l’an passé à la même période ». Ce volume a été qualifié de « sans précédent depuis 2017 » par les avocats et la Ligue des droits de l’Homme, visant aussi des personnes jamais condamnées. Des avocats ont témoigné dans Mediapart : « Je n’avais plus vu ça depuis 2017, voire 2015. » Le chercheur Nicolas Klausser (chargé de recherche CNRS, CESDIP) a analysé : « Comme le ministère de l’Intérieur dispose d’un mécanisme très facile à mettre en œuvre, il l’utilise sans grande modération, en visant assez large. »
3. Cas d’échec et de manquement (point central)
Attentats de janvier 2015 (Kouachi, Coulibaly). Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly étaient connus de longue date. La déclassification de 41 notes de la DCRI a montré que « la DCRI n’a pas manqué de moyens » : la faille était dans l’analyse, la hiérarchisation et le suivi. Saïd Kouachi avait disparu des radars quand la surveillance fut levée après son départ de Paris pour Reims. Coulibaly est sorti de prison sans transmission d’information ni surveillance, malgré une radicalisation avérée. La commission d’enquête de juillet 2016 (président Georges Fenech, rapporteur Sébastien Pietrasanta) a conclu à un « échec global du renseignement » et préconisé une refonte (fusion SCRT/SDAO, agence de coordination sur le modèle du NCTC américain).
Attentat de la préfecture de police de Paris (3 octobre 2019). Mickaël Harpon, agent habilité secret-défense à la DRPP, a tué quatre collègues. La commission d’enquête (président Éric Ciotti, rapporteur Florent Boudié) a parlé de « faillite collective ». Dès janvier 2015, Harpon s’était réjoui de l’attentat contre Charlie Hebdo devant des collègues ; un signalement avait été envisagé en juillet 2015 mais jamais formalisé par écrit, et l’information n’était pas remontée. La DRPP était jugée « très loin des standards » de la DGSI en matière de détection de radicalisation interne. Ciotti a relevé 76 signalements de radicalisation depuis 2012, dont 46 après le 3 octobre 2019.
Assassinat de Samuel Paty (16 octobre 2020). Abdoullakh Anzorov, 18 ans, n’était pas fiché pour radicalisation, bien que son compte Twitter ait fait l’objet de signalements à Pharos ; il était en contact via Instagram avec des jihadistes en Syrie, échanges qui ont échappé aux services. La commission sénatoriale (rapporteure Jacqueline Eustache-Brinio, présidents Buffet/Lafon ; rapport « L’École de la République attaquée : agir pour éviter de nouveaux drames », mars 2024) a documenté la chaîne de défaillances et le défaut de protection de l’enseignant, et formulé 38 recommandations. Mickaëlle Paty a dénoncé devant les sénateurs : « Le simple fait qu’un professeur ait pu être décapité pour blasphème en 2020 démontre que faille, il y a. »
Attaque de Rambouillet (23 avril 2021). Jamel Gorchene, ressortissant tunisien souffrant de graves troubles psychologiques, a tué l’agente Stéphanie Monfermé. Il était inconnu des services ; Gérald Darmanin a estimé qu’il n’était « manifestement pas détectable ». Ce cas illustre la catégorie des drames difficilement prévisibles (auto-radicalisation, profil psychiatrique).
Attentat d’Arras (13 octobre 2023). Mohammed Mogouchkov, fiché S et sous surveillance active de la DGSI depuis fin juillet 2023 (écoutes, surveillance physique), a tué le professeur Dominique Bernard. Il avait été contrôlé la veille de l’attentat sans qu’aucune infraction ne puisse lui être reprochée ; ses conversations n’avaient pas révélé de signe de passage à l’acte imminent. Son père (fiché S, expulsé en 2018) et son frère aîné (condamné pour un projet d’attentat près de l’Élysée) avaient eu une influence déterminante. Ce cas illustre la limite ultime du dispositif : même une cible activement surveillée peut passer à l’acte.
Typologie des défaillances. On distingue : (a) les cibles « passées entre les mailles » par défaut de transmission ou de hiérarchisation (Kouachi/Coulibaly, Harpon) ; (b) les drames difficilement prévisibles par auto-radicalisation rapide ou non détectable (Anzorov, Gorchene) ; (c) les échecs malgré une surveillance active, qui posent la question de l’efficacité intrinsèque d’un suivi sans judiciarisation possible (Mogouchkov). Le facteur récurrent est moins le manque de moyens — la Cour des comptes a constaté un effort budgétaire considérable — que le cloisonnement, les arbitrages de priorité dans des portefeuilles saturés, et l’absence d’outils d’entrave avant le passage à l’acte.
Recommendations
Pour un analyste ou un décideur souhaitant suivre et comprendre cette dynamique d’ici 2027 :
- Surveiller les indicateurs de bascule du terrorisme vers la contestation politique. Le seuil d’alerte est l’extension formelle du « chef de filat extrémismes violents » et l’évolution de la finalité « prévention des violences collectives » dans les rapports annuels de la CNCTR. Une hausse marquée du nombre de personnes surveillées à ce titre (au-delà des 2 528 de 2024) signalerait un glissement de la doctrine.
- Documenter le contentieux MICAS comme baromètre. Le taux d’annulation par le juge administratif (historiquement très bas : 5 annulations/suspensions sur 87 recours dans la première période) et les décisions de la CEDH/Conseil constitutionnel constituent le principal garde-fou. Un usage massif de MICAS hors période d’événement majeur — comme lors des JO — à l’approche de l’échéance de 2027 serait un signal fort.
- Exploiter les rapports primaires. Les rapports de la Délégation parlementaire au renseignement (DPR), de la CNCTR (rapport annuel, 9e édition publiée le 26 juin 2025), de la Cour des comptes et des commissions d’enquête (Sénat/Assemblée) restent les sources les plus fiables. Le rapport de la DPR 2025 et les travaux universitaires (Questions pénales, déc. 2025, Hennette-Vauchez/Klausser/Louis qui qualifient les MICAS de « droit administratif antiterroriste » inséré dans un « continuum répressif ») offrent les analyses les plus récentes.
- Distinguer rigoureusement faits, inférences et incertitudes. L’affirmation d’une « doctrine officieuse de mise sous pression préventive » de profils ciblés à l’approche d’échéances électorales reste largement une inférence : les faits établis (pics de MICAS, criblage, fichage des mouvances) sont compatibles avec cette lecture, mais aucune source institutionnelle ne documente une instruction explicite en ce sens. Le pic des JO 2024 est le précédent le plus probant et le plus directement transposable à un contexte de tensions en 2026-2027.
Caveats
- Volumétrie FSPRT instable. Les chiffres varient selon la date et la définition (total inscrit vs suivi actif vs « haut du spectre ») : ~15 000 (2017), 20 120 (oct. 2023), ~22 000 (cité dans une proposition de loi), 15 800 (réponse ministérielle nov. 2024). Ces écarts reflètent des clôtures et réévaluations, non nécessairement des contradictions.
- Nature des sources. Certaines déclarations chiffrées émanent du ministre de l’Intérieur en conférence de presse (non auditées), d’autres de la presse activiste (Révolution Permanente) ou de relais à manier avec prudence (Fdesouche pour un entretien Le Monde). Les chiffres institutionnels (CNCTR, Sénat, Conseil d’État, Cour des comptes) sont prioritaires. L’agrégat de 3,4 Md€ de crédits du renseignement pour 2024 n’a pu être confirmé sur source primaire.
- La thèse de la « contention préventive comme logique d’État à l’approche de 2027 » est un cadre analytique, non un fait établi. Les éléments rassemblés étayent une tendance lourde (pérennisation de l’exception, élargissement des cibles, usage facilité des MICAS), mais l’attribution d’une intentionnalité électorale spécifique relève de l’interprétation.
- Limite intrinsèque du modèle préventif. Le cas d’Arras montre qu’une surveillance maximale ne garantit pas la prévention. Inversement, le surfichage (20 000+ personnes) dilue les ressources et complique la hiérarchisation, ce qui est précisément le mécanisme à l’origine des défaillances documentées. Le débat n’est pas tranché entre « plus de surveillance » et « meilleure surveillance ». »
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« Essayer de penser les projets à partir de ses enjeux, d’identifer les acteurs, individuels, ou collectifs
Diagramme de synthèse
Pour ou Contre le Projet
1 Opposants: irréductibles, opposants, divergeants, passifs
2 Engagés en faveur : engagés concertatifs, déchirés
3 Ceux hésitants
Exemple
(Comité de quartier, maire, Parents d’élèves, journalistes, commerçants, riverains automobilistes, services techniques)
Stratégie d’Action rationnelle
Federer les mécontents(pétition)
Jouer la montre
Système d’action concrets :
Identifier les alliances les oppositions, les coalitions.
Émergence de négociations
Systèmes d’action permet de prévoir ou non les évolutions des interactions, in fine de la situation, les zones de blocage, la teneur des échanges, les points de friction, compréhension des résistances, le dynamiques de rejet, d’acceptation, identifier les acteurs à consulter, à convaincre, les opposants à prévoir,
Pour chaque objectif, définir des sous objectifs
Analyse Swot ( Forces, faiblesses( facteurq internes), opportunités, menaces( facteurs externes))
Bien réfléchir, Brainstorming
Exemples de plan d’action résultants
Sur les plans:
Administratif et juridique
Relations internes
Communications internes
Communication avec le partenaire
Actions à mettre en place à court terme, à long terme
Questions posées Est-il moralement acceptable d’utiliser l’analyse stratégique ?
À qui et comment la communiquer ou non?
Remarque : Il s’agit de questions sensibles, je vous invite à bien considérer les risques liés au partage de votre réflexion ? »
Rémi Bachelet, Analyse Stratégique
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Le livre martèle : « Au fond, les grandes causes de l’humanité n’ont jamais vraiment intéressé les hommes. Ce qu’ils veulent, c’est du fric pour assouvir leurs rêves de grandeur et de pouvoir absolu. » Cette vision cynique mais peut-être réaliste suggère que les réseaux financiers invisibles exercent plus de pouvoir que les structures officielles. Le Chevalier gérant les fortunes des mollahs iraniens, du Vatican, de leaders israéliens, du Hamas et de cartels simultanément symbolise l’interdépendance financière cachée entre ennemis mortels.
Cette thèse implique que la résolution des conflits nécessite d’adresser les structures financières occultes, pas seulement la diplomatie de surface. C’est une perspective profondément réaliste (au sens de Relations Internationales) où les intérêts matériels trumpent les valeurs idéologiques.
Sur les zones grises morales de l’action clandestine, Crouzet adopte une philosophie de l’ambiguïté éthique assumée. Son concept de « zones grises » – « ni noir ni blanc » – structure toute son œuvre. Il reconnaît que les opérations du Service Action sont « illégales » même pour une « République » démocratique, que même entre alliés « tous les coups sont permis, » et que les agents opèrent dans un espace d’exception morale où « la fin justifie toujours les moyens. »
Cette vision n’est ni apologétique ni critique – c’est une acceptation pragmatique que la sécurité nationale nécessite des compromis éthiques. Les agents paient des coûts personnels (« chair, sang et larmes ») pour des actions dont ils ne peuvent parler, sans reconnaissance publique, « mourant en silence. » Crouzet présente cela comme un sacrifice nécessaire plutôt que comme un problème démocratique. »
Claude Ai, Thèse, Le Chevalier de Jérusalem, Vincent Crouzet
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« Iran n’apparait nulle part dans » – Recherche Google
Le Malheur des uns fait le business des autres – Google Books
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Résumé
« Qu’ont en commun une société cannoise enrichie par le Covid, une milice libyenne, un hackeur au service d’une dictature et un prête-nom pour un oligarque russe ?
Ce sont des profiteurs du chaos.
« Populations massacrées, journalistes assassinés, quand des hommes d’affaires prospèrent, eux, à la tête de groupes armés autonomes, machines à cash des autocraties. Entreprises qui monnaient des logements sociaux contre des bulletins de vote. Places économiques – Paris, Hong Kong… – tirant parti de guerres menées par d’autres. À l’opposé des millions de déplacés à cause de la guerre ou de la misère, une poignée de riches investisseurs obtiennent une nationalité insoupçonnable contre quelques dizaines de milliers d’euros. Fricoteurs de l’info, pirates du pétrole, aigrefins du diamant, trafiquants d’antiquités… Tous les secteurs sont gangrenés. Guerre, épidémie, embargo ? Les charognards du nouveau désordre mondial sont déjà en train de dépecer la bête.
Il aura fallu quatre ans d’investigation, parcourir les cinq continents, interroger des centaines de témoins et d’informateurs pour mener cette enquête qui révèle les symptômes, les rouages et les grands gagnants de la déstabilisation mondiale. Désormais, plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. »
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Le Malheur des uns fait le business des autres – broché – Benoit Faucon, Clément Fayol, Antoine Harari – Achat Livre ou ebook | fnac
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Sanctions, criminalisation de l’économie et captation de rentes : économie de l’attention institutionnelle et chaîne causale empirique
TL;DR
- « Les sanctions économiques à large spectre échouent massivement à renverser les régimes qu’elles visent (taux de « succès » d’environ 34 % chez Hufbauer et al. ; ramené à moins de 5 % — 5 cas sur 115 — par Robert Pape pour les objectifs de changement politique majeur) et tendent au contraire à les consolider : elles dégradent mesurablement la démocratie (Peksen & Drury), nourrissent un effet « rally-round-the-flag », et transfèrent le monopole des circuits de contournement aux appareils sécuritaires et aux élites du régime.
- La criminalisation de l’économie est un effet mécanique, et non accidentel, des embargos : Serbie de Milošević, Irak sous « Oil-for-Food », Iran des Gardiens de la Révolution, Russie de la « flotte fantôme » et Venezuela du « Cartel de los Soles » documentent tous le même schéma — la rente de l’illégalité est captée par ceux que les sanctions étaient censées affaiblir.
- Le concept opératoire d’« économie de l’attention institutionnelle » — forgé en croisant Bourdieu (doxa, méconnaissance, violence symbolique), Beck (« irresponsabilité organisée »), Bachrach & Baratz (non-décision, mobilisation du biais) et Lukes (troisième dimension du pouvoir) — éclaire pourquoi les institutions occidentales voient avec acuité le « risque géopolitique » du pays-cible tout en restant aveugles aux rentes captées en amont par les intermédiaires qui profitent du contournement.
Key Findings
- Une distribution non aléatoire de la vigilance. La vigilance administrative se concentre sur ce qui est politiquement valorisant ou peu coûteux à regarder (le « régime voyou », la menace géopolitique) et organise une cécité sur ce qui serait embarrassant (les bénéficiaires occidentaux et régionaux du contournement, le coût humanitaire). Ce n’est pas un oubli : c’est une structure.
- Quatre traditions théoriques convergent vers un même objet : Bachrach & Baratz (la « seconde face » du pouvoir, la non-décision, la « mobilisation du biais »), Lukes (la « troisième dimension », façonnage des préférences), Beck (« irresponsabilité organisée » : produire des risques tout en dispersant l’imputabilité) et Bourdieu (la doxa rend certaines questions « impensables » ; la méconnaissance comme reconnaissance). McGoey (« strategic ignorance ») et Proctor (« agnotologie ») fournissent le versant contemporain : l’ignorance comme ressource productive.
- La séquence empirique sanctions → marché noir → captation → renforcement est l’une des régularités les mieux établies de la littérature. La rente de l’illégalité revient aux acteurs qui détiennent le monopole de la violence et des frontières : services de sécurité, paramilitaires, armée, élites du régime.
- La causalité politique penche vers le renforcement autoritaire, pas vers la démocratisation. La colère sociale existe (surprobabilité de troubles liés à la pauvreté), mais elle reste structurellement insuffisante pour se cristalliser en force démocratique : répression accrue, atomisation, destruction de la classe moyenne, capture des ressources par l’appareil sécuritaire, et narratif de la « forteresse assiégée ».
Details
VOLET 1 — L’économie de l’attention institutionnelle
Bachrach & Baratz : les deux faces du pouvoir et la non-décision (1962, 1970). Dans « Two Faces of Power » (American Political Science Review, vol. 56, n° 4, déc. 1962, p. 947-952), Peter Bachrach et Morton Baratz reprochent aux pluralistes (Dahl) de ne regarder que la face visible du pouvoir — la prise de décision observable. Ils ajoutent une seconde face : le pouvoir s’exerce aussi « lorsque A consacre ses énergies à créer ou à renforcer des valeurs sociales et politiques et des pratiques institutionnelles qui limitent la portée du processus politique aux seules questions qui lui sont relativement inoffensives ». Reprenant Schattschneider (« l’organisation est la mobilisation du biais »), ils nomment « mobilization of bias » l’ensemble des « valeurs dominantes, mythes, procédures et règles du jeu établies » qui déterminent quels enjeux entrent en politique et lesquels en sont exclus (« some issues are organized into politics while others are organized out »). La non-décision est l’acte par lequel une demande de changement est étouffée avant même d’atteindre l’arène décisionnelle. Leur programme de recherche est directement transposable : commencer par analyser la mobilisation du biais d’une institution, puis « se demander qui gagne et qui est désavantagé par le biais existant ».
Steven Lukes : la troisième dimension (Power: A Radical View, 1974/2005). Lukes juge ces deux faces encore trop étroites car elles supposent un conflit (même latent). Sa troisième dimension est idéologique : le pouvoir d’« empêcher la formation même des griefs en façonnant les perceptions, les cognitions et les préférences de telle sorte que les individus acceptent leur rôle dans l’ordre existant ». C’est, selon ses propres mots, « l’exercice suprême et le plus insidieux du pouvoir », car les dominés « ne voient ou n’imaginent aucune alternative » ou perçoivent l’ordre comme « naturel et immuable ». Appliqué aux sanctions : la troisième dimension explique pourquoi le cadre « sanctions = pression morale légitime » s’impose comme une évidence qui rend littéralement impensable la question des bénéficiaires de la rente.
Ulrich Beck : l’irresponsabilité organisée (Risk Society, 1986 ; Ecological Politics in an Age of Risk, 1995/1988). Beck désigne par « organized irresponsibility » la configuration où les institutions modernes reconnaissent l’existence du risque tout en organisant un système où personne n’est imputable des effets négatifs. La société moderne fonctionne comme un « laboratoire » où nul n’a à répondre des conséquences de l’expérimentation. La division du travail très spécialisée et l’interdépendance systémique aboutissent à une complicité générale : « chacun est cause et effet, et donc non-cause » (Beck 1992, p. 32). Beck distingue nettement la production de risques (intense, décisionnelle) de l’attribution de responsabilité (diluée, neutralisée), notamment par la transformation rhétorique du « risque nouveau » en « ancien risque » prévisible et maîtrisable. C’est le mécanisme central applicable aux régimes de sanctions : le sender produit des effets criminogènes massifs mais l’architecture institutionnelle dissout toute imputabilité.
Pierre Bourdieu : doxa, illusio, méconnaissance, violence symbolique. Chez Bourdieu, la doxa est la croyance originaire, non réflexive, qui « normalise et légitime un ordre social donné » et rend « impensable toute tentative de produire une position non prévue ». L’illusio est l’adhésion tacite à l’intérêt du jeu et à la valeur des enjeux d’un champ. La violence symbolique est cette domination « douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes, qui s’exerce pour l’essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance ou, plus précisément, de la méconnaissance, de la reconnaissance » (préambule de La domination masculine). Le ressort décisif est la méconnaissance comme reconnaissance : un pouvoir « qui a le pouvoir de se faire méconnaître dans sa vérité de pouvoir, de violence et d’arbitraire ». La structure d’un champ détermine ainsi ce qui est visible et ce qui ne l’est pas ; certaines questions deviennent littéralement impensables non par censure explicite mais par adhésion incorporée.
Concepts voisins. (i) « Willful blindness » / « ostrich instruction » en droit pénal anglo-américain : la cécité délibérée est juridiquement équivalente à la connaissance — « il soupçonnait le fait ; il en percevait la probabilité ; mais il s’est abstenu d’obtenir la confirmation finale parce qu’il voulait pouvoir nier la connaissance » (Glanville Williams). Les tribunaux ont admis qu’une entreprise entière peut être « willfully blind ». (ii) « Strategic ignorance » (Linsey McGoey, The Unknowers, 2019 ; « The logic of strategic ignorance », British Journal of Sociology, 2012) : l’ignorance est un « atout productif » permettant de commander des ressources et de nier toute responsabilité après les crises ; le vrai pouvoir (« oracular power ») est celui de « déterminer où passe la frontière entre savoir et ignorance ». (iii) Agnotologie (Robert Proctor) : la production sociale et culturelle de l’ignorance.
Synthèse conceptuelle — définition opératoire. L’« économie de l’attention institutionnelle » désigne une distribution non aléatoire de la vigilance administrative qui suit la ligne des coûts politiques : les institutions développent une acuité maximale sur les objets dont l’examen est valorisant ou peu coûteux (la menace géopolitique du pays-cible) et une cécité organisée sur les objets dont l’examen serait embarrassant (les rentes captées en amont par des intermédiaires, dont certains domiciliés dans les pays senders ou leurs alliés). Ce concept articule : la non-décision et la mobilisation du biais (qui décident de ce qui entre dans le champ de vision), la troisième dimension (qui naturalise le cadrage), l’irresponsabilité organisée (qui dissout l’imputabilité des effets criminogènes) et la doxa/méconnaissance (qui rend le tout évident et impensable autrement).
VOLET 2 — La chaîne causale empirique
A) Sanctions à visée morale → création mécanique d’économies illégales
Ex-Yougoslavie / Serbie (embargo ONU des années 1990). Cas le mieux documenté académiquement. L’embargo a transformé chaque ville frontalière en plaque tournante de la contrebande ; « toute forme de contrebande de marchandises fut légalisée » et les contrebandiers traités en « héros » par la propagande serbe. La distinction entre crime d’État, corruption et mafia devint « invisible ». L’État vendit dès novembre 1992 les stations-service publiques à des individus disposant de liquidités et d’« autorité de rue » : le chef paramilitaire Željko « Arkan » Ražnatović en acquit plusieurs. Selon le rapport de l’USIP (« Lawless Rule Versus Rule of Law in the Balkans »), le marché noir, la contrebande d’armes et la manipulation financière devinrent le moyen pour le Service de sûreté de l’État de financer ses opérations et pour les proches de Milošević de s’enrichir. Le journaliste d’investigation Dejan Anastasijević (cité par le Columbia Journal of International Affairs, « The Failed Divorce of Serbia’s Government and Organized Crime ») a forgé le dicton consacré qui résume cette fusion : « chaque État a sa mafia, mais en Serbie la mafia a son État ». Les routes de contrebande de pétrole et de cigarettes établies sous sanctions ont survécu au régime (clan de Zemun, assassinat du Premier ministre Đinđić en 2003). Le contrebandier Stanko Subotić, désigné comme chef de la « mafia du tabac », a amassé une fortune estimée à environ 650 millions d’euros, l’essentiel constitué après 1993 dans le commerce de cigarettes.
Irak — embargo + programme « Oil-for-Food » (1990-2003). Le programme, créé par la résolution 986 (1995), visait à atténuer la catastrophe humanitaire. Il fut massivement détourné. Selon le rapport Duelfer (Iraq Survey Group, CIA, 30 sept. 2004), Saddam Hussein a tiré environ 1,7 milliard de dollars de pots-de-vin et surtaxes et 10,9 milliards de dollars de revenus illicites par contrebande entre 1990 et 2003. Le GAO américain a estimé à 10,1 milliards de dollars les revenus illicites tirés du programme, « dont 5,7 milliards provenant de la contrebande de pétrole et 4,4 milliards de surcharges illicites sur les ventes de pétrole et de charges imposées aux fournisseurs ». Le système des « bons pétroliers » (oil vouchers) servait à récompenser individus et entreprises étrangers favorables au régime ; le rapport final de la commission Volcker (Independent Inquiry Committee, 27 oct. 2005, 623 pages) a mis en cause près de la moitié des 4 500 entreprises participantes pour pots-de-vin ou surcharges. Point capital pour le volet conceptuel : l’essentiel des revenus de Saddam venait de la contrebande hors-programme (ventes ouvertes à la Jordanie, la Turquie, la Syrie, l’Égypte via les « protocoles commerciaux », soit ~10,99 milliards selon l’IIC). Le sénateur Carl Levin l’a formulé sans détour : « nous étions pleinement conscients du contournement et nous avons regardé ailleurs ». C’est l’illustration directe de l’irresponsabilité organisée et de la cécité volontaire. L’ouvrage de référence sur le coût humanitaire est Joy Gordon, Invisible War: The United States and the Iraq Sanctions (Harvard University Press, 2010), qui documente la quasi-destruction des infrastructures et la définition extensive du « dual use » (jusqu’aux vaccins, tuyaux d’eau, détergents).
Iran — les Gardiens de la Révolution (IRGC / pasdaran). L’IRGC s’est mué d’une force militaire en un vaste conglomérat économique (analysé dès RAND, « The Rise of the Pasdaran », MG-821, 2009). Les estimations de sa part de l’économie varient fortement selon les définitions : l’Institut Clingendael estime le poids combiné de l’IRGC et des bonyads (fondations) à plus de 50 % du PIB en 2013 ; des analyses récentes (2025) avancent une fourchette d’un tiers à deux tiers du PIB pour les entités affiliées à l’IRGC ; les estimations recensées vont de 10 % à plus de 50 %. À distinguer : la fourchette d’« un tiers » mise en avant dans l’actualité de 2025 (valeur de 12,4 milliards de dollars) concerne l’allocation des revenus pétroliers aux forces armées, et non le PIB total. Le bras de génie civil, Khatam al-Anbiya, contrôlait selon le Trésor américain (juin 2019) un contrat de 22 milliards de dollars dans le pétrole et la pétrochimie, soit quatre fois le budget officiel de l’IRGC ; il aurait des liens avec des centaines de sociétés. En 2009, le consortium affilié Mobin Trust a acquis 51 % de la compagnie de télécommunications d’Iran pour environ 7,8 milliards de dollars (plus grosse transaction de l’histoire de la Bourse de Téhéran). L’IRGC contrôle les frontières maritimes, aériennes et terrestres (« jetées invisibles » dénoncées par Mehdi Karroubi ; Ahmadinejad parlant de « nos frères contrebandiers »). Sous sanctions, ce monopole du contournement (front companies en Malaisie, Oman, Turquie, Chine ; cryptomonnaies) s’est renforcé : le ministre de l’Économie Masoud Karbasian (2022) reconnaissait que « les plus grandes opérations de contrebande du pays sont menées par des institutions que nous n’avons pas le droit de nommer ». Une affaire judiciaire américaine (SDNY) a démantelé un réseau de trafic de pétrole d’un milliard de dollars finançant l’IRGC-Qods, avec saisie de 108 millions de dollars.
Russie post-2022 — la « flotte fantôme ». Réponse au plafonnement (price cap) du G7/UE. Selon la Kyiv School of Economics (rapport KSE Institute, 14 oct. 2024), Moscou a investi environ 10 milliards de dollars dans l’expansion de cette flotte depuis 2022 ; elle transporte environ 70 % des exportations maritimes de pétrole russe et a généré environ 8 milliards de dollars de revenus supplémentaires sur les neuf premiers mois de 2024 (9,4 milliards sur l’année 2024). Les revenus pétroliers russes ont même augmenté d’environ 5 % en 2024 par rapport à 2023, atteignant environ 16,4 milliards. Les estimations de taille varient (S&P Global : ~591 tankers ; KSE : ~435). Tactiques : pavillons de complaisance, transferts ship-to-ship, extinction des transpondeurs AIS, changements de nom. Les gouvernements occidentaux ont sanctionné des centaines de tankers, mais l’enquête de Follow the Money montre que le trafic continue (« dès qu’on sanctionne un navire, un autre rejoint la flotte fantôme »).
Venezuela — militarisation de l’économie / « Cartel de los Soles ». Le terme (dérivé des « soleils » sur les uniformes des généraux) désigne, selon les experts indépendants, non pas une organisation hiérarchique mais un système de corruption et de patronage par lequel militaires et officiels profitent du trafic. La militarisation sous Chávez a placé généraux et colonels à la tête d’entreprises publiques ; Maduro a octroyé à l’armée le contrôle de l’Arc minier de l’Orénoque (2016). De hauts gradés sanctionnés/inculpés aux États-Unis : Hugo Carvajal, Henry Rangel Silva, Néstor Reverol, Tareck El Aissami, Diosdado Cabello. Important pour la rigueur : la qualification par les États-Unis (FTO en novembre 2025) d’une « organisation » dirigée par Maduro est rejetée comme non étayée par les experts indépendants (InSight Crime, WOLA) ; il s’agit d’un réseau de cellules, non d’un cartel au sens propre. À traiter avec prudence.
B) À qui profite la rente de l’illégalité ?
Le mécanisme est constant : en bloquant les circuits légaux, les sanctions créent une prime de rareté captée par celui qui contrôle la violence et les frontières. La rente revient donc (i) aux appareils sécuritaires (IRGC, Service de sûreté serbe, FANB vénézuélienne), (ii) aux élites du régime et à leurs intermédiaires, (iii) aux mafias et paramilitaires intégrés à l’État, et (iv) aux intermédiaires étrangers (entreprises, banques, courtiers, États voisins). La littérature économique formalise cela comme du rent-seeking : « les distorsions créées par les sanctions créent des opportunités pour les briseurs de sanctions », et les tiers « peuvent extraire des rentes des deux côtés ». C’est le paradoxe central : les sanctions renforcent ceux qu’elles visent en leur conférant le monopole des circuits de contournement.
C) La causalité politique : trouble social ou renforcement autoritaire ?
Le taux de succès réel. Hufbauer, Schott, Elliott & Oegg (Economic Sanctions Reconsidered, 3e éd., Peterson Institute, 2007 ; 204 épisodes 1914-2000) trouvent un succès partiel ou total dans 34 % des cas — mais Robert Pape (« Why Economic Sanctions Do Not Work », International Security 22(2), automne 1997) montre, en réanalysant les 115 cas pertinents, que les sanctions n’ont réellement réussi que dans 5 cas sur 115 (soit « moins de cinq pour cent du temps — et non 34 % »). Les sanctions réussissent surtout quand les objectifs sont modestes, la cible petite, faible et alliée, et l’application rapide — soit l’inverse exact des cas de « regime change » contre des autocraties hostiles.
L’effet « rally-round-the-flag ». La littérature est convergente : contre une autocratie relativement stable, les sanctions produisent un effet de ralliement et un renforcement de l’autoritarisme (Galtung 1967 ; Allen 2008 ; Kaempfer et al. 2004 ; von Soest & Wahman 2015). Grauvogel & von Soest (« Claims to legitimacy count », European Journal of Political Research) montrent que l’effet est d’autant plus fort que la cible a des revendications de légitimité solides et des liens faibles avec le sender : la population ne dispose alors que du narratif du régime, qui présente le sender comme un « ennemi impérialiste ». Hellmeier (2021, Sage) montre que la pression internationale accroît la mobilisation pro-régime. L’invasion russe de 2022 a fait bondir l’approbation de Poutine de 71 % (février 2022) à 83 % (mars 2022) selon le Levada Center — un saut d’environ 13 points (et de +25 points selon les données Gallup 2021-2022), « non confiné à un groupe : hommes et femmes, jeunes et vieux, riches et pauvres ont tous montré des hausses similaires ; seuls les Moscovites n’ont pas connu de changement significatif » (CEPR). Une étude récente (RezaeeDaryakenari, Ghafouri & Kasap, « Who Rallies Round the Flag? », Foreign Policy Analysis, 21(1), janv. 2025, ~2 millions de tweets de plus de 1 000 influenceurs iraniens) confirme que « les sanctions globales ont généralement amélioré les sentiments envers le gouvernement iranien, même chez ses oppositions modérées », tandis que les sanctions ciblées produisent un effet de ralliement plus faible et conditionnel à l’identité de la cible.
Sanctions et dé-démocratisation. Peksen & Drury, « Coercive or Corrosive: The Negative Impact of Economic Sanctions on Democracy » (International Interactions, 36(3), 2010, données 1972-2000) : les sanctions réduisent significativement le niveau de libertés démocratiques, à court et à long terme, et l’effet est plus fort pour les sanctions globales (par opposition aux sanctions ciblées). Mécanisme : la difficulté économique devient un « outil stratégique » pour consolider le pouvoir autoritaire et affaiblir l’opposition. Dans un article complémentaire, ils montrent que les sanctions « renforcent par inadvertance la capacité coercitive du régime ».
La tension avec Marinov. Nikolay Marinov (« Do Economic Sanctions Destabilize Country Leaders? », American Journal of Political Science, 49(3), 2005) trouve au contraire que la pression économique déstabilise les leaders. La réconciliation passe par Escribà-Folch & Wright (« Dealing with tyranny », ISQ 2010 ; Foreign Pressure and the Politics of Autocratic Survival, 2015) : les sanctions ne déstabilisent que les régimes personnalistes (dépendants du patronage), et sont largement inefficaces contre les régimes mono-partisans et militaires, qui peuvent redistribuer à leur coalition et accroître la répression. Escribà-Folch (« Authoritarian Responses to Foreign Pressure », Comparative Political Studies, 2012) montre que les régimes mono-partisans sanctionnés augmentent les subventions à leurs soutiens, tandis que les régimes à budget contraint augmentent la répression. Marinov souligne aussi un biais de sélection : on n’observe que les sanctions imposées, pas les menaces qui ont suffi.
Pourquoi la colère ne se structure pas en force démocratique. Plusieurs mécanismes convergents : (i) répression accrue (cycle dissidence-répression : la plupart des régimes répondent au mécontentement par plus de violence — Peksen) ; (ii) capture des ressources par l’appareil sécuritaire (la rente de contournement finance précisément les instruments de coercition — Kaempfer et al.) ; (iii) destruction de la classe moyenne, moteur traditionnel de la réforme démocratique, et appauvrissement qui pousse à des stratégies de survie individuelle plutôt qu’à l’action collective ; (iv) atomisation sociale et absence de leadership alternatif ; (v) logique rentière : un État financé par des rentes externes (ici, la rente de contournement) devient moins redevable envers sa population, peut coopter l’opposition et financer un appareil sécuritaire pour réprimer (théorie de l’État rentier appliquée). L’effet net, dans les contextes les mieux documentés, est une surprobabilité de troubles liés à la pauvreté qui restent insuffisants pour se cristalliser en alternative démocratique — l’hypothèse 1 et l’hypothèse 2 du brief ne s’excluent donc pas : elles se renforcent (colère réelle + ralliement + répression = impasse).
Synthèse : articuler les deux volets
L’« économie de l’attention institutionnelle » fournit la clé de lecture de ce paradoxe. Les institutions occidentales qui conçoivent les sanctions exercent une vigilance maximale sur l’objet valorisant (la menace, le régime « voyou ») et une cécité organisée sur les rentes captées en amont. Ce n’est pas une défaillance technique mais une structure : la non-décision (Bachrach & Baratz) exclut du champ décisionnel la question « qui profite du contournement ? » ; la troisième dimension (Lukes) naturalise le cadrage moral des sanctions ; l’irresponsabilité organisée (Beck) garantit que personne n’est imputable des effets criminogènes (« nous étions pleinement conscients du contournement et nous avons regardé ailleurs », dixit le sénateur Levin sur l’Irak) ; et la doxa (Bourdieu) rend la question des bénéficiaires littéralement impensable dans l’arène légitime. Le résultat empirique — sanctions qui renforcent plus qu’elles ne renversent, tout en enrichissant des bénéficiaires identifiables — est précisément l’angle mort que cette économie de l’attention produit.
Recommendations
Pour le chercheur / l’analyste :
- Étape 1 — Cartographier la mobilisation du biais. Pour chaque régime de sanctions étudié, appliquer le protocole de Bachrach & Baratz : identifier ce qui est « organisé hors » du débat (les bénéficiaires en amont) et demander explicitement « qui gagne et qui perd au biais existant ? ». Seuil de bascule : si l’on ne peut nommer les bénéficiaires de la rente, c’est que l’angle mort est actif.
- Étape 2 — Mesurer la captation. Privilégier les cas où des données chiffrées primaires existent (rapport Duelfer/CIA et GAO pour l’Irak ; designations OFAC et rapport Trésor pour l’IRGC ; KSE pour la flotte fantôme russe). Distinguer rigoureusement les estimations primaires des estimations d’advocacy (cas vénézuélien notamment).
- Étape 3 — Typologiser le régime-cible avant de prédire l’effet. Utiliser la distinction d’Escribà-Folch & Wright : attendre une déstabilisation seulement pour les régimes personnalistes ; anticiper le renforcement et la répression accrue pour les régimes mono-partisans et militaires.
Pour le décideur (implication de politique publique qui découle de la recherche) : 4. Concevoir des sanctions dont le fardeau pèse sur les élites politico-économiques (sanctions ciblées) plutôt que sur la population (sanctions globales), puisque ces dernières maximisent l’effet rally et la dé-démocratisation (Peksen & Drury). Benchmark de réévaluation : si l’on observe une hausse de l’approbation du dirigeant et une intensification de la répression dans les 12-24 mois, le régime de sanctions produit l’effet inverse de l’objectif affiché. 5. Investir dans la surveillance des intermédiaires (front companies, courtiers, États de transit) au moins autant que dans la désignation de la cible — sous peine de reproduire la cécité organisée diagnostiquée dans le cas irakien.
Caveats
- Conflit de résultats non entièrement résolu entre Marinov (déstabilisation) et Peksen/Drury (renforcement). La réconciliation par le type de régime (Escribà-Folch & Wright) est la plus solide mais reste discutée.
- Le taux de « succès » des sanctions est contesté : 34 % (Hufbauer et al.) vs ~5 % (Pape, 5 cas sur 115) vs ~40 % (Kirilakha et al. 2021). Ces écarts tiennent à la définition du « succès » et à un possible biais de sélection (on n’observe que les sanctions imposées, pas les menaces qui ont suffi — argument de Marinov).
- Le cas vénézuélien est le plus fragile empiriquement : l’existence d’un « Cartel de los Soles » comme organisation structurée est rejetée par les experts indépendants ; il s’agit d’un système de corruption, et la désignation FTO de 2025 est lue par certains analystes comme un prétexte à un changement de régime.
- Les estimations de la part de l’IRGC dans l’économie iranienne varient de 10 % à plus de 50 % selon les définitions (IRGC seul vs IRGC + bonyads ; économie formelle vs informelle) et l’opacité des structures de holding ; la fourchette d’« un tiers » récente concerne l’allocation des revenus pétroliers aux forces armées, pas le PIB total. La monographie RAND elle-même reste prudente et n’avance pas un pourcentage de PIB unique.
- Plusieurs sources empiriques sur l’IRGC et le Venezuela sont alignées sur des positions politiques (think tanks d’opposition, gouvernement américain) ; elles ont été signalées comme telles et croisées avec des sources académiques (RAND, InSight Crime) là où c’était possible.
- Le concept d’« économie de l’attention institutionnelle » est une construction de l’auteur synthétisant des traditions distinctes ; les auteurs mobilisés (Bourdieu, Beck, Lukes, Bachrach & Baratz) n’ont pas écrit spécifiquement sur les sanctions. »
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